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dimanche, 12 février 2017

Comme un dimanche

 

Je descends dans une zone de brume depuis ce matin, je m'enfonce à chaque seconde. J'essaie en tâtonnant des mains dans la tourbe rouillée de trouver des racines, de les arracher pour m'en nourrir à travers ces moments indistinctement laids. J'aurais besoin d'une attelle pour mon âme, d'une assistance respiratoire pour mes relations interpersonnelles. J'aurais besoin d'un grand chien noir qui marche à côté de moi.

Je m'asphyxie avec de la poudre anesthésiante. Des sons dans mon oreille ressemblent à des cloaques. J'ai mal à l'insuffisance émotionnelle de mes reins. Je vous regarde passer, vous tous qui vivez dans un monde structuré, là-bas, dans cet espace si clair où les gens se lèvent le matin, se rassemblent le soir et suivent des règles communes. Immuable, ce sentiment d'une chair en incapacité d'adaptation.

Comme c'est drôle : bonnes et mauvaises nouvelles se confondent en une lente contusion des sens. Je délaisse l'Evangile de Jean, je délaisse les films de Tarkovski. Les formes du monde se défont, la nasse se dessine et je vogue immobile, transie, pétrifiée, à l'abandon.

 

dimanche, 05 février 2017

Conte, fleurette !

Il me semble que si une petite fleur pouvait parler, elle dirait simplement ce que le Bon Dieu a fait pour elle, sans essayer de cacher ses bienfaits. Sous le prétexte d'une fausse humilité elle ne dirait pas qu'elle est disgracieuse et sans parfum, que le soleil lui a ravi son éclat et que les orages ont brisé sa tige, alors qu'elle reconnaîtrait en elle-même tout le contraire.

Thérèse Martin, dite Sainte Thérèse de Lisieux, IN Histoire d'une âme

vendredi, 27 janvier 2017

Le poème de l'hiver 2017

Tu disais des poèmes aux quatre saisons. Tu n'es plus. Il faut bien que quelqu'un te succède à cette valse de mots. Voici celui de l'hiver 2017.

 

Aux grands froids de janvier, quand la foule frissonne,

Un glaçon solitaire étreint le souvenir

D'un frère. 

 

J'ai prié dans l'oubli. J'ai crié dans la lumière. 

 

Les vents sonnent tocsin quand les cloches sont tues. 

Dans la foule laïque, un religieux s'éteint

Sans Père. 

 

J'ai donné des piécettes au miséreux derrière la gare. 

 

Mes éveils s'indisposent avec la charge des années. 

Quand ma vie se repose, je me souviens d'elle : 

Ma mère. 

 

Mais l'armoire est mitée où s'entreposent les vieux papiers.

 

Janvier tire à sa fin comme un vieux majordome

Qui s'éloigne à pas tremblants du château où il servait

Le dernier maître.

lundi, 23 janvier 2017

Le vélo géant, par Lau Bergey et Nicolas André

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C'est dans une ferme d'un pays d'Europe de l'Ouest, imaginons une ferme du Bordelais, qu'une fillette reçoit un vélo pour son anniversaire. Adieu tricycle, le nouveau vélo est arrivé ! 

Les chutes s'ensuivent et se ressemblent, mais un grand garçon étranger vient résider à la ferme. 

Il est fort, il est mystérieux, il est chaleureux, et il dessine comme un Dieu. 

Il dessine les vélos géants qu'on chevauchera quand on sera grande. Mais on ne le sait pas encore. On sait simplement que Peter s'en va, que la ferme redevient sage et qu'il n'y a plus qu'à pédaler sur les routes et à rêver en haut des arbres. 

Un souvenir d'enfance tout en images, aux dialogues rares ; une narration apaisante ; une histoire à regarder et re-regarder.

 

 Autour de ce Vélo géant, il y a même un peu de musique... par ici !

jeudi, 29 décembre 2016

Jour de chasse

J’étais parti chasser pour tromper l’ennui…

Pour tromper le malheur, j’étais parti chercher la proie, donner la mort.

Le fusil en bandoulière, le chien sur mes talons.

Nous t’avons pisté.

Nous t’avons poursuivi à travers bois et clairières,

Tu courais devant nous, inquiet, tourmenté.

Un oiseau te guidait vers un lieu de refuge,

Un oiseau te guidait à travers les sentiers.

Nous nous sommes embourbés dans la boue et les ronces qui encerclaient le château en ruines.

Ruines du temps perdu, ruines de mon cœur d’homme.

Cœur d’homme ému par une hase en automne.

Je t’ai laissé en vie, avec ta femme et tes petits,

Lièvre, tu m’as fait honte avec ton bonheur pur.

jeudi, 22 décembre 2016

Frappée en novembre

Suite à deux rencontres avec François Bernheim, au Café de l'Etoile manquante et dans le salon Colette de l'Hôtel de Massa, j'ai accepté d'écrire pour le site Mardi, ça fait désordre, un texte sur ce qui m'avait frappée au mois de novembre. 

Le voici ici aussi :

 

Le mois de ceux qui ne sont plus parmi nous

Novembre, tu es revenu enterrer l’été. Tu es arrivé comme on t’attendait, tu t’es comporté à ton habitude, avec ta froideur implacable et ta pluie pénétrante. Je t’ai laissé me traverser sans réfléchir aux conséquences de mon inaction. Je t’ai laissé agir sur ma vie, sur tout ce qui m’environne. Puisqu’on me demande aujourd’hui ce qui me frappa en ce mois, je dirai que c’est avant tout la grande absence des morts.

Ils ont cessé de vivre et aussitôt nous avons cessé de les considérer. Nos corps ont faim et soif de nourritures et de boissons, cette vitalité nous sépare d’eux et aucun amour hélas ne résiste quand l’appel du ventre de l’un répond à la dés-existence de l’autre.

Mais les morts ne sont pas les seuls laissés-pour-compte de nos vies. Les absents leur ressemblent beaucoup à cet égard. Même celle que j’aimais, à laquelle j’étais liée me semblait-il d’une manière inextricable, depuis qu’elle a claqué la porte de la maison familiale, elle disparaît. Son ombre obscurcit nos dîners, nos palabres, mais son ombre n’est pas sa personne. Sa personne n’a plus sa place à notre table.

J’aimerais dîner à une table éternelle, à la table des anges et des fantômes, où tous, vivants et morts, présents et absents, trinquent ensemble, en chantant des airs égrillards ou grégoriens. J’aimerais prendre place au grand banquet macabre des amours mortes et des liens défaits.

dimanche, 18 décembre 2016

Franchir la ligne

Le soir se pose sur la grande ville ; tu bois un verre où flotte un zeste de fleur d’oranger, et tu dors, ou plutôt tu sors du réel. Conscience créative, tu deviens. Aucune musique ne dessine ton image sur le miroir aux alouettes. Tu marches. Le béton sous tes pieds : aréole de sensualité. Tu te diriges vers où toutes les rues du Vice se rejoignent. C’est décidé ; ce soir, tu mords. À l’hameçon du désir et du plaisir, de la douleur et de la peur, tu mords ce soir. Il faut une première fois au moins une fois tous les dix ans, il faut une première fois quand depuis si longtemps la ouate hideuse et monocorde du quotidien a recouvert la suie des rêves.

Les voix éthérées des femmes vendues abrègent ton questionnement moral. Le sensorium de l’instant t’emporte au-delà de la limite floue des décences admises. Tu te sens en apesanteur au milieu de cette soirée où tout te tourneboule, où tout se déroule comme dans un hymen subi, un film bien-aimé, un rite accompli.

Extrêmement longue est ta nuit initiatique. Les lampadaires réverbèrent les échos imagés de tes gestes désinhibés. À sept heures du matin, un fouet claque dans la ville. Une porte s’ouvre. Deux silhouettes s’éloignent de toi. Tes yeux cillent, ton esprit décille, tu t’éveilles au Toi que tu avais congédié quelques heures plus tôt.

Un nouvel amour t’attend. Un nouveau voyage. Désormais, quelque chose dans ta vie sera grand.

samedi, 10 décembre 2016

Somnambule, me disait-elle.

 

« Somnambule, me disait-elle. Oui, j'ai parfois l'impression d'avoir dormi ma vie, et seulement changé de sommeils ; peut-être ma lucidité, dont j'étais trop sûr, ne fut-elle que la conscience de mes rêves. Suis-je donc enfin réveillé ? Ce grand vertige de lumière, ou de mort... »

 

Cette phrase que vous venez de lire est l'avant-dernière du roman Le somnambule, de Pierre-Henri Simon (1960).

Ce livre, dans une collection intitulée « Le club de la femme », je l'ai trouvé posé sur le comptoir du vestibule d'un immeuble d'une rue du vingtième arrondissement de Paris, dans le quartier situé entre les stations de métro Maraîchers et Alexandre Dumas. Je l'ai ramassé, et je l'ai parcouru, parfois en ricanant, parfois avec émotion.

 

lundi, 28 novembre 2016

Stabat memoria

 

Pergolèse, je suis si vieille par rapport à l'âge que tu connus. C'est toi pourtant qui me ravives et me consoles, les longs soirs de novembre. Jeune homme, ta musique accompagne mieux encore que l'Armagnac la lenteur des ennuis nappés de froidure. À côté de moi, dorment plus d'une vingtaine de tomes édités avant la guerre de 1939-45. Leurs titres : Les hommes de bonne volonté. Le drapeau noir ; Prélude à Verdun ; Recherche d'une église ; ces volumes dévorés par de jeunes gens devenus des vieillards aujourd'hui. Se souviennent-ils de leurs frémissements en lisant Jules Romains ?

Je divague, peut-être à cause du frimas, peur-être à cause du vin. Je divague, peut-être à cause de moi, peut-être à cause de toi à qui je pense, ce soir. Toi dont je sais le nom. Toi dont j'ai su la peau. Toi dont je ne sais plus rien.

 

samedi, 26 novembre 2016

Les silhouettes des fermes isolées

Écrire sans inspiration, sans envie, pour la simple raison qu’il y a des décennies l’enfant qu’on n’est plus a décidé d’écrire. Raconter n’importe quoi, comme cette mâchoire bloquée depuis quelques semaines. Une mâchoire qui se bloque le soir, demeure crispée toute la nuit, puis ne se desserre plus pendant les premières heures du jour. Je n’ai pas souvenir du premier jour de cette crispation qui empire.

 

Mâchoire serrée sur la route nocturne en Bourgogne. Le bitume dans la lumière des phares, les arbres le long de la route, les silhouettes des fermes isolées. Mon esprit liquide se coule dans la route, seules les mâchoires ne se coulent pas. Je me souviens d’autres routes, dans d’autres coins de France.

 

Mâchoire bloquée dans l’aube bleue des confins du Berry et de la Sologne, alors que tous les autres dorment. L’association vivra son assemblée générale tout à l’heure, pour l’heure, yeux clos, portes closes, rideaux tirés, persiennes fermées. La grande salle du petit-déjeuner n’est pas encore ouverte, j’ai faim, je contemple les armées de nuages qui passent au loin. Au-dessus des fils électriques, les passereaux dansent un ballet alors que les paquets de brume sombre ne se sont pas encore dissipés dans la lumière naissante.

Mâchoire contrainte dans cette petite gare perdue qui voit passer ses derniers trains. Bientôt, elle deviendra désaffectée, repère d’un maillage effacé par la rentabilité, repaire de fêtards lobotomisés par le tempo binaire des musiques abrutissantes, sur les bords des rails traîneront les restes de poudre de rails sniffés par les bienheureux temporaires. Le train s’arrête, trois passagers épars enjambent le marchepied, bientôt ce voyage là se fera en voiture, ou ne se fera plus.

 

Mâchoire fermée dans l’espace de méditation au fond de la banlieue mi-chic, mi-pauvre, sous la voix calme et monocorde du maître récemment converti mon corps se détend, sauf mes mâchoires qui ne se détachent pas l’une de l’autre. Que m’arrive-t-il ? Ce n’est pas grave. Personne ne le voit. Je fais illusion à tous, sauf à moi. L’éclat de mes yeux détourne l’attention, personne ne remarque l’étendue du blocage des joues. J’inspire, j’expire, doigts de yogi sur mes genoux, je repense à ma chienne qui savait courir comme une folle à la moindre occasion.

Où suis-je, à cet instant ? J’ouvre à peine les yeux. À la campagne, ou en pleine ville, je ne le sais pas encore. Des lectures anciennes, des odeurs nouvelles, un matin particulier au milieu d’une vie.

mardi, 22 novembre 2016

Insomnia mundi

Le monde est insomnie. Musique, images immobiles, images mouvantes, danse des corps, logorrhées ordonnées, les arts puisent à la grande fatigue de ne pouvoir dormir. Le temps de la souffrance est irréductible, celui de la rédemption, imprescriptible. Perspicace, je ne me lasse plus des quelques vers de Baudelaire qui décrivent le lendemain de l'illusion. Chaque renoncement m'ouvre une porte de liberté. Demain, je serai loin.

 

lundi, 21 novembre 2016

Le dernier mix

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Dernier mix dans la petite ville de l'Ouest pour Siobhan H, qui quitte ce soir la côte par le train de nuit.
La deltaplaniste s'est envolée une dernière fois, il y a quelques instants, alors qu'un coup de tabac secouait la côte. Elle a emporté sa machine à mixer dans le ciel, pour un dernier opus qui mêlera, comme à son habitude, les cris des oiseaux, les sons du ciel, de la mer et de son vol avec les rythmiques lancinantes aux tempos chevauchés qu'elle affectionne. Pour ceux qui s'ennuient au boulot ou chez eux et qui en ont la possibilité, on peut se brancher sur Radio Apsyaï et suivre ainsi en direct sa création des hauteurs.

 

 

Sur AlmaSoror :

La vie tranquille de Dylan-Sébastien M-T

Siobhan

mercredi, 16 novembre 2016

Ce sentiment

Tu as raison. Dès que le moral remonte, j'aime cet appartement qu'auparavant je haïssais. J'aime sa sombre ouverture sur une route passante, l'écrasement de ne pas voir le ciel, la longueur du couloir et la cour rectangulaire. Ce sentiment qui m'a plombée, qui pourrait trouver sa place dans le Dictionnaire des chagrins obscurs, se métamorphose en une sensation qui s'inscrirait sur la pierre ingravée des joies secrètes. Particulièrement quand la voix grave du chanteur nord-américain des années 1980, noyée dans des flux et des reflux de notes synthétisées, s'écoule comme un fleuve rauque dans l'espace du salon.

mercredi, 09 novembre 2016

Les petits refus

Tous ces petits refus pour essayer de rester quelqu’un qui décide son destin.

Refuser d’être un numéro, un membre d’un troupeau, cela commence au magasin d’habits du Faubourg Saint-Antoine, quand la vendeuse goguenarde, qui vous a donné un numéro de métal « 2 » pour indiquer vous avez pénétré dans la zone d’essayage avec deux articles en vente, frappe à la porte : « mesdames, vous n’avez pas le droit d’être deux dans la cabine ». Indiquer à ma mère que je ne prends pas les chandails et sortir sur le champ du magasin.

Cela continue au Grand Magasin de la rue de Rivoli ou du boulevard Haussmann, où vous faites demi-tour lorsqu’on vous demande à l’entrée d’ouvrir votre sac et votre manteau.

Cela se poursuit lorsque vous refusez la promotion alléchante de la SNCF qui vous enjoint à acheter votre billet entre telle heure et telle heure pour bénéficier d’un rabais, ainsi vous affirmez votre désir d’un « juste prix ».

Il faut encore renoncer à regarder une vidéo si une publicité s’impose au commencement.

Tous ces renoncements aboutissent à une vie aride. Ils peuvent apparaître comme des caprices de mauvais coucheur. Ils forment la trame quotidienne d’une affirmation du statut de personne libre, digne de respect et de confiance.

Voter avec les pieds (détourner les talons quand on veut vous fouiller), voter avec l’argent (payer des objets dont on approuve le processus de fabrication), voter avec l’esprit, en opérant des choix qui ne suivent pas les règles que tout un chacun adopte par convention – voir tel film, se mettre en couple, détester tel personnage public -, bien sûr que cela ne sert à rien.

À rien d’autre que de se dire à soi-même : « tu vis ton aventure humaine parce que tu es libre et que ton cheminement, unique comme ton visage, vaut la peine d’être respecté ».

mardi, 08 novembre 2016

Hors-piste

À notre époque « médiatique », il est difficile de penser par soi-même. Le commentaire médiatique s’impose et impose les sujets du jour, reléguant au domaine de l’ineptie ou de l’inexistence tout ce qu’il ne prend pas en charge.

Aussi, parler d’une littérature non médiatisée, c’est comme ne pas parler de littérature du tout aux yeux de beaucoup de gens, pour lesquels ce qui existe est ce qui est prescrit.

Les contre-cultures, sous-cultures et autres paracultures suivent elles aussi ce jeu de la reconnaissance, même si la médiatisation reste confidentielle et leurs aficionados, un cercle restreint.

Un peuple d’individus fichés par l’Administration, surveillés par le commerce (pistage des comportements sur Internet), dont les goûts et les couleurs sont guidés par l’appareil médiatique, voilà ce que nous ne voulons pas devenir.

Comment reprendre le pouvoir de penser par soi-même, de se créer ses propres idées sur le monde, de se balader à travers les forêts vierges d’œuvres non médiatisées ?

Il faut pour cela accepter la solitude mentale, une solitude si dure à vivre…

Être réduit au silence et à la sous-existence sociales, pour penser et choisir en conscience.

Sur cette route délaissée, méprisée, les rencontres sont rares, mais elles sont inoubliables.