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jeudi, 05 juin 2014

Ota Benga

Ota Benga, ton existence est la honte des nations. Ta souffrance est la honte des religions. Ton suicide est ta gloire.

mardi, 03 juin 2014

autour du périphe

 

Oh ma lune, entre ma tisane à la sauge et ses ailes d'ange, et mon rhum ambré et ses cornes rouges, je te regarde à travers le rectangle vertical de la fenêtre PVC. Sur un balcon abandonné, un olivier laissé là remue ses cheveux dans le soir frais qui tombe. Toi, petit croissant, ta blancheur est inaccessible et le ronron des voitures au loin te paraît si petit qu'il en est négligeable, moi il me berce, ce ronron sur le périphe, là-bas, c'est mon murmure océanique. Soule, mon âme s'emballe pour un vent de panique, pour un prince charmant qui passe dans un nuage, pour un air pop de la radio d'en bas.

En bas les femmes voilées, presque toutes, marchent loin derrière les hommes qui rient et qui haïssent le sol que leurs pas foulent depuis trop, trop longtemps, c'est ce qu'ils disent.

C'est ce que disent tous les exilés. C'était mieux là-bas mais je reste quand même, c'était plus beau et la musique chantait comme pas ailleurs, là-bas les olives, plus grosses, le miel, plus doux, les rires, plus chauds, mais là-bas n'est plus qu'un regret, un regret pathétique.

Un aimant angélique, voilà ce que tu es, lune de ce soir, et mon corps est aspiré vers ta blancheur infime, croissant si éloigné de moi que j'en pleure et j'en meurs en buvant, en buvant (de mes tasses devinez celle qui gagne la bataille du prince charmant ?).

Tandis que je m'envole, le bleu de nuit enserre la ville qui se fait toute petite. Vivante ? Vivante, oui, mais que font-ils, en bas ? Des enfants ! Tous les enfants viennent en courant sur le périphe et les voitures s'effacent.

Les voitures s'effacent et la couronne de béton devient champ où l'on danse. Momes, gosses, marmaille, tout cela envahit le terre-plein et danse, danse, danse. C'est comme si le monde était mort, c'est comme si l'enfance revenait.

Sauge, ta tisane, il faut croire, contenait le parfum des envolées ; rhum, encore toi, tu as encore débordé de ma coupe ! Ah mais vraiment, je découvre enfin cette vérité nue comme une image, que la ville n'était qu'un mirage, que l'on vole comme des enfants sages, à l'heure où l'esprit présage les amants irréels de la nuit.

Il faut que je prenne une photo avec mon téléphone portable, sinon personne ne me croira si je dis que je suis montée jusqu'à la lune cette nuit.

 

lundi, 02 juin 2014

Le vagabond des ruelles ouvertes

Vagabond des ruelles 1.jpg

 

Il est venu un soir, à l'heure où elle cuisine, et le petit garçon attendait devant la porte que passent les oies sauvages. Mais elles ne passaient plus depuis longtemps, depuis bien avant sa naissance, et ce qu'il vit, ce fut l'homme qui arrivait, un sac à dos sur son épaule, une bouteille de bière à la main.

C'était l'époque des grands oiseaux qui se battent sur la plage et des louves qui s'approchent de l'orée des forêts. Mais moi je n'aimais personne et je vivais au premier étage de la bicoque défoncée. Personne mieux que mon pauvre être déchiqueté n'avait vue plus limpide sur les voisins de la ruelle ouverte. Et j'ai vu l'enfant voir l'homme qui arrivait.

Il ignorait encore que cet homme avait des yeux créés pour que sa mère flanche, il ne comprit que bien tard que Vagabond resterait coucher pour toujours dans la chambre où sa mère jusqu'ici dormait seule. Et cet enfant sut qu'il faudrait attendre une délivrance inaccessible.

Mais les vagabonds partent, les vagabonds s'en vont un jour, au petit matin chagrin. Ils laissent quelques dettes et quelques plaies dans les cœurs où ils ont mangé ; ils s'en vont cœur léger oubliant soudain tout ce que les muets et les aimants leur donnaient.

Ils partent pour partir.

Il partent pour ne pas revenir.

Ils partent pour se revêtir d'un nouveau mystère qui fera pétiller les yeux d'une autre femme.

Ils partent pour se refaire une colère qui fera dégouliner les yeux énamourés.

Leur violence est leur blason.

 

Et j'ai vu le jour où l'enfant dépaysé restait debout auprès des larmes de sa mère, tandis que la vitre cassée et l'absence de la bourse étaient les seules traces de l'homme enfui.

Mais il est des hommes qui restent. Tel ce géant barbu qui hante le village et qui nous fait peur. Il ne ressemble plus à ses frères, cela fait trop longtemps qu'il n'a pas apprêté sa barque pour la pêche sur le lac.

Mais il est des enfants qui grandissent.

Et l'enfant si sage dont je vous parlait, le voilà qui gratte une guitare, l'air trop fier, à l'heure où passent les fantômes. Moi je ne sais même pas son nom, moi qui ne parle à personne, moi qui regarde tout de ma fenêtre ébréchée et qui n'écoute plus rien.

 

Il était une fois un petit garçon qui n'existe plus. Même l'adolescent à la guitare a rendu l'âme qu'il avait belle et douloureuse. Et c'est un homme silencieux qui regarde aujourd'hui les grands oiseaux se battre au bord des vagues. Son chien, Aydius, grande bête blanche égarée, contemple la mélodie visuelle du soir.

L'homme sans bagage finit ses frites et son eau minérale. Ensorcelé par une Étoile, il regarde le jour se dissoudre dans l'oubli.

Reviendra-t-il comme un voleur à l'heure où personne ne l'attendra ? Reviendra-t-il au coucher du soleil, quand les adolescents frappent sur leurs tambours ? Reviendra-t-il, quand flamboie l'horizon, ceindre d'un coup de lanière le vieil homme qui mange à la table de la maison où il a grandi ?

Car le vagabond est revenu et nul fils n'était plus là pour glisser sa menotte dans la main de sa mère épuisée.

Sortilèges, vous mourez lentement aux premiers jours du printemps, quand l'herbe devient verte au milieu des bidons et des vieilles carrosseries que les services de la ville n'enlèvent jamais.

Il est des ruelles malades, trop ouvertes, où les vies se fomentent comme des complots manqués.

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Poèmes à cueillir sur AlmaSoror

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Sur notre colonne de gauche se trouve l'entrée vers l'album Poésie. On y trouve des poèmes, de la barmaid de ce blog sans partage, mais aussi de poètes invités pour une page ou deux.

En voici la liste et le vers d'ouverture :

Le train rouge

Le train rouge a filé sur les brumes du ciel

Venise

A Venise qui choit dans la lagune

Miroir d'eau

Soleil brillant parmi les mille anges trop pâles

Rue Milton

Petit matin, soleil, vent tiède

L'étoile

Je poursuis une étoile aux quatre coins du monde

Grise du soir

Tes yeux gris mon amour embellissaient les lieux

Séjour lunaire

Ton char aux cent rennes lunaires

Véranda

Hier soir un ciel orange se vautrait sur la plage

The Stoned / Les défoncés

I am a light

La chanson des gisants

Gisez ! et ne parlez plus. Écoutez le vent du soir...

Atone

Ma voix coule dans le soir

L'abîme

Tes caresses ont laissé mon corps en ruines

L'horloge

L'horloge de la gare a sonné quelques coups

Brest

Donne-moi le Nord

Gange

Mais je sais que nous sommes un poisson

Zip & flip

Vodka au comptoir

Le rêve aux bulles

Comme dans la chanson d'enfant

La mer

La mer m'amène

Funboard

Sur l'océan le soir, quand le soleil se couche

Deltaplane

Ne plus jamais poser mes deux pieds sur la terre

Abattoir

C'est drôle et c'est bien de se revoir

Le van

Nous écoutons la radio dans le van

Ciao Baby

Mon bel ennemi dort

Les fressures de l'aube

J'ai besoin d'une femme qui me tende le sein

Autel

Le jour se lève et le café

Tango de nuit, chanson d'abandon

Dans la nuit opale, je t'ai rencontrée

Messe de la citadelle

Baignée dans ton rire éclatant, sous les vagues du ciel

Le malade

Les murs du cube sont bleus

Les sœurs douloureuses

Minuit dans le hangar ! et nos sœurs douloureuses

Dans un bar de nuit banal

Dans un bar de nuit banal

Lumières dans la ville morte

Lac de nuit, sur ta rive herbeuse je dansais

Jour de Sleipnir

Les oiseaux fantômes ont passé la frontière

Lau

J'ai trouvé un soir une étoile

Charade

Ballade, ballade...

dimanche, 01 juin 2014

L'Arcane sans Nom - 1

vendredi, 30 mai 2014

La tourelle du hibou

 Ondine Frager

Le temps passe, madame. Et bientôt ce que nous sommes ne sera plus qu'un souvenir qui s'efface. Comment conjurer l'impression vertigineuse que la vie nous traverse sans que nous ayons prise sur elle, ni sur nous-même ?

Enfant, j'avais songé à transformer la face du monde ; la tâche m'ayant effrayée, j'ai préféré une autre mer à boire – la mer des livres.

Lire, l'antidote au temps.

Ce soir, alors que les feuilles de tilleul rabougrissent au fond de ma tasse, je suis le fil de mes souvenirs de lecture. Dans la pénombre d'une petite pièce aux tentures rouges, au son de la musique malienne lancinante et paisible, je rencontre des livres compagnons, sans lesquels je ne parlerais pas à la même personne, lorsque je parle seule.

Du plus loin qu'il me revienne l'ombre de mes amours anciennes... Je revois les maisons de Dame-Souris. Ce charmant album destiné aux enfants et prisé des architectes en quête d'inspiration, expose les créations architecturales - des maisons individuelles adaptées au client - d'Héloïse la souris. On y admire le château du cochon, l'antre du renard, la maisonnette de l'ours, la villa souterraine de la truite, et tant d'autres.
Ma maison préférée, c'était celle du hibou. Installé dans une tourelle en plein ciel, il a vu sur la forêt, peut-être la mer scintille-t-elle au loin sous le tapis d'étoiles. Hibou peut scruter les mystères du ciel au moyen de la lunette d'astronome posée devant la fenêtre.
Les maisons de Dame souris, c'est un livre empreint d'une profonde paix, qui invite à la rêverie structurée, en quelque sorte, et créée, pour l'avenir (si on le lit à l'âge de l'enfance) des nostalgies infiniment langoureuses.

(Sur les maisons de Dame souris, quelques webécrivains se sont exprimés :

Comme avant dans mes rêves d'enfant

Lili l'archi)

Je poursuis ma route mentale à travers mes souvenirs, et je rencontre Le cheval blanc de Suho. Celui qui contient les illustrations d'Akaba - car les nouvelles éditions sont beaucoup moins belles ! Quel artiste, que cet Akaba - Suekichi Akaba ! Sur ce conte mongol de toute beauté, il livre des planches à couper le souffle et l'enfant que j'étais pleura toutes les larmes de son corps. C'était la découverte de l'amour et de la mort, du lien sacré entre l'homme et l'animal, de la musique liturgique universelle des défunts et des êtres qui s'aiment. 

Après quelques lectures déchirantes, je fermai le livre et ne l'ouvrit plus durant de longues années, car je savais que toutes les larmes de mon corps sortiraient à nouveau. Mais j'en regardais la couverture parfois, je savais, je sentais sa présence ; cette présence était taboue.

(Des traces du cheval blanc de Suho sur la Toile :

Vers Gif sur Yvette.

Ou en Romandie.)

Je pourrais encore parler de L'auberge de l'ange gardien et de l'affreux destin de Torchonnet, qui m'initia aux sordides rapports humains et à l'étrangeté sauvage des adultes. La suite de l'Auberge, la comtesse de Ségur, cette démiurge savante et sulfureuse, la raconte dans Le général Dourakine. On y découvre l'invraisemblable beauté, pâle et tragique, du Prince Romane, le polonais traqué.

Ces livres de la comtesse de Ségur, née Sofia Rostopchine, fille du terrible et majestueux aristocrate tsariste qui ne voulut pas livrer Moscou à Bonaparte, on me les lisait avant que je sache lire, je les ai entendus avant de les lire seule.

Mais le premier roman que je lus seule, et qui transforma ma vie, ce fut celui que m'offrit ma marraine Ségolène, l'année de mes six ans.

Les premiers paragraphes de Sans famille, d'Hector Malot, ne m'ont jamais quittée depuis. Maître Malot ! Je ne me suis jamais résolue à lire tes autres livres, car jamais je ne voudrais que tu tombes du piédestal où cette enfant t'avait élevé.

C'est par toi que j'ai compris la puissance de l'invention romanesque.

Je suis un enfant trouvé.

Mais jusqu’à huit ans j’ai cru que, comme tous les autres enfants, j’avais une mère, car lorsque je pleurais, il y avait une femme qui me serrait si doucement dans ses bras, en me berçant, que mes larmes s’arrêtaient de couler.

Jamais je ne me couchais dans mon lit, sans qu’une femme vînt m’embrasser, et, quand le vent de décembre collait la neige contre les vitres blanchies, elle me prenait les pieds entre ses deux mains et elle restait à me les réchauffer en me chantant une chanson, dont je retrouve encore dans ma mémoire l’air, et quelques paroles.

Quand je gardais notre vache le long des chemins herbus ou dans les brandes, et que j’étais surpris par une pluie d’orage, elle accourait au-devant de moi et me forçait à m’abriter sous son jupon de laine relevé qu’elle me ramenait sur la tête et sur les épaules.

Enfin quand j’avais une querelle avec un de mes camarades, elle me faisait conter mes chagrins, et presque toujours elle trouvait de bonnes paroles pour me consoler ou me donner raison.

Par tout cela et par bien d’autres choses encore, par la façon dont elle me parlait, par la façon dont elle me regardait, par ses caresses, par la douceur qu’elle mettait dans ses gronderies, je croyais qu’elle était ma mère.

Je trempe mes lèvres dans la tisane. La musique s'est tue, je ne m'en étais pas rendue compte - mais les timbres intenses des instruments africains résonnent encore au fond de mon corps.

Avec Jud Allan, roi des lads, de Paul d'Ivoi, j'ai appris à aimer l'existence des méchants, tel le Crâne, qui portent le crime avec panache et savent mourir en reconnaissant la valeur supérieure de leurs ennemis.

Les secrets de la lande, d'LN Lavolle, m'initièrent à l'amour des vieilles maisons. Je compris comment on fait le miel et pourquoi il faut se taire beaucoup pour savoir deviner les secrets.

Et puis, lorsque j'avais treize ans, mon grand-père Jacques me surprit alors que j'errais, pleine d'ennui, dans les rayons d'une bibliothèque que je connaissais par cœur. Je traînais entre l'escalier qui mène au pavillon et le lapinodrome, soulevant un livre par ici, le reposant.

Sa silhouette rare s'approcha de moi et je me tins coite.

- Tu n'as jamais lu cela, murmura-t-il, en passant son doigt tremblant sur un ouvrage dans l'ombre d'un rayon.

Il me tendit ce livre et me livra cette confidence : c'était le livre préféré de Dieudonné. Il le lisait l'année de sa mort et l'adorait.

Oh mon Dieu !

Je repartis dans ma chambre en le tenant entre mes mains. Le livre de Dieudonné. Ses mains l'avaient tenu. Et mon grand-père sévère me le confiait en chuchotant.

L'apôtre des lépreux, de Wilhelm Hunnerman, traduit par l'abbé Grandclaudon.

Sans cette lecture, je serais dénuée de doute et certaine d'être athée.

Mais j'ai lu L'apôtre des lépreux, dans cette édition tenue par un adolescent malade, et je l'ai relu, tout un été.

Et puis j'ai perdu de vue ce livre et ne l'ai plus jamais ouvert de ma vie. Je me souviens, c'est tout.

Des années plus tard, en cours de langues polynésiennes, j'eus un choc en entendant des mots d'Hawai'i, presqu'un malaise doublé d'une fascination, et je ne compris pas pourquoi. Ce n'est qu'encore longtemps après que je compris que j'avais reconnu les mots de l'Apôtre des Lépreux : Moloka'i. Kalaupapa.

Je pourrais encore parler de Bandini, de John Fante. Raconter ce trait incongru de ma mère, qui voulait que je dorme, et je ne voulais pas. Eh bien, alors, lis ce livre, dit-elle. Ce livre, qu'elle avait ramassé dans son étagère, c'était Bandini. J'avais onze ans je crois et ce fut le début d'une lecture répétée tous les deux ou trois ans, jusqu'à compréhension du texte.

Et que dire de La dentellière ? Un roman que j'adorais à quinze ans. Je vénérais l'auteur d'avoir écrit une œuvre si sensible, et quand vers vingt et quelques années je compris qu'il l'avait écrit pour rire, pour se moquer de la sensibilité de ses contemporains, j'en étais dégoutée. Il trouve que le reste de son œuvre vaut mieux que la Dentellière ; moi j'ai voulu ouvrir d'autres livres mais je n'aime qu'elle.

Adolescente ou adulte, j'eus d'autres lectures initiatiques. Breakfast at tiffany et les short stories de Truman Capote, dont la plus belle : One Christmas, le Noël triste d'un petit garçon à la Nouvelle-Orléans, à l'époque de la fameuse Prohibition...

La bande dessinée Lova, de Jean-Claude Servais,  Les sept piliers de la sagesse, de TE Lawrence d'Arabie, L'introduction à la langue et à la littérature aztèque, de Michel Launey, et enfin  Guerre et paix du vieux Tolstoï.

La caroline calligraphique des moines médiévaux s'est effacée devant l'imprimerie. Les ouvriers sidérurgistes ont vu leur monde s'éteindre. Nous marchons vers la numérisation de l'écriture et de la lecture, et l'apparence de l'édition traditionnelle se dissoudra bientôt dans la grande évidence du Code.

J'attends ; j'attends de voir si je deviens vieille. Si je reste encore quelques décennies dans ce monde, il me sera peut-être donné un jour de lire les nostalgies littéraires d'un enfant né en l'an 2014. A quoi ressembleront-elles ? Auront-elles des poussières et des odeurs, comme les miennes ? Ou bien d'autres sensations que mon esprit est incapable d'imaginer ?

Je les lirai, ces nouveaux-nés, quand je serai très vieille et j'écouterai leurs mémoires déjà profondes.

 

Le même thème, sur AlmaSoror :

Moineville, la ville des écrivains

Mémoires de nos lectures

jeudi, 29 mai 2014

Chaque jour que Dieu fait

comment vivre.jpg

Mais comment, mais comment, mais comment vivre ?

Je précise d'emblée que j'ai de la chance, pas à me plaindre, etc.

Je le précise, d'abord parce que c'est vrai : je marche, j'entends, je vois, certaines personnes m'aiment, je mange à ma faim, je bois à ma soif (et parfois plus), je vois la lumière du jour et j'ai où crécher entre deux villes, l'une océanique, l'autre métropolitique. Last but not least, j'ai la chance de recevoir des visites d'amis inconnus, frères-soeurs lointains, sur le blog d'AlmaSoror.

Je le précise en outre parce qu'il m'est arrivé plusieurs fois de me faire remettre à ma place (ah ah ah ! ma place ! laquelle donc ?) par des gens sérieux, qui, comme ils disent, "ont des responsabilités".

Par une fin d'après-midi du mois de février, à Beaune, dans un bâtiment situé avenue du Parc, non loin du square de la Bouzaise, on m'a expliqué que je ne pouvais rien juger de la vie et du monde puisque je n'avais pas d'enfants. Seuls ceux qui ont des enfants savent ce que c'est que de vivre. Ainsi que ceux, me précisa-t-on, qui ont des handicaps. Ah ! bon.

Je n'ai ni enfant, ni handicap (j'ai bien deux fils imaginaires, Hugues et Dylan, et des handicaps réels au fond de mon âme, mais tout cela ne compte pas pour la mesure objective des responsabilités et de la connaissance de la vie réelle), je n'ai donc pas voix au chapitre sérieux.

Néanmoins, j'existe, je persiste à ressentir, éprouver, faire des choix, aimer la marmaille bien réelle  qui gravite autour de moi, et faire de temps à autre des coups de blues (que j'arrive peu à peu à esthétiser, à rendre de plus en plus romantiques, et donc, plus appréciables, moins douloureux). Comme donc j'ai des désirs d'expression personnelle et des pensées sur le monde, je me donne voix au chapitre, quitte à ce qu'il soit arraché du grand livre sérieux de la vie.

Oui, car, j'ai beau crouler sous des cascades de chance et de bonne fortune et être dénuée de toute forme de responsabilité, reste qu'un matin sur trois, au fond d'un trou invisible (bien qu'apparemment installée sur une chaise), je m'interroge : mais comment donc pourrais-je vivre ? Je cherche à éliminer ou surmonter ou transmuter cette sorte de bourrasque de déprime qui me tombe dessus tous les quatre matins et qui, parfois, met plusieurs heures à se dissiper. Dans ces moments là, c'est comme s'il m'était impossible de vivre.

Je scrute alors le ciel et me demande comment est-ce possible que j'arrive à ne pas vivre légèrement sous une si belle couche atmosphérique, un firmament infini, capable à d'autres moments de me transporter de bonheur. Soljenitsyne m'interpelle :

Voilà, en somme, la liberté, l'unique liberté, mais aussi la plus précieuse, dont nous prive la prison: pouvoir respirer ainsi, pouvoir respirer dans un endroit comme celui-ci. Aucune nourriture terrestre, aucun vin, aucun baiser de femme, même, n'est pour moi plus doux que cet air ivre de floraison, d'humidité, de fraîcheur.
Peu importe que ceci ne soit qu'un minuscule jardin, resserré entre les cages à fauves de maisons de quatre étages.
Je cesse d'entendre les pétarades des motocylettes, les vociférations des postes de radio, les crachements des haut-parleurs. Tant qu'on peut encore respirer, après la pluie, sous un pommier, on peut encore vivre! 

Le clocher de Kaliazine

Et c'est vrai qu'on peut vivre sous un bout de branche de pommier dans une courette après la petite bruine, on le peut.

Mais je me souviens d'un après-midi dans le jardin du 13, boulevard du Montparnasse. Un homme, un ami cher, était assis sous le cerisier en fleurs d'un assez grand jardin, au printemps. Il n'avait pas plu depuis quelques jours. Sa tête fermée, ses membres crispés, il attendait on ne savait quoi. Il était comme enfermé à l'intérieur de lui-même ; sa tête était une prison dont il ne pouvait s'évader, et aucun de nous n'était jamais parvenu à le sortir d'un état pareil. Il fallait attendre qu'il s'en sorte tout seul, ou que les barreaux de la prison interne cèdent d'eux-mêmes, sous la pression. Du reste, nous avions tous plus ou moins peur de lui, lui qui à d'autres moments se montrait si charmant. Face à cette image d'un homme libre en cage, j'avais mis en doute la phrase de Soljenitsyne.

Je l'ai à nouveau mise en doute il y a quelques jours, ici-même, face à un autre visage, une autre histoire, une autre souffrance dans un bel appartement où rien ne laissait présager le malheur.

J'entends les gens responsables et sérieux m'annoncer que, tonnerre de Brest ! Si ces gens souffrent, c'est qu'ils sont riches et trop gâtés par la vie !

Ces braves défenseurs d'un peuple laborieux, miséreux et plein de joie, n'ont semble-t-il jamais connu la moindre famille sans-le-sou. On y trouve, autant que chez les riches, des dépressifs, des désespérés, des ultrasensibles, des pervers, des loufoques, des fantaisistes, des paresseux, des exaltés, des mystiques et des maniaques.

Non, vraiment, cette douleur de la cage interne est proprement humaine, ou en tout cas universellement humaine (car le malheur moral n'est pas inconnu des autres espèces animales, et particulièrement lorsqu'elles sont arrachées à leur terrain de vie sauvage).

Bref, comment vivre ? Comment vivre sans en crever ?

Si j'écoute les questions qu'on me pose et me repose sans cesse, si je tente de mener ma vie selon ce qui semble parler aux foules intelligentes et sensées, il faut, dès à présent, que je me confectionne une vie au plus proche des cases prévues par l'Insee. Foyer fiscal, catégorie socio-professionnelle, type d'emploi, pacs ou mariage, au fond, c'est comme si, une fois ma définition sociale trouvée, tout serait accompli.

- Tout est accompli, c'est une des sept dernières phrases que le Christ prononça sur la croix - qu'on traduit encore par : tout est consommé.

Il avait dit encore : "j'ai soif", et les lyncheurs lui avaient alors proposé du vinaigre à boire.

Mes amis, j'ai connu ou tout au moins j'ai touché, à certains moments, la perfection Insee au sein de ma propre vie, et je lui ai trouvé un arrière-goût de vinaigre.

Beaucoup de personnes m'interrogent, m'assommant de questions visant à me faire cracher des informations sur mon état-civil, ma profession, mon habitation, afin de cerner, au mieux, l'état de ma vie privée et celui de mon compte bancaire. Je ne sais que répondre. La vérité ? Elle ne les satisfait pas. Les questions rebondissent, des précisions sont exigées. Du baratin ? Il ne me satisfait pas, et même, il m'épuise. "Je m'intéresse à toi", m'explique-t-on. A moi ? Mais non, ce n'est pas moi. Moi, ce n'est pas cela.

Alors, en retour je vous ai interrogés, ceux d'entre vous que je connais le mieux, je vous ai demandé si vous aviez, vous aussi, à certains moments, des attaques dévorantes, des monstres invisibles avalant sans pitié l'amour de vivre.

Aucun de vous, diplômés, sans diplômes, bien payés, au chômage, aventureux, casaniers, drôles, déprimants, sportifs, habitués des hamacs, renommés, inconnus, boute-en-train, discrets, habillés avec une élégance raffinée, engoncés dans des chandails sales, idéologues, louvoyeurs, aucun de vous, ne me répondit clairement par OUI ou par NON.

Aucun de vous ne me répondit : oui, j'ai de très grosses baisses de moral durant lesquelles j'ai envie de me jeter par la fenêtre ou de me taper contre les murs.

Mais aucun de vous ne me répondit : de quoi parles-tu donc ? Je ne vois pas ce que tu veux dire. Le moral ? Oh, ça va ça vient, mais quel est le problème ?

En revanche, presque chacun d'entre vous m'expliqua qu'il fallait certaines conditions pour ne pas que tout s'écroule : travailler ; être en vacances ; prendre tel somnifère ou tel médicament ; partir le weekend ; un massage par semaine ; l'alcool ; l'argent ; les fringues ; le sexe ; la prière ; le regard des autres le samedi soir ; que le portable sonne au moins deux fois dans la soirée ; la connexion à un réseau social en ligne, ou, au contraire, la déconnexion totale sous peine d'écroulement moral ; une publication par an ; courir ; nager ; une psychanalyse ; un chat ; la voile.

(Seuls certains restèrent silencieux, scrutant mon regard, ne me répondant pas, attendant je ne sais quoi. L'un d'eux me remercia plusieurs fois au cours de la semaine suivante pour ce café très chaleureux à la gare du Nord).

Les mêmes phrases sans fard ni phare, revenaient. "Je ne pourrais pas vivre sans..." ; "quand je n'ai plus cela, mon existence est vide" ; "Si je ne fais pas cela je succombe".

Qu'est-ce que vivre, et qu'est-ce que succomber ? Pourquoi vivre et comment ne pas tomber ? Où tombe-t-on quand on tombe ?

Je repensais à l'expérience intérieure, qui consiste à ouvrir les portes de la perception et faire connaissance avec les sensations qu'offre l'instant présent.

Dès que je m'éloigne de cette expérience intérieure, de ma propre vision du monde, de mon rêve intérieur, j'agis sous la pression sociale en vue de me rapprocher des cases Insee et je me sens envahie par la nullité de la vie quotidienne administrée. Car dans ce monde très organisé et complètement chaotique (excusez l'oxymore facile), suivre les règles revient, soit à dominer ses semblables en s'extirpant de l'esclavage du métro-boulot-dodo (par un métro transformé en voiture de luxe, un boulot au temps variable, aux longs déjeuners dans de bons restaurants payés par l'entreprise ou par le ministère, un dodo dans un bel appartement confortable et, souvent, dans des villas de plaisance), soit à les rejoindre dans ce métro-boulot-dodo chronophage sans respiration, épuisants pour la santé et, de ce fait, difficile à conjuguer avec une certaine joie de vivre. Ce métro-boulot-dodo qui maintient les têtes sous l'eau et ne les laisse respirer que pour qu'elles soient encore assez vivantes pour replonger.

A tout prendre, je préfère la première solution, l'extirpation par le haut. La concurrence est rude, l'amélioration progressive des conditions de vie est difficile à obtenir, on peut tout au moins, si l'on ne part pas trop plombé, s'en rapprocher par des tactiques d'ambition, la persévérance, la mise en œuvre de stratégies sociales bien pensées. Cela demande de l'énergie et j'obtiendrai d'un tel effort, peut-être plus de plaisirs, sûrement plus de confort - mais pas plus de bonheur (j'ai gardé en bouche le goût de vinaigre).

Je me souviens que je suis née pour un laps de temps infiniment court, que je vais mourir un jour. J'ai des rêves et des crises de désespoir, et quelquefois, je me demande s'ils ne sont pas les deux faces d'une même pièce d'or. Une pièce d'or qui ne s'échangerait pas sur le marché de l'or, parce que c'est un or trop pur pour être mesuré sur des balances.

Pourtant, en dehors des clous, comme un oiseau sur la branche, suis-je prête à me demander, chaque jour que Dieu fait : "mais comment, mais comment, mais comment vivre ?"

Y suis-je vraiment prête ?

 

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mercredi, 28 mai 2014

Charade

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Ballade, ballade,
Que vas-tu nous chanter
Quand la nuit descend dans la moiteur d'été ?

Insomniapolis,
La ville où les amants avides du sommeil
Passent leur exil -
Arthurs Rimbauds dégénérés, violeurs d’Éthiopies !

Quelle est cette danse qui tient mon corps en transe ?

Je suis solitaire et vous ne me connaissez pas.
Voici que vient l'heure de la douceur et des grillons,
Mais mes pas, même lents, trébuchent sur la pierre
Et j'ai le vague à mon âme isolée,
Île de désolation à la lagune en cœur brisé.

Exode, exil, j'ai laissé ma vie, ma ville grouillante, la plus riche cité.
Dans son amplitude, ma solitude avale l'espérance et la charité.
Je suis trop près de la mer pour la foi du charbonnier
Et les marins partis ne prient plus pour mon cœur.
Paris c'était la vie, la vile, la ville
Je ne sais pas lui pardonner de m'avoir laissée la quitter.

Parade, parade,
Que vas-tu nous danser
Quand le zénith descend le long du jour brûlé ?

La nécropolis,
Cité célibataire où le buveur d'amour
Abreuve son joug -
Baudelairien désespéré, charmeur d'aliénées !

Tiens, d'où vient ce chant qui altère mon ouïe ?

Moi, velléitaire, et vous qui ne me voyez pas,
Voici l'air qui sonorise un bateau d'oxygène.
N'est-ce pas, même lent, le chant de la sirène,
Au fond du flot, sa voix immaculée
Pousse la complainte tendre au cœur brisé dans ses lacunes.

Exsangue exil, j'ai lassé la vie, la ville bruyante, la folle magnanime,
Dans ses turpitudes, d'habitude, j'arborais la chance et la probité.
Je suis trop loin : l'autoroute a nargué ma péninsule
Et mes amis enfuis méprisent ma pendule.
La baie de Cayola, c'est l'aune, c'est là !
Je ne peux pas lui pardonner de m'avoir laissée la rejoindre.

Charade, charade !

 

27.5.14. Avant minuit ?

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mardi, 27 mai 2014

Classicisme & underground

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Underground

La clandestinité insuffle aux ambiances, aux lieux, aux œuvres, une force vitale... Aussi l'esprit aux aguets, en quête de substance artistique, cherche le museau au vent du côté des arts underground.

Ce mot anglais, underground, on pourrait le traduire par parallèle, ou clandestin, justement. Ou souterrain, si l'on veut une vraie équivalence. Quoi qu'il arrive, l'art underground par nature, n'accède pas immédiatement à la gloire, ou alors il y accède d'un coup net et s'y désintègre aussitôt en plein vol - comme un poète-chanteur fauché à 27 ans (par exemple).

Beaucoup d'artistes nous ont fait rêver par la force vitale de leurs premières œuvres (celles qui ne les nourrissaient pas sont celles qui nous nourrissent longtemps), tandis que leurs productions plus tardives, une fois qu'ils ont acquis la renommée et la reconnaissance, ne sont que de pâles reflets de l'époque où la source n'était pas tarie.

Classicisme

La beauté classique telle que les Grecs l'aimaient, exigeait l'équilibre des proportions, la perfection formelle, dont découlaient le sens et la puissance. Ce classicisme grec, les artistes de la Renaissance l'ont réapprivoisé. Il impose une impeccable maîtrise artisanale, jointe à la plus haute inspiration et sait manier l'impact de la synthèse à la délicatesse de la finition. Au risque de sombrer dans une vision élitiste et inégalitaire de la civilisation, disons que seules certaines civilisations, dans leur époque la plus brillante, la plus profonde et la plus maîtrisée, atteignent une telle stature, qu'elles perdent au bout d'un temps plus ou moins long.

De l'un à l'autre

Un art classique, pour rester vif, cueille aux sources clandestines des arts plus bruts et plus libres ; un art souterrain, clandestin, parallèle, s'inspire toujours des formes classiques même si c'est pour les détourner, les contourner, les déformer, ou bien il grapillle, là où l'art n'est pas censé exister, des ébauches qu'il tire vers un embryon de classicisme. Bref, l'art classique et l'art underground se nourrissent l'un de l'autre...

Sui generi

Parfois aussi, le classicisme est underground... Cela arrive, quand, dans une société, ce qui n'est qu'ébauché, mal fait, vite fait, attire l’œil, l'intérêt et l'argent. Quand l'art fabriqué en y pensant à peine, en parlant trop, en le vendant déjà avant même qu'il existe, en le vendant d'ailleurs et en le revendant sans même qu'il existe jamais, quand cet art vite fait, mal fait, tiré du premier jet d'un instinct non fouillé, recueille tous les suffrages officiels, médiatiques, administratifs, alors ceux qui, dans l'indifférence de leur entourage tâtonnent et peaufinent vers la plus haute qualité possible, ceux là, créent des œuvres classiques underground.

 

lundi, 26 mai 2014

Piano gare

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Un homme est assis au piano dans le hall de la gare Montparnasse ; il joue bien et fort, les passants passent plus lentement à ses abords ; chacun entre en soi par le chemin de la musique et revit un souvenir de sa jeunesse.

Debout contre une rambarde en métal et en béton, les yeux rivés sur l'écran qui affiche les voies de départ des trains de l'Ouest, je règne sans partage sur mes images intérieures.

Je revois les années envolées, les visages, les figures, disparus sur la ligne effacée du temps. Je marche rue Boissonade. Les voix qui m'accompagnent parlent des gens du lycée Buffon et de la fête de Lutte Ouvrière.

Un second homme, qui regardait, debout, l'homme du piano, élève la voix. Voix de stentor qui infuse l'aria d'un opéra que tout le monde connaît et que personne ne peut nommer. Le pianiste, heureux de ce passant opportun, organise des points d'orgue et des da coda.

Je me souviens d'une femme âgée que j'allais voir à Nantes et dont les gilets de tricot chargeaient l'air tiède d'un autre temps. Sa voix mentionnait les quartiers des oncles et des tantes et les regards braisés d'une carmélite égyptienne.

Le chanteur se baisse, ramasse sa valise, salue son compagnon d'une heure volée au temps chronométré de nos modernités, et s'en retourne à ses allures pressées de voyageur du quotidien. Le pianiste reprend son rythme de croisière et les airs se succèdent, d'opéra en variété, tandis que les voies des trains s'affichent successivement en lettres jaunes et oranges sur le panneau noir.

Il y avait cette ville à mi-chemin entre Paris et la province, il y avait cette maison pourvue d'une tourelle et d'un jardin à l'abandon, il y avait cette femme que je croyais dans ma vie pour toujours, il y avait cette femme dont je ne sais plus le prénom. Il y avait ce cœur ravi d'entrain et d'espérance, il y avait ces yeux noyés dans l'autoroute, il y avait ces mots restés gravés dans mon tombeau et qui surgissent en cet instant et résonnent dans une tête plus sage.

Fillette, fillette ! Il n'y a plus cette enfant sage. Tu dors dans un linceul, Edith, toi qui vibrais. Du haut de ma stature qui ne reflète pas mon visage, je te regarde dormir, tu as bientôt treize ans.

Et si toutes les gares, à toutes les heures, offraient des airs d'un autre siècle aux gens qui passent, il y aurait plus de douleur, moins de gageure et point de mots dans les espaces agrandis par les bémols, dans les escalators démaquillés par nos mémoires en transit.

samedi, 24 mai 2014

Dolores, Terrae incognitae

Je t'ai reconnue hier soir au premier coup d'oeil, la douleur. Tu prenais toute la place sur son visage. En regardant cet homme qui ne me ressemble pas, je voyais ma figure des jours mauvais.
Et je te contemplais, stupéfiée, saisissant à quel point nous ne te comprenons pas. Nous te portons, la douleur, et tu pèses lourd, mais c'est un fardeau sans paroles, c'est un fardeau sans frontières.

Tout ce que le corps visible ou connu souffre est nommé ou pourrait l'être. Un bras blessé, un colon irrité, la souffrance est physique, dit-on.
L'autre souffrance, comment l'appelle-t-on ? La souffrance morale ?
Pourtant, existe-t-il une pensée humaine, qui ait lieu ex nihilo, hors de la matière ? Existe-t-il une seule émotion qui soit vécue hors de la chair ?

Le pas d'un pied, le geste d'une main, l'élan "du coeur" ou l'idée "dans la tête" sont des phénomènes physiques. Ils n'ont pas lieu dans un monde désincarné, vide, mais ils sont fabriqués par des mouvements de matière.
Cela nous le savons.

Les mouvements imperceptibles du monde n'existent pas moins que les mouvements perceptibles.
Cela nous nous en doutons à peine.

L'homme, encore au seuil timide de la connaissance, ne s'est pas débarrassé de cette naïve habitude de ne pas croire à l'existence de ce qu'il ne voit pas. Aussi nomme-t-il "souffrance morale" une douleur dont il ne perçoit ni l'origine locale, ni les conséquences exactes.

Comme si le moral était une zone hors la chair, où la matière n'est plus...

L'homme, du côté obscur de la porte entrouverte de la connaissance, croit encore à l'existence d'un monde éthéré où auraient lieu les événements affectifs, émotifs, intellectuels de sa vie. Il ignore presque tout des phénomènes de son cerveau, et s'il ne croit plus en Dieu, il croit tout de même que sa vie affective, émotive, intellectuelle, est régie en dehors de tout processus physique.

Il nous faudra beaucoup de temps pour comprendre qu'un sentiment, qu'une émotion, qu'un choix, a lieu dans le corps. Ce sont des gestes, comme ceux que nous faisons avec nos mains et nos pieds, avec notre visage. Ce sont des gestes que nous faisons dans des zones de notre corps que nous ne connaissons pas, dont nous ignorons le mode d'action et de réaction.

Quand nous comprendrons ces gestes infimes, nous mettrons des mots justes sur nos souffrances aujourd'hui qualifiées de "morales". Nous comprendrons pourquoi nous pleurons, pourquoi nous nous jetons par la fenêtre, nous comprendrons comment nous ressentons.

Hier, te voyant assise, énorme et implacable, sur le visage ravagé d'un homme à la tombée du jour, j'ai compris, la douleur, que tu n'étais qu'une blessure de la chair, une plaie, comme une autre.

Et je t'ai regardée.

notre dame de lorette

La douleur renversée. Notre-Dame de Lorette, 75009

 

mercredi, 21 mai 2014

Pluie de mai

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Au milieu d'un jour jaune, cascades qui rendent les bâtiments et le ciel gris comme un autre jour. De ce monde, je ne connais presque rien. Pourtant, l'heure de ma mort approche,et je n'ai pas assez étreint. J'ai glané ici et là des quarts d'heure de sourire, et poursuivi un rêve qui n'en finissait pas. Deux mois, dix ans, trente ans, la bagatelle ! Quel clown ailé nous demandera des comptes, à nous qui n'en pouvons plus de compter ?  L'effort de survivre au-dessus des égouts occupe nos années. L'espérance d'un autre monde s'en est allée. C'est la pluie qui le dit à l'heure du thé.

mardi, 20 mai 2014

Mise au point

Veuillez trouver la mise au point de Venexiana, suivie du droit de réponse de MCA.

 

Si je vous écris ce soir, chers lecteurs d'AlmaSoror, depuis ce Palace M où l'on boit les meilleures bouteilles d'alcool de salamandre qu'on puisse trouver sur cette bonne vieille Terre, c'est parce que je suis sortie dans la ville et j'ai erré, erré, pour trouver du tranxène 9-Excalibur. Aucune autre drogue n'aurait pu me sortir des affres où m'avait plongée le mail psychotique de Michel Carant-Agouy.

Je sanglote depuis hier soir. J'ai bien le droit de diffuser ce poison vénéneux. Avant de lire, toutefois, assurez-vous que vous avez les nerfs bien calés dans leurs tissus :

merci pour ces merveilleux souvenirs du cinéma de la décennie 2030. 
A mon avis la vraie rupture c'est "Love me, not ?" de Traput Bachira mais je peux comprendre tes arguments. Mais avoue que l'utilisation du stroboscope pour éclairer les trépidations de la pensée était une nécessité qui ne pouvait apparaître que lors. Seulement lors.

Il va de soi que je ne souscris pas à l'absurde vision de MCA, lorsqu'il évoque la rupture qu'aurait provoqué Traput Bachira avec son film Love me, not ? Comme je le lui ai répondu sans ambages :

je ne sais même pas comment tu oses supputer qu'il serait une rupture, voire LA rupture. Le film ne comporte aucun Sternum-phare et son dialogue n'est que demi-mental.

Bien évidemment, je n'aurai pas fait cas de cet échange de vue par courrier électronique sur cette avenue publique qu'est devenue AlmaSoror, s'il ne s'agissait que de cette opinion curieuse et, somme toute, peu nocive, à propos de Love me, not ?

Non, ce qui m'a entraînée dans de violents tourments intérieurs, élevant d'abord mon âme vers les sommets de l'exaltation pour ensuite la jeter dans la géhenne de la désespérance, c'est la révélation glaciale et brûlante que MCA nous jette à la figure à propos du Stroboscope.

Mais ne tombons pas dans la gueule du loup !

Car si nous, membres du groupe électro-nirvana, décorés de toutes les médailles de la lumière intellectuelle, capables en outre de semer des graines créatrices dans les esprits de nos post-contemporains (à cet égard, pour ceux qui douteraient de mes compétences, je rappelle que je suis internée d'honneur à l'asile d'Apsyaï, comme le mentionne justement Katharina Flunch-Barrows dans la biographie qu'elle m'a consacrée), car si nous, disais-je, avions tout prévu, tout conçu, tout pensé dans la plus complète liberté de nos cœurs, jamais nous n'avions osé dévier au point d'éclair où MCA nous projette brusquement.

A l'ouest, mais sans perdre le nord, MCA ne se contente pas d'affirmer que l'éclairage des trépidations de la pensée par le stroboscope était nécessaire, ce qui constitue en soi une révolution copernicienne qui ébranle nos bases ; non, il ajoute, avec une perfidie qui m'arrache encore des larmes, que cette nécessité ne pouvait apparaître que lors. Et, sans doute parce qu'il a abandonné toute idée de compassion envers son prochain, et particulièrement son prochain esthète, il insiste comme un chat torture une souris : seulement lors.

J'ai lu son mail, et j'ai fui comme un rat qui court, j'ai couru avec un jean délavé et un T shirt transparent sur les boulevards de l'oubli, j'ai poussé, en train, jusqu'au Havre où j'ai dansé comme une furie dans ma si belle robe verte parmi les fleurs extraterrestre de la déchirure maritime. Et puis, ne pouvant surmonter le mal des ardents du poison insufflé par la sonde de sa phrase, j'ai vomi tout mon pituite sur les poubelles de l'aube.

Alors, notre compagnon d'armes Aleixandre Loisnac est entré en lice. Il a participé à la conversation, et, dans une volonté désarmante de m'armer pour mieux résister aux attaques de la panique intellectuelle, il m'a incitée à aller voir un film qu'il a qualifié de perle : Espoir, tais-toi cru, d'Etopac Namurt. C'était le fol espoir que je me relève, que je ressuscite, que je m'en sorte. Et c'aurait pu, effectivement, ce film, oui, c'aurait pu être une porte de sortie, ma porte de sortie, notre porte de sortie. Mais la station spatio-temporelle 2032 était fermée aux personnalités non-qualifiées à cause d'une onde bizarroïde qu'un terroriste de l'ONU avait fait semblant de jeter dans l'espace-ciel 733. Aussi ai-je dû renoncer à ce film-sauvetage et ai-je poursuivi mon naufrage. Peu importe.

Il reste que, quoi qu'il arrive, nous devons nous fonder sur des bases solides pour parachever l'histoire de la décennie 2030 - sans quoi, de funestes trompeurs, tels MCA, peuvent nous faire vaciller sur nos certitudes intérieures. Or, sans elles, sans ces certitudes qui sont notre colonne vertébrale astrale, que peut devenir le chemin civilisateur ?

C'est cette question que je vous pose aujourd'hui, amis humains et néo-humains. Attention aux pervers. Attention aux attaques du non-sens proactif. Attention à ceux qui veulent nous faire prendre des vessies pour des lanternes et des stroboscopes révélateurs des trépidations de la pensée pour des Nécessairoscopes.

Merci à vous. Diffusez largement. C'est important pour l'avenir de nos mutants.

 

Éléments pour mieux comprendre le dossier :

La saga des voix lactées

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Droit de réponse

 

Droit de question ou de réponse ?

 

chère Venexiana, chère à nos âmes et chère à nos futurs. 
 
Très chère en vérité tant vos larmes nous coûtent et vos arguments nous transpercent, permettez moi cette interpellation. Votre réponse a été pour moi une torture : torture du temps et de la faille cinématique. Vous décidiez donc, ce soir là, juste là, posé bêtement sur le rebord de la semaine, de faire valser les idées reçues et en grillant une lampe  de faire griller ce que en quoi nous croyons comme les Gliptosaures ont grillé sous les laves du  Dekkan. Non la rupture stroboscopique n'est pas une idée isolée et sortie de l'esprit de quelque pervers à qui aurait échappé l'éclair d'une ombre ou l'ombre d'un éclair. J'ai sous les yeux la demande d'internement signée par 37892 membres de la Société des Gens de Goût qui affirme sans ambages que Traput Bachira doit être interné d'honneur à l'asile d'Apsyaï. Et cette demande précise la nécessité de libérer la totalité de l'asile pour que ladite SGG puisse y installer le Service du Goût Exquis, qui serait présidée à l'avenir par Traput Bachira en personne. Je n'invente rien, les pièces sont là, protégées sous scellé et par des piranhas. Isolement, superbe isolement que celui des amis de Traput !
Mais venons en aux faits.
De quoi la lumière stroboscopique est-elle le nom ? De la naissance et de la mort. Une naissance et une mort renouvelées chaque fois plus intensément dans le flux d'une pensée, jusqu'à perdre leurs limites et devenir un seul jet, la vie. OUI, le cinéma stroboscopique est le seul cinéma qui ait su capter la vie, une vie complète, intermittente, féconde et anémique. Le seul cinéma qui ait la force et l'ambition de briser l'image animée jusqu'à tuer le spectateur, qui peut en effet traverser l'écran en abandonnant sa conscience souveraine. Il n'est pas étonnant dès lors que vous assimiliez Traput  à Copernic, reconnaissance involontaire de votre acquiescement au cinéma Bachirianique. Qui mieux que Alfred Copernic a su dire, en effet, que la source de l'image, la lumière du soleil, était intermittente non par la volonté du projecteur mais par le couple dansant du projecteur et de la toile. Ainsi c'est dans l'entredeux, dans le regard du spectateur pris dans cette danse comme au filet, que se jouait l'apoptose de la conscience. Effondrement narcissique parfait... jusqu'à l'invention terrifiante du projecteur à lumière continue,  qui menaçait d'élever une nouvelle tour de Babel des illusions mentales.  
 

Sur ces quelques mots de précisions, qui ne pourront apaiser votre cœur vêtu de vert, (CENSURE).

MCA, Michel Carant-Agouy

lundi, 19 mai 2014

Les pompes et les oeuvres

Tu dis que, plusieurs fois, tu as connu le pillage de tes idées. En cherchant un canal pour les diffuser, en les découvrant face à des personnes aux commandes, tu t'es vu opposer une fin de non-recevoir ; quelques semaines, quelques mois, quelques années après, par hasard, tu as repéré que ton travail avait été entièrement pompé, et diffusé sous une autre signature.

C'était inévitable. A moins de naître à l'endroit même où se décident les événements, tu n'es qu'un pion qui avance péniblement dans le labyrinthe de cette société dont le fonctionnement ésotérique est dissimulé par ces mots : liberté, égalité, fraternité.

Soldat de ton propre travail, sois prêt aux mauvaises rencontres, aux malotruands.

Sur les chemins de campagne de la fin du moyen âge, des brigands se promenaient déguisés en moines pour prendre par surprise le voyageur à détrousser. Dans les immeubles de nos villes, les pillards sont déguisés en personnes sincères, ouvertes, chaleureuses, compassionnelles, tolérantes et solidaires.

Ne sois pas naïf. Apprends à discerner. Chaque jour, pratique la musculation mentale et psychologique.

Ne sois pas paranoïaque. Apprends à dissiper. Chaque jour, abandonne au passé ses vieilles nécropoles de rêveries trompées.

Qui trompe la vie trompe la mort. Mais rien ne trompe le temps.

Ne te trompe pas : le vrai créateur ne te volera rien. Ses ressources intérieures sont illimitées.

Le vrai chercheur, sache-le, remonte toujours vers la source. S'il a aimé une oeuvre ou une idée, il en suivra avidement le cours et il parviendra ainsi jusqu'à toi. Quel que soit le temps que cela prenne.

Apprends encore que le pompeur, quelle que soit sa puissance en ce monde, meurt aussitôt que la mort l'empêche de continuer à pomper. Car son oeuvre n'est nourrie que de l'extérieur, comme une plante qui n'a pu pousser qu'aux engrais et n'a aucune relation avec la terre qui l'abrite. En revanche, l'oeuvre pourvue du souffle authentique qui l'a fait surgir, continuera à inspirer bien après la mort de son auteur, quelle que soit l'obscurité dans laquelle il a vécu.

Ton pompeur connaîtra le succès suprême, mais patience. Toutes les époques s'écroulent sous le poids de gloires tentaculaires aussi éphémères qu'une fausse nouvelle de guerre, qu'un scandale de la troisième République, qu'un événement qui fait jaser toute la cour de Versailles durant trois mois. Aux pompeurs, les publics faciles et artificiels.

Aux créateurs, les audiences faites d'individus qui cherchent.

Sur les matériaux authentiques, le temps agit comme un ami. Il leur confère une patine qui les teinte d'élégance et de mystère, et parachève ainsi le travail de l'auteur.

Le temps, maître patient et implacable, ne se reconnaît pas dans les jeux pipés des tricheurs.

 

dimanche, 18 mai 2014

Quand on a réalisé son rêve

2014.05.17.plage1.jpgPlus douce qu'aux enfants la chair des pommes sûres...

 

Arrive parfois le jour rare où l'on a réalisé son rêve.

Le prix littéraire fut un moment de feu et de flammes, et l'on pleurait croyant serrer enfin ce que l'on méritait depuis longtemps. Ce n'est que le lendemain qu'on se rappela que parmi les méritants, peu obtiennent l'once d'une récompense. La plupart ne voit pas le bout de ses peines.

Des amis nous appellent, nous écrivent, nous invitent, nous rappellent, nous congratulent chaleureusement ou nous plaignent avec tendresse. Ils répondent à nos demandes, préviennent nos besoins, demandent pardon si par hasard ils ont manqué de tact.

Quelqu'un nous aime, et l'on se souvient bien que ce ne fut pas toujours le cas - mais le passé s'est enfui.

Le passé s'est enfoui sous les victoires remportées, sous la chance glanée et glanée encore sans même plus y penser.

Il était une fois un enfant privé d'océan - mais la villa de sable et de vent abrite désormais ce qu'il reste de cette enfance - des livres gardés précieusement par un père attentif ; des photographies d'une ville grise, un vieil ours en peluche à moitié mangé par un chien qu'on aima.

La somptuosité des étoiles sur l'océan, c'est devenu le quotidien du soir ; comme la douceur des jus mêlés de goyave, de mangue, de pomme et de framboise est devenu le quotidien de l'aube, une aube tardive depuis que le réveil n'a plus besoin de sonner.

Ti-Punch, pisco sour ou White Russian ? Tout ce que vous voulez. Mais parce que la sobriété est la mère des arts de vivre, le punch du bord de plage exclura que l'on ouvre plus tard la bouteille de Gevrey-Chambertin. Il faut savoir ne pas trop boire pour continuer à boire.

La santé ne fait pas défaut. Le corps encore très jeune peut accomplir tout ce que l'esprit lui demande, et pourrait même beaucoup plus si l'esprit lui demandait plus.

La promenade cependant de sept heures du soir se teinte souvent d'une infime amertume, lorsque le regard se noie dans les nappes de ciel orpiment.

Pourquoi ? Quelle est cette langueur qui pénètre le cœur ? Qui vient déranger une vie parfaite ? Maudite pensée qui traverse un esprit et l'irrite !

Et l'évidence se découvre. La douleur blanche de réaliser qu'elle est là, comme une couverture posée le long de notre cœur : la nostalgie du temps où l'on rêvait.

 

(à lire : John Peshran-Boor)

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