jeudi, 10 mai 2012
Souffle et drogues autogénérées : le psychédélisme naturel
Le psychédélisme naturel
(un billet de Hanno Buddenbrook)
"Il faut être libre pour le devenir, car la liberté est existence, et surtout acquiescement raisonné à l’existence et désir ressenti comme un destin de la réaliser".
Ernst Jünger
Chers amis, chers non-amis,
Qu'est-ce que le psychédélisme ? Ce terme, formé des mots grecs « âme » et « clair , visible », a été inventé par le psychiatre Humphrey Osmond et l’écrivain Aldous Huxley, et signifie « révélation de l’âme ». Le mouvement psychélélique a voulu révéler cette âme humaine par l’emploi de drogues, qui émoustillent les sens et « ouvrent les portes de la perception », comme l’a dit Huxley. Ces portes, qui ont poussé Jim Morrison à appeler son groupe de musique rock the Doors, les Portes…
Les drogues utilisées par les adeptes du psychédélisme, hallucinogènes ou délirogènes, sont néfastes pour la santé mentale et physique et rendent fragile l’être humain dans une société dont le délire ne concorde absolument pas avec celui induit par les drogues.
Or, il est possible de se droguer sans se faire mal, sans s'aider de substances externes qui dégradent notre santé ou nous déconnectent de façon dangereuse du monde matériel dans lequel nous sommes plongés.
Le psychédélisme au naturel
Le psychédélisme naturel permet de vivre de façon intense, grâce à la dilatation des perceptions, en échappant à la fois à la prégnance des éléments néfastes de ce que l'on appelle vulgairement la "réalité" et aux conséquences destructrices des drogues.
La drogue extérieure et la drogue intérieure ne sont pas si différentes, dans leurs effets hallucinogènes de révélation des faces cachées de l’âme, des puissances créatrices contenues au fond de nous-mêmes. C'est leurs effets secondaires qui les différencient, tels les problèmes de santé, d'addiction, de cherté, pour ne citer que quelques-uns des problèmes liés aux drogues extérieures. Ces effets sont absents de la drogue intérieure. Quoique... l’on peut soutenir que l'addiction concerne aussi les drogues autogénérées. Mais c’est une addiction qui ne diffère pas de l’addiction à la course à pied : la privation de la drogue provoque éventuellement des crises de colère ou de dépression, que l’on peut surmonter en aménageant sa vie. Rien de grave, en somme. Le fait que la course à pied soit addictif n’enlève rien aux bénéfices qu’elle procure.
Nous comprenons Edith Morning lorsqu'elle déclare : "Si j’avais su que les rêves sont réels et le monde illusion, j’aurais inversé ma vision de la liberté et celle de la prison. Mais les menteurs amers disent décriant les images qu’elles sont illusoires, et nous entraînent dans leur " réel " qui n’existe que dans leurs sombres couloirs".
Comment fuir le réel sans qu’il nous rattrape ? Comment rester dans le réel sans dissoudre ses rêves ? En mélangeant savamment le rêve et la réalité, en célébrant au quotidien leurs épousailles mystiques.
Je souhaite partager le fruit étrange et mûr d'une expérience de quelques années.
Voici quelques moyens d'aboutir à ces états psychédéliques, sans LSD ni ingestion d’aucune autre drogue dure ou douce.
Par le souffle
D’abord on se calme, on ferme les yeux, on passe un moment à observer ce qui a lieu sur le rebord clos de nos paupières. Puis on observe notre respiration, son rythme, les effets que ce rythme, allié à une plus grande conscience des événements corporels, peut avoir (fourmillements dans une jambe, effets de ventouse sous une épaule…)
Après quelques temps, l’on peut influer sur ce rythme respiratoire en l’amplifiant. Il ne faut pas être trop directif avec soi-même. Dans tous ces exercices, le but est d’obtenir une sorte d’auto-hypnose.
Par la visualisation
Commencez par le bleu : imaginez un bleu très clair, et voyez le prendre toute la place. Imaginez que vous nagez dans ce bleu, imaginez que vous recevez des tombereaux de masse bleue, imaginez que le bleu vous enveloppe, vous remplit, emplit le monde entier.
Vous pouvez aussi imaginez que dans le monde dans lequel vous évoluez flottent des volutes bleues.
Vous pouvez vous envoyer ainsi des petits jaillissements de bleu dans la journée, par instants. J’ai arrêté de fumer en imaginant surgir un lagon bleu chaque fois que j’avais envie d’une cigarette. Je me suis soulé ainsi aux lagons bleus pendant plusieurs semaines.
Par le mouvement
La répétition inlassable d’un mouvement est une bonne entrée en matière, c’est-à-dire une bonne entrée en transe.
Par le son harmonique
L’apprentissage (doux) du chant harmonique provoque de grandes ouvertures mentales et imaginales. Il suffit de prendre une grande inspiration, choisir une syllabe d’appui (« ou » est parfaite), et laisser un filet de son se dévider le temps d’une longue expiration. Faites le sept ou huit fois et ensuite insérer, sans fermer la bouche ni couper le son, un « u » (ou toute autre syllabe). Cela donne : ou-u-ou-u-ou, sans interruption de son. Les lèvres peuvent rester rondes, sans bouger. Seule la langue bouge et c’est ce mouvement de langue qui créée l’harmonique et permet que plusieurs sont distincts sortent en même temps.
Par l’expérience intérieure
Celle-ci consiste à se concentrer, plusieurs minutes de suite, voire le plus longtemps possible, sur le cœur et ses battements, ou encore sur un organe (le foie) et tâcher d’en sentir les contours et d’être conscient des mouvements, flux, événements qui s’y passent.
Par les expériences de flottement
Le flottement, ou la flottaison, c’est ce sentiment agréable de se laisser emporter par le courant du rêve, un rêve non conscient, non mental, un rêve presque corporel. La réalité perd prise, nous perdons pied et nous laissons délicieusement glisser dans les interstices du temps. Le but est d’oublier de façon complète tous nos soucis. Accéder à cet oubli parfait, même une seconde, représente un grand bain de vide, un grand bain de paix. Il faut réussir à accéder à cet état de béatitude, ne serait-ce qu’une seconde. Une seconde de totale béatitude vaut mieux que quinze jours de vacances. Si l’on peut multiplier cette expérience de flottement béat, les effets sur la santé mentale, physique, sur la détente générale de notre vie, la perfection de nos gestes quotidiens, la qualité de nos réactions aux événements vont apparaître. Une seconde de béatitude répare plus qu’une nuit de douze heures. Mais pour l’atteindre il faut accepter de tout laisser partir, tous les soucis, toutes les angoisses, toutes les culpabilités. En fait, cela exige une renonciation qui ressemble à celle du mourant qui lâche enfin tout ce qu’il tentait de retenir pour plonger dans l’inconnu qui vient le chercher.
Note sur la musique
La musique, et particulièrement la musique planante, est un outil efficace lorsqu’il s’agit de planer. Toutefois, pour un psychédélisme naturel pur, point n’est besoin de recourir à un quelconque outil. Au contraire, l’outil nous détourne de cette pureté de la sensation, et surtout, l’outil nous empêche de discerner ce qui relève de nous-même et ce qui relève de l’influence extérieure.
La démarche psychédélique naturelle prend sa source dans l’amour de la liberté, de la simplicité. La musique nous emporte : en cela elle nous prive de notre liberté pure.
Note sur la prière
Le psychédélisme naturel peut n’avoir pas d’autre but que le bien-être. Il peut également être soutenu par une intention, par exemple une intention artistique, ou bien une quête d’efficacité ou de santé.
Le psychédélisme est une attitude orientée vers soi, alors que la prière s’élève au-dessus de l’ego. La prière est la mise à disposition de son être au profit de Dieu ou d’une matrice créatrice quelconque. La prière n’est pas un outil au service de soi, mais un outil de communication entre soi et une entité devant laquelle on s’incline.
Le psychédélisme est plutôt un outil, une voie que l’individu peut contrôler et qu’il a tout le loisir d’user pour son meilleur bénéfice. Si le psychédélisme peut se mettre au service de la prière, il peut aussi la perturber en tant qu’il procède d’un désir de développement personnel, et ne doit jamais se confondre avec elle. Il ne peut en outre la remplacer. Ceux qui veulent prier doivent prier.
Avertissements
Premier avertissement :
Tout ce que nous entreprenons et qui s’oppose au bonheur de nos enfants, de nos chiens, de tous les êtres dont nous sommes responsables, est mauvais. Nous nous devons à nos petits comme les loups se doivent aux leurs : les jeunes avant toute chose. Le psychédélisme naturel ne doit être utilisé qu’au service d’une meilleure vie, plus agréable, plus vivifiante, pour vous et les vôtres.
Second avertissement :
L’exploration de nous-mêmes est un voyage infini et bouleversant. Lorsque nous envoyons des sondes au plus profond de notre être, nous ne savons pas ce que nous allons toucher. Nous ne savons pas ce que nous allons voir surgir. Nous ne savons pas quelles ballades que nous allons ouïr. Si, en lui-même, ce voyage ne comprend aucun risque, ne présente aucun danger, nous devons rester responsables face à nos éventuelles défaillances. L’angoisse et la rage sont des réactions plausibles face à une découverte trop intense. Des personnes ayant voulu enseigner le yoga à des prisonniers se sont rendues compte que ces prisonniers devenaient extrêmement violents. Comment n’en serait-il pas autrement ? Le voyage intérieur est une traversée des passions humaines, des grands mouvements naturels. Ces prisonniers avaient accumulé tellement de drames, vivaient une vie si obstruée d’espace et de mouvement que le yoga a ouvert les vannes d’un fleuve puissamment contenu dans un canal trop petit : comment les eaux ne déborderaient-elles pas en cascades ?
Il faut donc apprendre à sentir les fluctuations de notre corps, de notre cœur et, dans la responsabilité nécessaire à toute liberté, voyager à notre rythme au fond de nos océans. Si la houle s’avère trop forte, prendre une pause, revenir à « la réalité ». Et repartir une autre fois. Celui qui brûle les étapes est comme une tribu qui pratique la culture sur brûlis : peu à peu elle assèche tout le territoire et doit toujours partir plus loin pour assécher de nouvelles terres grasses, brûler de nouveaux terreaux humides. La destruction, comme tout malheur prolongé, est un choix. La renaissance, comme toute rédemption, est offerte.
Hanno Buddenbrook
Traduction : Olympe Davidson & Edith de Cornulier-Lucinière
Photos : Mavra Nicolaïevna Novogrochneïeva
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lundi, 07 mai 2012
Bâtir en terrain non convoité
Pour ceux sur qui la compétition et la concurrence avec les autres êtres humains pèse trop lourd, pour ceux qui se sentent incapables de gagner une quelconque lutte, pour ceux qui ne veulent pas se battre dans l'arène – et qui, pourtant, souhaitent créer, mener une vie intéressante, vivre leur aventure jusqu'au bout de leurs possibilités, il existe une attitude, une solution.
Il s'agit de bâtir en terrain non convoité.
Il y a toujours des domaines qui n'intéressent personne, des métiers que personne ne choisit, des territoires que personne n'achète, des objets que personne ne collectionne, des arts que personne ne pratique, des langues que personne n'apprend, des plantes que personne ne cultive.
Il faut, pour accepter un tel destin de bâtisseur en zone délaissée, renoncer au monde en quelque sorte. Il faut renoncer à la reconnaissance, renoncer à passer pour un jeune loup brillant, renoncer une bonne fois pour toutes à faire partie des gagnants du grand jeu social.
Alors la quête peut commencer.
On peut transformer un désert en jardin ; un terrain vague pollué en ville somptueuse noyée de jardins suspendus, de parcs verdoyants, luxuriants, ondoyés de fontaines et de ruisseaux ; une maison pourrie en charmante villégiature.
Les aviateurs étaient les ratés de la Navale. Ils ont ouvert la voie du ciel.
Là où la place est laissée, je bâtis un royaume éternel.
Les avantages de l'édification en zone méprisée, sont nombreux. Le bâtisseur n'est pas exclu, comme l'est celui qui ne fait rien ; il n'est pas incapable de se réaliser à travers une œuvre, une construction : il ne renonce à rien, à rien d'autre que de faire ce que tout le monde veut faire. Il renonce à se battre pour une place en terrain surpeuplé, mais il part créer un Nouveau Monde là où personne ne veut aller.
Il se peut que vienne la reconnaissance, il se peut que les troupeaux, voyant qu'il y a là une nouvelle possibilité, viennent paître dans le champ qu'un homme avait cultivé dans l'indifférence générale, il se peut que les jeunes loups brillants viennent mettre leurs pas dans un sillon creusé dans la solitude. Qu'importe ?
Le bâtisseur a mené sa vie. Il ne s'est pas battu contre ses frères, ce qu'il était incapable de faire, et il n'en a pas été moins courageux et moins fécond. Et s'il a donné assez de valeur à son terrain pour en faire une aire convoitée, qu'il sache que les indépendants trouveront toujours d'autres zones délaissées où commencer à travailler, seuls, libres, nimbés de rêve, sous le mépris d'autrui.
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dimanche, 06 mai 2012
Ces bêtes qu’on abat : Mes débuts dans la protection animale
C'est une saga qu'aucun scénariste n'aurait le courage d'écrire. Les films les plus gores ne sont que des comédies Walt Disney en comparaison. Les plus courageux d'entre vous auront sans doute du mal à la suivre jusqu'au bout...
C'est la saga interdite aux profanes.
AlmaSoror est fière de proposer sur son site l'extraordinaire saga de la viande. Celle qu'on ne lit jamais, celle dont on entend jamais parler, celle qui a lieu dans des endroits où l’œil citoyen ne peut pénétrer.
Si vous ne vous sentez pas capable de la lire, sachez que l'enquêteur l'a écrite. Sachez que des milliards d'individus la vivent aux portes de nos villes. Si vous n'êtes pas capable de la lire et que vous êtes capable de consommer le résultat, alors vous êtes un merveilleux citoyen du Meilleur des Mondes.
Voici donc le journal de Jean-Luc Daub, enquêteur dans les abattoirs français.
Mes débuts dans la protection animale
J’ai fait mes premiers pas dans la protection animale en 1993 à la Société Protectrice des Animaux de Strasbourg, où j’assumais la fonction de délégué. Je promenais les chiens, je nettoyais le chenil, mais très vite j’ai été amené à faire des enquêtes lorsqu’on nous signalait de mauvais traitements sur des animaux.
Je me rendais alors chez les particuliers qui faisaient l’objet d’un signalement. Ce n’était pas toujours facile. Parfois les lieux étaient isolés, parfois je me rendais dans des cités dont l’état des immeubles était déplorable, sinistre et hostile, ce qui encourageait plutôt à faire demi-tour. Et tant pis pour le chien en question. Mais non… Je suis toujours allé au bout de mes interventions, même dans les abattoirs ou sur les marchés aux bestiaux. Peut-être par inconscience. Surtout parce qu’il est impossible de renoncer à une intervention lorsque l’on sait qu’un ou des animaux sont en détresse. Et puis, il y avait la possibilité d’être accompagné par la police ou la gendarmerie, lorsque celles-ci acceptaient de se montrer coopératives.
Dans le cadre de ces enquêtes, je me rendis dans une cité de Strasbourg à fort mauvaise réputation. Avant de sonner à la porte de la personne qui avait été dénoncée, j’avais fait une enquête de voisinage pour m’assurer de la véracité des faits qui nous avaient été signalés à l’encontre d’un chien. Je sonnai et me présentai à la personne qui me dit ne pas avoir de chien. Une astuce pour la mettre en difficulté dans son mensonge me vint à l’esprit : je lui dis alors que c’étaient les gendarmes qui m’avaient demandé de venir, et que, si elle ne me laissait pas voir le chien, je reviendrais avec eux. C’est ainsi que je pus voir le chien.
Pour l’apercevoir, il fallut dégager une porte de cagibi encombrée de boîtes en carton et de deux vélos qui faisaient en obstacle. Le propriétaire ouvrit la porte, et je découvris, dans une sorte de petit placard dont la lumière du jour entrait à peine au travers des barreaux en béton, un chien assis sur une épaisse couche d’excréments. Il présentait quelques escarres dues à des blessures. J’entamai un dialogue avec le propriétaire, pour savoir notamment depuis combien de temps ce chien vivait dans ce réduit et pourquoi. Cela faisait six ans qu’il vivait dans le placard parce que, selon lui, un chien n’a pas sa place dans un appartement.
Je n’avais pas besoin d’en entendre plus. Je lui répondis que je ne pouvais pas lui laisser le chien et que, s’il n’avait pas sa place dans l’appartement, il ne l’avait pas non plus dans un placard. J’ajoutai : « J’emmène le chien et vous me signez un document attestant que vous renoncez à la propriété du chien. Si vous n’êtes pas d’accord, je reviens avec les gendarmes ». J’obtins aisément le document et partis avec l’animal, démarche qui ne se substitue pas au dépôt de plainte.
Me voici en bas de l’immeuble avec le chien, une femelle, tout à sa joie de sortir, de découvrir l’herbe, la terre et même un caillou pour jouer. Un collègue de la SPA vint le chercher. Une famille d’accueil lui fut trouvée, mais elle mourut quelques mois plus tard.
Ces bêtes qu'on abat peut s'acheter en version imprimée :
Ou bien se lire sur cette page qui lui est dédié.
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jeudi, 03 mai 2012
Qu'est-ce qu'AlmaSoror ?
AlmaSoror est un palais aux fondations de poussière.
La lumière qui le traverse risque toujours d'en faire tomber les colonnes et les piliers en une ultime illumination : tout éclate.
Tout ce que nous touchons s'effondre en cendres, pourtant nous poursuivons notre édification.
Que cherchons-nous, à tâtons sur une route incertaine ? Deux fossés entourent nos pas. Aucun corps ne nous étreint jamais. Avide d'amour et rongé de doute, nous posons les briques blogales l'une après l'autre, sans jamais percevoir le sens profond de notre oeuvre.
Visiteurs, cherchons-nous à vous plaire ? Rien n'est mois sûr. A vous déplaire ? Non plus. Nous cherchons à exister, à vivre au moins puisque notre coeur bat et palpite comme une bête.
AlmaSoror est le chantier d'un palais qui se rêve et qui se pleure, année après année. Des amis inconnus hantent ce palais, avides d'éternité, épris d'étrangeté. Les aimons-nous ?
Des amis connus méprisent ce travail informe, chronophage, ce rêve qu'il pressentent sans issue, qui ne se traduit pas en résultat mesurable, en espèces sonnantes et trébuchantes, en récompense.
Peu importe, nous n'avons pas assez de prestance pour haïr ou pour pardonner, nous courons sans y croire, sous une pluie qui ne mouille pas. Notre chair, notre âme, notre rêve, forment la trinité clandestine, et elle marche vers son Salut sans s'occuper des houles qui l'assaillent.
Le désert des carrières à creuser, la soif au milieu des solitudes, les fontaines taries déjà, tout cela, AlmaSoror l'accepte et en tisse sa toile. C'est toute la matière dont elle édifie son palais de sable mouvant et d'éclats de rire baignés de lumière.
Vous savez désormais.
Vous pouvez rester sur nos brûlures ou partir loin de nos peines.
Vous êtes le maître de votre destinée. Nous sommes l'esclave de la nôtre.
Les larmes coulèrent en rédigeant ce testament désincarné. Elles s'ajoutent à l'ouvrage imparfait.
Le palais de l'âme-soeur s'avance à l'intérieur des foules invisibles des villes mortes. Le palais d'AlmaSoror abrite un scarabée, une salamandre, le souvenir d'une chienne.
C'est tout.
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lundi, 30 avril 2012
ATONE
ATONE
Psalmodie-soliloque d’un soir de la neuvième année de mariage
écrite par Edith après quatre bières (1 adelscott ambrée, 3 Noire de Slack) il y a plus de dix ans
(Merci à René Ch... de l'avoir reprise ici)
Ma voix coule dans le soir
Mais mon cœur demeure aphone
Je respire dans ce bar
Des vapeurs d’alcool atone
Nous traversons les saisons
Main dans la main bien trop sages
Je n’observe à l’horizon
Aucun feu, aucun mirage
La vie et ses expériences,
Je les traverse en apnée
Puisque aucune délivrance
Ne nous est jamais donnée
Mais ce soir, dans la lumière
Du bar où flotte un suspense,
Ce soir je veux le salaire
Des années d’obéissance.
Que les lois et la morale
S’effacent de mon karma ;
De se courber sous leur pâle
Mensonge, mon crâne est las.
Dans ce corps où tout s’éteint
Pour jamais n’être fécond,
Que la passion prenne enfin,
S’il reste des braises au fond.
Que le désir se rallume,
Qu’il fasse briller mes yeux,
Pour qu’ils se désaccoutument
De leur rideau vertueux.
J’en appelle aux dieux païens
Ceux qui boivent et ceux qui chantent,
Qu’ils déchargent mon destin
De la ration, de l’attente.
J’en appelle même au stupre,
Si lui seul peut délivrer
Du convenable sans sucre
Un cadavre articulé.
Et toi, frère et faux-amour,
Co-victime et co-coupable,
Vas-tu taire pour toujours
L’hypocrisie impalpable ?
Nous traversons les saisons
Main dans la main bien trop sages
Et rien dans notre prison
Ne présage un grand orage.
Mais ma voix coule ce soir,
Et mon cœur te téléphone,
Je respire dans le bar
Des instances qui frissonnent.
Et si tu ne réponds pas,
Si rien en toi ne s’éveille,
Parce que mon cœur est las
Des jours aux autres pareils,
Tu prendras tout seul le train,
Et dans la nuit qui appelle,
Coupable de ton chagrin,
Je chercherai l’étincelle.
17-18 décembre.
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dimanche, 29 avril 2012
Ces bêtes qu’on abat : Témoigner
C'est une saga qu'aucun scénariste n'aurait le courage d'écrire. Les films les plus gores ne sont que des comédies Walt Disney en comparaison. Les plus courageux d'entre vous auront sans doute du mal à la suivre jusqu'au bout...
C'est la saga interdite aux profanes.
AlmaSoror est fière de proposer sur son site l'extraordinaire saga de la viande. Celle qu'on ne lit jamais, celle dont on entend jamais parler, celle qui a lieu dans des endroits où l’œil citoyen ne peut pénétrer.
Si vous ne vous sentez pas capable de la lire, sachez que l'enquêteur l'a écrite. Sachez que des milliards d'individus la vivent aux portes de nos villes. Si vous n'êtes pas capable de la lire et que vous êtes capable de consommer le résultat, alors vous êtes un merveilleux citoyen du Meilleur des Mondes.
Voici donc le journal de Jean-Luc Daub, enquêteur dans les abattoirs français.
Témoigner
Ce livre est un témoignage élaboré à partir de souvenirs et de notes personnelles. Il est issu du journal que j’ai tenu durant mon activité dans la protection des animaux d’abattoirs. Je ne dresse pas un état des lieux ; le lecteur s’en fera une idée à travers ce livre. Mon but n’est pas non plus de nuire aux éleveurs et aux abattoirs, mais mon regard est celui d’un défenseur des animaux. Par conséquent, même s’il me semble important de soutenir certaines méthodes d’élevage plus respectueuses des animaux, ou certaines pratiques d’abattage, je me place résolument du côté des animaux qui, face à l’exploitation de leur vie et de leur chair, sont sans défense. Je cherche à faire partager cette expérience d’un milieu tout à fait spécial et fermé, celui des abattoirs, où les animaux sont envoyés pour un unique aller, sans retour. D’ailleurs, la législation prévient : tout animal entré dans un abattoir ne peut en ressortir vivant.
Voilà déjà quinze ans que je travaille dans des associations de protection des animaux d’abattoirs, comme bénévole ou comme salarié1. Dans cet ouvrage, j’invite le lecteur à me suivre dans mes déplacements ; il sera amené à lire des passages difficiles, qui rendent compte de situations extrêmement pénibles, pour moi, surtout pour les animaux qui les ont vécues. Je n’ai pas voulu édulcorer cette réalité.
Je commencerai par décrire les abattages. La connaissance de ces aspects techniques et réglementaires est nécessaire à la compréhension du déroulement d’un abattage. Les méthodes d’abattage diffèrent bien entendu selon les espèces. Il existe des pratiques illicites qui sont couramment employées. Il me faudra en parler. Certains abattoirs se conforment aux règles tandis que d’autres s’en moquent, de sorte que le lecteur en viendra probablement à s’interroger sur l’action des pouvoirs publics (les services vétérinaires, en l’occurrence) dans ce domaine. Jusqu’à présent leur préoccupation était d’ordre sanitaire, laissant de côté la protection animale dont ils ont la charge. Il faut cependant reconnaître la bonne volonté et le travail de certains services vétérinaires, mais ce sont des cas isolés. Force est de constater que lorsque des améliorations sont intervenues en matière de protection animale, ce sont en fait des mesures sanitaires qui ont permis, par ricochet, ces améliorations.
À la lecture de certains passages, on peut se demander si les personnes qui commettent les actes que je décris n’ont pas perdu la raison, tant ce qu’elles accomplissent est impensable. Mais dans le système de l’élevage et de l’abattage, qu’est-ce qu’un animal sinon une carcasse de viande ? Quelle est la place de l’animal vivant dans un abattoir, sinon celle d’être transformé en morceaux de viande ? D’ailleurs, le bureau de la protection animale du Ministère de l’Agriculture est chapeauté par la Direction Générale de l’Alimentation ! Nous avons là un élément révélateur de la place de l’animal dans notre société.
En agriculture, on calcule les rations en fonction du gain moyen quotidien (GMQ) que doit « fournir » l’animal. Le GMQ représente la prise de poids par jour que l’animal « fabrique » si l’éleveur lui donne une certaine quantité d’aliments. L’animal vivant n’est souvent perçu que comme une carcasse de viande sur pattes. Dans cette optique, on a vite fait d’oublier que l’animal, même au terme programmé de sa vie, est doté d’une sensibilité, de craintes et de peur et que jusqu’à l’abattoir, il faut prendre en compte son bien-être et sa sensibilité, ce qui est totalement ignoré, notamment en élevage intensif, majoritaire en France et dans le monde économique de la production animale.
Lors de mes déplacements dans les abattoirs français, je me rendais assez facilement compte de la manière dont le bien-être des animaux était ou non pris en compte jusqu’à la fin. Dans les grands abattoirs aux cadences chronométrées, il est difficile de s’attarder sur un animal qui ne veut pas avancer. Les porcs, notamment, sont souvent conduits au poste d’abattage sans ménagement. Il est possible d’améliorer le bien-être des animaux avant et pendant l’abattage, mais cela a un coût qui devra probablement être supporté par le consommateur. Ce dernier, toujours prêt à s’émouvoir du sort des animaux en élevage intensif se rue pourtant sur les produits carnés bon marché. Sommes-nous disposés à payer plus cher notre morceau de viande, pour quelque chose que l’on ne voit pas, puisque le traitement des animaux dans les élevages intensifs et dans les abattoirs nous demeure étranger ? À ceux qui ne le savent pas, je voudrais révéler ce fait : la plupart des animaux élevés de manière industrielle découvrent la lumière du jour lors de leur envoi à l’abattoir. C’est même, pour beaucoup, lors de ce transfert, qu’ils ont l’occasion de faire leur premier pas. Voilà ce que nous cautionnons lorsque nous achetons une barquette de lard ou un poulet à plus bas prix. Je citerai en exemple un abattoir de volailles qui s’est équipé d’un nouveau matériel d’étourdissement avant la saignée qui constitue une avancée majeure dans la prise en compte de la souffrance des animaux au moment de leur mise à mort. Cependant, les volailles qui y sont abattues proviennent pour la plupart d’élevages concentrationnaires et intensifs. Elles sont même parfois ramassées par une sorte d’engin mécanique qui les balaye, les absorbe et les rejette dans des caisses en plastique.
J’emmènerai aussi le lecteur sur un marché aux bestiaux sur lequel j’ai été physiquement agressé. Je ne cherche pas ainsi à gagner sa pitié, mais à montrer dans quelle frénésie se trouvait le milieu de l’élevage et de la viande en pleine période de la crise de la vache folle.
J’ai ponctué cet ouvrage de chapitres qui n’ont pas directement à voir avec les abattoirs, mais qui traitent de situations en rapport avec mes déplacements, et que j’ai cru bon d’intégrer, peut-être aussi pour permettre au lecteur de respirer un peu.
Si vous voulez bien entrer dans cet univers, en général fermé au public et déconseillé aux âmes trop sensibles sous peine de ne plus manger de viande… Suivez-moi.
1 La discrétion m’invite à ne nommer ni les associations de protection des animaux d’élevage pour lesquelles j’ai travaillé, ni les personnes que j’ai rencontrées, ni les abattoirs que j’ai visités ; je ne les ai pas non plus décrits de manière à ce qu’il soit possible de les identifier.
Couloir de la mort pour bovins dans un abattoir. Phot Jean-Luc Daub
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vendredi, 27 avril 2012
Memento mori
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mardi, 24 avril 2012
Un rêve blogal
A quoi ressemblerait ton blog de rêve ?
Il aurait une mise en page impeccable, une typographie unie, qui rappelerait l'esthétique des journaux quotidiens des années 1980.
Les photographies qui l'illustreraient seraient toutes intéressantes, esthétiques au moins d'une certaine façon. Aucune de ces images ne serait que "fonctionnelle", purement illustrative.
Il enverrait les visiteurs vers des liens intéressants.
Ce blog constituerait un univers structuré, charpenté, mais aussi chargé d'étrangeté et d'infini : on aurait l'impression de se promener à travers une ville signifiante et ordonnée qui n'aurait pas de finitude.
Les articles y seraient écrits dans une langue belle, originale, intemporelle et puissante.
La publication de ces articles serait régulière, ce serait un blog intellectuellement et spirituellement nourrissant.
Il présenterait un côté clandestin excitant ; revêterait en même temps un apparât classique impressionnant.
Il ressemblerait, se blog, à une oeuvre d'art à laquelle on revient sans cesse puiser pour se ressourcer, une oeuvre d'art qu'on a envie de conserver, d'emporter avec soi parce qu'on en vit au fond de soi.
Un aspect anarchiste, un peu rock, le diputerait à une facette plus Renaissance, inspirée d'Antiquité grecque, tandis que le Moyen-Âge et ses éléments gothiques émergeraient par instants.
La liberté, la route, l'Amérique y seraient présents : un Road Blog qui fascine ! Mais au creux du blog on se réfugierait aussi dans la vieille France, dans ses petits villages suspendus hors du temps et dans ses traditions transmises à travers les siècles.
Une grande intelligence baignerait chaque billet.
Aucune haine ne s'y ferait voir. Beaucoup de vitalité et de profondeur lui donneraient une force, une percutance qui le dispenserait de la haine et de la polémique.
Je cherche un tel blog à visiter, pour m'en imprégner. Je cherche si un tel blog peut exister au sein même d'AlmaSoror. Je cherche à révéler la vérité d'AlmaSoror, dissimulée derrière ses imperfections.
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dimanche, 22 avril 2012
L’exode urbain et l’art
AlmaSoror est fier de publier cette recension d'un grand livre d'histoire de l'art de 2071.
Recension d'Hélène Lammermoor
L’exode urbain et l’art
Glavenn le Bahut
Éditions intempestives
2071
320 000 signes, 70 illustrations (sonores, filmiques, et autres visuels)
A-t-on réellement mesuré le rôle de l’exode urbain des années 2020-2035 dans l’histoire de l’art ?
Non, répond illico Glavenn le Bahut dans son opuscule L’exode urbain et l’art, véritable brûlot, qui s’attache à détruire toutes les analyses artistiques de la décennie 2030 qui se fondent sur un art né du besoin autogène d’exister et non sur un art né des conditions socio-urbaines.
La thèse de Glavenn le Bahut s’attaque en particulier à l’historienne de l’art Édith de Cornulier-Lucinière, qui “a cru trouver la cause de la Renaissance artistique européenne dans le besoin d’art et les vagues de l’histoire de l’art elle même alors que ce sont évidemment les événements extérieurs à l’art, et tout particulièrement la crise de l’alimentation et l’exode urbain, qui ont donné une impulsion nouvelle aux forces créatrices des artistes”.
Comment ne pas croire, poursuit ensuite Glavenn le Bahut, qu’un mouvement d’une ampleur aussi phénoménale que l’exode urbain n’ait pas eu un rôle primordial dans l’évolution de l’art ?
Cette manière de poser la question ne manque pas de bon sens. Glavenn le Bahut est convaincant lorsqu’il retrace la crise de l’alimentation, imprévue puisque les autorités européennes et occidentales s’étaient surtout attachées à parer à une crise de l’eau qui n’eut pas lieu grâce aux inondations de 2923, 2037 et 2034. Les grandes villes se dépeuplèrent en quelques mois, les troupeaux d’humains transhumant vers des terres longtemps délaissées qui devinrent vite des camps de regroupements humains au lieu des eldorados que ceux qui venaient avaient imaginé.
Page 36. Les étendues d’immeubles abandonnées et de routes vides
Des villes abandonnées on ne fit pas grand chose, les autorités et gouvernances ayant tant à faire dans les zones rurales. Cette désaffection profita aux artistes, et surtout d’abord aux pionniers fantomatiques, ceux qui décidèrent de rester dans les mégapoles et les villes alors même que leurs congénères les fuyaient. Véritable peuple de l’absence, solitaires perdus dans les étendues d’immeubles abandonnées et de routes vides, ils occupèrent l’espace avec gaucherie, d’abord, puis firent peu à peu de ces grands cercueils de la civilisation humaine des édens d’une beauté auparavant inégalée.
Tout l’art des années 2030 éclôt dans ces cités perdues, aux canaux noyés, aux formes fonctionnelles devenues gratuites et inutiles de par l’absence des gens. Et c’est là que la thèse de Glavenn le Bahut prend un intérêt certain. Pour lui, la Renaissance est née de cette transformation des choses fonctionnelles (l’ensemble de l’organisation des villes) en choses inutiles. L’inutilité peu à peu engendra la beauté, le symbolisme et ce fut la possibilité de la vie mystique. Le monde était à nouveau réenchanté. L’ère du Verseau pouvait éclore vraiment et la civilisation celticohéllénochrétienne était revivifiée pour longtemps.
Nous recommandons la lecture de L’exode urbain et l’art à tous ceux qui considèrent que l’historiographie, devenue officielle, mise en oeuvre par Édith de CL ne saurait, en dépit de ses qualités indéniables et notamment de son aspect pionnier, constituer la seule et définitive vision de l’art des années 2030-40.
Hélène Lammermoor
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vendredi, 20 avril 2012
Bob Dylan, Georges Marchais et la « lumpen-immigration »
La position de Bob Dylan, en 1967, et de Georges Marchais, en 1980, sur l’immigration "délinquante" était loin de la générosité de celle qui prévaut aujourd'hui chez les journalistes, artistes et politiques.
Ils ont tous deux fait une description radicalement désapprobatrice des immigrés qui ne vivent pas dans le pays qu’ils aiment et crachent sur le pays dans lequel ils vivent. Leur condamnation est sans appel, contre ceux qui parviennent à desservir deux pays à la fois, leur pays d’origine et leur pays d’accueil, et ne cherchent qu'à se servir sans jamais servir.
Ainsi ces deux grands militants de la Gauche, la gauche structurée de Marchais et la gauche anarchisante de Dylan, ont montré une sévérité intellectuelle étonnante à propos de ce que l’on pourrait appeler la « lumpen-immigration », pour paraphraser Marx condamnant le « Lumpen-Prolétariat ».
(Lump signifie vagabond en allemand, mais a vite pris le sens de racaille, et chez Marx signifie voyou, délinquant).
Georges Marchais réfute les accusations de racisme et de pétainisme, et affirme sa lutte contre la drogue, dont les principaux distributeurs sont les immigrés.
Quant à Bob Dylan, il a consacré une chanson à l'immigré qui vit dans un pays alors qu'il aurait préféré son pays natal, qui hait sa vie autant qu'il craint la mort, qui dépense ses forces dans des actions idiotes et néfastes, qui n'est jamais satisfait de ce qu'il a et se venge de ses propres turpitudes sur ses concitoyens.
Voyons cela.
Le discours de Georges Marchais :
La chanson de Bob Dylan :
I pity the poor immigrant
Who wishes he would've stayed home
Who uses all his power to do evil
But in the end is always left so alone.
That man who with his fingers cheats,
And who lies with every breath
Who passionately hates his life,
And likewise fears his death.
J'ai pitié du pauvre migrant qui regrette de n'être pas resté chez lui
Qui use de tous ses pouvoirs pour faire le mal et finit toujours tout seul.
Cet homme qui trompe à chaque geste, qui ment comme il respire,
qui hait passionnément sa vie et qui craint tout autant sa mort.
I pity the poor immigré,
Who's strength is spend in vain,
Who's heaven is like ironsides,
Who's tears are like rain.
Who eats but is not satisfied,
Who hears but does not see.
Who falls in love with wealth itself,
And turns his back on me.
J'ai pitié du pauvre immigré dont les forces sont dépensées en vain,
dont le paradis est blindé Dont les larmes sont comme la pluie.
Il mange sans être rassasié, il écoute et ne voit rien.
Il est avide de richesses et tourne le dos aux êtres humains.
I pity the poor immigrant,
Who tramples through the mud
Who fills his mouth with laughing
And who builds his town with blood.
Who's visions in the final end
Must shatter like the glass,
I pity the poor immigrant
When his gladness comes to pass.
J'ai pitié du pauvre immigré qui patauge dans la boue
Qui remplit sa bouche de rires et construit sa ville avec du sang.
Ses visions sont faites pour éclater comme du verre.
J'ai pitié du pauvre immigré au moment où sa joie tourne court.
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mercredi, 18 avril 2012
John Littleton, un Américain à Reims
Venu de Louisiane dans sa jeunesse, il a vécu entre Reims et Paris avec son épouse française, dont il a eu deux enfants. Et puis, il est mort, en 1998.
Entre tes mains et Gethsemani, sont deux chants d'inspiration catholique, chargés de Louisiane et de France, ces deux terres qui s'unirent puis se désunirent au cours de notre longue histoire.
Littleton refusait de chanter du Gospel américain, parce qu'il pensait que cette musique était si liée à une terre et à une histoire qu'il ne fallait pas la tordre en la prostituant à des situations moins adaptées.
Mais en la personne de la religieuse Odette Vercruysse, il a trouvé une parolière en résonnance avec ces chants de Louisiane, comme en témoigne la chanson Gethsemani :
"Et vous vous en irez pour conquérir le monde
Mais vous n'y semerez que la ruine et le deuil"
Gethsemani (paroles d'Odette Vercruysse)
Vous n'aurez pas compris, lorsque viendra mon heure
Vous n'aurez pas compris, grand chose a ma chanson
Vous n'aurez pas compris, Mais il faut que je meure
Pour qu'à votre folie soit donné le pardon
Vous n'aurez pas compris, vous fermerez vos portes
vous fermerez vos coeurs, au soleil de l'amour
Et vous vous en irez, lamentables cohortes
Vers d'autres horizons qui reculent toujours
Oh gethsemani, la lune danse dans les arbres
Oh gethsemani, le vieux pressoir est plein de fruits
Vous n'aurez pas compris, la beauté du message
que je vous apportais en frémissant de joie
Vous n'aurez pas compris, vous croirez être sages
En clouant la sagesse au gibet de la croix.
Et vous profanerez, toute la Paix du monde
En faisant retentir les cris de votre orgueil
Et vous vous en irez pour conquérir le monde
Mais vous n'y semerez que la ruine et le deuil
Oh gethsemani, la lune danse dans les arbres
Oh gethsemani, le vieux pressoir est plein de fruits
Entre tes mains...
Le refrain est inspiré de Saint Luc, les couplets de Saint Jean.
Je remets, Seigneur, mon esprit.
Entre tes mains,
Je remets ma vie.
Il faut mourir afin de vivre.
Entre tes mains,
Je remets ma vie.
Si le grain de blé ne tombe en terre
S'il ne meurt, il reste seul.
Mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit.
Et c'est un fruit qui demeure.
Je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix.
Je ne la donne pas comme la donne le monde.
Que votre cœur cesse de se troubler.
Gardez courage, j'ai vaincu le monde.
Je suis le vrai cep vous êtes les sarments ;
Qui demeure en moi porte beaucoup de fruit.
Car hors de moi vous ne pouvez rien faire,
Demeurez tous en mon amour.
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dimanche, 15 avril 2012
Amers tubes
Phot. Mavra Nicolaïevna Novogrochneïeva
Partir... A l'aube crépusculaire, au bout d'une nuit passée à pleurer dans les rues d'Insomniapolis, partir.
Mourir... Aux jours passés et aux amitiés ratées, aux familles létales, aux amours bancales, mourir à tout ce qui sembla être moi et fut tout sauf moi, mourir.
Souffrir... De quitter la vie monotone à laquelle on était attaché, d'abandonner des êtres qu'on avait l'habitude de saluer, de trahir des promesses qu'on avait contractées, souffrir.
Mentir... Au concierge qui demande où l'on va, au voisin qui souhaite une bonne journée, au cafetier planté devant son bar encore fermé, mentir.
Courir... Le long des quais le long desquels on a tant rêvé, sur les ponts qui mènent à l'autre ville, sur la route qui sort de la ville, dans la gare où attendent des trains en partance, dans le train où les places s'arrachent, courir...
Sentir... La vie qui renaît au creux d'un cœur mort, le sang qui afflue au bord de la peau, la peur de l'inconnu et du nouveau, l'angoisse d'une disparition, l'enthousiasme d'une chanson, l'expérience d'une vie qui recommence, sentir...
Partir... Un matin comme un autre, quelqu'un presque comme les autres, au bout de décennies passées à remplir un rôle défaillant de fourmi, partir.
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jeudi, 12 avril 2012
Une vie parfaite
Quelqu'un m'a demandé de décrire comment se déroulerait ma vie si elle était parfaite. Sans contrainte, j'ai décrit une journée idéale.
Le printemps et l'été, à 6h45, éveillée par le chant des oiseaux, je laisse lentement mes yeux s'ouvrir, ma conscience se dévoiler au jour. L'hiver, cela a lieu plus tard, vers sept heures et demi.
Je m'assois sur mon lit et prends un temps de gratitude pour la vie qui m'entoure ; je confie ma journée à Dieu s'il existe, je la dédie à la célébration de la beauté du monde, à la contemplation de ses mystères.
Et je me lève. En passant par la salle de bains je mets l'eau de la baignoire à couler, ensuite je vais préparer un petit-déjeuner : jus de fruits savoureux, café, croissants, confiture.
Le temps du petit-déjeuner équivaut à celui de la baignoire qui s'emplit d'eau. Je fais rapidement la vaisselle et vais prendre un bon bain chaud.
Je m'habille en sortant du bain, et vais me reposer sur mon lit ou sur un fauteuil et je lis ou je paresse.
Puis il est temps de bloguer un peu : j'allume mon ordinateur, écris des billets pour mes blogs durant une heure ou deux.
Je vais faire une promenade, quelques courses s'il y a besoin.
Quand je rentre à la maison, il est onze heures du matin : l'heure de regarder mes mails et d'y répondre, ce que je fais.
Ensuite, je vaque à toutes les occupations que je veux avant de préparer un bon repas, à moins que j'aie rendez-vous avec quelqu'un pour déjeuner dans la ville.
Après le déjeuner, conversation avec une éventuelle personne présente, ou lecture de Sidoine Apollinaire ou d'un auteur grec ou romain, pour puiser aux sources vives de la pensée de mes pères.
L'après-midi, un long temps sera consacré aux arts : à écouter ou créer de la musique, à regarder ou créer un film, à écrire.
Vers la fin d'après-midi il est temps, si je suis dans ma villégiature lovée dans la nature, d'aller faire un tour de vol libre (planeur, parapente, deltaplane) ou d'entrer dans l'océan dans ma combinaison qui me permet de rester nager et jouer dans l'eau sans trop sentir le froid.
Je rentre ensuite regarder à nouveau mes mails, préparer un dîner ou m'habiller pour sortir dîner si j'ai un rendez-vous dans la ville.
Il faut ajouter à cette vie si douce et si monotone un massage de temps en temps, chez un masseur indépendant installé dans la ville, et, de temps en temps, une coupure de ce rythme pour me plonger quelques jours dans l'étude d'une langue ou l'apprentissage des mathématiques, sans aucune idée de compétition ou de diplôme, pour la simple fête de l'esprit, pour la communion avec l'intelligence humaine qui trône dans le temps et domine tant de disputes stériles.
Presque tous les soirs, je suis couchée à dix heures ou dix heures et demi. Là, je lis une demi-heure dans mon lit, puis j'offre une prière de gratitude à la journée écoulée, à la nuit qui m'enveloppe.
Peu à peu, au fil des jours, des semaines, des saisons, une œuvre se créée. Il faut ajouter des trajets en train régulier, pour m'emmener de ma villégiature urbaine, citadine, à ma villégiature campagnarde, noyée au milieu des espaces naturels.
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lundi, 09 avril 2012
Exterminer avec compassion et pitié
Breton républicain, Joseph Lequinio explique (à propos de la Vendée) qu'il faut savoir exterminer 400 000 personnes avec compassion et humanité.
Après la Révolution française, il a fait une belle carrière sous Napoléon.
“Sévérité ! Ce terme est-il bien compris ? Je veux en même temps et des mesures sévères et des mesures indulgentes. ...
Mais qu’entend-on donc par mesures de sévérité, ne les distinguera-t-on pas des mesures de barbarie ? La sévérité la plus rigoureuse et la plus terrible est justifiée par le besoin, par la nécessité du bien général. Rien au monde ne peut justifier des mesures de barbarie.
Si le salut de la France exigeait l’anéantissement des 400 000 hommes qui couvrent le territoire de la Vendée et pays insurgés voisins, il faudrait les anéantir. Mais dans ce cas même, on ne saurait excuser des crimes atroces qui révoltent la nature, qui outragent l’ordre social et qui répugnent également et au sentiment et à la raison. En faisant évanouir ces générations entières pour le bonheur de la patrie, rien ne pourrait faire tolérer des mesures barbares, inhumaines, scélérates, exercées sur un seul individu. Il faudrait accomplir encore de compassion et de pitié cette exécution terrible, mais nécessaire à l’affermissement de la République, et ne pas accroître le malheur de s’y retrouver réduit par la souillure du remords.”
Guerre de la Vendée et des Chouans, par Joseph Liquinio (édition critique de Jean Artarit),
Éditions du Centre vendéen de recherches historiques, Collection mémoire de Vendée, 2012
On peut se procurer ce livre ici
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vendredi, 06 avril 2012
La matière du rêve
La vie est un rêve et pour rester accrocher à sa matière on peut suivre une voie. Certains suivent la voie du Tao ; d'autres, la voie du surf ; d'autres, la voie yoguique. Toutes les églises ont leurs grandeurs et leurs faiblesses.
Nous présentons ici la voie de l'infant. Elle s'appuie sur sept principes, auxquels il faut revenir plusieurs fois par jour afin d'approfondir notre ancrage dans la matière du rêve qui est la vie, afin de progresser sur la voie, d'être plus heureux et de rendre les autres plus heureux.
Pourquoi la voie "de l'infant" ? Parce que ce mot vient de infans, celui qui ne parle pas. Mais on pourrait tout aussi bien l'appeler la voie du poisson. "The fish is mute, expressionless. But the fish knows everything", comme l'écrivit Emir Kusturika, ce que Bregovic mit en chanson :
Et l'enfant, comme le poisson, représente celui qui marchait sur les eaux, devant des pêcheurs médusés, sur le lac de Tibériade... Ils peuvent aussi représenter Dylan eil Ton, fils de la vague, héros mythique celte.
Premier principe : La vague
Suivre la vague, m'y abandonner.
Ne jamais lutter contre la vie et ses flux, accepter la violence des éléments, épouser les mouvements de l'onde et surfer sur la vague. Platitude des eaux, violence de leur déchaînement : accepter et se laisser porter.
Second principe : Le silence
Faire le vide en moi, le silence en mon esprit, et écouter Dieu le Père tout-puissant, le laisser m'emplir et me parler. Ensuite, je suis la direction entendue ou sentie lors de la prière, dans la confiance inconditionnelle.
Troisième principe : La respiration
Je m'apaise et j'observe le flux et le reflux de ma respiration. j'écoute son rythme, j'en note les variations, sans tenter d'influer. Au bout de quelques minutes seulement, je peux essayer d'amplifier légèrement l'inspiration et l'expiration. Et, de quelques minutes plus tard, je peux amplifier encore plus.
Quatrième principe : La circulation
Fermer les yeux, tenter de sentir la circulation intérieure, entre les organes, dans le sang, sous la peau. Sentir ce qui bouge, prendre conscience de la fluidité intérieure, des masses internes mouvantes et palpitantes.
Cinquième principe : La sensation
Se recentrer sur les sensations que je veux éprouver dans la vie. Si, par exemple, les sensations que je souhaite éprouver sont la tendresse, l'exaltation, la puissance, la paix, la confiance, la joie... Je les créée en moi, l'une après l'autre, afin de me rappeler qu'elles existent et de leurs faciliter le passage la prochaine fois où elles voudront monter spontanément.
Sixième principe : L'obstacle
Comme dans un mythe ou un conte, l'obstacle est ce qui me transforme en héros. L'humilité m'amène un auxiliaire qui résout mon obstacle et le courage me permet d'obtenir la reconnaissance. Si je suis humble, mais dépourvue de courage, j'aurais une aide pour résoudre mon problème mais je n'aurai aucune reconnaissance, aucun honneur. Si je suis courageuse, mais dépourvue d'humilité, je gagnerai l'admiration d'autrui, mais en l'absence d'aide miraculeuse, il n'est pas sûr que je surmonte mon problème.
Septième principe : La lumière
Voir d'où vient la lumière et où elle se pose, voir ce qui est à l'ombre, et ce, les yeux fermés comme avec les yeux ouverts. Les yeux fermés, il s'agit de noter les points sombres et les points lumineux dans le pétillement de couleurs et de formes que l'on voit sur la paroi de nos paupières intérieures. Les yeux ouverts, il suffit d'identifier les sources de lumière (une lampe, un néon, une fenêtre), et de noter les éléments éclairés par cette lumière, les éléments qui restent plus ombreux, d'étudier les reflets. Accepter la sagesse de cette double présence de l'ombre et de la lumière, comprendre que notre monde est aussi une illusion d'optique.
Comment entrer dans la voie du poisson, marcher sur la voie de l'infant...
Ces sept principes doivent être retenus et l'on peut y revenir souvent dans la journée. Se les remémorer, tacher de les vivre, quitter les sphères du mental pur ou du matériel pur pour s'ancrer dans la matière, cette matière mêlée de corps et d'imaginaire, de lumière et de mouvement, de moi et du monde, qui est la matière du rêve et de la vie.
Le soldat inconnu
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