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mardi, 18 janvier 2022

La chambre de l'attente

« C'est du désert du Nord que devait leur venir leur chance, l'aventure, l'heure miraculeuse qui sonne une fois au moins pour chacun. À cause de cette vague éventualité, qui, avec le temps, semblait se faire toujours plus incertaine, des hommes faits consumaient ici la meilleure part de leur vie. »

Nous en parlions déjà en 2015 :

« Il faut faire des concessions », dit-on, comme s'il s'agissait d'une activité vertueuse. Je rêve d'un jour avoir le courage de ne plus concéder un iota de mes désirs et de mes rêves.   Au fond de quel fort Bastiani ?

Je suis assise dans un studio du douzième arrondissement et j'attends. Quoi ? L'éternité ? Mais non. J'attends ce moment où, enfin, je serai saisie par l'instant présent. 

 

Le mardi 18 janvier à 15h52, par texto, alors que nous venons de nous quitter après un café chez Charlette, place d'Aligre : 

Moi - Tu as lu Le désert des Tartares ? Je m'éveille souvent le matin avec la sensation d'attendre mon destin au fond du Fort Bastiani depuis plus de vingt ans... 

Léonor - Je te comprends je vois bien la torpeur

Extrait du journal de H.Le-L.

Mercredi 30 mai 2018

16h, après une sieste ratée (sans sommeil, en ayant trop chaud car le soleil inonde la rue de l'Agent Bailly de torride torpeur), je lis un passionnant article de Cécile Rastoin, alias sœur Cécile de Jésus Alliance, sur Judith Butler. Ça tombe bien, car en ce moment je pense nuit et jour à ma psychanalyste, Lemon L., une femme juive, très intelligente (également très chaleureuse), adepte de la théorie du genre initiée par Butler. Je m'oppose en fait à quelque chose, mais je ne sais pas à quoi. Cécile Rastoin énonce que pour les juifs, la parole est performative et d'ailleurs Lemon L. m'a dit une fois : que votre parole soit performative (à propos du fait de trouver et acheter une maison). Ma question soudaine : crois-je à la parole performative ? Je ne suis pas certaine d'y croire vraiment. Je n'ai pas cette foi en la parole, que pourtant j'adore. Si le Verbe se fait chair, il prend aussi les lourdeurs de la chair et subit les lenteurs et les incapacités profondes de la matière.
Lorsque j'étais adolescente, je subissais les railleries et les incompréhensions parce que je ne mangeais pas de viande par protestation envers le mépris total des animaux. Aujourd'hui, je suis lassée par les mêmes personnes qui sont devenues, sans s'en rendre compte, en croyant que cela leur est naturel, très sensibles au sort des animaux et qui le clament ou culpabilisent les autres. Alors c'est normal si ces pensées qui paraissaient subversives (théorie du genre, liberté sexuelle), me fatiguent maintenant qu'elles se répandent dans les institutions et deviennent officielles, obligatoires, mises en avant par les élites. Dans vingt ans, quand le tout-Paris critiquera ces années d'immigration massive et de glorification du "multiculturalisme", je serai peut-être parmi ceux qui rappelleront que les immigrés nous ont aussi beaucoup apporté.
Oui, toute pensée qui devient dominante a commencé par être ridicule et subversive et se glorifie du "martyre" qu'elle a subi sans se rendre compte qu'elle le fait subir à son tour. Alors, pas d'énervement. Reste calme. Tout change, sauf la mode agaçante, qui obscurcira toujours la vérité par son manque de subtilité.

samedi, 15 janvier 2022

Poème autodaté : un bail de trois ans

J'ai signé mentalement un bail de trois ans renouvelables avec deux amis, chacun écrit chaque jour un poème autodaté selon la forme inventée par Benoît Richter ;

D’après son inventeur Benoît Richter, le poème autodaté « se calque sur la date du jour.
C’est un poème de 8 vers, (puisque dans notre espace-temps la date du jour comporte en général 8 chiffres, aujourd’hui, par exemple : 12 02 2012), dont chaque vers est compté en nombre de mots selon la ligne. (Zéro mot verra un saut de ligne).

Alors : 

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mardi, 11 janvier 2022

Hiver, hiver, clément hiver, frimas doucereux, amour monocorde

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Nous avons besoin de la terre, nous avons besoin de tombes, nous sommes de chair et de tradition, nous sommes de sperme et de ventre, nous sommes de racines et de cendres, cessez vos jeux, docteurs Faust ! Nous avons besoin de l'eau glacée sur nos langues blessées, nous avons besoin de musique pure au fond des forêts, nous avons besoin de prises de sang au centre de la ville pour vérifier que nous sommes toujours bien vivants malgré la couverture infinie du béton.

Et lire, et maudire, et lire, et relire... D'où est ce sang qui coule dans mes veines, d'où vient ce sentiment de l'exil au cœur de mon existence ?

Nous avons besoin de la boue, nous avons besoin de la vase, nous avons besoin des barques et des étangs, nous avons besoin des vieilles pierres oubliées dans les clairières, nous avons besoin des tours de guet et des chants de chasse. 

dimanche, 09 janvier 2022

Laissez sortir ce captif !

Il est toujours intéressant de plonger dans une autre époque, le temps d'une lecture. L'un des bénéfices qu'on en tire, non des moindres, c'est de quitter, momentanément, les pénibles affres du temps présent. Et en ce début d'année lourd d'actualités, quoi de moins actuel qu'un texte de Bossuet, ce prédicateur du temps de Louis XIV ? Et pourtant...
Bossuet livre le portrait de ces moines de Notre-Dame de La Merci, voués à racheter les chrétiens captifs en terre d'Islam, y compris, s'il le fallait, en se livrant à leur place... Un sacrifice incompréhensible ? Une folie ? Ou tout simplement un moyen radical d'aimer son prochain et d'affirmer l'inaliénable dignité de tout être ? 
Drapé dans la langue somptueuse et claire de Bossuet, le 22 ème livre de la Maison Malo Quirvane nous emmène loin dans la psyché humaine et dans la sociologie religieuse. Présenté avec intelligence et dextérité par Jean-Baptiste Amadieu, il nous offre une échappée belle, à des années-lumière de l'actualité, pour mieux la remettre à sa juste place, peut-être.

Oui, lorsque, accablés par les coups durs de la vie privée ou politique, nous baissons les bras, il faut se tourner vers un phare allumé. Ce texte de Bossuet, précédé d'une présentation lumineuse et ferme de Jean-Baptiste Amadieu, c'est le phare que la Maison Quirvane propose aux lecteurs fatigués par les conditions de l'individu dans la société française en ce début de l'an 2022. Ce phare, sa lumière est étrange et vivifiante - pourquoi ? Parce qu'elle nous nourrit d'un pain très humain, très proche de nous, dont nous nous étions détournés, aveuglés par les lumières tournoyantes qui n'indiquent aucun chenal où glisser pour se reposer. 

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Laissez sortir ce captif ! Panégyrique de Saint Pierre Nolasque, par Bossuet

dimanche, 02 janvier 2022

Réveil électronique

Une certaine obsession, un obsessionnalisme, donne à ton projet, à tes projets, un ton envoûtant, une tonalité fascinante, parce que la répétition monocorde et l'absence de cœur des machines reposent nos vies lacérées par les émotions.

Ce n'est pas ce zen exotique et mal compris que je recherche, ni une pilule parfaite qui tairait toute douleur et me fermerait à moi-même, mais l'entrée dans la ouate. 

Je cherche à entrer dans la ouate pour vivre en apesanteur dans un doux son de glouglou bleu clair et rose.

samedi, 01 janvier 2022

Vers la lueur vivide

L'ultime contrainte sera la liberté ultime, comme le premier choc fut la première joie. 

mardi, 28 décembre 2021

Nudité

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jeudi, 23 décembre 2021

Politesses d'une post-modernité déjà caduque

Merci beaucoup pour ce référencement chère madame. L'informatique est une grande cosmogonie logique traversée par des absurdités aux conséquences plus ou moins ennuyeuses... 
J'adorerais retourner dans le monde d'avant pour me souvenir de ce qu'est un cerveau sans "notifications". 
 
En attendant, je vous envoie mes remerciements électroniques. 

mercredi, 22 décembre 2021

Apnée vosgienne

Tu disais des poèmes aux quatre saisons. Tu n'es plus. Il faut bien que quelqu'un te succède à cette valse de mots.

Voici Apnée vosgienne, poème de cet hiver 2021-22

 

Impulsion immobile : un paysage indéfini se noie dans la brume, taches floues.

L’apnéiste assis devant le lac nargue l'air - carpe humaine (charpente de muscles), oxygène, souffle épique.

Épicéas muets sous la ligne bleue des Vosges, cette éternelle promesse d'un silence qui colmate les trous du cœur.

Deux heures passent, et le vide se remplit de vide.

La brume dissipée libère les formes, l'homme déploie ses membres et s'en retourne, malgré un bref regret, vers le chalet (charpente de bois) des humains bavards.

 

voici, Le vieux majordome, le poème de l'hiver 2016-17 ;
voici Fazil, le poème du printemps 2017 ; 
voici Dans la chambrée, le poème de l'été 2017 ; 
voici Silentium, le poème de l'automne 2017, ; 
voici Héroïne, le poème de l'hiver 2017-18 ; 
voici Tbilissi, le poème du printemps 2018 ; 
voici Portrait d'été, le poème de l'été 2018
voici Pluie d'étoiles, le poème de l'automne 2018 ;
voici Spectre, le poème de l'hiver 2018-19 ;
voici Les champs de persil, poème du printemps 2019 ;
voici Antigua, poème de l'été 2019,
Voici Humus, poème de l'automne 2019.
Voici Je descends l'escalier du temps, poème de l'hiver 2019-20
Voic
قسنطينة, le poème du printemps 2020
Voici Plombières-les-bains et Port-Saint-Rêve des Morts, les poèmes de l'été et de l'automne 2020
Voici Sils, le poème de l'hiver 2020-21
Voici Stance, le poème du printemps 2021
Voici Rompre, le poème de l'été 2021
Voici Renouer, poème de l'automne 2021

lundi, 20 décembre 2021

Kino, il y a deux attitudes ou même trois ou neuf ou vingt en cette vie

Attitudes possibles, dans le froid de l'hiver, assez pour cailler mais sans cette neige qui nous maintient énergiques et enthousiastes, non, et que faire de la révolte, nous scandalisés, cette colère qui gronde en notre cœur comme un moteur cassé, qui ne pourrait aboutir qu'à l'exclusion sociale et administrative si elle s'exprimait ? Et qu'est-ce qu'une vie dans notre société sans inclusion sociale et administrative ?

Alors si on ne veut quand même pas mourir, si on avait des rêves à suivre, si on aime des gens, si on veut croire à demain, comment exprimer ce trop-plein de vie que la société zombie veut éteindre à n'importe quel prix ?

écrire, disait-elle, ou pratiquer l'apnée dans le silence morbide de sa chambre de l'immeuble béton-plastic des années 1960, ou encore ? Attendre en cultivant des amitiés bizarres et vivantes cachées sous le boisseau de l'étouffement moral et sanitaire.

Ou ?

Ou encore marcher longtemps, sans laisser transparaître sur son visage la colère du résistant ni la honte du différent ni la joie du Chrétien ressuscité des morts.

Accepter de considérer que la période traversée ressemble à une zone barbelée déguisée en Disney Land. Admettre qu'il faudra parvenir à éprouver la joie, le bonheur, l'amour et l'espérance à travers les boues humaines et les tracas saupoudrés par l’État. Comprendre qu'il ne faudra jamais tout dire, qu'il faudra dompter son propre humour et maîtriser sa pensée afin que nos rires et nos paroles ne choquent pas les gardes-champêtres. (Ces garde-champêtres qui se croient les hérauts du bien-être et de la liberté et qui sont les kapos du camp).

Creuse en secret ta vie intérieure afin que ta vie extérieure ne soit pas pourchassée par les factions de l'Ordre bienfaisant, de la Santé officielle et de la Liberté encadrée.

(Et si la loi inique interdit au nom du Bien Commun les feux dans les vieilles cheminées, tu construiras le feu éternel dans la cheminée vivante de la tradition en perpétuelle transmission)

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dimanche, 12 décembre 2021

Bonne route...

 

Il est neuf heures du soir, la journée a passé tranquillement. Maria-Laurencia Bordanova est venue dîner au studio de Saint-Elme, puis s'en est retournée à métro, à vélo dans son vingtième. Je regarde des passages de ce film merveilleux, Latcho Drom, sur l'épopée des gitans. Souvenir de ma jeunesse où j'étais ouverte au monde, aux autres, à toutes ces cultures différentes de la mienne qui me fascinaient et m'attiraient. Ce n'est pas l'âge qui m'a changée, mais l'état d'épuisement de mon pays.

Oui, c'était à l'époque où dans son salon tout rouge, ma mère soupirait en nous disant qu'elle aurait voulu être un très gros pianiste de jazz noir fumant des cigares en jouant toute la nuit dans une boite new-yorkaise. Et le dimanche après-midi, elle nous emmenait boire un coca-cola au Chien qui fume et de retour chez nous elle peignait ou rangeait en écoutant, sur le tourne-disque, la guitare de Manitas de Plata (Manitas et les siens).

Cette époque est bien morte et nos esprits ont été ensevelis par des problèmes nouveaux. Les problèmes qui nous harcelaient et nous faisaient souffrir en ces temps reculés se sont dissipés. Alors ? Il faut retrouver le chemin de la fête perpétuelle, le rêve d'une union internationale des vivants et l'ambiance qui allume les jours tièdes, comme une allumette craque dans la nuit.

Ou peut-être qu'il faudrait enfin commencer à danser.

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lundi, 06 décembre 2021

L'incohérence cardiaque

Alors que nous remontions la grande rue de Vauvillers, là où le porche du château m'attire toujours – souvenirs des cors de chasse dans la cour, lors de festivités municipales auxquelles ma grand'tante m'emmenait, Jason et Romaric me disaient qu'ils ne souffraient pas le moins du monde de devoir montrer leur passe sanitaire avant de pénétrer dans les lieux publics, les bars, les restaurants, trains, musées, etc. Pour eux, c'est un détail. Un détail dont ils n'auraient pas cru l'existence possible au début de l'année 2020, mais un détail entièrement supporté et admis. Je n'ai rien dit. Des montagnes de civilisation spirituelle nous séparent eux et moi dans ces moments là.

Deux femmes pimpantes, chaudement vêtues, la trentaine, pénétrèrent dans la cour du château. Nous remontâmes en voiture. Une centaine de mètres plus loin, je posai délicatement la main droite sur le côté gauche de ma poitrine, tandis que, comme si c'était naturel, je levai le bras droit au-dessus de ma tête, afin de sauver mon cœur du tako-tsubo. Jason repris son discours sur la nécessité d'une immigration accrue en France, Romaric conduisait en commentant les paysages que nous traversions. J'attendais la neige en exécutant discrètement des exercices de cohérence cardiaque.

Extrait de l'Empire des tsars...

Voici l'ouverture du chapitre huit de L'Empire des tsars et des Russes, d'Anatole Leroy-Beaulieu. On peut le lire par ici dans son entièreté. 

 

La Sibérie a dans les deux hémisphères une sombre réputation : elle la doit moins à son rude climat qu’à la multitude d’exilés qu’elle a engloutis depuis des siècles, qu’aux légendes dont la pitié publique ou l’imagination des écrivains ont entouré les déportés. Avec ses blanches et silencieuses solitudes, avec ses steppes durcies par le froid, la Sibérie apparaît de loin comme une immense prison de neige, comme une sorte d’enfer de glace, pareil au dernier cercle de l' Inferno de Dante. Certes peu de contrées au monde ont reçu de la nature moins d’attraits pour l’étranger. Un tiers de ces immenses surfaces est compris dans le cercle polaire, et, plus au sud, le relief élevé du sol rend souvent le climat aussi rigoureux qu’au nord, en sorte que la moitié même de la Sibérie méridionale demeure impropre à l’agriculture ou à la vie civilisée. Les régions les plus chaudes, ouvertes tour à tour au vent glacial du pôle et au souffle desséché des déserts de l’Asie centrale, ont la température moyenne de la Finlande, mais avec un climat notablement plus continental, c’est-à-dire, avec de plus grands écarts entre les saisons extrêmes, de façon qu’aux hivers les plus rigoureux peuvent succéder des étés brûlants

samedi, 04 décembre 2021

Vies

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Je dois mener plusieurs vies mais qu'elles ne paraissent pas plusieurs, qu'il y ait une unité profonde, malgré les univers si variés et en apparence contradictoires.