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mercredi, 18 juillet 2018

Astres des ébats possibles

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Constellation d’étoiles et de lune blanches dans l’Heure Bleue. Conversations des sens, sans intervention des mots. Car la chair s’est faite silence et le Verbe s’est enfui.

Notre religion mêle la croix du Sud et celle du Christ, le football international et les migrations des chenilles. Vieilles pierres et béton armé, mariage partiel, éclipse totale.

Raconter une histoire ? Oui, mon fils. Mais pas sans te cacher un peu de vérité. Le réel cru est l’ennemi de la civilisation. Recouvrons de brume les éléments inadéquats de notre biographie. Recouvrons de cendres les vérités cassantes, ne gardons que celles qui brûlent comme un phrase dans la nuit. Veilleurs de nuit, enfances demeurées entières malgré le passage des ans. Vaisseau de sons et de couleurs au-dessus de l’indifférence, comme un rêve qui caresse nos peaux indemnes. Les rides se dissolvent. La mort fait ses valises, la mort se fait la malle, il n’y a plus d’espace pour son rire dans l’Éternel Présent.

 

Sur AlmaSoror : 

Les silhouettes des fermes isolées

Paupières

mardi, 17 juillet 2018

Desastre des débats impossibles

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(Auparavant sur AlmaSoror :

Cas de consciences et conscience des cas

Une marche humaine

Le mariage et la moraline)

Plus de 90% d'un certain genre de personnes sont supprimées avant leur naissance alors qu'elles sont en pleine forme. Aussi ce n'est peut-être pas idéal de qualifier ces avortements de "thérapeutiques", puisque ni la vie de l'enfant ni celle de la mère ne sont en danger. Juste une paire de chromosomes supplémentaire.

J'ai dit ça à table mais on m'a dit que j'étais fasciste parce que "ce discours est celui de gens d'extrême-droite".

"La femme est libre de faire ce qu'elle veut de son corps", m'a-t-on encore dit.

Je me pose des questions, sans fanatisme ni certitude. 

Le corps d'un enfant viable, âgé de 5 mois déjà dans un ventre, n'est-il qu'un morceau du corps de celle qui le porte ?

Je ne suis pas entrain de dire qu'un avortement est un crime, ni de m'opposer radicalement au droit à l'avortement.

Je trouve pénible de n'entendre que deux points de vue tranchés et cyniques sur la question.

- Celui qui traite de criminelles des femmes qui, tombées enceintes dans une situation pénible et sans courage ni moyens d'assumer le bébé, décident d'interrompre la grossesses dès que celle-ci est connue.

- Celui qui trouve fascistes tous ceux qui n'apprécient pas qu'on dispose de la vie vulnérable et merveilleuse des bébés in utero jusqu'aux dernières extrémités de la grossesse sans avoir aucunement à justifier l'acte.

Lorsque on criminalise d'office la pensée de l'adversaire, le débat devient impossible et le désastre augmente.

dimanche, 15 juillet 2018

La solitude au milieu des hystéries collectives

Sortir dans la rue, apercevoir ces gens aux joues peinturlurées, bières à la main, criards, réjouis.

Entendre ce chant de haine, "qu'un sang impur abreuve nos sillons", ces phrases que les Républicains chantaient en assassinant les paysans vendéens, les ecclesiastiques, les catholiques et les nobles. Depuis cette époque, chaque fois qu'il faut détruire ou coloniser d'autres peuples, ce chant ressurgit comme un éveilleur de cannibales.

Téléphoner à quelqu'un, entendre que dans sa ville à l'autre bout du pays les mêmes hurlements sortent des fenêtres au même moment que chez moi...

S'enfermer dans une salle de bains et attendre que les hurlements de joie féroce et les klaxons se taisent.

Contempler avec amour les drapeaux sans nation : le drapeau blanc, le drapeau noir, le drapeau inca.

Savoir que dans les scènes d'hystérie collective, le lynchage guette.

Trouver une ou deux personnes qui lisent ou s'occupent tranquillement et ressentir l'espérance que l'humanité n'est pas qu'une masse de hurleurs avides téléguidable : certaines personnes demeurent capables d'individualité même pendant les liesses et les tristesses officielles.

Mais je sanglote quand même, au bout de la dixième grosse vague de hurlements qui accompagne les bons ou mauvais coups de quelques gars qui courent quelque part autour d'un ballon, à l'idée qu'on peut tout faire aux hommes, leur arracher tous leurs droits, du moment qu'on leur organise une coupe de football de temps en temps. Pourquoi n'ai-je pas pris avec moi, ce soir, Mein trauriges Gesicht, Mon visage triste, cette nouvelle exceptionnelle de Heinrich Böll ?

Et ce qu'on peut faire aux hommes, on peut le faire aux pays aussi : les exproprier de leur monnaie, de leur souveraineté, de leur constitution, de leurs paysages, de leur indigénité, tout cela se fait sans difficulté, du moment qu'on leur organise une coupe de football de temps en temps pour les réjouir et leur donner des vibrations nationalistes.

(Sur AlmaSoror :

L'incendie de mars

Contre la télévision (Pasolini)

En pays lobotomique

Le peuple et le néant

Mélanie des Vosges

Les veillées des chaumières

Hameaux-tombeaux

La contemplation d'un visage

Deux de l'adolescence

Les miettes succulentes du drapeau riant de la France)

 

Et lire et relire Le stade barbare et La fureur du spectacle sportif de Marc Perelman qui tente d'analyser cette catastrophe intellectuelle et émotionnelle du sport médiatique international.

Hier soir j'écrivis ce texto à L : "On se sent rabat-joie, à dénigrer une belle humeur collective, à ridiculiser les grandes liesses des autres. Mais... avoir vu tant de lois liberticides passer sans entrave, savoir que l'art raffiné peine à vivre, rend ces grands débordements festifs difficiles à supporter".

L répondit : "Cela les éclaire d'une lumière crue qui les montre tels qu'ils sont : des armes de coercition massives qui creusent, tels des bulldozers, les tombes des civilisations humaines".

Oui, la tendresse et la joie collectives sont des bulldozers. N'éprouvant, le temps du match, que des sentiments positifs, les joyeux collectifs trouvent profondément méchants ceux qui ne participent pas à la Grande Tendresse Universelle. Mais le lendemain, ils remettent leur habit de semaine, s'en vont au travail sans prêter attention au clochard et reprennent le fil de l'inconscience banale des jours subis.

vendredi, 13 juillet 2018

Explication

November, de Max Richter. Et le soir qui tombe extrêmement lentement. La voix d'une crooneuse vieille chante dans l'appartement d'à côté :

 

J'ai voulu chanter ce chant,

voulu chanter ce chant encore

Ce chant rend hommage à une femme

Il rend hommage à une femme morte

Morte, sous les coups d'une femme

Les coups d'une autre femme

Une autre femme qui lui enviait son corps

qui lui enviait son âme.

 

La blancheur sale des murs de chaux et la poussière des livres, la rougeur sombre des tomettes et la bûche morte dans la cheminée éteinte depuis quelques mois. Le mois d'août n'est pas encore là.

 

J'aurais voulu chanter cette hymne

l'hymne à la déesse du vent

ce vent qui souffle chaud ou froid

froid ou chaud sur les prés et sur les toits

 

J'ai quitté mon enfance par un soir de juin, je le sais bien. Je la retrouverai dans vingt ans, c'est évident. Quand plus un cheveu châtain ne s'apercevra sur ma tête, quand j'aurai réentendu ta clarinette, quand nous pourrons dire si les prédictions de la voyante étaient vraies ou fanfaronnes.

 

Je chanterai un jour pour toi

pour toi qui pleure en t'endormant,

je chanterai ce chant d'enfant

ce chant d'enfant qui a vieilli

je chanterai ce chant pour toi

Au jour des morts j'en fais serment

 

Je sais pourquoi je n'écris pas, pas publiquement, je sais pourquoi ce que je montre est fade et ce que je cache est profond. C'est parce que je suis l'autre face du monde, la lune noire, le miel salé, le soir matutinal.

 

Peu importe, tu m'as touché la joue et je suis partie avec ton chien.

 

(Sur AlmaSoror en juillet :

2017 : Tristesse balnéaire, béton désarmé, stations essence, séniors en culottes courtes

2016 : Nocturne express

2015 : L'or des sables et suivants

2014 : Chronique d'une solitude

2013 : Le dernier rêve

2012 : Ces bêtes... Piles électriques jusque dans la bouche

2011 : La bêtise et le mépris

2010 : Les affiches qui me faisaient rêver dans ma jeunesse

2009 : Ne me quitte pas, ma langue)

jeudi, 12 juillet 2018

Une intense sensation de liberté...

... t'aide à mieux respirer depuis quelques jours.

Elle coéxiste avec une intense sensation d'oppression, celle d'être cernée par des forces de destruction qui se donnent le doux nom de progrès.

(Il n'y avait pas de vieille armoire dans cette habitation ; pas d'étagères débordant de vieux livres, pas de poussière sur des tables d'antan).

L'ennemi siège aux portes de la ville, il a déjà infiltré les institutions à tous les étages.

(Les couleurs ne se modulaient pas au rythme de la journée. Les couleurs étaient toujours les mêmes, sans influence extérieure).

Une intense sensation de liberté est survenue lorsque tu as dissocié ta peur de ta culpabilité. Tu as peur de l'ennemi, tu as nommé son nom dans ton for intérieur et tu sais désormais que tu es libre, quoi qu'il arrive. La liberté de tracer les frontières de ton être.

Tu ne confonds plus ton désir de survie avec une mauvaise éducation. Tu ne confonds plus ton refus de l'ennemi avec une résistance psychique au changement.

(La langue qui s'y parlait ressemblait à la nôtre, en apparence. Mais les flots de sens charriés par les mêmes mots, différaient ; et les conversations ne pouvaient plus éclaircir nos destins).

La politesse, qui voulait annihiler le combat politique du pauvre, a été remplacée par la tolérance, qui annihile le combat politique de l'autochtone. Pour l'instant, aucune parole de délivrance n'est possible : elle serait assimilée à la haine du progrès, au refus de la tolérance. On lui ferait honte. Pour l'instant...

Mais, quand le siège sera levé, il te faudra rester calme face aux petits soldats du progrès et de la tolérance qui changeront de chemise et de camp en moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire.

(Il te faudra marcher loin des habitations sages et neutres. Jusqu'au vol concentrique des corneilles de la violence. Alors, comme un soleil qui descend sur les fleurs du soir, tu seras restauré dans le crépuscule de tes idoles).

Il te faudra partir marcher dans le calme de la campagne, il faudra respirer sans joie ni rancoeur. Il te faudra savoir que pendant que tout le monde criera ce que tu penses en cachette aujourd'hui, un autre silence s'imposera peu à peu sur la ville et sur la foule. Un autre silence, un même interdit : celui de dire vrai.

(Dans ton ventre qui gargouille, germe le fruit d'une nouvelle génération, qui reprendra les chants anciens de guerre et de procréation).

 

En miroir, sur AlmaSoror :

Extrait de La philosophie de la révolution, de Nasser

Maryvonne

Mon pays

mardi, 03 juillet 2018

Ors du soir

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Lorsque tout est nié en nous, lorsqu’aucune collectivité ne nous admet, il faut puiser au creux de soi la puissance fœtale et granitique de projeter son soi hors de soi, dans le monde. Mais il faut le faire avec un masque pour échapper à l’assassinat psychique.

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Sur AlmaSoror : 

Mascara

l'évangile de la liberté

Soir sans étoile

Fragments d'un discours suicidaire

dimanche, 01 juillet 2018

Au pays frais des vins et des chansons

« Vous n'étiez pas un Français bien assimilé. Vous étiez un étranger vénimeux pour la nation, la République vous était une étrangère aberrante. Aux murs de votre chambre, les condamnations à mort de vos ancêtres « au nom du Peuple Français et de la nation ». Sur le bois de rose de votre table de nuit, Les Hosties Noires, de Léopold Sédar Senghor.

Vous connaissiez les détails des habitudes des oiseaux : pigeons, hirondelles, rapaces, corneilles et martinets. Le matin, vous prononciez vos prières en les observant par la fenêtre. À Nantes, vous récitiez l'Angélus que sonnait Saint-Clément au loin en regardant les colombes du jardin des Plantes. À la Garnache, par les grandes fenêtres, le silence mordillé par les grillons à l'heure où vous disiez les vêpres, en compagnie de votre épouse, afin d'accompagner votre fils qui les chantait au même moment, avec ses frères, à la Trappe en Normandie.

Israël Joshua Singer et Alfred de Vigny sur la console en marbre du salon, sous le portrait gravé de madame Élisabeth.

Assises sous le christ sculpté par le fondateur des Monfortains, vos petites-filles, oubliant les joies et les peines de l'école parisienne, avalaient les Vacances de la comtesse de Ségur et les Aventures d'Alice détective privé. On entendait le souffle du hêtre sous la caresse du vent. Une grande horloge comtoise en noyer sonnait toutes les heures et le tictac de son balancier ne cessait jamais dans la salle à manger adjacente, dont nous n'avions pas le droit d'ouvrir l'armoire. L'oncle Bertrand chantait la Légion étrangère et les Paras en peignant paresseusement les volets.

Qui étions-nous ? Un peuple mort composé d'êtres humains bien vivants, une famille en exil au lieu où elle avait toujours vécu. Nous n'étions pas dans le besoin, vous n'étiez pas dans le déni, vous étiez juste en désaccord très profond et très calme avec chacun des fondements de l’État, depuis deux siècles ».

 

Sur AlmaSoror :

Camp 1940, de Léopold Sédar 

Croisés et décroisés

L'aberration de valeurs chrétiennes

Para ti

Du désert

Chefs de guerre et de religion

De Pierre à Anne-Elisabeth

Isteamar de l'intérieur

Firmus ut cornu

samedi, 30 juin 2018

Locus obscurior

J'aimerais être la dernière locutrice d'une langue et languir de la peur et du désir de mourir. Toute-Puissance et totale impuissance de la femme-langue des fins dernières, avant terme.

Écouter, un dernier été, les grouillements et les chants des grenouilles au bord d'un étang teinté d'éternité. Moustiques de la tiédeur, ronds des carpes. Des moines passent de l'autre côté de l'eau morte, dans leur vêtement marron, habit d'énigme qui les distingue du reste des hommes, triviaux.

(Une vieille dame récite un poème en yiddish dans un château de bohème, entourée de jeunes visages qui se détournent du sens, quelque part dans une région de l'Est de l'Europe. Un homme âgé, sur un chemin aux alentours de Ferreñafe au Pérou, invoque son père en langue quechua).

Quel est ce secret qui me donne envie de vivre pour toujours et de mourir tout de suite ? Un secret enfoui dans le langage, sans nul doute. Au fond d'une langue latine qui a perdu le fil de l'espoir.

Indicible, la beauté de ma douleur. Intangible, ce matin où la sépulture s'est formée dans mon coeur-vivant. Les grenouilles rassurent cette impression d'être dans un coin de France qui ressemble à l'ancienne maison du vrai nom.

vendredi, 15 juin 2018

Rêve de libellules

Sois celle que tu veux être et tout rentrera dans l’ordre et dans l’harmonie.

Les musiques qui te plaisent aujourd'hui, tu les trouveras fades demain. Où trouver l'éternité ? Renouvelle ton regard et laisse voleter autour de toi les libellules de la futilité. 

 

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Sur AlmaSoror

Le poème ou l'image qui viendra

Sol occidens

Le pouvoir de la kora

Nostalgie du soir

jeudi, 14 juin 2018

Une histoire vraie

Tu rêvais de ta tante qui avait séjourné, en secret, à Lucerne, en compagnie de Boris de Schoelzer ; je rêvais de toi. Scriabine joué par ta nièce berçait nos silences. Sur la terrasse, le vent chuchotait et mes regards allaient du mont Pilate à la surface du lac, contemplant sans pensée les ponts de bois, les toits, les horlogers de la rue d'en bas, les hirondelles sur les cheminées, les martinets à ventre blanc posés sur les hautes branches des trois hêtres au tronc gris. Ce climat matinal me donnait l'impression de vivre et d'attendre, sensations enivrées de l'instant magique, inquiétude sourde de ta visible absence mentale et de la lenteur lourde de tes gestes.

La danse des cygnes qui me semblait un signe, mais ton énigmatique allure de spectre.

J'aimais cet homme que tu étais entrain de devenir. Tes cheveux bruns et gris, coupés courts, remuaient doucement dans le foehn. Je retenais mon souffle. Ton violon raffiné posé dans son écrin sur la grande table de noyer, la porte cloutée à l'étage, l'ordinateur dans la chambre médiévale. Ta folie orthodoxe me donnait envie de te suivre partout où tu allais, elle te poussait à partir toujours plus loin des gens qui s'attachaient à toi. Et je t'imaginais enfant, aux côtés de ta mère géorgienne flûtiste et de ton père suisse, banquier, s'admirant et se méprisant l'un l'autre pour la rigueur protestante du mari et la sensibilité fiévreuse de l'épouse. J'imaginais ta sœur, la perte de ta sœur, je tentais de prendre la température de ton cœur, qui battait sans sentir mon impérieux appel.

Ce fut le dernier matin. Nous nous sommes croisés deux fois depuis, alors que vingt ans se sont écoulés : à Marmande et à New York. Je t'ai peut-être aperçu au centre de musique baroque de Versailles, mais je n'ai pas eu le courage de m'approcher de cette silhouette voûtée.

dimanche, 10 juin 2018

au jour le jour, images téléphonées

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Sur Latitude, la trace visuelle des jours qui fuient.

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Mes photos sont souvent ratées, toujours prises avec mon téléphone portable. Je ne les retouche pas, je les laisse parler de ce que je crois vivre.

C'est ici que, dans un dévergondage de compétition sociale, je me vante visuellement de mes expériences. Regardez comme ma vie est belle, oh oui, whisky le soir devant un coucher de soleil urbain en écoutant la guitare de Ry Cooder se promener dans les étendues du Texas. Ou simplement une vague, ne t'inquiète pas si tu t'ennuies dans le métro la boule au ventre en allant au boulot, je viens de la surfer, cette vague bleue de la baie dont je tairai le nom. Sur ces autoportraits je suis une dissidente politique, une écrivain libre, une voyageuse à la parole errante, j'ai des livres, des amitiés, des rendez-vous, et tellement de temps libre - à la mode et irrécupérable. La preuve par images, rien de mieux.
Mais si tu crois un jour que tu m'aimes, reviens de temps en temps poser ton regard sur le vide entre les photos. Tu entendras ma voix, la vraie, sombre, bien plus sombre que celle qui résonne quand j'éclate de rire.

samedi, 09 juin 2018

Liquéfaction

Devant l'écran d'ordinateur, toi, devant l'écran d'ordinateur, moi, chacune à quelques mètres de distance, sur des chaises, nous tournant le dos. Les fauteuils sont vides. Dans la bibliothèque, les livres dorment. Par les stores, le crépuscule dissout peu à peu les lumières. Nous ne voyons pas les ombres qui se tordent sur les meubles et le tapis. Liquéfaction de la relation, de la soirée, de la vie.

Deux boussoles attendent sur la table de nuit : Julien l'apostat (ses lettres) et Vladimir Grossman (Vie et destin). Mais... les boussoles de papier paraissent des dieux morts à l'ère des écrans avaleurs du Temps.

 

Ailleurs sur AlmaSoror :

Comme un souffle trop fragile

Marketingue

vendredi, 08 juin 2018

"J'ai trempé ma foi dans l'enfer" Vassili Grossman

samedi, 02 juin 2018

Des désirs secrets

Une purification, malgré la lourdeur des mots, la banalité des intentions. Un voyage qui se créée malgré l'absence d'harmonie. Des halages, des pauses, la chanson de Johnny Guitar qui rappelle des étés, des bières dans des bars, des attentes trop chaudes. Des halages, des pauses, des désirs secrets. Des non-dits, des impensés, des tentatives de voir clair. J'entends quelquefois mon autre voix surgir du temps passé, revenir un instant, au creux du temps présent.

Et les nuages, par le vasistas, dans les ciel très haut. Des halages, des pauses, des éphémérides. Une femme rousse à qui je n'ai jamais, jamais osé dire la vérité. Une guitare et un garçon qui ne s'appelle pas Johnny. Plutôt Kévin. Je le trouve beau. Nous nous regardons à peine. Comme une rencontre manquée.

C'était avant mes premiers cheveux blancs. C'était quand il restait encore le temps. Le temps de choisir d'autres voies. Le temps d'aimer par d'autres moyens. C'était encore le temps du processus biologique, c'était le temps des insouciances (courses, nuits blanches à la montagne Sainte-Victoire puis grasses matinées jusqu'au zénith, bouteilles du Var et de la Catalogne, nectars ensoleillés). Je regarde cette femme qui a cinquante-quatre ans je crois et qui semble sûre d'elle, mais l'est-elle ? Je ne sais si je l'aime ou la crains, je ne m'en détache pas encore. Elle ressemble un peu à ce que je voudrais être et pense tout ce que je déteste. Et des halages, des pauses, des plaisirs discrets. Avant d'ouvrir le portail à la Mort, cette beauté fatale qui exige un baiser rouge pour vous prendre avec elle pour toujours.

jeudi, 31 mai 2018

Banale exctraction du jour

J'ai descendu dans mon jardin pour y cueillir du romarin et une vague de tristesse est montée dans mon cœur, sans doute à cause d'un vent venu d'ailleurs. Je me suis allongée au divan des nuages et j'ai laissé venir l'intrication des tristesses, ma tristesse musicale, ma tristesse universitaire et ma tristesse cinématographique. Un paysage sonore défilait devant mes yeux, c'était comme une pensée qui naît au bord d'un monde à demi-dévoilé.

Je suis restée longtemps autour des herbes folles et médicinales, sans accorder d'attention aux grenouilles de la mare ni au choucas des tours qui traçait des cercles au-dessus du chêne rouge d'Amérique (quercus rubra).

Il ne me reste plus qu'à rentrer préparer la ratatouille, sous le signe de la quatrième tristesse, celle qui me sépare des hommes, à cause de leur voix grave, de leur carrure et de leur étrangeté.