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dimanche, 09 février 2020

Ma trompette fait la gueule

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« Ma trompette fait la gueule. Alors je la laisse tomber et je bois. C’est dur d’être un musicien. On est des poètes du sable, à la moindre vague notre œuvre est détruite, effacée à jamais. On balance du vent dans les oreilles des gens et ils nous remercient en ne comprenant pas le fond de notre âme. On zone, on boit, on crève jusqu’à l’aube, on se réveille avec une mélodie qui pince le cœur. Alors on attrape la trompette, on souffle nos douleurs dedans et y’a un voisin qui crie : «Ta gueule ! » Mais on continue quand même.

La rue est belle, les poubelles aussi sont belles, tout peut être beau quand on a les yeux remplis de ciel. Ma musique, mon amour, tu m’entraînes loin des hommes, alors parfois je te hais. Puis je me souviens que si tu m’entraînes si loin des hommes, c’est pour m’emmener plus près des étoiles ».

Dernière lettre de Miles Yufitran – 24 décembre 2002

vendredi, 07 février 2020

La tour de pierre

Je suis enfermée dans une tour de pierre, solide, certes, de la belle pierre brute,

enfermée.

je n'éprouve aucun chagrin ! C'est quelque chose qui n'éclot pas, qui macère quelque part à l'intérieur de ce qui s'apppelle moi et dont je suis responsable. Si je n'étais responsable que de moi je serai nue dans le ciel pieds posés sur la plus haute tour, libre comme le vent,

mais,

je suis liée à des gens qui ont mis sur moi des mots et qui comptent sur la sécurité juridique de leur amour et, donc, je suis esclave de ma responsabilité envers les autres.

Alors je n'éclos ni mon amour, ni ma joie, ni ma liberté totale et impérieuse,

j'avance sur les sentiers mi-sauvages, mi-battus, avec l'envie parfois de devenir quelqu'un que plus aucun de vous ne reconnaîtrait.

L'attachement des visages aimés m'empêche de chevaucher la licorne du devenir.

lundi, 27 janvier 2020

Port Saint-Rêve des Morts

Je me souviens de ta maisonnette à Port Saint-Rêve des Morts. De ta main autour de ta tasse de café, du soleil qui caressait ton visage et le mur.

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mardi, 07 janvier 2020

L'éternité

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dimanche, 05 janvier 2020

Où je m'achève, série culte I

Où je m'achève, série culte

Tu n'as pas besoin que l'image s'anime pour lui donner le mouvement de ton inspiration. Émotion perceptible. Comme la femme nommée Swann et qui danse, sans savoir que tu la regardes, sur la terrasse de sa maison perchée.

Les images animées ne te trompent pas. Sans illusion, tu constates l'immobilité réelle de leur sens et le piège de leur décence.

Et jamais tu ne pleures, et jamais tu ne ris. Fascinée, homme. Fascinée, femme. Fascinés par l'histoire sans forme que tu contemples sans vraiment regarder. Par les dialogues que tu entends au fond de ton ventre. Par la musique qui berce ton ouïe et ta psychée.

Car voici le premier épisode d'une série culte.

dimanche, 29 décembre 2019

Où je m'achève est une série culte.

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Où je m'achève est une série culte. Frustrante, dérangeante, ni belle, ni laide, ni ennuyeuse, ni prenante. Nous ne pourrions même pas dire qu'elle est intéressante. À moins que si.

Les auteurs, Siobhan Hollow, Axel Randers, Kevin Motzloviet et Édith de Cornulier-Lucinière, ont été réunis sous l'égide des producteurs Diego Quirvane et Valentine Morning. Budget serré réservé aux toutes petites productions numériques et totale liberté artistique « à l'exception de ce qui est interdit de dire par la loi du moment et par l'ambiance morale de l'époque », comme le précise le contrat. Il paraît que dès la première matinée de travail, une dispute éclata entre Axel Randers, qui estimait que cela réduisait considérablement le champ des possibles étant donné le caractère interdit d'un grand nombre d'idées, et Kevin Motzloviet que cette idée énervait, voire révoltait. Valentine Morning contint la dispute en organisant un cadre de travail approprié aux êtres suspicieux et indépendants : une rencontre mensuelle entre les quatre auteurs et les deux producteurs et des séances de travail hebdomadaires par téléconférence. D'après nos informations, Ces téléconférences sont difficiles à vivre et compliquées à diriger parce que Motzloviet y écoute des disques du groupe Frustration à plein régime sonore et que Randers y apparaît soit ivre, soit drogué. Quoi qu'il en soit, la première saison sera bientôt entièrement à disposition du consommateur numérique, tandis que la deuxième serait dans les tuyaux. On parle même d'une troisième saison qui serait mise en œuvre prochainement.

C'est donc une série qui s'ancre dans le temps et la durée, pour notre plus étrange plaisir. Sa fadeur, il faut l'avouer, nous procure un certain répit. Nous aimons ne pas la comprendre, nous éprouvons quelque chose comme une addiction extrêmement légère et subtile.


D.H.

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samedi, 28 décembre 2019

Pommes cuites et whisky

Un fond d'eau dans une casserole où l'on laissera tomber les morceaux de pommes non épluchées. Les laisser fondre peu à peu, à tout petit feu, durant au moins une demi-heure.

Et servir dans de jolies coupelles, en même temps qu'un verre de whisky.

Il se trouve que j'écoutais, en dégustant cette perfection, un rock inuit, mais cela aurait été aussi bien avec, par exemple, les membra Jesu Nostri de Buxtehude ou, tout simplement, le silence crépusculaire du quartier twinpixien de la petite ville.

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vendredi, 27 décembre 2019

The bathroom is clear

The bathroom is clear, hycinth house, Paul de Cornulier, the Doors

Le 27 décembre 2017, tu quittais ce monde. En tout cas, tu mourais. Dans ta douche, en fin de matinée. Et c'est la première fois que je fais le lien entre ce lieu de décès et la chanson que tu préférais des Doors : Hycinth house.

Tu n'as jamais trouvé l'ami qui n'avait pas besoin de toi.

Et tous ceux qui t'aimaient te dérangeaient.

As-tu pu voir une forme s'approcher de toi dans la salle de bains, au dernier moment ? Un valet de coeur ou une femme ou peut-être quelqu'un que nous n'imaginons pas, cette petite fille avec qui tu aimais bien passer du temps, enfant. Un jour, des garçons sont passés et se sont moqués de vous parce que vous étiez assis à côté de l'autre, bienheureux, sur un banc. Alors tu t'es levé et a jeté des cailloux à la fillette, pour te défaire de la honte provoquée par ces moqueries.

Tu ne te souvenais plus du prénom de la fillette, ni de la manière dont tu l'avais rencontrée. Tu te souvenais que tu avais jeté des cailloux à celle que tu aimais bien et qui étais gentille avec toi. A cause de la moquerie des garçons.

Aujourd'hui, je regrette énormément d'avoir été une enfant et une femme, parce que ces deux choses m'ont empêchée de te comprendre. J'étais tellement blessée par tes couteaux pervers que je n'ai pas su surmonter ma rancoeur pour te regarder tel que tu étais, tel que tu aimais, tel que tu souffrais. C'est mon grand regret.

Le pardon est une belle chose, surtout quand il est intégral et profondément spirituel.

Tu nous as trahis. Tu nous as mal aimés. Tu nous as bafoués. Tu nous as regrettés. Homme brisé, père incapable, Paul de Cornulier, aujourd'hui c'est à moi de te demander de me pardonner.

Sur AlmaSoror :

Paul et Anne

Karamazov-Archivage I

Un chant pour toi qui dort ad infinitum

Le piéton sobre

Mascara

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mercredi, 25 décembre 2019

Je descends l'escalier du temps - Poème de l'hiver 2020

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Je descends l'escalier du temps.
Les secondes s'éloignent pour céder place aux siècles.
Et les siècles des siècles deviennent millénaires.

Je descends l'escalier du Bien.
De grandes guerres demeurent, des charités s'effacent.
Le visage du Bien ne lui ressemble pas.

Je descends l'escalier d'amour.
Ni anneaux de mariage, ni caresses dans les draps.
Quelques silhouettes se tiennent sur un chemin barré de pierres.

Je descends l'escalier du diable.
Il semble pensif.
Son cœur empli de componction guide son geste et sa parole.

Je descends l'escalier de Dieu.
C'est un enfant qui pleure.
Il tend la main pour que je l'aide à vivre.

Je descends l'escalier de ma vie.
La dernière marche prendra mon dernier souffle :
ma naissance.

 

C'était le poème de l'hiver 2020. Il s'intitule Je descends l'escalier du temps.

Tu disais des poèmes aux quatre saisons. Tu n'es plus. Il faut bien que quelqu'un te succède à cette valse de mots.

voici, Le vieux majordome, le poème de l'hiver 2017 ;
voici Fazil, le poème du printemps 2017 ; 
voici Dans la chambrée, le poème de l'été 2017 ; 
voici Silentium, le poème de l'automne 2017, ; 
voici Héroïne, le poème de l'hiver 2018 ; 
voici Tbilissi, le poème du printemps 2018 ; 
voici Portrait d'été, le poème de l'été 2018
voici Pluie d'étoiles, le poème de l'automne 2018 ;
voici Spectre, le poème de l'hiver 2019 ;
voici Les champs de persil, poème du printemps 2019
;
voici Antigua, poème de l'été 2019,
Voici Humus, poème de l'automne 2019.

mardi, 24 décembre 2019

In splendoribus...

Ce soir spécial n'est pas froid comme dans les contes de Noël. C'est un vent presque tiède qui souffle à l'intérieur des écharpes. Il y a deux-mille ans, un nouveau-né surgissait du ventre de sa mère dans une crèche, à l'écart des demeures décentes, sur un continent éloigné. Les demeures décentes n'ont pas changé, on y verse divers vins et des mets de fête. Que fête-t-on ? Ni l'enfant pauvre qui devint le roi du monde, ni le solstice, signe de la terre nue de mystère attendant patiemment les joies du printemps. On fête la fête.

Et c'est triste de répondre à toutes ces questions idiotes, où vas-tu pour le réveillon ? Que fais-tu cette année ? C'est triste d'imaginer les papiers cadeaux déchirés comme des hymens par des enfants repus avant d'avoir goûté la saveur des raretés pleines de sens. C'est triste de savoir que cette femme montre ses dents à l'homme qui vit avec elle et qui tente pourtant de dessiner un beau chemin, de deviner leurs enfants partagés entre les guirlandes clignotantes et les mots durs des parents. La bêtise et la conformité, éternelles accompagnatrices du malheur banal des gens normaux. Mais ce malheur banal parfois parvient à creuser plus avant dans la fente de la pierre et alors c'est la demeure décente qui prend l'eau ou le feu ou le vent. Des orphelins de la décence errent alors dans la vie, loin des salons, des dives bouteilles et des mets de fête, conscients et solitaires, sur les chemins trop sobres des illusions défaites.

 

Sur AlmaSoror :

La clarté dans le péché

Sur la paille (endormi)

Paris neige

samedi, 14 décembre 2019

Les recoins du destin

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Nos enfances sont des châteaux perdus, des taudis abandonnés, des territoires effacés du présent par les bulldozers du temps. De fragiles décors qui paraissaient éternels et que les pas en arrière ne retrouvent plus. Que ton amour de Grand Meaulnes se soit écoulé sur les terres seigneuriales des voisins, au bout du ruisseau d'égoût ou sous les tours implacables de la zone nouvellement construite, il est enterré au même endroit : dans le recoin absout de ton coeur, au bout du chemin sans issue de ton destin.

mardi, 10 décembre 2019

Eléments pour un départ en Bulgarie

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Je vous entendais parler, hier, vous aviez peur des lois qui s’abattent comme la vérole sur le pauvre monde, interdiction de se chauffer au feu de cheminée, interdiction de veiller ses morts chez soi avant l’enterrement. Voici ce que vous murmuriez, dans ces fauteuils usés, l’un tout près de l’autre, vos coeurs étreints par l’angoisse.

Le monde s’est transformé autour de nous, peu à peu. Eléments de surveillance : portiques, gardes, caméras, panneaux informant des interdits de comportements et de circulation. Eléments de ponction économiques : prélèvements automatiques, hausses fiscales, l’argent part plus vite qu’avant, pour un mode de vie de moins en moins confortable. Eléments de corset social et moral : alors que des lois ouvrent des droits à des populations militantes, la personne lambda s’est vue refuser le droit d’être elle-même et ses traditions familiales sont combattues par l’État et par la surveillance collective des citoyens. Eléments de migration : afflux de personnes de plus en plus nombreuses venues de pays lointains et qui s’installent ici et modifient le paysage humain. Les services publics et privés se sont dégradés lentement ; hier, on avait foi en eux. Maintenant, on n’appelle que par obligation, sans trop y croire. Saleté, rats. Agressions sexuelles, viols de rue. Punaises de lit. Brancardiers amateurs qui cassent les os. Répondeurs automatiques des urgences qui laissent crever. Ecoles où l'on n'apprend rien de ce qui pourrait nous sauver.

Dans ces conditions, la Bulgarie ressemble à un eldorado, à un appel d’air pur. Vous vous demandiez : comment partir ? Sans argent, comment devenir bulgare ?

samedi, 23 novembre 2019

L'ombre d'une foi

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Between the bars, le verre d'alcool s'exprime à travers la voix d'Elliott Smith, ce matin je vois le monde en noir et blanc. Le Christ s'est arrêté aux Sables d'Olonne, probablement à cause de la brume poussiéreuse qui balaye les plages et les vagues. Mousse d'écume, musique douce, silhouettes passantes, ordinateurs statiques. Moi intérieur stoïque, sans frontière précise, sans identité définie. Quelque chose de soluble nous mélange ce matin, le monde et moi. Le manque de café, l'amour du rien, l'appel du vide, la voix lointaine des êtres aimés, perdus, s'efface. Comme sont complexes les inextricables liens de la famille et du compagnonnage amical, professionnel. Chaque mouvement du moindre être serre les cordes et blesse les encordés. Au fond des salles de shoot, d'ailleurs, somnolent les souffrances des étouffés. Dans la nuit noire et glaciale de la ville, sous les ponts, demeurent ceux dont les liens ont été tranchés. Délivrés, et, par la même occasion, assassinés. La lenteur de nos morts contraste avec celle de ceux que le destin a frappé plus clairement. Sachons toutefois, sachons-le sans l'ombre d'un doute, qu'à l'intérieur de l'âme, inextinguible, brille une joie.

lundi, 11 novembre 2019

Novembre ou autre

Je n'ai jamais eu envie de fournir un morceau d'amour mort à une femme infirme ou un homme imberbe. Je n'ai jamais cru en autre chose qu'à une bouteille de Pommard qui t'attend au fond d'une cave. J'ai lu plus de mille bandes dessinées, bu plus de dix-mille cafés lyophilisés. J'attends que le sens de ma vie se dévoile sans regarder le ciel par la fenêtre. Il est trop gris. Le mur d'en face est laid. Le cactus survit sans arrosage depuis trois ans.

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NOVEMBRE sur AlmaSoror :

La messe du voisin acnéïque (à onze heures cinquante trois du matin dans cette rue de novembre)

Désir novembre, novembre désirs

Frappé de novembre

Nuits du XVIIème siècle

Le ministère des libertés

Nécrologie bourbakienne

La solitude des champs de blogs

La solitude des champs de blogs II

Au fil des mois et des années

Lammermoor

Suspension

DJ Tricératops

In memoriam Gange

L'énergie du désespoir

Entre deux sentiments

Tristesses de rue

Succomber à une tentation (novembre est ce mois où l'on se doit de boire de la bière)

Le soldat inconnu

Dix allumettes s'éteignent un soir de tempête à Concarneau

Honneur à Caroline

Rock antispéciste

Discours de Dortmund

Mélanie des Vosges (Elle, née il y a presque vingt ans d'un père togolais au chômage et d'une mère lorraine au chômage, par un soir glacé de novembre, au fond d'une cour de Cornimont.)

Apéro-dînatoire chez les voisins

La rencontre du car

dimanche, 10 novembre 2019

Un don doux et amer

andreï tarkovski,le temps scellé

« Le temps d'une vie est une opportunité donnée à l'homme pour prendre conscience de lui-même et de son aspiration à la vérité en tant qu'être moral. Un don à la fois doux et amer. Une vie alors est comme un délai au cours duquel l'homme peut, et a le devoir, de mettre son esprit en accord avec la compréhension qu'il a du but de l'existence humaine. Ce cadre étroit ne fait qu'accentuer sa responsabilité devant lui-même et devant les autres. Ainsi, la conscience humaine est tributaire du temps. Elle n'existe qu'à travers lui. »

Andreï Tarkovski IN Le temps scellé, Chapitre intitulé Fixer le temps
Traduit du russe par Anne Kichilov et Charles H de Brantes – Petite Bibliothèque des Cahiers du Cinéma

 

Tarkovski sur AlmaSoror :

En parallèle

Andreï : fragment d'un cinéaste

Comme un dimanche

Miroirs

Demain, peut-être ?