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dimanche, 11 octobre 2020

Kevin Motz-Lovietz, encore un extrait de son journal de Baude Fastoul

Jeudi 9 octobre 2014

Soleil, pluie, vent, soleil encore, sur la Rancevaudière. Je n'arrive pas à travailler en ce moment ; jachère de créativité, peut-être ? Transformation intérieure ? Ce séjour dans cette Rancevaudière bien-aimée berce mon cœur d'une langueur nostalgique et j'y jouis de l'automne avec fascination. Ramassage de châtaignes, de noix, de figues, de pommes, de framboises, odeurs des feuilles mortes rougies et mouillées, contemplation des moutons qui mâchonnent de bonnes petites feuilles d'arbres encore vertes glanées par terre, beauté des canards qui filent sur l'eau, interrogations muettes de mon cœur face à l'aspect bizarroïde de mon destin...

21h23. La nuit est tombée. Nous avons sorti la poubelle sur la place de l'église, car c'est jeudi, le soir dévolu à cela par la commune de Saint-Christophore du Lignage. Passage de longs nuages dans le ciel obscur. Calme profond de la Rancevaudière. Astrid lit auprès du feu. Elle plonge avec passion dans le Traité de stratégie d'Hervé Coutau-Bégarie, ce qui fait suite à une autre lecture qui l'a passionnée : le traité de géopolitique d'Aymeric Chauprade.

Les souffrances liées au milieu social, à la honte et à l'arrogance sociale, alourdissent les âmes et laminent les vies depuis la nuit des temps, et concernent tout le monde, depuis le clochard qui dort dans le froid à même le trottoir, jusqu'au ministre bardé de décorations honorifiques. Il faut y renoncer, car ces souffrances, ces combats, ces hontes et ces arrogances ne présentent aucun intérêt. Y renoncer, donc, définitivement. Mais ne pas renoncer à l'élégance, morale et corporelle ; ne pas renoncer à la quête spirituelle, à l'approfondissement des connaissances, à la bienveillance, à la clairvoyance et à la sagesse. Ne pas renoncer à l'équilibre et à la santé, ne pas renoncer au détachement, à l'apprentissage de la mort. Persévérer dans la purification de son caractère, persévérer à penser sur le monde, persévérer dans l'amour et dans la liberté. Avancer avec opiniâtreté vers toujours plus d'autonomie, vers la création d'une œuvre, vers la joie de vivre et l'art de vivre. Ne jamais cesser de faire place au rire et à la contemplation, à la recherche de l'art, à l'amélioration du monde et à la multiplication de la beauté.

 

Le journal de K ML sur AlmaSoror :

Extrait

Tiartxe

Extraction

vendredi, 09 octobre 2020

Billet en cours d'écriture

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732 : Bataille de Poitiers

7 octobre 1571 : Bataille de Lépante

2021 :

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mercredi, 07 octobre 2020

Santa-Venexiana

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Derrière l'église de Port-Saint-Rêve des morts, dans la maison de la vieille femme, l'adolescent humait ses rêves en avalant des séries audiovisuelles.

Santa-Venexiana avait été partiellement détruite par les prêtres neufs qui souhaitaient que le surréalisme remplace la religion catholique ; mais il restait une âme à cette église, et il restait une chance au jeune homme.

Je marchais, je marchais toute la journée. Les mois passaient, et même les années. Je marchais, les yeux dans le vide, emportée par une rêverie détachée du réel, comme un bloc de glace qui erre sur un océan lointain, détaché de l'iceberg-père.

 

Sur nos poussièreuses terres almasororiennes :

Port Saint-Rêve des Morts

Sur un élément de la lettre d'Hélène

Sommaire de La dernière messe

Algues séchées

Ecclesia

Hommage à Miles, par Joan Yufitran

Vous reveniez le soir en longeant les remparts

Les basaltiques, critique d'un album musical

Prières pour la ville atlante

La croix du Sud

Le groove dans le blog

Souffle et drogues autogénérées

mardi, 06 octobre 2020

Europa Europa, sol invictus, lux aeterna

Qu'est-ce que l'Europe ?

L'Europe est ce jardin que des troupes débraillées ont saccagé, parce que les gardiens ont eu honte d'eux-mêmes. L'Europe est ce jardin au mitan duquel ce million d'enfants masqués s'éveillera demain, million de visages uniques, de destins singuliers, d'âmes boréales.

À quoi ressemble l'Europe ?

Invaincue, l'Europe connaît chaque jour plus de mille couchers de soleils et ses lunes ont les figures de l'éternité.

Qui est l'Europe ?

L'Europe est cette église que des hérauts du Vide ont incendiée, parce que leur envie de posséder dominait leur soif de Dieu. Mais l'Autel incassable du Sacrifice sera toujours visible, comme l'étoile du matin, par les mendiants de lumière et par les combattants de la grandeur.

Où se trouve l'Europe ?

L'Europe est cette montagne au milieu des montagnes, ces vallées qui montent au sommet, l'Europe est cette cime qui reste immaculée même lorsqu'on l'a gravie.

Comment agit l'Europe ?

L'Europe est cette forme sonore et visuelle, mouvante, émouvante, croyante, relaps, crucifiée, pure et nature... L'Europe est ce bouillon de cultures.

Comment trouver l'Europe ?

L'Europe est cet océan traversé par les rayons de plus de mille phares, car la navigation, délicate, mène aux sept ports de la sagesse.

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lundi, 05 octobre 2020

Fidélité au néant

La déprime qui me prend toujours après les avoir vus… Cette fidélité au néant, en quelque sorte, cette acceptation que la vie passe sans que grand-chose ne s’accomplisse… Et surtout, cette éternelle litanie de leur mode de vie qui ne change pas malgré d’évidentes et étonnantes névroses. Ces garçons ont été élevés comme des bourgeois, leurs camarades de classe et leurs cousins sont devenus des cadres supérieurs, pères de famille, bien installés, et eux, restent sur le carreau, mais pas par choix puisqu’ils ne sont pas révoltés, ils n’ont rien contre la beauté des appartements, rien contre la notabilité, mais c’est comme s’ils s’étaient punis, comme s’ils se condamnaient eux-mêmes, à se mépriser, à être privés de ce pourquoi ils étaient faits, et surtout, à passer aux yeux des autres pour des ratés.

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dimanche, 04 octobre 2020

Baptême

Ce matin, la jeunesse est revenue! En même temps que le vent glacé de cette journée d'automne, elle est entrée par la fenêtre et s'est agrippée à moi. Qui es-tu ? Qui es-tu ? Hurlais-je, me débattant.

Je suis la jeunesse et je reviens t'habiter. T'habiter pour le restant de tes jours. Oublie tes appréhensions, tes préhensions et tes compréhensions, fais place ! Fais place ! Laisse ma folie te gagner.

C'est la vie qui commence. Jusqu'ici tu tremblais.

C'est l'amour qui commence. Jusqu'ici tu attendais.

C'est la joie, comme un feu, qui embrase ton corps et qui te portera jusqu'aux noces de ton âme et de la mort.

Tel le baptisé sortant du Jourdain, je ressens ce très étrange sentiment de paix. Deux garçons assis dans une vieille voiture roulent sur la route entre les rangs d'épis qui frissonnent. L'un d'eux sera mon père, mon époux et mon fils. L'autre sera l'ange de l'annonciation et du combat.

mercredi, 23 septembre 2020

42 automnes

Ce temps qui passe, imperceptible, ce temps passé, indescriptible. Ce temps à venir, compté, incertain. Et les ans qui s’accumulent sur le journal de Baude Fastoul, la naissance du hallux valgus, de quelques cheveux blancs, la ride du lion qui fronce mon front.

Des rêves comme des ballons qu’on a pas encore lâchés dans le ciel, depuis l’enfance et la jeunesse.

Ces rêves demeurent, inaccessibles, toujours aussi forts, cette poésie de l’attente, elle, se transforme en attente de la poésie.

Ces chants russes lointains, mystiques, ces chants romains, trop proches, ces chapelets à Saint-Nicolas du Chardonnet, hiératiques et désuets.
Cette légère impression d’avoir commis exactement l’inverse de ce que j’aurais dû.

La quête de sens, l’immense soif d’avoir vécu pour quelque chose. La soif de vivre et les heures à ne pas vivre, des milliers de milliers d’heures.

Sainte Thérèse d’Avila (la vie n’est qu’une nuit à passer dans une mauvaise auberge), Sainte Thérèse de Lisieux (ma vie n’est qu’un instant, une heure passagère), Sainte Thérèse Bénédicte de La Croix (viens, allons pour notre peuple), trois carmélites pour un songe anachronique de grillage et de voile, une hésitation.

La litanie à la voix grave de frère Emmanuel de la Sainte Cigarette, et la soror furiosa, sorora normalis, sœur civile à la voix dure, à l’esprit étroit, soror eterna.

« Que le Seigneur soit avec vous !

Et avec votre esprit ».

Que l’esprit saint nous guide à travers les scories des idées, les méandres souffreteux de nos psychés.

La musique, limpide et divine, pour danser ou attendre, parce que l’attente est le propre de la femme perdue.

La croyance secrète en un salut terrestre, cet homme qui s’approche, cet argent qui vient, cette joie neuve, à laquelle on avait droit.

Ces amitiés mi-figue, mi-raisin, ces dîners entre chien et loup.

Toute la poussière d’une vie banale.

J’ai envie que tout recommence aujourd’hui.

 

Ailleurs sur AlmaSoror : 

Et cum spiritu tuo

Les silhouettes des fermes isolées

dimanche, 30 août 2020

Une langue qui sauve, un arbre qui calme

Nous sommes sortis le 11 mai du confinement, mais nous ne sommes pas sortis de l'étrange. Nos cerveaux confus s'affolent face à la toute puissance des politiques et à notre propre impuissance. Nous n'avons plus grand chose qui tienne debout dans notre psychisme même si notre pays ressemble encore à un pays riche.

Et c'est pourquoi je m'envole dans le seul espace où la vie semble possible. Et c'est pourquoi je rêve. Je rêve des Vosges (pourquoi ? Pourquoi pas ?) Les Vosges lorraines. Plombières les bains. Le cœur fidèle et la plainte touchante des vaincus. Les épicéas. J'ai soif ! Soif ! Soif d'épicéas.

Les chants inuits s'échappent de mon ordinateur, je ferme les yeux et je vois des épicéas.

L'inuktitut est une langue qui sauve, l'épicéa, un arbre qui calme.

Ce bal masqué sanitaire et politique ressemble au manège de la folie. Demain reviendra-t-il ?

mardi, 18 août 2020

Alcyone

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vendredi, 14 août 2020

Une information

De temps en temps, Emmanuelle Favier s'installe sur son fauteuil Pomaré et décline les invites du téléphone. Il est midi éternellement, l'osier craquelle sous le poids des rêves, Emmanuelle fume une pensive litanie. Entre ses doigts la cigarette devient cendres, au-delà du zénith, par derrière les oisives lubies. 

jeudi, 13 août 2020

Toutes les pluies nous attendent

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Toutes les slacklines nous appellent. Elles dansent entre les arbres, désirant nos pieds nus.

Le 13 août 2013, ton petit sourire et tes mains, en ravissement, décrivaient les pigeons haut-volant et culbutant, alors que nous déjeunions sur la place Edgar Quinet.

Ce 13 août, la chaleur du Liban et de la France font succomber les bonnes œuvres et interpellent les citoyens désarmés, agressés, qui seront punis s'ils laissent parler leur bon sens et massacrés s'ils laissent s'exprimer leur courage. 

L'espoir n'est pas mort : toutes les pluies nous attendent. Toutes les Europes nous guettent. Tous les Christs nous surplombent.

vendredi, 10 juillet 2020

Yougoslavie

Sarajevo ?

Oui.

Mes idéaux. Mes choix.

Sarajevo, une autre fois ?

Oui.

Des souvenirs d'une guerre, comme toutes guerres, décidée dans des salons d'un pays étranger.

Sarajevo, encore une fois.

Des ponts détruits, un amour mort, des enfances comme des fruits coupées pour une salade de pays.

Sarajevo, des écrivains désespérés.

Sarajevo, jeunesse trompée.

Mais, dans mille ans, Sarajevo ressuscitée.

jeudi, 02 juillet 2020

Verbatim des temps morts

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La parole, le sexe et la mort sont trois grandes zones de liberté et de censure.

Quand le sexe est licite, la mort devient obscène. Quand la mort est assumée, le sexe devient illicite.

Le Verbe s’est fait chair et Il a habité parmi nous.

Il vivra parmi nous jusqu’à ce que la chair devienne enfin le Verbe.

 

jeudi, 25 juin 2020

Ne déglingue rien

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C'était une passacaille de Haëndel sous tes doigts. C'était un bébé goéland qui criait sur le toit. C'était un monsieur qui mourait près de nous, doucement. C'était un confit qui cuisait dans la cuisine, lentement. C'était un après-midi qui n'en finissait pas.

Et c'est ta peau encore, presque vieillie mais toujours tendre, qui s'éveille à nouveau après ces lacs de cendres. Ne déglingue rien, tout est parfait quand tu reviens, ta flûte traversière dans les mains et ton incandescence au creux des reins.

Tous ces appartements seront bombardés évidemment, pas par les bombes des États fous qui lapident aux droits de l'homme, mais par les nouvelles modes très chères que les bourgeois payent pour rafraîchir les lieux jaunis par les années.

samedi, 20 juin 2020

& la mécanique...

« L’année 1952 est en outre celle des fameuses 4’33’’. Inspirée par les toiles blanches de Rauschenberg, 4’33’’ de silence pour n’importe quel(s) instrument(s) est l’œuvre que John Cage jugera la plus décisive, la plus radicale de toutes celles qu’il a pu écrire. Il s’y référera sans cesse et confiera même qu’il y pense toujours avant d’entreprendre une nouvelle composition. Pour un John Cage émerveillé, la musique n’a pour fonction que de nous faire prendre conscience du miracle de l’existence, dans sa globalité, et c’est ainsi qu’il faut entendre cette pièce silencieuse entièrement ouverte aux sons de l’environnement. Avec ses trois mouvements d’une durée respective de 30 secondes, 2 minutes 23 secondes et 1 minute 40 secondes, cette œuvre est créée le 29 août 1952 au Maverick Concert Hall de Woodstock par David Tudor au piano, qui marque le passage d’un mouvement à l’autre en fermant et en rouvrant en silence le couvercle d’un clavier ».

 

Extrait de Daniel Caux, Le Silence, les couleurs du prisme & la mécanique du temps qui passe, chapitre Musiques Hors Limites, Éditions de l’Eclat