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dimanche, 15 décembre 2013

Songe d'une brume gothique

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 Ils se sont pendus dans la maison où dormaient tranquillement leurs enfants. Ils ont sauté par la fenêtre un jour d'été (au déjeuner il y avait eu une crise de fou rire, puis de la musique pendant un bon café). Ils se sont jetés sous un train une semaine après l'annonce d'une bonne nouvelle. Ils ont avalé cent pilules dans une salle de bains éclairée aux néons. Ils ont décroché le fusil de chasse du vieux mur et l'ont tournés sur eux par une nuit étoilée. Il ont sauté du Pont-Neuf ou du pont du Gard, ils ont roulé à 280  kilomètres heures vers un platane.

Des gens les aimaient. Des enfants les attendaient. Des chiens les veillaient. Des parents les pleurent encore.

Ne cherche pas d'indices dans leur vie, dans leurs rapports avec les gens qui les entourent, dans leurs hauts et bas ; c'est leur âme qui appartient à la mort. Nul culpabilité ; mais un engrenage, un cercle infernal au sein duquel ils sont prisonniers, comme dans des sables mouvants.

Ne te fouette pas, ne t'ensevelis pas sous des seaux de culpabilité inadéquats. C'est leur âme qui appartient à la mort, comme la tienne appartient à la vie. Vos chemins se sont croisés sans que tu n'aies rien pu faire. Tu les as aimés tous les jours de ta vie sans que cela les retienne.

Ils étaient détestés, charmants, enviés, adorés, tolérés, beaux, laids, forts, fragiles, intelligents, médiocres, tendres, violents, fidèles, instables, rigides, détendus, amoureux, solitaires, fêtards, religieux, bon vivants, végétaliens, chasseurs, surfeurs, poètes, comptables, souriants, boudeurs. Vous vous ressembliez comme deux gouttes d'eau peut-être. Tu te demandes pourquoi tu te lèves encore lorsqu'ils ont quitté cette vie par effraction. C'est leur âme qui appartenait à la mort et qu'aucun contre-sortilège n'a su charmer.

 Edith

(Sur AlmaSoror : les yeux, les tombeaux, l'esclave)

 

samedi, 14 décembre 2013

κούφα σοι χθὼν ἐπάνωθε πέσοι

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Image extrait d'À TRAVERS LA VILLE, de Sara

 Alexandre Marius Jacob fut l'anarchiste qui inspira à Maurice Leblanc le personnage d'Arsène Lupin. Chef de la bande des Travailleurs de la nuit, rois de la cambriole, il mena plus de 150 vols de riches maisons, récolta un butin démentiel (qui équivaudrait aujourd'hui, d'après de savants calculs, à 15 millions d'euros), butin consacré entièrement à la cause anarchiste (publication aux revues, aide aux familles des prisonniers...)

Face à ses juges, M.A. Jacob ne perdait ni sa verve, ni le Nord, comme en témoigne le texte qu'il leur adressa, Pourquoi j'ai volé.

"Plutôt que d’être cloîtré dans une usine, comme dans un bagne ; plutôt que mendier ce à quoi j’avais droit, j’ai préféré m’insurger et combattre pied à pied mes ennemis en faisant la guerre aux riches, en attaquant leurs biens. Certes, je conçois que vous auriez préféré que je me soumette à vos lois ; qu’ouvrier docile et avachi j’eusse créé des richesses en échange d’un salaire dérisoire et, lorsque le corps usé et le cerveau abêti, je m’en fusse crever au coin d’une rue. Alors vous ne m’appelleriez pas « bandit cynique », mais « honnête ouvrier ». Usant de la flatterie, vous m’auriez même accordé la médaille du travail. Les prêtres promettent un paradis à leurs dupes ; vous, vous êtes moins abstraits, vous leur offrez un chiffon de papier.

Je vous remercie beaucoup de tant de bonté, de tant de gratitude, messieurs. Je préfère être un cynique conscient de mes droits qu’un automate, qu’une cariatide.

Dès que j’eus possession de ma conscience, je me livrai au vol sans aucun scrupule. Je ne coupe pas dans votre prétendue morale, qui prône le respect de la propriété comme une vertu, alors qu’en réalité il n’y a de pires voleurs que les propriétaires.

Estimez-vous heureux, messieurs, que ce préjugé ait pris racine dans le peuple, car c’est là votre meilleur gendarme. Connaissant l’impuissance de la loi, de la force pour mieux dire, vous en avez fait le plus solide de vos protecteurs. Mais prenez-y garde ; tout n’a qu’un temps. Tout ce qui est construit, édifié par la ruse et la force, la ruse et la force peuvent le démolir.

Le peuple évolue tous les jours".

La suite se lit par ici...

On peut aussi lire ses Souvenirs d'un révolté par là.

 

Alexandre Marius Jacob passa 23 ans au bagne de Cayenne, puis revint vivre dans la commune de Reuilly. Il s'y suicida en 1954 par injection volontaire d'une overdose de morphine (et suicida aussi son chien Negro), le jour de ses 75 ans, après avoir offert un dernier goûter aux enfants du village, et l'on retrouva chez lui ces mots : ...linge lessivé, rincé, séché, mais pas repassé. J'ai la cosse. Excusez. Vous trouverez deux litres de rosé à côté de la paneterie. À votre santé

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Sit tibi terra levis...

vendredi, 13 décembre 2013

Hors les murs

Cette nuit au creux d'un rêve, deux femmes ne parlaient presque pas dans le grand salon d'un appartement dont les fenêtres donnaient sur Beaubourg. Au-dessus des lumières artificielles de la ville, la face de la lune souriait. Une musique d'Interzone donnait l'impression de naviguer sur un vaisseau de sons. Chacune sirotait son verre de porto, l'une à la fenêtre, l'autre accoudée à un grand fauteuil de cuir bordeaux. 

L'interprétation des rêves m'a été enseignée par Venexiana, mon ennemie jurée. Celui-ci me laisse songeuse ; aujourd'hui que je dors éveillée, au milieu des pilules et des kleenex, en écoutant le ciel passer de l'autre côté de la vitre, je me fais l'exégète de ces non-dits nocturnes, et je crois que leur signification reflète la Grande Ourse. 

Car si l'on accepte de regarder en face son désir, quel fracas pourra éclore d'une vie possible ? 

Mais je divague. Instances pures, ruines du temps passé, caresses ébauchées, à peine osées, délires à naître, je vous somme de prendre forme. Votre symbole m'accompagnera. 

Et toi qui buvais (cette nuit, sans le savoir) ce porto dans cette grande pièce créée pour nous, sache que ton coeur et ton regard forment le ciel et la mer d'un horizon fascinant. 

Sache que ton style est un ciselet qui sculpte des phrases que j'apprends par coeur. 

Sache que ton corps est le temple de la majestueuse et délicate Adoration. 

Sache que ta vibration résonne en moi comme mille cordes de guitares pincées au fond d'un puits sans fond. 

Mais je divague. Présence pure, bruines des temps à venir, soleils brouillés, à peine remarqués, plaisir de renaître, je crois qu'une aventure a commencé. Quand le rêve et le réel se reconnaissent, échos et reflets jouent le grand jeu de la beauté. 

 

Édith

mercredi, 11 décembre 2013

Le flot urbain

Jean Bouchenoire, frère égaré dans des zones mentales, sans ozone imaginaire, nous autorise à publier quelques extraits de son roman Baksoumat.

Année 1969. Un vieux village de l'Île de France mourait sous le déversoir des camions de béton : des maisons d'un âge désuet, qui avaient vu naître et mourir des générations familiales à travers les décennies, tombaient sous les coups, pour être remplacées par de hautes tours de béton et de fer. Les possesseurs de ces anciennes maisons recevaient un petite somme qui ne comblait pas la perte de leur histoire, de leur région, de leur village, et qui ne leur permettait même pas de s'acheter une autre maison. Aussi étaient-ils relogés dans un appartement d'une de ces tours.

Ces immeubles s’élevaient dans la satisfaction des architectes et des hommes politiques, fiers de bâtir ainsi la grande œuvre du XXème siècle : la civilisation universelle, où les flux de routes longent des champs de tours capables d’abriter des centaines d’habitations. En échange de la disparition des villages, des familles et des coutumes locales, en échange de la mort des cerfs, des sangliers, des chevreuils, des oiseaux de l’Île de France, des villes nouvelles traduiraient la Déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen en réalité.

En dépit de la destruction du pittoresque, une croyance lumineuse interdisait toute plainte : l’espoir qu’enfin meurent les patries figées, refermées sur leur histoire locale, au profit du rassemblement de l’humanité. Comment regretter des maisons, et leurs humbles histoire, des rivières, et leurs cours discret entre des bois méconnus, des plantes, et leur charme ignoré, des allées, et leurs passants oubliés, des histoires particulières, si jolies soient elles, quand c’était le chant de l’avenir qui se dressait, certes laid comme un adolescent boutonneux aux proportions déséquilibrées par la croissance, mais chargé d'énergie nouvelle ?

Jean Bouchenoire, In BAKSOUMAT


Jean Bouchenoire sur AlmaSoror

Autres extraits de Baksoumat

mardi, 10 décembre 2013

Vous reviendrez vivre et aimer

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Photographie de David Hamilton

 

Amis, lecteurs inconnus, lecteurs mystérieux, visiteurs d'AlmaSoror, vous que nous ne connaissons pas et qui venez quelquefois, ou si souvent,

voudrez-vous participer à l'Âme-Soeur, le temps d'un billet ? Le temps d'écrire, dessiner ou photographier quelque chose qui aurait pour titre :

 

À Saintes, dans cette chambre qui donne sur la rue Bourignon...

 

La date butoir pour envoyer votre contribution à AlmaSoror (almasoror.plateforme AT  gmail.com) est le 31 décembre 2013.

Car c'est pour ouvrir en beauté l'année 2014 qu'AlmaSoror vous désire, ardemment. Les contributions seront publiées au compte-gouttes, chaque semaine.

 

Edith, barmaid du blogzinc

dimanche, 08 décembre 2013

Coco littérature

J'ai demandé à quelques personnes de m'envoyer un texte contenant ces éléments :

oh mon âme
le plus vieil été du monde
c'était si pur
ta
mère absente
coco

Répondirent à l'appel : J.B, Alexandre Loisnac, Mathieu Granier, Henri-Pierre Rodriguez, Mavra Novogrochneïeva, Les Calcinés, Laurence Bordenave, Martin, Kevin de Motz-Loviet et moi-même.

(Nous attendons quelques retardataires : qu'ils envoient quand ils le peuvent !)


Voici ce que nous pondîmes :


J-6 avant l'automne, de Mathieu Granier

Dialogus, de J.B

Eau de coco, de Laurence Bordenave

Oh mon âme..., d'Henri-Pierre Rodriguez

Eh Coco ? De Mavra Novogrochneïeva

Je n'abats jamais, des Calcinés

1984, de Martin

Vers, de Kevin de Motz-Loviet

Poème, d'Aleixandre Loisnac

Aranjuez, d'Edith de Cornulier-Lucinière


samedi, 07 décembre 2013

Eau de coco, de Laurence Bordenave

Laurence Bordenave se balade entre deux mondes, elle connaît celui des toutes petites bêtes et celui des textes et des images.

En décembre 2013, elle répond à l'appel d'AlmaSoror, qui propose d'écrire un texte contenant :

oh mon âme
le plus vieil été du monde
c'était si pur
ta mère absente
coco

 

Eau de Coco

Ce quidam, tu sais, celui qui ne savait pas ce qu’il voulait combattre. Un officier que seule la lune pouvait voir. Il est mort.

Il n’a pas fallu longtemps au massacreur pour subjuguer notre inconscient tant il est vrai qu’apparemment la mouche et l’homme se ressemblent.

Avec l’été – le plus vieil été du monde, maintenant, je le sais, l’orage grondait au fond d’un cri que ni toi, ni moi, n’aurions pu percevoir, ou peut-être le chat. Les chats perçoivent.

Mais dans cet air putride et vert, gonflé d’un océan d’oiseaux, l’officier, que l’eau de coco n’a pas suffit à ranimer, chargea le cœur des médecins d’une douleur inavouable. Que faire alors ? Aucun de nous ne s’attarda sur ce conflit. Ta mère absente, la mienne aussi, nous étions donc unis par les liens de la fuite. Te souviens-tu alors quand nous courûmes ?

Oh, mon âme ! Te souviens-tu ?

C’était si pur.

 

Laurence Bordenave

 

1984, de Martin

Martin et la barmaid d'AlmaSoror, anciens élèves du lycée Buffon, ne s'étaient pas vus depuis bien longtemps, lorsqu'en décembre 2013, il répondit au mail d'AlmaSoror, qui proposait d'écrire un texte contenant :

oh mon âme
le plus vieil été du monde
c'était si pur
ta mère absente
coco

 

1984

C'était un soir frais du début de l'automne – ou de la fin de l'été. L'année ? 1984. Sa jeunesse me damnait, Ô mon âme, je croyais vivre enfin le grand amour, mais ce n'était que le plus vieil été du monde, celui qui même aux senteurs des tilleuls le chaud appel des étourneaux étourdis par l'accouplement. C'était si pur, ta tendresse. Nous étions libres (ta mère absente), et heureux. Coco courait au loin devant nous dans les bois dont nous remontions les sentiers chaque soir, jusqu'à la cabane en haut de la colline. Qu'es-tu devenu ? Je l'ignore, et de par les maisons que j'ai visité cet été, nul ne le sait. Je n'ai jamais si si je t'ai donné ou blessée. Incapacité de me juger moi-même, Ô mon grand amour, seule que j'ai aimée.

Martin

 

Je n'abats jamais - Les calcinés

Les Calcinés sert dans un bar du sixième arrondissement et boit après le travail dans un bar du septième arrondissement.

En décembre 2013, il répond à l'appel d'AlmaSoror, qui propose d'écrire un texte contenant :

oh mon âme
le plus vieil été du monde
c'était si pur
ta mère absente
coco


Je n'abats jamais

 

Je n'abats jamais mon jeu, ni mon ennemi. Je n'abats que le travail de chaque jour, j'avance bardé, armuré, chamarré de plomb et d'argent vers des lignes d'épure où je planterai ma tente finale, à l'horizon des crépuscules. Peu importe la douleur tiède des éveils de défaite, des gueules de bois des lendemains de fête, j'avance lentement vers le plus vieil été du monde.

Au temps des jeunesses, nous avons partagé des espoirs hilarants, oh mon âme, c'était si pur de croire en un avenir soyeux. C'était si bête aussi, oh mon corps, empli de cicatrices et vieilli, aujourd'hui, tu pleures ta mère absente, son odeur Coco Chanel, son allure coquette, ses blagues cocorico, des larmes sans sel se souviennent des moments sucrés.

Car plus rien ne reste des hivers où nous espérions. La vie a rempli son rôle d'éducatrice : je sais désormais que, soldat voué à une mort vaine, j'avance sans plier ni blesser vers la porte fermée, vers l'impasse dernière, vers le plus vieil été du monde. Je n'abats jamais mon ennemi, je n'abats jamais mon jeu. Je ne bats que la carte du Tendre, enfuie d'un tarot taré.

 

Les Calcinés

 

Vers, de Kevin de Motz-Loviet

 Kevin de Motz-Loviet est membre de la confrérie de Baude Fastoul. Il a participé trois fois à AlmaSoror, un premier extrait, un second extrait, ainsi qu'une lettre à L.N.

En décembre 2013, il répond à l'appel d'AlmaSoror, qui propose d'écrire un texte contenant :

oh mon âme
le plus vieil été du monde
c'était si pur
ta mère absente
coco

Le résultat est en vers :


Oh mon âme alourdie ne pèse plus ses mots -

Elle se remémore un souvenir de Nantes

Par le plus vieil été du monde, du Coco

Dans un lagon de rhum au bar des années 30

 

Sur nos vies planait l'ombre de ta mère absente

C'était si pur ce son du pianiste enivré

Je croyais vivre enfin l'amitié des atlantes

En sirotant le punch et ton sourire ambré

 

C'était si pur ce son du pianiste enivré

Dans un lagon de rhum au bar des années 30,

Je voyais rire enfin ta bouche surannée

Titubant à ton bras dans les ruelles de Nantes


Kevin de Motz-Loviet

 

Dialogus, de J.B

J.B travaille dans une banque. Il lit souvent AlmaSoror.

En décembre 2013, il répond à l'appel d'AlmaSoror, qui propose d'écrire un texte contenant :

oh mon âme
le plus vieil été du monde
c'était si pur
ta mère absente
coco

C'est sa première participation au blog de l'âme-soeur.

 

DIALOGUS

Si la vie t'était donnée deux fois, tu te souviendrais du plus vieil été du monde, père de tous les étés. Tu puiserais aux sources de ses jours les joies que tu n'as pas connues, à cause de ton frère malade, ta mère absente, ta puissance amputée.

- Oh mon âme, dirais-tu, n'ai-je pas tout le temps de me tromper ?

- Non mon coco, car la seconde vie est faite de toutes les libertés que tu as tissées au cours de la première. L'immortel est un homme parfait.

 

J.B

 

eh coco ? de Mavra Nicolaïevna Novogrochneïeva

Mavra Novogrochneïeva est membre de la confrérie de Baude Fastoul. Elle est une des photographes attitrées d'AlmaSoror et tient par ailleurs un blog monomaniaque sur sa passion des grues.

En décembre 2013, elle répond à l'appel d'AlmaSoror, qui propose d'écrire un texte contenant :

oh mon âme
le plus vieil été du monde
c'était si pur
ta mère absente
coco

Le résultat est l'autobiographie déchirante du flingue Coco, que connaissent déjà les lecteurs des Mémoires d'une voyouse


eh coco?

« Coco, eh coco?

Coco c'est moi, c'est le flingue. Et la voyouze, de temps en temps, elle me parle. Moi j'aime bien. Elle me raconte sa vie et elle me montre quand elle aime bien les paysage, les gens. Elle me sort et elle vise. Moi j'aime bien.

Un jour, on est allé au bout du monde. C'est là qu'il y avait eu le plus vieil été du monde, avec des dinosaures. La preuve, les arbres, énormes. C'était si pur, pas de bruit dans la forêt sauf quelques bruissements, et puis la résonance de quand elle vise sur un arbre. Le ricochet sur les tronc. C'était si pur.

Oh mon âme, elle pleure en se souvenant. Après la forêt, les arbres, elle a été prise de nostalgie ma voyouze, et elle a voulu voir sa maison. Elle aurait pas dû. C'est ça qui l'a perdue. Elle a pleuré et elle m'a raconté: "tu sais pas ce que c'est, ta mère absente pendant des jours, la peur dans la nuit, toute seule, c'est pour ça que je t'aime mon coco, eh coco, mon poteau."
Puis elle a visé, une dernière fois, c'était elle qu'elle visait, la voyouze. Elle me manque ma voyouze. »

 

Mavra, 18 nov 2013 entre 21h et 22h

 

Oh mon âme, mon Édith, d'Henri-Pierre Rodriguez

Henri-Pierre Rodriguez - HP pour les très intimes - tient le blog Crescent.

En décembre 2013, il répond à l'appel d'AlmaSoror, qui propose d'écrire un texte contenant :

oh mon âme
le plus vieil été du monde
c'était si pur
ta mère absente
coco

Le résultat fit rougir la barmaid du zinc almasororien :


Oh mon âme, mon Édith

Oh mon âme, mon Édith, ne crois pas que j'oublie

Mais même si mes nouvelles semblent aussi lointaines que le plus vieil été du monde

Ne crois pas que j'oublie, nous avons affronté tant et tant de turbulences que nous avons la nostalgie d'hier,c'était si pur

Mais comme jamais ta mère absente ne saurait être, crois-moi, nous non plus n'étions jamais bien loin

Ne me crois pas vilain coco même si pour un peu je dépassais la date

 

Henri-Pierre Rodriguez

 

Poème post-dada d'Aleixandre Loisnac

Aleixandre Loisnac est membre de la Confrérie de Baude Fastoul. Il a déjà collaboré à AlmaSoror, avec Les vertiges.

En décembre 2013, il répond à l'appel d'AlmaSoror, qui propose d'écrire un texte contenant :

oh mon âme
le plus vieil été du monde
c'était si pur
ta mère absente
coco

Le résultat est un poème abouti, d'une mouvance post-post-dadaïste :

 

oh mon âme

le plus vieil été du monde

c'était si pur

ta mère absente

coco

 

Aleixandre Loisnac

 

J-6 avant l'automne - Mathieu Granier

Mathieu Granier est scénariste. Il a collaboré à VillaBar en 2007, avec le roman-photo Ginna l'empoisonneuse.

En décembre 2013, il répond à l'appel d'AlmaSoror, qui propose d'écrire un texte contenant :

oh mon âme
le plus vieil été du monde
c'était si pur
ta mère absente
coco

Le résultat s'appelle J-6 avant l'automne. (Les éléments obligatoires sont en gras dans le texte).

 

J-6 avant l'automne


 

Aurore aux doigts de rose soulevait lentement le voile de la nuit. Le rossignol finissait son chant adressé à la lune et les arbres lourds de leurs fruits penchaient leurs branches sur la terre humide. Bientôt le soleil allait paraître. Bientôt il serait l’heure aux fleurs de briller, aux bêtes d’étendre leurs corps et à l’homme de se mettre à la tâche… Une nouvelle journée, chargée d’odeurs, d’ombres et de bruissements dans ce qui fut le premier, le plus long, le plus vieil été du monde.

Dans son abri fait de mousses et de feuilles, ADAM caressait l’épaule nue de son EVE endormie. Il fixait au travers des branchages l’étoile du matin dont la lumière se faisait à chaque instant plus faible. Il ne voulait pas la quitter des yeux, il savait qu’il ne pourrait pas en retrouver l’éclat dans ce ciel palissant. Or, il avait besoin de concentrer ses pensées sur la longue journée de la veille… Et rien ne l’aidait mieux à fixer son esprit que de fixer ce point. Il avait discuté tard avec EVE de sa rencontre avec Archange Gabriel. Bien sûr, sa compagne n’était pas en mesure de réaliser tout ce qu’impliquait les propos du messager du ciel. Mais d’avoir dû lui répéter, avec des mots qu’elle pouvait comprendre, les récits grandioses, les enjeux éternels, les mises en garde mortelles de l’archange avait aidé Adam à avancer dans ses réflexions.

Adam avait connu peur et fascination face à l’ineffable. Le récit du combat que DIEU avait dû livrer contre SATAN, de Sa décision de créer la terre et la mécanique parfaite de l’univers avaient modifié pour toujours la vision qu’il porterait sur les choses. Il avait acquis la certitude que son créateur, cet être essentiellement juste et bon, avait ordonné le monde tel qu’il devait être. EVE tourna son doux visage. Un premier rayon de soleil venait de se poser sur ses paupières. Avec le jour, la couche nuptiale se colorait de toutes les teintes de vert que Dieu avait accordé à la nature. Le corps de sa compagne paraissait d’un noir presque éclatant. Le moindre de ses mouvements donnait à sa peau des nuances de cuivre, d’ébène, de limon ou d’obsidienne.

Eve ouvrit les yeux enfin et sourit. C’était un sourire de soulagement : elle avait craint que Satan vienne lui insuffler des songes durant son sommeil, comme il l’avait fait la nuit précédente. Adam lui avait pourtant expliqué que l’Archange déchu avait été surpris et chassé loin de l’Eden, mais cela n’avait pas suffi. Pour la première fois de sa vie, elle avait ressenti cet abandon au sommeil comme une perte de soi, comme si son corps ne devenait qu’un objet de pierre et de poussières… qu’il faudrait reconquérir au moment du réveil. Mais la nuit était passée et comme il fut doux et simple pour elle, d’ouvrir les yeux pour contempler l’homme qu’elle aimait. Bien sûr, six jours plus tard, après une longue errance sur la terre, l’Archange allait revenir et précipiter l’homme dans sa chute, mais ni Eve ni Adam n’en avaient conscience.

Le couple béni se regarda longuement en silence, admirant les corps parfaits l’un de l’autre, se rappelant les heures les plus intimes de leurs étreintes, partageant, dans leurs nudités pures, les mêmes désirs conjugaux, rêvant de leur future descendance… puis Eve demanda une nouvelle fois à Adam de lui parler de sa rencontre avec Gabriel… comptant sur ce récit pour chasser loin d’elle ses dernières terreurs nocturnes.

« C’était si pur, dit Adam. Il me semblait que les mots qu’il prononçait émanaient et brillaient à travers moi, comme s’il se contentait de me révéler des vérités que je connaissais de toute éternité. La nature est impropre, elle nous impose une série infinie d’énigmes qui nous sont étrangères, là où l’on n’attend que des solutions. Gabriel, lui, m’enseignait ce que j’avais toujours voulu savoir. Il me berçait, il me consolait, il savait quels mots employés afin de combler ce vide que je pressens quand j’imagine mon être perdu entre le Chaos et l’ordonnance impénétrable. Le monde brusquement était animé, j’en voyais le sens, j’en déroulais les logiques… et si chacune de ses phrases ouvrait sur un autre mystère, c’était sur un mystère qui se contemple comme une réponse. Il me parlait d’évènements, de causes et de finalités dépassant mon entendement, mais je n’avais pas peur… et Satan non plus, ne me faisait plus peur. Sa beauté glaciale, sa noblesse déchirée, son orgueil impie me rendaient presque triste. S’il faut aimer et honorer son créateur, il faut aussi respecter et estimer son ennemi, car il est dangereux de mépriser ce qui peut entraîner notre perte. »

Eve resta un temps pensive. Son époux semblait tellement apaisé… « Cela est suffisant, alors ? Un ange descendu du ciel vient à notre rencontre et nous parle, il remplit l’esprit d’images et de sens et l’on repart heureux. Pourquoi Dieu nous a-t-il fait naître avec tant d’ignorances, si c’est pour lever une partie de ces mystères insondables dès que Satan foule de ses pieds damnés cette terre bénie ? A-t-il peur que nous succombions aussi facilement à ses charmes ? Lui qui peut porter son regard au-delà de l’horizon des temps, il ne pouvait ignorer la venue de l’Archange rebelle, comme il ne peut ignorer toutes les ruses que l’ennemi va déployer contre nous… Si la connaissance doit nous prévenir de ce mal, pourquoi nous en avoir privée ? Et pourquoi nous interdire les fruits de la science, si même l’innocente ignorance ne peut nous protéger du danger ? A moins que Dieu ne soit un Dieu imparfait, non pas faillible, mais en devenir ?... Un Dieu qui grandit en même temps que Sa création ? Peut-être s’agit-il simplement d’un test de sa part. Mais quelle valeur aurait une épreuve dont il connaît déjà les résultats ? Non, Il ne nous soumet pas à un test… Il nous enseigne. Il nous a fait ignorant et pur afin que nous puissions apprendre… Et cet apprentissage nous pousse à user de ce trésor qu’il nous a confié, le don du libre arbitre, afin de nous positionner dans ce monde. »

« Adam, mon cher Adam, mon tendre époux, tu as pu parler avec l’ange. Il t’a révélé une partie de la vérité et tu en ressors grandi. Face à cette prise de conscience, tu as décidé d’endosser le rôle de celui qui garde le feu. Tu étais une créature vaquant innocemment dans les champs Elyséens, mais de paisseur tu es devenu berger. Or, moi, quel doit être mon rôle ? Comme mon époux me l’a dit, je ne suis pas exercée aux hautes sphères des idées dans lesquelles se meuvent les anges… Alors quelle position je dois prendre ?... »

Ainsi pensait Eve… Adam, de son côté, avait repris la parole. Il parlait d’organiser la table, de tresser des guirlandes de fleurs, de creuser un grand plat dans un bois d’olivier… Eve finit par comprendre : Gabriel allait lui rendre une autre visite le jour même. La première femme sentit que c’était là l’occasion de sortir d’avoir des réponses.

« Oh, mon âme, mon guide, mon soutien, ma lumière, toi à qui je dois obéissance car Dieu m’a créée pour te seconder, je sais que je suis impropre aux pensées abstruses, et loin de moi l’orgueil de me croire capable d’entendre les paroles de l’Archange, mais j’ai toutefois une requête à te faire et nul doute que Gabriel n’y verra aucune offense. J’aurais une question à lui poser, une seule… Il me suffirait d’assister au début de votre rencontre, de l’accueillir en même temps que toi… A peine aura-t-il le temps de s’asseoir que j’aurais déjà ma réponse. Et je suis sûre qu’il saura trouver les mots que j’attends pour se faire comprendre de moi. »

Adam était amusé par la requête de son épouse. « Probablement qu’il accepterait de te répondre car Dieu porte le même intérêt à toutes ses créatures, mais quelle question aurais-tu à lui poser dont je n’aurais pas la réponse ? Tu es née de ma côte, tu es mon prolongement, rien de ce que tu penses ne m’est étranger. Peut-être se peut-il que certaines de tes interrogations ne me soient pas encore venues à l’esprit. Dans ce cas-là, une juste réflexion, mon sens de l’observation ou les connaissances que m’a enseignées Gabriel devraient suffire à trouver une réponse. Si toutefois ce n’était pas le cas, je m’engage à poser la question à l’Archange de ta part… Je m’empresserai de te répéter ses mots, en y mêlant des figures qui te seraient plus accessibles. »

Eve resta silencieuse. Adam avait raison, bien sûr, mais quelque chose l’empêchait de lui confier le fond de sa pensée. Une ombre dans son esprit lui faisait pressentir que son époux n’allait pas comprendre ses questionnements, même qu’il en aurait un peu honte. D’où lui venait ce sentiment ? Il était possible que des restes du rêve de Satan étaient la cause de son trouble. A cette idée, Eve eût encore plus de réserves. Adam a une image d’elle si pure, comment allait-il réagir en découvrant qu’elle n’arrive pas à chasser définitivement les impressions issues de ce malheureux songe ? Peut-être même que ses interrogations sur sa place dans le monde étaient engendrées par cette influence nocturne… Après tout, Adam ne semblait pas souffrir des mêmes doutes. Il avait pris son parti tout naturellement, n’ayant peut-être même pas conscience que les révélations de Gabriel l’avaient changé pour toujours… alors qu’elle-même se sentait comme devait se sentir Thésée partant affronter le Minotaure, fixant la mer d’un œil humide et ignorant quel rôle il allait endosser dans l’histoire… Eve devait réussir à convaincre son époux d’accéder à sa requête. Car si elle redoutait de décevoir Adam en lui confiant ses troubles, elle savait que Dieu, les connaissait déjà. Elle aurait à peine besoin d’en parler pour que Son messager la comprenne…

« Mon doux mari, dit-elle, je ne veux pas t’importuner avec des questions vaines. Il ne s’agit de presque rien, des idées à peine formulables par mon esprit confus. Nous avons tous deux une belle journée qui nous attend. Gabriel me comprendra, par son essence divine, là où il nous faudrait des heures pour préciser ma pensée. Et puis, ma présence à tes côtés devant lui ne pourra que faire resplendir ta grandeur. Il est bon l’homme qui veut protéger sa femme, mais il est grand l’homme qui la porte à ses côtés. Tu seras mon socle, tu me tendras du bout de tes bras vers le ciel… Ne serais-tu pas heureux de voir mon visage baignée dans la lumière divine ? »

« Je serai heureux, bien sûr, répondit Adam. Et je le suis. Car la lumière divine inonde déjà ce jardin. Je la vois sur ton corps à chacun de tes gestes. Je suis déjà ton socle, ton roc, ton cap, car c’est par mon regard que tu resplendis. Mon amour te porte au-dessus de toutes les autres créations de Dieu, alors pourquoi devrais-je t’exhiber devant Lui ? Cela ne me rendrait pas plus heureux, mais plus fier. Or quelle fierté ne serait pas malvenue face au messager de celui qui a tout créé ? Et puis, il y a autre chose : certes, Dieu a fait ton esprit différemment du mien, mais il n’en reste pas moins parfait. Ce n’est pas parce que tes réflexions sont trop élevées qu’elles te paraissent obscures, puisque tu ne peux pas avoir de réflexions plus élevées que celles dont tu es capable. Tu es dans le trouble car tu as laissé ta raison prendre une mauvaise voie. Elle avance droite quand elle est guidée par une pensée sensée, mais elle se perd dans le brouillard si d’autres mouvements la guident. Ce sont de ces mouvements que tu dois te méfier, ils sont motivés par les sentiments, les émotions et les pulsions… ils détournent la raison de la justesse. »

« Mon très cher… J’entends ce que tu dis. Mais il est possible que toi, également, tu aies pris une voie qui ne soit pas guidée par le sens. Je ne remets pas en cause la pureté de tes intentions, seulement, tu as vécu des évènements qui ont profondément impressionnés ton esprit. Une nuit, c’est peu pour consommer tous les bouleversements que tu as connu. Et même si tu es capable de chasser tes pulsions loin de ta conscience, elles peuvent influencer ton jugement. Nous sommes et serons pour toute notre descendance les premiers parents, les êtres sans nombril. Dieu nous a fait de la plus noble matière, mais il ne peut pallier à l’étrangeté de notre origine. Tu es né de la terre même, sans femme qui t’ait porté, et ton créateur t’a façonné à son image. Avec ta mère absente, ton père omniprésent et moi qui suis à la fois ta sœur, puisque nous avons le même créateur, ta fille, puisque je suis issue de ton flanc, et ta femme, puisque nous partageons la même couche, reconnais que ton passif est propice à perturber ta raison. »

« Mon amour, conclue Adam, toi et Gabriel ne parlez définitivement pas la même langue. Je suis triste de réaliser que tu n’as pas compris la nature même de mes rencontres avec lui. Certes, il est possible que mon esprit ait parfois du mal à gérer certains éléments de mon passé, mais Gabriel connaît justement des voies pour m’enseigner à y voir plus clair. Il me fait prendre conscience des profondeurs de mon être et j’y trouve ce qui est le meilleur de moi. Ce sont les désirs inassouvis qui engendrent les pulsions… et ces pulsions ont pour effet de troubler la raison. En présence de Gabriel, l’effet se recule. Il sait combler ces vides et il me montre le vrai chemin. Je peux donc t’assurer en toute clarté que votre rencontre serait vaine. Si Dieu avait fait des anges femmes, les choses seraient différentes. Si par aventure un jour une ange descend sur terre, je serai très heureux de te laisser la rencontrer. Mais ange ne se décline pas au féminin. Maintenant, assez parlé. Je vais aller sculpter le plat sacré qui recevra la nourriture pour l’ange. De ton côté, prépare le foyer et rassemble à ta convenance les fruits les plus doux afin de contenter notre faim. Je les offrirai moi-même à notre hôte et nous les dégusterons en songeant à toi. En cela, tu seras d’une manière présente pendant notre rencontre. »

Adam partit se mettre à l’œuvre, le cœur léger, impatient d’être l’échanson de Gabriel, tel Ganymède aurait été celui de Zeus. Eve regardait pensive son époux creuser la branche d’olivier. Son corps noir se détachait nettement devant le ciel… Elle sentait un sentiment nouveau chez elle : la tristesse.

« Ma confiance dans mon mari est entière, songeait-elle… Cependant, jusqu’à présent, je ne l’avais jamais réalisé. Le fait de prendre conscience de ma confiance en lui n’est-il pas le signe que, pour la première fois, j’ai douté de ses paroles ? Est-ce encore le rêve de Satan qui me trouble ? Je sais que Dieu m’a faîte pour suivre mon époux, mais dans ce cas-là, pourquoi m’autorise-t-Il à avoir des désirs qui ne sont pas les mêmes que les siens ? Si je suis née pour obéir, quelle utilité il y avait à me faire don du libre arbitre ? Preuve m’est faite par ses propos que mon époux est plus grand que moi… Pourquoi Dieu m’a investi des mêmes pouvoirs sans m’investir des mêmes forces ? Ne suis-je au bout de compte qu’une épreuve infligée à mon époux ? Peut-être doit-il apprendre à m’assujettir, à me pousser vers la raison et acquiert-il en y parvenant encore plus de gloire… Si c’est le cas, chacun de mes écarts est une manière de rendre sa droiture plus éclatante en comparaison, ils donnent de la valeur à son épreuve. »

Tout en poursuivant ses réflexions, Eve arpentait l’Eden, cherchant du regard les meilleurs fruits pour Adam et Gabriel…

« C’est un malheur que Dieu me refuse les réponses qu’il accorde à mon époux… Car comment pourrais-je marcher parfaitement dans son ombre alors que mes pensées me poussent parfois à chercher d’autres chemins ? A moins qu’il s’agisse là de mon épreuve à moi : réussir à faire taire mes réflexions. Non… Cruel serait le créateur qui aurait engendré une créature dont les croyances n’auraient pas de valeurs. Dieu est parfait, il ne peut pas être cruel. Alors mon destin doit être de trouver ma place en me heurtant au silence désespérant du monde. Car vu qu’il m’est interdit d’avoir une réponse, je dois la chercher. Cependant, Adam m’a confié une tâche. Comment lui montrer, à lui et au messager de Dieu, que j’ai compris quelle serait ma place ? Comment suivre son avis tout en montrant le mien ? »

Le regard d’Eve se posa sur un grand arbre aux larges feuilles ombrageuses...

En rentrant au foyer, le plat sacré était déjà achevé. Il était posé sur la table, attendant de recevoir les fruits les plus délicats. Dans peu de temps, Adam allait devoir les ouvrir de ses mains nues pour offrir au messager du Dieu leurs chairs généreuses… Eve s’approcha du plat et y mit avec délicatesse et soumission une dizaine de noix de coco.

Ce fut la première pierre posée à l’édifice de la désobéissance.

Mathieu Granier