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jeudi, 02 juillet 2020

Verbatim des temps morts

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La parole, le sexe et la mort sont trois grandes zones de liberté et de censure.

Quand le sexe est licite, la mort devient obscène. Quand la mort est assumée, le sexe devient illicite.

Le Verbe s’est fait chair et Il a habité parmi nous.

Il vivra parmi nous jusqu’à ce que la chair devienne enfin le Verbe.

 

jeudi, 25 juin 2020

Ne déglingue rien

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C'était une passacaille de Haëndel sous tes doigts. C'était un bébé goéland qui criait sur le toit. C'était un monsieur qui mourait près de nous, doucement. C'était un confit qui cuisait dans la cuisine, lentement. C'était un après-midi qui n'en finissait pas.

Et c'est ta peau encore, presque vieillie mais toujours tendre, qui s'éveille à nouveau après ces lacs de cendres. Ne déglingue rien, tout est parfait quand tu reviens, ta flûte traversière dans les mains et ton incandescence au creux des reins.

Tous ces appartements seront bombardés évidemment, pas par les bombes des États fous qui lapident aux droits de l'homme, mais par les nouvelles modes très chères que les bourgeois payent pour rafraîchir les lieux jaunis par les années.

samedi, 20 juin 2020

& la mécanique...

« L’année 1952 est en outre celle des fameuses 4’33’’. Inspirée par les toiles blanches de Rauschenberg, 4’33’’ de silence pour n’importe quel(s) instrument(s) est l’œuvre que John Cage jugera la plus décisive, la plus radicale de toutes celles qu’il a pu écrire. Il s’y référera sans cesse et confiera même qu’il y pense toujours avant d’entreprendre une nouvelle composition. Pour un John Cage émerveillé, la musique n’a pour fonction que de nous faire prendre conscience du miracle de l’existence, dans sa globalité, et c’est ainsi qu’il faut entendre cette pièce silencieuse entièrement ouverte aux sons de l’environnement. Avec ses trois mouvements d’une durée respective de 30 secondes, 2 minutes 23 secondes et 1 minute 40 secondes, cette œuvre est créée le 29 août 1952 au Maverick Concert Hall de Woodstock par David Tudor au piano, qui marque le passage d’un mouvement à l’autre en fermant et en rouvrant en silence le couvercle d’un clavier ».

 

Extrait de Daniel Caux, Le Silence, les couleurs du prisme & la mécanique du temps qui passe, chapitre Musiques Hors Limites, Éditions de l’Eclat

mardi, 09 juin 2020

Sentiment d'inconstance

La beauté des masques qui effacent les visages dissimule les scories des émotions anciennes.

samedi, 06 juin 2020

Pour un remix intime de mon être

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Remixez-moi, que je souris comme une étudiante à lunettes aux longs cheveux sur les épaules au chandail trop long au regard encore chaud de l'enfance qui s'enfuit.

Remixez-moi au tempo d'une transe longue et trépidante, mais immobile, au milieu du temps qui ne passe plus, qui demeure comme un halo de protection.

Remixez-moi avec un peu de Schütz, un peu de Vivaldi, un peu de Pärt, un peu de Tétris et beaucoup de Bach, enrobés dans des boumboums et dans des riffs aux bémols distordus.

Remixez-moi car telle que je suis devenue, je ne peux plus me voir ni m'entendre : trop peur du vide, du rien, du néant qui avale les désirs encore forts malgré l'absence du destin. Tout est pornographique, vos mains, vos cravates, vos chemises, vos jupes et vos stylos bic.

Remixez-moi, que je salue à nouveau l'aurore, ses fumées bleues grises, ses montagnes à pic, ses nuages destructurés.

Que mon corps danse encore et que j'oublie les interstices que nous venons de traverser.

Remixez-moi, DJ sine nomine, pour un dernier jour, un jour sans fin, le jour éternel de ma jeunesse délivrée.

 

Les remix d'AlmaSoror :

Vivaldi remixé fait trembler les meubles d'un antre solitaire

La messe du voisin acnéïque

DJ Tricératops, quatrième étage, une semaine sur deux

Le dernier mix

Un bon mix

Aurore

Bioenfance

dimanche, 31 mai 2020

Ce que tu nies te soumet

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Les maîtres savent ce que le peuple ignore, mais le peuple voit ce que les maîtres ne voient pas.

lundi, 11 mai 2020

Au revoir, tristesse

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dimanche, 10 mai 2020

« Oublier la maison et l'enfant aux cheveux blonds que nous n'aurons pas »

Écrits avec les pieds, des pieds privés de marcher, ces Étranges jours d'Europe s'achèvent à cet instant.

Ils m'ont permis de chevaucher l'étrange sans succomber à la déréliction.

Que faut-il oublier au seuil de l'été qui vient ?

Que faut-il tenter, comme dernière chance d'une jeunesse éternelle ?

samedi, 09 mai 2020

Pour en finir avec la colère stérile

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Considérant que :

L’État français a, par des suites de ratifications, transféré les éléments nécessaires à sa souveraineté à une autre entité (l'UE), d'une part ;

puis, a réduit son Parlement à l'état de marionnette, via la technique des ordonnances et l'agenda législatif du quinquennat, d'autre part ;

Nous devons constater que, malgré les statuts de la constitution,

nous ne sommes plus un peuple avec une nation,

et que les députés élus par le peuple n'ont plus d'occasion réelle de le représenter ;

nous sommes devenus des gens qui croient vivre sous un régime qui n'existe plus, comme les occidentaux se croyaient sous la férule de l'empereur romain d'Occident alors même que l'empire n'existait plus.

Dans les années 400, même les roitelets rendaient hommage à un empereur qui ne régnait plus ! A notre époque aussi les gouverneurs de nos cités ne sont pas plus clairement conscients que les citoyens de l'état de fait.

Critiquer le gouvernement (pour son capitalisme, pour son socialisme, pour son étatisme, peu importe), revient à insulter le dieu de la pluie quand il pleut trop : c'est mal diriger sa colère, c'est éprouver une colère qui n'a pas lieu d'être. Car le gouvernement, comme les administrés, sont des monstres juridiques, dont la définition officielle ne trouve plus d'effet dans la réalité.

Seul l'Etat existe, mais face à la déliquescence de la chaîne peuple-représentants-gouvernement-nation, il est comme une grosse machine qui tourne, un fonctionnement qui ne s'arrête pas, sans direction politique.

Il faut donc attendre patiemment la reconfiguration d'une structure consciente, conscientisée, cohérente, en se souvenant qu'on a souvent beaucoup plus de prise qu'on ne le pense sur les circonstances et situations que nous subissons. Individuellement et collectivement. Mais pour trouver cette prise, ces multiples prises, il faut d'abord constater que les prises traditionnelles ne sont plus accessibles à nos mains.

Que nous soyons de gauche ou de droite, au centre ou aux extrêmes, notre colère est l'expression de cette impuissance. Le monde a changé mais nos catégories mentales et nos institutions n'ont pas changé. Nous sommes comme un mutant qui réagit encore selon la biologie de son état précédent, ou comme un cerveau qui n'a pas compris l'amputation de certains membres du corps qu'il dirige.

Dans 30 ans (2050), c'est certain, nous aurons mis des mots sur cette période charnière durant laquelle des Etats-nations de régime républicain démocratique sont devenus cet autre chose que nous ne savons pas encore nommer et qui sera notre nouveau monde. Redevenus conscients de notre statut, du fonctionnement de nos institutions, nous serons à nouveau en mesure de penser la politique et la cité sans cafouiller dans des colères et angoisses induites par l'aberration psychique d'un régime politique qui ne décrit plus la réalité.

 

Sur AlmaSoror :

Triumvir

Les dictatures douces

La traversée d'une époque troublée

Chroniques d'une solitude

 

Sur d'autres terres :

Un poème de Dylan Thomas

mercredi, 06 mai 2020

De la décoction vespérale

Pas dormi. Je soupçonne désormais... Très fort soupçon. Les tisanes ! Les tisanes bues le soir. Coupables ?

Ces nuits blanches indues leur sont-elles dues ? Sous leurs airs de plantes des pantoufles, des couvertures et des lampes qu'on éteint peu à peu, ne cachent-elles pas la perversion des grandes idées dévoyées ?

Tisanes, je vous hais.

Je vous aimais. Je vous buvais. Chaque soir, tradition, éternel piège de la tradition.

Chaque eau chaude, sensation de calme, hypocrisie des paix et des douceurs.

Il faut que je vous quitte, quitte à quitter le monde ancien des croyances odorantes.

Ce soir, peut-être, vous appartiendrez au passé.

Vous êtes sans doute coupables. Nous verrons si je suis capable.

 

mardi, 05 mai 2020

Elle ? L.

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Elle avance à tâtons.

L danse.

mardi, 28 avril 2020

"barrer son visage par un masque comme on placerait un bâillon sur sa bouche"

Sur Reporterre, l'écrivain Alain Damasio parle.


"L’empreinte du confinement préforme un renoncement. Parce qu’on y expérimente une liberté très restreinte, qu’on s’y sera plié par nécessité, puis par habitude. L’expérience qu’elle tatoue en nous m’inquiète : la « distanciation » sociale, se tenir loin des gens, ne plus se faire la bise, barrer son visage par un masque comme on placerait un bâillon sur sa bouche, se méfier des autres « par principe », « au cas où ». Et faire la queue pour manger, écouter religieusement le Président nous parler tous les quatre jours, n’avoir accès au monde qu’à travers les écrans, tenir son corps immobile et voir son esprit happé par l’économie de l’attention… Plein de perversions se mettent en place dont j’ai peur qu’elles suscitent, sur le linge de nos peaux, des mauvais plis qui ne partiront pas. Ou mal".

 

Lire dans son entièreté, à cette adresse

vendredi, 24 avril 2020

La dame de pique

La dame de pique évite d'être mangée de l'intérieur par les lombrics de l'actuel, de l'éphémère, du cancan d’aujourd’hui. Et ne pouvant accéder à la gloire de deux heures de l'après-midi qui s'étiole avant même que descende le soir, elle travaille, muette et immobile, pour la grande gloire immortelle qui vient.

Ici, à Port Saint-Rêve des Morts, surtout quand la lumière et la solitude se marient harmonieusement, Dame retrouve la paix intérieure et l'attente de ce qui vient sans connaître son nom.

La dame de pique, couteau et fourchette en mains, ricane en contemplant la faim qui vient.

vendredi, 17 avril 2020

Sur un élément de la lettre d'Hélène

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Hélène Lammermoor m'écrivit au mois de juillet 2005 que tu m'attendais encore en 1992 à Port Saint-Rêve des Morts.

Depuis le 17 juillet, on n'apercevait plus les réverbères et les dômes bleus de Saint-Jean en Ville depuis les dunes et les quais.

La bombe avait fracassé cette partie là du port où se trouvait l'hôtel de nos étrangetés.

Je suis arrivée très en retard, comme toujours.

J'ai toujours eu très peur des rendez-vous.

Je suis arrivée trois ans et demi en retard.

L'amour fidèle se croit vertueux, il n'est que nécessiteux.

Du rôle salvateur de l'ennemi

L'ennemi est-il la condition de la liberté ? Un monde sans ennemi est-il vraiment un monde de paix ?

« Le traité de Versailles a rompu avec la tradition diplomatique normale et seule politiquement logique, en refusant de négocier avec le vaincu et en lui imposant purement et simplement les conditions du vainqueur. L’ennemi était nié puisqu’il perdait sa qualité d’interlocuteur politique pour devenir un coupable du point de vue d’une idéologie morale. Du même coup le traité de paix perdait toute signification, et la paix elle-même, puisqu’elle n’était plus une convention ou un contrat entre le vainqueur et le vaincu, prenait l’allure d’une condamnation prononcée par le procureur. Faute d’ennemi politique, le droit international perdait lui aussi sa signification pour devenir une espèce de droit pénal et criminel ».

Extrait de Julien Freund, IN L'essence du politique, cité par Theatrum belli