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jeudi, 11 août 2016

Luctisonus

 

Lugubre est ton concert a capella, chouette effraie. C'est celui que je veux entendre les mille derniers jours de ma vie, avant de rendre l'âme au vent, le corps au limon, ma voix au silence.

C'est ton hululement à l'orée des ifs obscurs que je veux pour dernières agapes sonores, et qu'à la fin de l'été, les grenouilles de l'étang le perturbent de leurs coassements, et qu'au seuil de septembre, le crapaud te réponde au bord du puits.

Il y aura des vignes descendant vers le ruisseau, une cabane à outil que la fouine investit, des enfants qui s'aventurent jusqu'aux portes de la chambre, attentifs et inquiets.

Je n'écrirai plus de poèmes, à l'étage l'ordinateur couvert de poussière aura cessé de bruire depuis longtemps. Je ne prendrai plus le train pour les dîners, les musées, les appels de la ville, retirée dans mon désert de boue, de flaques et de mousse, enveloppée dans un manteau de dépouillement.

Il y aura mon rire dans les regards des chiens, leurs gambades qui font fuir les chevreuils majestueux. Par les claires soirées de lune, un vol de canards au-dessus de la vallée.

Il y aura sa main à côté de la mienne, vieillies nos mains tremblantes et la bouteille de vieux vin sur la cheminée, qui attend patiemment le douzième jour d'avril pour s'ouvrir et livrer sa saveur trop longtemps enfermée.

Il y aura le souvenirs des mères, et des pères, imparfaits, qu'on craignait, qu'on aimait. Leur ombre tutélaires sur nos démarches, leurs sentences dans nos vieilles mémoires, leurs regards de lumière et d'ombre passés un peu au fond de nos yeux.

Il y aura, comme un goût de jeunesse enfuie, le souvenir des conflits, des réconciliations.

Entre le passage d'un chiffon sur une armoire et l'heure qui tourne à l'horloge paysanne, nos dons pour ceux qui nous survivent et se battent sur les routes du monde, nos prières, nos transmissions.

Je n'ai pas peur du noir qui te prendra, qui me prendra, un soir ou l'autre, à l'aube de l'hiver ou dans la saison chaude. Je n'ai pas peur du dernier regard, je n'ai pas peur du dernier souffle.

Il y aura ton cri luctisonus, chouette effraie, un sourire qui dit au revoir, une paix secrète qui descend l'escalier, le seuil de la mort.

Il y aura la naissance, qui clôt toute vie.

 

 

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