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lundi, 14 janvier 2019

Demain, peut-être ?

Les fatigues morales quotidiennes (choses pénibles à faire, changement d'adresse administrative, envoi de contrats, photocopies et autres réjouissances) voudraient nous faire oublier les temps de grande exaltation.

Cela fait trop longtemps que je n'ai pas vu un peuple de bouleaux à moitié mangé par la brume.

Y a-t-il des périodes de ma vie, qui sont enfuies pour toujours, et que je regrette avec nostalgie ?

Non, même si je sais que je n'entendrai plus jamais la voix de mon père, que l'éloignement d'Athénaïs invite à la mélancolie du souvenir de nos fous rires et tendres conversations du passé. Un corbeau, sur une branche de l'arbre nu, observe avec circonspection les poubelles vertes et jaunes au sol, les voitures glissant sur le macadam et le béton des façades.

Cela fait trop longtemps que je n'ai pas marché sous un champ d'étoiles à la fraîche.

La Dedication to Tarkovski d'Artemiev donne à cette matinée finissante un parfum mélodique d'ailleurs. Le seul moyen de s'extraire des répétitives anxiétés de chaque jour est de devenir quelqu'un d'autre.

Je marche plus lentement que le temps qui court sur ma vie. Cela fait trop longtemps que je n'ai pas dormi, les pieds réchauffés par le corps d'un gros chien affectueux.

vendredi, 11 janvier 2019

Stance

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L'amour est ce diamant qui scintille en tes Feux

Quand nous sommes vivantes malgré l'insomnie.

Le diable et la licorne, enlacés par la nuit

Dès l'aurore ne sont que la chèvre et le freux

Dans la ville animale où sous un ciel suiffeux

Le hautbois fatigué fredonne son ennui.

dimanche, 06 janvier 2019

Poème en x d'un ciseleur élitiste

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Ses purs ongles très-haut dédiant leur onyx,
L'Angoisse, ce minuit, soutient, lampadophore,
Maint rêve vespéral brûlé par le Phénix
Que ne recueille pas de cinéraire amphore

Sur les crédences, au salon vide : nul ptyx,
Aboli bibelot d'inanité sonore,
(Car le Maître est allé puiser des pleurs au Styx
Avec ce seul objet dont le Néant s'honore.)

Mais proche la croisée au nord vacante, un or
Agonise selon peut-être le décor
Des licornes ruant du feu contre une nixe,

Elle, défunte nue en le miroir, encor
Que, dans l'oubli fermé par le cadre, se fixe
De scintillations sitôt le septuor.

Stéphane Mallarmé

samedi, 05 janvier 2019

Philippe-Jean Catinchi et La traque de Sara

C'est parce que je savais qu'il parlait de Sara, de son auto-interview et de sa traque (à partir de la 36ème minute) que j'ai regardé l'émission de RCJ où Philippe-Jean Catinchi livrait à Josyane Savigneau ses coups de coeur en livres jeunesse.

J'ai découvert des albums qui m'ont semblé magnifiques et j'irai demain en cueillir quelques uns dans les librairies de la ville.

Philippe-Jean Catinchi avait déjà produit cette petite critique dans le Monde des Livres

vendredi, 04 janvier 2019

Puisqu'il faudra mourir,

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nous contemplons parfois, tantôt pleins d'ivresse, tantôt assaillis par la mélancolie, les arbres qui mènent au grand lac. Le vendredi nous faisons maigre, avec le maquereau aux herbes de Provence, le bouillon de poireau et les pommes cuites à la cannelle et au gingembre. Et le samedi nous faisons gras ! En passant par l'arrière du village, on entend les moines qui chantent dans leur abbaye close. Nous cueillons les dernières mûres de l'année. Nous nous souvenons du temps où nous vivions à cent à l'heure, dans la ville, au milieu des gens qui passent et des choses qui tournent. Mais nous ne saurions plus aujourd'hui y rester trop longtemps, par peur, peut-être, de voir tout ce que nous ne savons plus être.

jeudi, 03 janvier 2019

Le tiers-lieu

Lorsqu'un livre me tombe des mains parce qu'il me paraît trop difficile, mais qu'il me plaît au-delà de cette difficulté et que j'adorerais avoir le courage de le lire, je le dispose sur une petite console (parfois formée d'une pile de livres) dans mes toilettes. Et chaque fois que la vie m'oblige à passer plus de dix secondes assise sur ce trône de faïence, j'attaque un chapitre ! C'est ainsi que j'avais lu L’œuvre au noir, de Yourcenar. Cela m'avait pris de très nombreux mois. J'avais adoré cette très confidentielle et spéciale lecture. Au vu de la difficulté que semblent me proposer Pantagruel, Gargantua et le Tiers-livre de Rabelais, les voici installés, en une unique édition, dans mon incontournable cabinet de lecture.

mercredi, 02 janvier 2019

L'Iliade intérieure

Quel est le contraire de la médiocrité humaine ? L'élévation de l'âme et l'excellence des gestes.

Le médiocre, c'est celui qui vend exprès des vieilles pommes de terre pourries sur le marché, celui qui loue le plus cher possible des studios dans lesquels il investit le moins de frais possible, celui qui critique l'autre à qui il souriait à l'instant dès lors qu'il tourne le dos, celui qui se plaint d'une conséquence dont il chérit la cause, celui qui se victimise outrancièrement, celui qui manipule d'un air candide, celui qui tue le chien du voisin en son absence, celui qui réfléchit aux moyens de ne pas payer ce qu'il doit payer, celui qui déteste qu'on se comporte avec lui comme il se comporte avec les autres...

Mais la première des médiocrités c'est ne pas être excellent dans ce que l'on fait ou ce que l'on est.

Une femme de ménage excellente ou médiocre, un plombier excellent ou médiocre, un enseignant excellent ou médiocre... La médiocrité consiste à laisser passer les trucs qui ne vont pas par commodité ou paresse. Plus c'est fréquent, plus grande la médiocrité.

Donc pour ne pas être médiocre...

Il faut bien faire son travail, en traitant les détails avec précision, vers un but clair.

Il faut traiter, économiquement, socialement, professionnellement, commercialement, autrui, comme on voudrait qu'il nous traite.

Croire que l'honnêteté constitue aussi une cause sûre d'enrichissement ; croire que la qualité et la fiabilité constituent aussi une cause sûre d'enrichissement.

Accepter d'investir dans les lieux, dans la beauté, dans la sécurité des autres et de soi, pour un monde plus fiable.

Se comporter de la manière la plus claire et intelligente possible au quotidien, user d'une courtoisie qui ne s'arrête pas aux rapports extérieurs mais se poursuit même en pensée. En somme, s'approcher de la cohérence entre les pensées, les paroles et les actes.

Privilégier la gratitude à la plainte, le pardon à la rancœur, l'humour à la morosité.

Être ferme et clair sur la manière dont on veut vivre et être traité ; poser des limites en amont !

Savoir réagir face à la manipulation, l'agression, la drague... avoir prévu un arsenal efficace de défense, de repli, de combat.

Accepter de payer pour la collectivité, accepter la circulation des richesses, de l'affection, des émotions.

mardi, 01 janvier 2019

Sur Isaac

Dans ta lettre, tu me parles d'Isaac :

« ce que j'en pense, de ce jeune homme, tellement plus jeune que moi (vingt ans de moins!), c'est qu'il est extraordinairement capable. Excellent violoniste, chanteur remportant des premiers ou seconds prix de chants lyrique, multilingue, voyageur autonome dans des contrées peu touristiques, sympathique, séduisant, beau, fort physiquement, bon cavalier, bon nageur, toujours adéquatement et élégamment habillé, que ce soit pour une exploration en montagne ou une soirée à l'opéra, audacieux, intégré à merveille dans la vie familiale, amicale, estudiantine et déjà professionnelle...

J'aurais adoré être comme lui, il représente la face réussie de tout ce que j'ai raté : études, reconnaissance par les autres, pratique des langues, musique de haut niveau, sport, voyage réel et constructif.

Je l'avoue à regret, j'ai la tentation médiocre de vouloir qu'il rate ou qu'il ne « donne » pas ce qu'il promet, pour pouvoir me satisfaire de mes propres échecs. C'est mal de ma part, et, quoi qu'il en soit ce n'est qu'une tentation, comme lorsqu'on ressent l'envie primaire de gifler un enfant ou d'insulter un contrôleur de train mais que la volonté s'oppose immédiatement, fermement, à cette voie douteuse. Je ne valide pas mes sentiments mesquins, mais rien se sert de les refouler. Autant les analyser pour les surmonter et les dépasser.

Je note toutefois, chez ce jeune homme, une sorte de morale hors de toute souffrance personnelle. Il exprime régulièrement de la compassion, que je crois réelle, mais c'est une compassion impersonnelle, pas un vécu douloureux partagé, comme s'il ne traversait jamais d'expérience sombre ou comme si ce n'était de toute manière pas acceptable ».

 

Je te réponds que les personnes ainsi très adaptées au monde tel qu'il est dans sa meilleure version, peuvent interpréter, utiliser, mais rarement apporter un regard neuf, d'où la frontière étrange qui se tisse entre eux et nous. Cette ligne qui nous sépare n'est pas due à leur mépris, ni à notre humiliation, ni à leurs formidables capacités, ni à l'évidente incapacité qui nous caractérise en comparaison. Elle est tracée par leur cuirasse de compétences, qui s'interpose entre eux et les coups durs de l'expérience.

Il est le fils prodige ; il voudrait être l'homme vrai. Il ne peut pas. Ou bien il est l'homme vrai autant que toi ou moi mais il nous domine trop pour que nous sachions voir sa vérité.

 

Sur AlmaSoror :

Le moine-soldat IV

Le moine-soldat IX

Le moine-soldat X

Le moine-soldat XI

Le moine-soldat XII

Dialogue des marcheuses

L'air nécessaire pour commencer à vivre

La joie crépusculaire

.........................vrai...............................

lundi, 31 décembre 2018

Samedi de décembre dans l'Ouest

Une petite mer de nuages blancs et roses sur l'océan atlantique à travers la pinède qui nous sépare de l'eau. La sangle est tirée entre deux arbres et je ne peux pas parler : je suis ulcérée par moi-même et par certains éléments de ma vie quotidienne. Mais peu à peu la marche sur la sangle, le silence sage des pins, le calme du ciel en cet après-midi hivernal me réapprennent à respirer tranquillement. Des oiseaux dont je ne discerne pas l'espèce s'envolent d'un haut pin en gloussant furtivement. Laurence effectue un aller-retour sans tomber, puis jongle pendant que je monte à mon tour. Nous ne parlons pas depuis quarante minutes. Au retour, nous rencontrons, dans la ruelle qui monte de l'océan à notre rue, une chienne terre-neuve aux pattes blanches, comme des gants de fourrure. Elle est énorme, affectueuse, câline et seule son éducation raffinée l'empêche de nous sauter à la poitrine . Son maître est fier d'elle. J'interroge Laurence sur l'escalade, sa pratique à l'intérieur des salles parisiennes. Le soir tombe tôt, quelques jours après le solstice d'hiver.

dimanche, 30 décembre 2018

Te decet hymnus deus in Sion

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François (frère Paul) de Cornulier, à droite

Mon oncle Fanfan, frère Paul chez les bénédictins, est mort hier, âgé de 80 ans, un an et deux jours après son jeune frère Paul (mon père). Ces dernières années, Fanfan était battu par son supérieur. Il l'avait avoué à ses frères (de sang), tout en disant : je pêche car je n'ai pas le droit de le dire, je vais devoir répéter que je vous l'ai dit et je serai puni, ou quelque chose dans ce genre (je n'étais pas présente lors de cette soirée).

Récemment, un des prêtres du monastère, à qui B..... demandait combien de religieux peuplaient actuellement le monastère, répondit « nous sommes dix pères », mais son frère n'ayant jamais été ordonné B comprit l'entourloupe et à nouveau demanda « combien en tout ? » « Nous sommes dix pères et deux frères ». Donc un frère non ordonné existe à peine, pas assez pour être mentionné. Quand je songe à ce père très haut qui se met au-dessus de ses frères non-pères, ça me ferait marrer que tout soit vrai rien que pour le voir rétrogradé parmi les impies tandis que ses frères tant méprisés batifoleraient tranquillement à la droite du Père.

Les moines furent méchants jusqu'au bout avec Fanfan, le reléguant à la chapelle du Vorbourg durant vingt-cinq ans, le reprenant à grand regret parmi eux lorsqu'il tomba vraiment malade, le soignant à contrecœur dans leur propre clinique avant qu'il aille (enfin!) mourir à l'hôpital de Sion. Ils comptent l'enterrer en catimini et pour cela un père René a dit mielleusement, plusieurs fois, à B : « Frère Paul souhaitait être enterrer dans la plus stricte intimité », ce qui signifie dans la bouche de ce saint homme : votre frère est une merde et il n'aura pas l'once d'une pompe. Fanfan n'était que diacre, il n'avait jamais été ordonné prêtre et en était fort méprisé là-bas. Il a passé toute une vie dans un monastère où il a même été battu, avec interdiction d'en parler à l'extérieur ! L'église catholique, qui a ses grandeurs, est une mère maquerelle, une pousse-au-crime et un égout moral.

Mais ce n'est pas une raison pour ne pas faire dire une messe en l'honneur d'un moine convers en route pour les délices célestes.

E-Volumen

C'est une symphonie de codes, sans son. Face à la masse des contenus, qui sera prescripteur ? Dans cette économie de l'attention, l'intérmédiation use d'algorithmes. La donnée, par milliard, s'analyse, se monnaye, s'utilise. Grand vol organisé de la forêt de clics et de liens. Le distributeur s'aliène toute la chaîne, de la production première au paiement terminal. Cyborg, comment t'orienteras-tu dans la profusion de signes ? Ton choix n'est qu'un calcul prévisible. La ressource rare n'est pas l'or, c'est ton esprit, ta décision. À la granularité de la masse, font face des arbres supervisibles qui dissimulent la forêt noire. Qui capte les signaux faibles ?

samedi, 29 décembre 2018

Le petit Lanstier

Quant à mon rêve de campagne, quel est-il ? La nature perdue – mais j'ai peur des errants, de la nuit. L'hôtel de la vieille ville – mais j'ai peur des voisins, des conflits humains. L'exploitation agricole – mais j'ai peur de me faire mal avec des outils, d'être infirme sur le plan technique. Loin du monde – mais j'ai peur des transports complexes, peur de conduire.

Une grande maison – mais le chauffage ? Des chiens – mais les voyages ? Et l'enfant ? Où est-il l'enfant ?

Il marche.

Lanstier, bonnet à pompon sur la tête et chaussures d'hiver aux pieds, se fraye un chemin jusqu'à la maison du vieux Vaast. Depuis la fenêtre de l'étage, une vieille femme le surveille. Cet enfant ne croit pas au Père Noël. Il cherche un secret derrière les rides de ceux qui l'entourent.

Il n'a jamais vu d'autre enfant.

vendredi, 28 décembre 2018

Le masque

« … déchiré par cette illusion de liberté que donnent les êtres qui nous quittent... » Jean-René Huguenin

Je quitte tous ceux qui m'approchent pour qu'ils continuent à me désirer et qu'ils me prêtent un bonheur et un mystère que je ne possède pas plus qu'eux.

Je pars sans me retourner parce que je veux qu'on me regarde partir.

Si j'étais quelqu'un, je resterais parmi vous, mais n'ayant qu'un miasme étrange à la place de l'âme, je vous montre un masque afin que vous pensiez que je vaux quelque chose.

Mon masque vous sourit, mon masque vous méprise.

Mon masque me remplace. Mascarade !

 

Sur AlmaSoror :

Mascara

Lorenzo

lundi, 24 décembre 2018

La clarté de la crèche dans la nuit du péché

« Dans la nuit du péché, c’est l’étoile de Bethléem qui luit ; c’est l’ombre de la Croix qui tombe sur la clarté de la crèche. La lumière s’éteint dans l’obscurité du Vendredi Saint, mais remonte plus éclatante, soleil de grâce, au matin de la Résurrection…
C’est à travers les souffrances et la Croix que le Fils de l’Homme fut élevé à la gloire de la Résurrection ; traverser la souffrance et la mort avec le Fils de l’Homme, pour atteindre la gloire de la Résurrection, c’est le chemin ouvert à chacun de nous, à  l’humanité entière » 

Sainte Thérèse-Bénédicte de La Croix (née Edith Stein en 1891 à Breslau, morte en 1942 à Auschwitz), carmélite, martyre et patronne de l'Europe

IN Le Mystère de Noël, Conférence donnée en 1931

samedi, 22 décembre 2018

Trouble

« Que rien ne te trouble », écrivit la grande dame voilée dont le grand-père était un converso. Elle avait raison, mais c'est difficile, elle avait raison, et un jour viendra, où le cœur, calme et puissant comme l'océan pacifique après la tempête, accueillera les remous du monde en scintillant sous le soleil.

Les grandes familles d'hier font les cœurs brisés d'aujourd'hui. Les gueules cassées de l'usine seront les grandes familles de demain. L'esprit de Noël se divise par deux : celui d'une crèche où manque le nécessaire, d'un homme qui a accepté l'enfant d'un autre, d'une femme qui a subi l'humiliation de l'engrossée. Celui des dindes au marron, du foie gras, des mètres carrés de cadeaux, des guirlandes et des enfants enguirlandés derrière une porte au milieu de la fête.

Il y aurait bien un troisième esprit, celui de la Tradition, porté par des moines et des moniales qui après un repas frugal chantent au milieu de la nuit sous les étoiles l'adeste fideles.