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dimanche, 02 avril 2017

Comme un souffle trop fragile

Et dans ta boite mail au premier janvier tu reçois, de tes cousins et cousines, des lettres de vœux qui se ressemblent toutes.

Par exemple, celle-ci, puisée au hasard dans la récolte des vœux et que tu m'as transmise tout à l'heure : 

"Chère Famille, chers amis, 

Eric se joint à moi pour vous souhaiter une sainte et heureuse année 2017 ! Que cette année qui vient vous apporte une abondance de joies et de belles rencontres ! 

C'est l'occasion pour nous de vous demander pardon de n'avoir pas donné beaucoup de nouvelles, au cours de cette année qui, comme les précédentes, à été très riche. 

Notre petite famille continue de bien se plaire dans l'Ouest. La Bretagne s'est montrée si clémente cet été, que les enfants ont bien pu profiter de la piscine, et, nous l'avouons, nous aussi ! A l'ombre des tilleuls qui la bordent nous avons pu profiter de ces moments familiaux sans kways ! Cela nous a fait du bien, après un long hiver, entrecoupé toutefois par une croisière dans les îles espagnoles et par notre traditionnel séjour à "Serre-Che".

Nous profitons de ce nouvel an pour vous donner des nouvelles des enfants, qui ont bien grandi. 

Gonzague, du haut de ses dix ans, s'ennuie en CM2 où il estime que les devoirs que sa maîtresse lui donne sont trop faciles. Heureusement, les weekends sont consacrés aux louveteaux. Il espère bien rejoindre bientôt les scouts marins et marcher ainsi (ou plutôt courir, puisqu'il est arrivé second au cross de son école), dans les traces de son papa ! C'est un grand frère souvent impatient, mais attentif, qui tache avec cœur de corriger les petits défauts dus à son impulsivité. Il poursuit le piano au Conservatoire, et a commencé cette année sa première classe d'orgue. 

Ombeline (8 ans), prend ses marques à l'école comme aux louvettes, sans oublier le violon qu'elle travaille tous les soirs sans rechigner. Elle a une tendance marquée pour la lecture, et en oublierait presque que le bon air et le sport sont excellents pour la santé. Heureusement, sa fratrie se charge de la tirer de son fauteuil et de ses romans favoris, de gré ou de force ! 

Ferréol (6 ans) a bien besoin de se dépenser. C'est une véritable boule d'énergie... Et de joie de vivre ! Il fait le bonheur de toute la famille, mais cause bien du souci à sa maman qui doit sans cesse passer derrière lui, sans compter les innombrables paires de chaussettes à raccommoder... Il n'en est pas moins très sage à l'école, et très bon camarade. L'abbé Ramieux, directeur de l'école, l'a même surnommé "le petit champion des BA" tant il aime à venir en aide à ses camarades moins débrouillards que lui. Il est un bon frère et admire beaucoup son papa, qu'il imite tant qu'il peut ! 

Enfin, notre petit Jean-Bosco savoure son statut de chouchou de la maisonnée. Il rit et pleure, consolé sans arrêt par sa grande sœur qui lui sert de petite maman quand la vraie est trop occupée ! 

Eric est toujours très pris par son travail, surtout depuis qu'il a été nommé directeur du pôle régional. Il apprécie énormément ses nouvelles responsabilités et s'entend très bien avec ses chefs comme avec ses subordonnés, qui apprécient son calme. Le tennis et la voile ne sont pas pour rien dans son équilibre, sans compter le rugby avec les anciens des scouts marins, chaque premier jeudi du mois ! 

Eric et moi nous continuons notre engagement dans les équipes Notre-Dame, ainsi qu'à la Fraternité Saint-Vincent de Paul, où j'ai pris des responsabilités à l'accueil tandis qu'Eric s'occupe de la trésorerie de l'antenne locale. Ces rencontres et ces oraisons partagés avec d'autres couples nourrissent notre réflexion commune. Notre engagement auprès des plus démunis, nous rappelle à quel point nous avons de la chance. Et même si ces activités nous prennent du temps, denrée rare pour une petite famille comme la nôtre, c'est : "Dieu premier servi !"

Quant à moi, je poursuis mon travail deux jours par semaine à l'Institut Notre-Dame, où je m'occupe du protocole et de la prise en charge des invités. Cela me permet, les autres jours de la semaine, de m'occuper de mes enfants au quotidien, de leur développement scolaire et psychologique bien sûr. 

Que cette petite lettre de nouvelles soit pour nous l'occasion de vous assurer de notre amitié. Vous êtes les bienvenus à la maison, pour un thé auprès de la cheminée l'hiver, ou un apéritif au bord de la piscine dès les beaux jours ! Nous vous souhaitons à tous une très belle année 2017 et vous embrassons avec beaucoup d'affection. 

(En pièce jointe, des photos de la famille, aux quatre saisons !)

Eric, Dauphine, Gonzague, Ombeline, Ferréol et Jean-Bosco.

 

Rarement les saintes familles ressemblent à la Sainte Famille. Elles se reproduisent dans leurs belles maisons là où Joseph et Marie faisaient naître le petiot dans une étable. Elles fuient comme la peste les pécheurs et les marginaux quand Jésus s'entourait de prostituées et de célibataires. 

A lire sur AlmaSoror, la prière du daron suprême 

mercredi, 29 mars 2017

28 mars : Fichier "TES", la surveillance est généralisée

Les données biométriques de chaque Français vont être réunis en un seul Grand Fichier. En dépit des critiques, venant même d'institutions étatiques, nous voilà pris dans les mailles du filet. C'est un grand jour que celui d'hier, un jour triste, et tout le monde s'en fiche, car la vie médiatique occulte ce qui a vraiment lieu et ce qui a vraiment lieu ne passe pas la barre de la visibilité médiatique. 

mercredi, 22 mars 2017

Fazil - poème du printemps 2017

Puisque désormais j'ai pris la suite d'un poète mort, puisqu'il me faut écrire un poème à chaque saison, puisque le printemps est là, voici Fazil, le poème du printemps 2017. 

(Le vieux majordome, poème de l'hiver 2017, est lisible par ici.)

 

Fazil

 

C’est dans ce printemps français que je me souviens de toi,

ton visage à Istamboul, ton visage triste,

ton regard à Alemdar, ton regard fier.

 

Dans ce rayon de soleil sur la rue Saint-Nicolas,

un makam anatolien surgit d'une guitare,

je me remémore les mots échangés au café antique,

entre deux portes, entre deux rues, entre deux imprévus.

 

Ton profil se détachant sur la colline dans la voiture 

Tes mains mates conduisant vers l’aéroport

Tes mains moites qui ne me toucheraient plus.

Le chien dormait derrière nous, sage et calme, sûr de sa place en ton cœur.

 

Et j’ai souvent chanté depuis nos chants des rives de la Corne d’Or

Et j’ai souvent pensé qu’un fils aurait pu naître

J’ai souvent désiré réécouter ta voix

J’ai souvent regretté mon choix.

 

En ce printemps français, je me détourne un instant de Paris

Le faubourg Saint-Antoine bruyant, l’hôpital des Quinze-Vingts derrière les murs,

les bourgeons qui vont naître dans un jour, dans une semaine.

 

Dans l’air tiède qui caresse la rue Saint-Nicolas

je retourne en pensée une dernière fois

vers un bonheur perdu il y a presque dix ans, vers l’appartement d’Hasnun Galip Sokak.

 

Edith de CL

 

 

lundi, 13 mars 2017

Dialogue avec celle qui me pourchasse

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Mon angoisse, qui es-tu ? 

Je suis ton enfant interdit. 

Pourquoi es-tu venue me tourmenter hier soir, alors que je rentrais par la rue de Charenton ? 

Parce que tu ne pensais à rien et j'ai voulu que tu penses à quelque chose. 

Est-ce toi qui tiens les fils de mon destin ? 

Tu n'as aucun destin, juste une volonté. 

As-tu prise sur ma volonté ? 

Jamais. 

Me veux-tu du bien ? 

Je ne te veux ni bien, ni mal. 

Que me veux-tu ? 

Je ne te veux rien. 

Que cherches-tu, lorsque tu tournes autour de moi, lorsque tu m'attaques ? 

Je cherche à exister. 

Pourquoi exister à travers moi, et pas à travers d'autres ? 

Parce que je suis ton angoisse. 

Qui t'a créé ? 

Je me suis créée toute seule. 

Qui te nourrit ? 

Ne crois pas que tu me nourrisses. C'est moi qui me nourris de toi. 

Es-tu un parasite ? 

Les fantasmes ne sont pas des parasites. 

M'es-tu utile ? 

Ce n'est pas mon but. 

Quel est ton but ?

Survivre. 

Pourquoi faire ? 

Parce que je t'aime. 

Pourquoi m'aimes-tu ? 

Parce que je te connais. 

Et si demain tu ne me reconnaissais plus ? 

Je t'attaquerais jusqu'à ce que tu redeviennes celle que je connais. 

Et si je ne le redevenais jamais ? 

Je mourrais. 

Meurs ! 

Tu ne m'as pas encore assassinée. 

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vendredi, 03 mars 2017

Ta semi-folie inconsciente

Sans raison apparente ni explication aucune, tu nous a plongés dans un cauchemar, de temps en temps nous faisons semblant de l’oublier pour pouvoir vivre, un jour peut-être, nous sortirons de ce tunnel noir pour accéder, nous tous ensemble, à la lumière ?

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à lire encore sur AlmaSoror : 

Le poème ou l'image qui viendra 

Dolores, terrae incognitae

mardi, 28 février 2017

Matines

Le matin a cassé ma colère,

le matin l’a brisée en mille morceaux de douceur.

Fenouil braisé aux deux carottes et à l'orange confites

C’est ainsi que je fis braiser dans de l’huile d’olive, un bulbe de fenouil. Lentement.

Plus tard (ma cuisinière étant petite, ma poêle unique), j’ai fait confire dans du beurre, du curcuma et du paprika, deux carottes et une orange (coupée en lamelle, avec la peau).

J’ai déposé l’ensemble dans un plat que j’ai enfourné un quart d’heure. Au dernier moment, j’ai déposé deux crottins de chèvre qui ont fondu quelques minutes supplémentaires.

 

A lire ailleurs sur AlmaSoror : 

La rentrée des classes

samedi, 25 février 2017

À jamais inconnus l'un à l'autre

Un temps qu'il fait, une bière, une musique, un roman, un état d'âme. C’est ce que je voulais partager avec vous hier. Vous étiez beau, dans votre chandail gris clair, en laine chaude. Vous sembliez absorbé par une contemplation dont j’aurais voulu connaître la cause. Le climat doux et frais réjouissait mon âme – et la vôtre ?

Je buvais une bière blanche de Belgique et vous restiez debout au comptoir, sans porter aucun verre à vos lèvres. La radio du bar diffusait une musique sans caractère mais j’avais entendu le matin même le requiem d’Howells, et je savais que le soir, j’assisterais à un concert de Nils Petter Molvaer. Vous m’avez demandé : « avez-vous terminé l’écriture de votre roman ? » et je ne sus que vous répondre, mais j’aurais voulu vous demander qui vous préfériez parmi les personnages de Guerre et Paix, et quel roman vous emporteriez pour un trop long voyage en train.

Je n’éprouvais qu’un contentement impatient d’être là, en présence de vous, et vous, quel était votre état d’âme ? Vous parlez si peu de vous, vous parlez si peu. Je parlais de tout et de rien et vous répondiez d’un air vague.

Depuis deux ans, combien de fois n’ai-je pas réussi à vous rencontrer ? C’est dommage, car j’aime vous voir enfourcher votre moto dans la ville hivernale, et j’ai souvent rêvé de me hisser derrière vous pour filer dans les latitudes des après-midi perdues.

 

Lire encore sur AlmaSoror :

Angélisation lente, Extrait du journal de Kevin Motz-Loviet

dimanche, 12 février 2017

Comme un dimanche

 

Je descends dans une zone de brume depuis ce matin, je m'enfonce à chaque seconde. J'essaie en tâtonnant des mains dans la tourbe rouillée de trouver des racines, de les arracher pour m'en nourrir à travers ces moments indistinctement laids. J'aurais besoin d'une attelle pour mon âme, d'une assistance respiratoire pour mes relations interpersonnelles. J'aurais besoin d'un grand chien noir qui marche à côté de moi.

Je m'asphyxie avec de la poudre anesthésiante. Des sons dans mon oreille ressemblent à des cloaques. J'ai mal à l'insuffisance émotionnelle de mes reins. Je vous regarde passer, vous tous qui vivez dans un monde structuré, là-bas, dans cet espace si clair où les gens se lèvent le matin, se rassemblent le soir et suivent des règles communes. Immuable, ce sentiment d'une chair en incapacité d'adaptation.

Comme c'est drôle : bonnes et mauvaises nouvelles se confondent en une lente contusion des sens. Je délaisse l'Evangile de Jean, je délaisse les films de Tarkovski. Les formes du monde se défont, la nasse se dessine et je vogue immobile, transie, pétrifiée, à l'abandon.

 

dimanche, 05 février 2017

Conte, fleurette !

Il me semble que si une petite fleur pouvait parler, elle dirait simplement ce que le Bon Dieu a fait pour elle, sans essayer de cacher ses bienfaits. Sous le prétexte d'une fausse humilité elle ne dirait pas qu'elle est disgracieuse et sans parfum, que le soleil lui a ravi son éclat et que les orages ont brisé sa tige, alors qu'elle reconnaîtrait en elle-même tout le contraire.

Thérèse Martin, dite Sainte Thérèse de Lisieux, IN Histoire d'une âme

vendredi, 27 janvier 2017

Le poème de l'hiver 2017

Tu disais des poèmes aux quatre saisons. Tu n'es plus. Il faut bien que quelqu'un te succède à cette valse de mots. Voici celui de l'hiver 2017.

 

Aux grands froids de janvier, quand la foule frissonne,

Un glaçon solitaire étreint le souvenir

D'un frère. 

 

J'ai prié dans l'oubli. J'ai crié dans la lumière. 

 

Les vents sonnent tocsin quand les cloches sont tues. 

Dans la foule laïque, un religieux s'éteint

Sans Père. 

 

J'ai donné des piécettes au miséreux derrière la gare. 

 

Mes éveils s'indisposent avec la charge des années. 

Quand ma vie se repose, je me souviens d'elle : 

Ma mère. 

 

Mais l'armoire est mitée où s'entreposent les vieux papiers.

 

Janvier tire à sa fin comme un vieux majordome

Qui s'éloigne à pas tremblants du château où il servait

Le dernier maître.

lundi, 23 janvier 2017

Le vélo géant, par Lau Bergey et Nicolas André

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C'est dans une ferme d'un pays d'Europe de l'Ouest, imaginons une ferme du Bordelais, qu'une fillette reçoit un vélo pour son anniversaire. Adieu tricycle, le nouveau vélo est arrivé ! 

Les chutes s'ensuivent et se ressemblent, mais un grand garçon étranger vient résider à la ferme. 

Il est fort, il est mystérieux, il est chaleureux, et il dessine comme un Dieu. 

Il dessine les vélos géants qu'on chevauchera quand on sera grande. Mais on ne le sait pas encore. On sait simplement que Peter s'en va, que la ferme redevient sage et qu'il n'y a plus qu'à pédaler sur les routes et à rêver en haut des arbres. 

Un souvenir d'enfance tout en images, aux dialogues rares ; une narration apaisante ; une histoire à regarder et re-regarder.

 

 Autour de ce Vélo géant, il y a même un peu de musique... par ici !

jeudi, 29 décembre 2016

Jour de chasse

J’étais parti chasser pour tromper l’ennui…

Pour tromper le malheur, j’étais parti chercher la proie, donner la mort.

Le fusil en bandoulière, le chien sur mes talons.

Nous t’avons pisté.

Nous t’avons poursuivi à travers bois et clairières,

Tu courais devant nous, inquiet, tourmenté.

Un oiseau te guidait vers un lieu de refuge,

Un oiseau te guidait à travers les sentiers.

Nous nous sommes embourbés dans la boue et les ronces qui encerclaient le château en ruines.

Ruines du temps perdu, ruines de mon cœur d’homme.

Cœur d’homme ému par une hase en automne.

Je t’ai laissé en vie, avec ta femme et tes petits,

Lièvre, tu m’as fait honte avec ton bonheur pur.

jeudi, 22 décembre 2016

Frappée en novembre

Suite à deux rencontres avec François Bernheim, au Café de l'Etoile manquante et dans le salon Colette de l'Hôtel de Massa, j'ai accepté d'écrire pour le site Mardi, ça fait désordre, un texte sur ce qui m'avait frappée au mois de novembre. 

Le voici ici aussi :

 

Le mois de ceux qui ne sont plus parmi nous

Novembre, tu es revenu enterrer l’été. Tu es arrivé comme on t’attendait, tu t’es comporté à ton habitude, avec ta froideur implacable et ta pluie pénétrante. Je t’ai laissé me traverser sans réfléchir aux conséquences de mon inaction. Je t’ai laissé agir sur ma vie, sur tout ce qui m’environne. Puisqu’on me demande aujourd’hui ce qui me frappa en ce mois, je dirai que c’est avant tout la grande absence des morts.

Ils ont cessé de vivre et aussitôt nous avons cessé de les considérer. Nos corps ont faim et soif de nourritures et de boissons, cette vitalité nous sépare d’eux et aucun amour hélas ne résiste quand l’appel du ventre de l’un répond à la dés-existence de l’autre.

Mais les morts ne sont pas les seuls laissés-pour-compte de nos vies. Les absents leur ressemblent beaucoup à cet égard. Même celle que j’aimais, à laquelle j’étais liée me semblait-il d’une manière inextricable, depuis qu’elle a claqué la porte de la maison familiale, elle disparaît. Son ombre obscurcit nos dîners, nos palabres, mais son ombre n’est pas sa personne. Sa personne n’a plus sa place à notre table.

J’aimerais dîner à une table éternelle, à la table des anges et des fantômes, où tous, vivants et morts, présents et absents, trinquent ensemble, en chantant des airs égrillards ou grégoriens. J’aimerais prendre place au grand banquet macabre des amours mortes et des liens défaits.

dimanche, 18 décembre 2016

Franchir la ligne

Le soir se pose sur la grande ville ; tu bois un verre où flotte un zeste de fleur d’oranger, et tu dors, ou plutôt tu sors du réel. Conscience créative, tu deviens. Aucune musique ne dessine ton image sur le miroir aux alouettes. Tu marches. Le béton sous tes pieds : aréole de sensualité. Tu te diriges vers où toutes les rues du Vice se rejoignent. C’est décidé ; ce soir, tu mords. À l’hameçon du désir et du plaisir, de la douleur et de la peur, tu mords ce soir. Il faut une première fois au moins une fois tous les dix ans, il faut une première fois quand depuis si longtemps la ouate hideuse et monocorde du quotidien a recouvert la suie des rêves.

Les voix éthérées des femmes vendues abrègent ton questionnement moral. Le sensorium de l’instant t’emporte au-delà de la limite floue des décences admises. Tu te sens en apesanteur au milieu de cette soirée où tout te tourneboule, où tout se déroule comme dans un hymen subi, un film bien-aimé, un rite accompli.

Extrêmement longue est ta nuit initiatique. Les lampadaires réverbèrent les échos imagés de tes gestes désinhibés. À sept heures du matin, un fouet claque dans la ville. Une porte s’ouvre. Deux silhouettes s’éloignent de toi. Tes yeux cillent, ton esprit décille, tu t’éveilles au Toi que tu avais congédié quelques heures plus tôt.

Un nouvel amour t’attend. Un nouveau voyage. Désormais, quelque chose dans ta vie sera grand.