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samedi, 10 avril 2010

Rosachay, une chanson andine en quechua

Rosachay, une chanson andine en quechua.

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Deux adolescents amoureux s’enfuient ensemble pour vivre leur amour.

 

 

Nous vous proposons de traduire cette chanson ensemble.

Le quechua est une langue magnifique et incroyablement différente des langues indo-européennes ! Comprendre une chanson en quechua, c’est ouvrir une fenêtre sur un univers imaginaire et intellectuel réellement autre et réellement beau.

 

C’est une chanson qui est connue dans une bonne partie des Andes quechuaphones (parlant le quechua) et elle raconte quelque chose de typiquement andin et de complètement universel.

Elle raconte une histoire bien connue dans les Andes. Deux jeunes sont amoureux mais leur relation n’est pas vraiment possible (elle n’arrange personne…). Alors ils s’en vont tous les deux. Ils partent ensemble, et quand ils reviendront un an plus tard – s’ils reviennent – ils auront gagné leur union aux yeux de tous.

 

 

Quelques indications.

 

1 Vous verrez que les emprunts à l’espagnol ne sont pas rares, puisque depuis 1625 (date du débarquement de Pizarro sur les côtes péruviennes), l’espagnol est parlé dans les Andes.

 

2 Le quechua est une langue agglutinante. De nombreux suffixes s’ajoutent à la racine des mots (s’agglutinent !) et tout le charme de la grammaire quechua réside dans le choix des suffixes. Ils permettent en effet de donner des variations de sens subtiles aux mots.

 

3 En quechua, on possède des suffixes qui donnent des indications sur la façon dont l’interlocuteur connaît ce qu’il dit. Ainsi, si je suis certaine de ce que je dis, que je l’ai appris d’une manière sûre, j’accolerai le suffixe assertif (mi-m) au mot principal de la phrase.

 

Je l’ai mangé. Mikhuni-m

C’est maintenant ! Kunan-mi !

 

Si je ne sais ce que je dis que par ouï dire, ou bien que… J’emploierai le suffixe citatif (si-s).

Sumaq-si… C’est beau (il paraît)…

 

Quand je raconte un rêve, j’emploie également ce suffixe. De même, quand je raconte des choses qui me sont arrivées alors que j’étais ivre. Ces états, l’ivresse et le rêve, ne permettent pas, en effet, de parler des événements avec l’assurance de l’assertion.

 

Si, enfin, je ne suis pas sûre du tout de mon affirmation, je le note par le ? chà. On peut aussi noter par ce biais un agacement ou une indifférence…

 

Ça doit être là-bas ! Haqay-chà !

Qu’il y aille ! Ripunchà !

 

Dans les chansons, on entend toujours le suffixe « si », de même que dans les contes. En effet, le statut de la fiction fait qu’on ne peut utiliser l’assertif « mi » comme si j’affirmais quelque chose de certain !

 

Il faut noter que ces suffixes, qui servent à indiquer la façon dont on connaît l’information qu’on donne, posent un problème lorsque les auteurs andins veulent créer une littérature moderne, semblable à notre littérature de fiction. Comment en effet se décider entre les suffixes ? Si l’on voulait écrire un roman comme en français, le narrateur devrait employer l’assertif, puisque le roman fait comme s’il s’agissait de la réalité (Emile Zola ne nous répète pas toutes les pages : « j’invente, c’est de la fiction, ce n’est pas quelque chose qui a eu lieu !)

Or, faire comme pour un roman français, n’est-ce pas entamer sérieusement l’existence de ces suffixes qui donne tant de sel au quechua ? Pourtant, mettre le citatif –si pendant un long roman coupe l’effet de la fiction en rappelant toujours qu’elle est fictionnelle… Voilà un problème passionnant qui montre à quel point l’adoption de larges pans d’une culture par une autre modifie profondément la pensée, les modes de communication et la culture, et à quel point ces modes de penser et de dire le monde peuvent être incompatibles.

 

Commençons !

 

Rosachay, Rosalinachay,

Clavelchay, clavelinachay,

Chiqachus sapayki kanki ?

Chiqachus solayki kanki ?

 

Rosachay, Rosalinachay

Clavelchay, clavelinachay

 

Rosa vient de l’espagnol Rosa (Rose).

-cha est un diminutif. Rosa-cha : petite rose.

-y est la marque du possessif de première personne.

Exemple : wasi = maison. Wasiy = ma maison

 

Clavel vient de l’espagnol clavel, œillet.

 

Nous avons donc : ma petite rose, ma petite rosette, mon petit œillet, mon petit œillet,

 

Chiqachus sapayki kanki ?

Chiqachus solayki kanki ?

 

Chiqa signifie vrai. -chu est la marque de l’interrogation. –s est le suffixe ? dont nous avons parlé plus haut.

 

Ainsi, chiqachus  signifie : est-ce vrai ?

Sapa est un mot passionnant, qui veut dire seul, unique, chaque. Un mot « indivisualisant ».

 

Exemples :

Sapa p’unchaw = chaque jour (p’unchaw = jour)

Lorsqu’il s’emploit pour dire seul, on ajoute un possessif. Ainsi on dit : mon seul je suis.

 

Sapa-y kani = mon seul je suis.

 

Kay est un verbe qui correspond à nos deux verbes être et avoir.

 

Ainsi

Wasi-y kan, littéralement : ma maison elle est. Traduction : j’ai une maison.

Mais : sumaq kani = belle je suis. Traduction : je suis belle.

 

Dans le cas de notre strophe :

Sapayki kanki : ton seul tu es.

 

Arrêtons nous ici pour donner la conjugaison entière de kay au « présent ». (Il ne s’agit pas vraiment de présent, mais de temps non marqué. On ne marque le temps que quand c’est essentiel à la compréhension).

 

Kani Je suis

Kanki tu es

Kan il est/c’est

Kayku nous (exclusif) sommes

Kanchik nous (inclusif) sommes.

Kankichik vous êtes

Kanku ils sont

 

Nous inclusif = nous, nous tous

Nous exclusif = nous (et pas vous !)

 

Sola vient de l’espagnol Sola (seul). Comme il est « quechuisé », il est traité comme sapa, c'est-à-dire que l’on dit solay kani (seul-mon je suis).

 

La répétition n’est pas lourde en quechua. Elle participe au contraire à la beauté du rythme de la langue.

 

Cette première strophe pourrait se traduire ainsi. Ma petite rose, ma petite rosette, mon petit œillet, mon petit œillet, est-ce vrai que tu es seul ? Est-ce vrai que tu es seul ?

 

Entamons la deuxième strophe !

 

Ñuqapis sapaysi kani,

Ñuqapis solaysi kani,

Hakuchu compañakusun,

Hakuchu contratakusun.

 

Ñuqa signifie moi. –pis/pas s’accole à un mot et signifie aussi. Ainsi, ñuqapis veut dire moi aussi. Maintenant que nous savons cela, nous devrions être capable de traduire les deux phrases.

 

Ñuqapis sapaysi kani,

Ñuqa-pis sapa-y-si ka-ni

Moi-aussi seul-mon-suffixe citatif (on dit que…) je suis

 

Moi aussi, je suis seul. Moi aussi, je suis seul.

 

Hakuchu ! c’est une expression figée qu’on peut donner par « allons-y ! on y va ! »

Compaña vient de l’espagnol compaña compagne, et est traité en quechua comme un verbe (le quechua a verbalisé ce qui en espagnol est un nom). Il est donc conjugué : compañakusun.

 

Compaña-ku-sun

« être compagnon »-ku-sun

le suffixe ku est réflexif et affectif à la fois. Il a un sens réflexif (nous nous mettons ensemble ; je m’habille…).

-sun est un futur et impératif de première personne du pluriel.

 

Exemple du verbe mikhu au futur :

 

Mikhusaq

Mikhunki

Mikhunqa

Mikhusun

Mikhunchik

Mikhunkichik

Mikhunku

 

Contrata- vient de l’espagnol « contratar », et est pris pour « se marier ».

 

Traduction de la seconde strophe :

Moi aussi, je suis seule,

Moi aussi, je suis seul(e)

Allons-y, mettons-nous ensemble

Allons-y, épousons-nous

 

La troisième strophe, maintenant !

 

Sangararamantas kani,

Aqumayumantas kani,

Hakuchu urpi ñuqawan,

Hakuchu sunqu ñuqawan.

 

Sangarara : nom de lieu

-manta : de

 

Parisiens, vous pouvez dire : Parismanta kani ! Je suis de Paris.

(-manta s’emploie aussi ainsi : rumi-manta wasi, une maison en pierre (rumi = pierre ; franciasimimanta rimani francia-simi (en langue française) rimani (je parle)).

 

Aqumayu = nom de lieu (aqu = sable ; mayu = rivière)

 

Je suis de Sangarara, je suis d’AquMayu (rivière de sable)

 

Hakuchu ! nous l’avons vu précédemment, signifie allons-y

Urpi = colombe. (urpichay = ma petite colombe). En français on dirait mon amour…

-wan = avec. Nous avions déjà vu « ñuqapis » = moi aussi. Ñuqawan = avec moi.

Sunqu = cœur. Je pense qu’appeler quelqu’un cœur est une façon hispanisée de considérer le mot sunqu (cœur, force vitale), mais peut-être que non.

 

Traduisons donc :

Je suis de Sangarara,

Je suis d’Aqumayu

Allons ! colombe, (viens) avec moi

Allons ! cœur (viens) avec moi

 

La famille intervient à la quatrième strophe :

 

Mamanchik maskawaptinchik,

Taytanchik maskawaptinchik,

Ñachà karupiña kasun,

Ñachà Limapiña kasun.

 

Mamanchik maskawaptinchik

 

Mama = mère. Ce n’est pas un emprunt ! C’était déjà « mère » en quechua, avant l’arrivée des Espagnols…

Maska = chercher.

Courage, entrons dans le verbe émaskawaptinchik ». Maska est la racine « chercher. –wa- signigie me/nous et va avec le dernier suffixe du verbe –nchik-. –wa…nchik dans un verbe signifient la relation sujet objet : « ils nous ». (me chercher, nous chercher). –pti- indique que le sujet de ce verbe n’est pas le sujet du verbe principal de la phrase. Maskawaptinchik signifie donc : ils nous chercheront, ou nous cherchant, ou encore pendant/tandis qu’ils nous chercheront.

 

Deuxième vers : Taytanchik maskawaptinchik

tayta-nchik.

Tayta = père, monsieur. –nchik = notre, nos

 

Ñachà karupiña kasun

Ña = déjà

-cha = suffixe dont nous parlions en introduction. Ici on pourrait traduire par « Nous serons sans doute déjà loin »…

karu = loin

-pi = indication de lieu (wasiypi = dans ma maison. Franciapi = en France. Haqay=là-bas, haqay-pi = là-bas.)

 

Ñachà Limapiña kasun

Lima = la grande et mythique ville de Lima. La métropole de perdition. La ville lointaine, dont on entend parler, dont on rêve et que l’on ne voit jamais.

 

Traduction de cette strophe

Nos mères nous chercheront (ou quand nos mères nous chercherons, ou nos mères nous cherchant)

Nos pères nous chercheront, (idem)

Nous serons sans doute déjà loin,

Nous serons sans doute déjà à Lima !

 

Notes sur le genre et le pluriel

Les promoteurs du quechua actuels sont très influencés par l’espagnol. S’ils se battent pour la reconnaissance du quechua au même titre que l’espagnol, ils considèrent toujours la grammaire espagnole comme la norme, et sans même s’en rendre compte ils passent leur temps à dénaturer le quechua en le calquant sur l’espagnol.

Exemple : ils marquent systématiquement le pluriel, comme si c’était une faute de ne pas le marquer. Ils appliquent, d’une manière générale, les règles rabachées de grammaire espagnole à la langue quechua !

 

 

Merci d’avoir accompagné nos deux amants dans leur désir de fugue. Fermons les yeux, imaginons les hautes montagnes des Andes et pleurons en relisant la chanson… Ou bien imaginons-nous au marché, car sur les marchés des villages, des garçons et des filles chantent ce type de chansons accompagnés de musiciens. C’est ainsi que commença le chanteur Fredy Ortiz, du groupe Uchpa (cendres), déjà interviewé en quechua dans AlmaSoror. Il est aujourd’hui rocker connu au Pérou, et continue de chanter dans sa langue maternelle mais avec de la batterie et des guitares électriques.

 

 

Katharina Flunch-Barrows et Edith de Cornulier-Lucinière

vendredi, 26 mars 2010

Anvioù tud, Anvioù ar merc’hed, Anvioù-lec’h

 

Il était temps. AlmaSoror n'avait pas encore publié d'article en breton. C'est chose faite. Merci à Emmanuel de Kerdrel pour ce texte qui nous parle des noms et des prénoms en Bretagne.

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photo Sara

 

 

Un diforc’h bras a zo etre Breizh ha Bro C’hall diwar-benn an dra-mañ. A-benn ar fin, d’am soñj, pa voe embannet al lezenn diwar-benn anvioù ar merc’hed dindan gouarnamant Edith CRESSON, e oa diwezhat evit ar vretoned dre m’hon eus-ni graet dalc’hmat an diforc’h etre anvioù ar baotred hag anvioù ar merc’hed.


Da skouer : an aotroù Mikeal KORNEG a zo dimezet gant Annaig AR GALL. Gant lezenn Cresson e oa posubl kemm an anvioù. Mat e oa. Met e Breizh, dimezet pe get, Mikeal KORNEG a chom Mikeal KORNEG. Ha, dreist-holl, Annaig AR GALL a chom Annaig AR GALL.


Da laret eo e Breizh, ar merc’hed dimezet a vir o anvioù. Hag an dud a lare gwechall :

- Penaos ‘mañ ar bed ganeoc’h Annaig AR GALL ?

Gwir eo, hiziv eo cheñchet an traoù un tammig evel e pep lec’h :

- Demat Annaig.


Ha pa zivize an dud etrezo diwar he fenn, ne fazïent ket : “Annaig AR GALL” an hini e oa, ha n’eo ket “Annaig KORNEG”. Ha memestra eo hiziv, dalc’hmat.


Bez ez eus ivez un dra all, gant anvioù-lec’h e plas anvioù an dud. Da laret : Huberzh AODREN* deus un ti-feurm anvet Kermorvan a zeu da vezañ « Huberzh deus Kermorvan ». Pe  Aziliz LOSSOUARN dimezet gant Pêr AR BIHAN deus kêriadenn Kerbrug a zo “Aziliz deus Kerbrug”


Dont a ra soñj din eus ur gentel bennak e Skol-Veur Roazhon II, gant Yann Bêr PIRIOU pe Lukian KERGOAT n’ouzon ket dre just piv e oa, se a oa er bloavezhioù ’90, a gontas deomp kement-mañ : gwechall e veze graet gwernioù al listri gant gwez a gresk e lagennoù ar gwernioù. Cheñch o deus graet anvioù an dud dindan levezon** ar galleg. Evel-se an dud a oa “Gwern” o anv, pe “Ar Wern” pe ”Penwern”…. Ya, gwernioù al listri a dalvez e galleg “Le mat des navires”. Anvioù an dud a oa cheñchet evit dont da vezañ petra …. « Le Mat », « Ar Mat ». Ar ger « mat » a zo e brezhoneg « bon » e galleg, anvioù an dud a voe cheñchet a-nevez  e galleg e « Le Bon » dindan levezon ar galleg. Hag ez eus ivez stummoù a-ziforc’h c’hoazh, evel « Guern », « Penguern » distaget  <<gwerneu>> pe <<peñ-gwerneu>>…


Er penn kentañ, an dud a oa “Gwern” o anv, da laret eo e galleg “l’Aulne” a zo deuet a-benn ar fin da vezañ anvet gant ar stumm gallek “Le Bon” eta. Ar skouer-mañ a ro mat da gompren ar pezh a zo c’hoarvezhet e Breizh abaoe an Dispac’h bras.


 

Emmanuel de Kerdrel (13/3/10)


*Aodren a zo ur raganv ar paotred… evel Hoel


**Michel NICOLAS a oa skrivet ul levr mat-kenañ e galleg, a zo e dalbenn : “Histoire de l’Emsav” a gomze “rouleau compresseur de l’Etat français et de véritable ethnocide


 

mardi, 16 mars 2010

SATUMAA Tango finlandais

 

 

Lennä laulu sinne missä siintää satumaa

Sinne missä mua oma armain odottaa

Vole, ma chanson, là où brille le pays imaginaire

Là où mon chéri m’attend

 

 

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Gare de Trouville, par Sara

 

 

Aujourd’hui, je me souviens du voyage en Finlande, pour retrouver Manuel. Il vivait dans un foyer étudiant à la périphérie d'Helsinki et il était le seul parmi les centaines d'étudiants du foyer à apprendre et parler le finnois au quotidien. Il adorait ce pays qu'il découvrait. Toutefois, certaines choses le gênaient, et parmi elles le fait que les Finlandais ne mettent pas de parfum. Manuel, jeune homme élégant qui avait hanté les hauts lieux du Paris nocturne, se mettait trois fois plus de parfum en Finlande qu'à Paris, pour conjurer le sort. Il n'en détonnait que plus.

Un jour, avec un autre ami, nous prîmes le bateau pour aller à Tallin, la très jolie capitale estonienne, qui ressemble à une ville de poupées. Dans le bateau, les Finlandais si sombres et silencieux le jour se mirent à danser. C'était une danse valsante, différente de toutes les valses que j'avais connues. Et Manuel m'expliqua que c'était le tango finlandais. Un tango volé par la Finlande à l'Argentine, un tango devenu nordique. Cette soirée à glisser sur la mer glacée en observant les Finlandais s'ajoute à tous mes autres souvenirs de bateau. J'en parlerai à d'autres moments - pour le moment, voici, proposées par Manuel, les paroles d'un tango finlandais :


"je vous propose de découvrir l’un des tangos finlandais les plus célèbres. Imaginez que l’on y danse sur un rythme lent et avec des pas simples. Les couples s’enlacent sans se regarder. Il faut se laisser envahir par la mélodie et les paroles et oublier qu’il fait froid et sombre l’hiver. Les relations humaines sont difficiles à cette période-là. Le sentiment d’être « prisonnier de la terre » et de porter un lourd fardeau est assez répandu chez nos amis finlandais. Comment peut-on être léger quand le climat est si hostile ? Comment peut-on être de bonne humeur quand il fait nuit toute la journée pendant presque deux mois ?

 

Je vous laisse donc découvrir cette chanson que j’ai traduite pour vous".

Aavan meren tuolla puolen jossakin on maa

Missä onnen kaukorantaan laine liplattaa

Missä kukat kauneimmat luo aina loistettaan

Siellä huolet huomisen saa jäädä unholaan

 

 

Oi jospa kerran sinne satumaahan käydä vois

Niin sieltä koskaan lähtisi en linnun lailla pois

Vanki olen maan

Vain aatoksin mi kauas entää

Sinne käydä saan

 

 

Lennä laulu sinne missä siintää satumaa

Sinne missä mua oma armain odottaa

Lennä laulu sinne lailla linnun liitävän

Kerro että aatoksissain on vain yksin hän

 

 

Le pays imaginaire

 

Au large, il existe un pays

Où une vague caresse la lointaine rive du bonheur

Où les plus belles fleurs toujoursgardent leur éclat

Où les soucis du lendemain peuvent rester dans l’oubli

 

 

Oh si seulement un jour quelqu’un pouvait aller dans ce pays imaginaire

Alors je ne le quitterais jamais comme un oiseau

Mais sans ailes, je ne peux pas voler

Je suis prisonnier de la terre

C’est à l’aide de mes pensées voyageuses

Que je peux y accéder

 

 

Vole, ma chanson, là où brille le pays imaginaire

Là où mon chéri m’attend

Vole, ma chanson, comme un oiseau glissant

Dis-lui qu’il est le seul dans mes pensées

 

 

 

Traduction et présentation de Manuel Gerber

Bruxelles

manuelgerber@gmail.com

 

dimanche, 14 mars 2010

Rappel : Le début du voyage

 

Je classe et j'archive, je range et je taxinome tout ce qui concerne AlmaSoror. Je fais ça assise, face à l'ordinateur, sans bouger, le dos voûté et les heures harassantes passent sans que je voie le bout de cette longue cyberépreuve. Voici en tout cas le premier texte que Manuel Gerber nous avait proposé, pour annoncer sa série de petits cours sur les langues, qu'il donnait dans le journal d'AlmaSoror alors que celui-ci n'était pas encore un blog, mais un journal en ligne mensuel. Il les écrivait le matin à sa table près de sa fenêtre bruxelloise, le samedi, après avoir donné des cours toute la semaine aux fonctionnaires de l'Union européenne.

 

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Louvre par Sara

 

 

Le début du voyage

Cher lecteur, chère lectrice,

 

L’homme doit communiquer pour vivre, pour exprimer des besoins essentiels, transmettre ses pensées et comprendre celles des autres. Nous appelons langue le système qui permet qu'une communication écrite et orale soit efficace entre plusieurs personnes.

 

Une langue est donc un ensemble de signes organisés selon une logique  commune à tous ses locuteurs, cette logique s’appelle « la grammaire ». C'est elle qui rend compréhensible un message car ses règles organisent les mots entre eux. Le signe ou « le signifiant » constitue la manière dont la personne désigne une réalité « le signifié ». Nous appellerons réalité tout ce qu'une personne désire nommer. Apprendre une langue étrangère, c’est par conséquent apprendre une nouvelle grammaire, d’autres signes et parfois aussi d’autres réalités.

 

Prenons l'exemple de« lit ». "Lit" est une réalité qui existe presque partout, il est en général plat et utilisé pour dormir. Il sera le signifié. Pour en parler, nous utiliserons des signifiants tels que « lit» en français, « bed » en anglais, « letto » en  italien, « sänky » en finnois…

 

Les langues sont des univers dans lesquels tout un monde grammatical vit et cohabite. Dans la grammaire française, huit sortes de mots se suivent, se remplacent, se déplacent et s’effacent. Ce sont les noms, les verbes, les adjectifs, les pronoms, les articles, les adverbes, les prépositions et les conjonctions

 

L’objectif de cette rubrique sera de vous montrer la beauté des langues en en comprenant leur fonctionnement. Vous ne saurez certes pas les parler, car les apprendre prend du temps mais vous connaîtrez certains aspects qui leur sont inhérents. Si vous ne trouvez pas ces langues belles, vous les considérerez, nous l’espérons, ludiques.

 

Les textes que nous vous proposerons seront écrits dans une langue dont nous étudierons la logique. Nous changerons fréquemment de langue et de thème. Les textes seront parfois poétiques, parfois très techniques, parfois aussi tout simplement banals. Ils seront courts et toujours accompagnés d’un lexique et d’un mémento grammatical. En espérant que vous aimerez cette rubrique, nous vous donnons rendez-vous le mois prochain pour cette nouvelle aventure linguistique!

 

Manuel Gerber, Bruxelles

On peut trouver les minicours de langue de Manuel Gerber en explorant la catégorie "Langues", qui se trouve dans la colonne de gauche de ce blog.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

jeudi, 04 mars 2010

Viento del Este, la pochette du disque

 

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Ma mère les avait rencontrés dans le métro. Ils jouaient à Bastille. Elle leur a acheté un disque. Elle est revenue et a écouté le disque toute la soirée, toute la semaine. Elle est retournée les voir pour leur demander de faire la musique de son court métrage.  Quand il l’ont vue, ils l’ont reconnue et se sont dit qu’elle venait leur rendre le disque, furieuse de ce qu’elle avait entendue. Ils n’en sont pas revenus de sa proposition.
Deux argentins désargentés, l’un à la contrebasse, l’autre à l’accordéon. César et Maurizio Amarante, diablotins en vadrouille. Leur groupe s'appelle : "Radikal Satan".

Et je recopie l’étrange texte qu’ils ont écrit dans la pochette du disque Viento del Este… Un texte écrit dans un pidgin en train de naître.

Le premier opus du disque, En el Quai, est la musique que Radikal Satan a composé pour le film à Quai, de Sara, visible ici. La version du disque diffère de celle du film.

 

cesar de Radikal Satan.jpg

 

« Au début de l’année ZeroCuarto, después de una vuelta por Buenos Aires, nos encontramos con Christophe en el Palais de la Machine à laver y Voyage-Gira avec les Anacharsis, et après ça, Adrian moviliza el Studioo Mòvil hasta Bordeos et ça enregistra en la Cruz Blanc adurante cuatro o cinco dias con los Glen y fuìmos a buscar un Piano al Hotel de Malika et un Caballo-Farfisa improvisado por Geoffrey y una semana despuès empezamos a grabar en la casa de Eric Martinez, rue du Loup Haché, où il nous a présenté son maître Henri Chopin, et en suite on file à Paris, dans le XIème arr, rue Jules Vallès, a lo de los viejos de Adrian para empezar a mezclar y no terminar, ir a Squatar a la cave de Alternation y no dormir jamais hasta que en un domingo cafard se graba Avant midi en la màquina del Dr Acula con Bastien Rojo à côté, de vuelta à Bordeaux pa’ tocar encore a laCabane en Béton de la Garonne et enregistrar sur une cassette Periférico con Chris et Melo el 11 de Setiembre y algunos dias después, mientras la familia Saboya mangent des sanwiches, con el minidisco de Médhi hicimos Xpress Bontempi en la rue Judaïque para seguir durante des mois et des mois et des mois chez Eric Martinez tratando de ensamblar la saloperie y revenir en arrière y meter intros y sonidos y apareciò Colette Magny et la Fenêtre de Zurich, Thomazin graba en su casa AQuai, on cherche des trucs dans les cassettes de Lanùs del Ano 99, mientras en la escalera de lo de Ana pusimos el cuatro pistes y Marielle se fumò un pétard d’Austin, trois verres d’Absinthe, quelques mates y saliò Excitée, le robamos un pedazo al Tata Cedron y al Gaucho surrealista de Lanùs sus grabaciones andinas intituladas Accidente de Mechon de pelo-Villazòn et on a tracé chez Céline y arrancamos a hacer la pochette/tapa con los souvenirs que trajo David desde la Espanya y una frase de Leopoldo Marechal en el Adàn Buenos-Ayres de Tato Eli jusqu’à samedi soir chez Eric Martinez et lundi on envoie en Tchéquie".

 

Cesar y Momo Amarante, Contrabajo, accordeon, voces y demàs.

 

Produit par les potagers nature.

 

mercredi, 03 mars 2010

Requiem

Biarritz par la fenêtre me parle de leurs deux vies qui se déploient ici quand je n'y suis pas. Je rencontre le frère que je ne connaissais pas. C'est la première fois que je vis dans un appartment qui ressemble à ceux des bandes dessinées et des films qui se passent à New York. La baie vitrée m'offre les toits et le ciel. Quand tombe la nuit, on se sent espionnée par les avions. Au grand matin le soleil apporte le bonheur du jour et je me dis que les années passent trop vite pour sentir vraiment la vie.

 

La langue Bo est morte. Pleurons.

Plage des Sables.jpg

 

 

 Lire l'article sur Survival France

 

Et merci à Tieri Briet pour la triste information.

samedi, 27 février 2010

la phrase qui ouvrit l'année 2010

 

 

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Image Science and Analysis Laboratory, NASA-Johnson Space Center.
 
 

"Les animaux ont beaucoup de grandeur. Dans leur silence intérieur,
ils sont animés par de grands sentiments".

 

Sara, Premier janvier 2010

 

vendredi, 26 février 2010

In Memoriam Gange

Ma chère Gange est partie en novembre 2002 voir ailleurs si on y était. Pour le dire plus brutalement : novembre 2002 est le mois de sa mort. Dès les jours suivants, on nous demandait : "et vous allez prendre un autre chien ?"

Il y a quelques jours, ce fut le tour de Lune de quitter ce monde, laissant Catherine, son humaine, et Têtue, sa fille, seules face à face dans la douleur partagée. La grande Lune qui hanta l'appartement du 13, boulevard M. quelques jours et qui faisait si peur aux voisins.

Perdre un être cher : qu'il soit homme ou chien, une seule chose change : le regard d'autrui. Le degré de légitimité qu'il accorde à notre peine.

Et c'est au fond assez amusant de savoir que les gens mettent des notes aux tristesses des autres.

"Everybody got this broken feeling
Like their father or their dog just died"

Leonard Cohen in Everybody knows

gange,blason,in memoriam

Mais je sais que nous sommes un poisson

Toi et moi quelque part nous nageons dans l'océan

Tu es je ne sais où, je suis toujours ici

Mais au fond nous sommes un poisson

 

Ton départ a tout effacé, sauf ta présence.

Tes cendres frémissent dans leur boite,

Sur le piano.

Et je ris lors des grands dîners,

Je ris derrière mon masque.

Car je sais que nous sommes un poisson.

 

Tu as quitté ton corps,

Dans la mort.

Et j'ai quitté le mien, (l'air de rien)

Pour te suivre.

Voilà comment nous sommes devenues poisson.

 

Comme toujours, silencieuses,

Et comme toujours, amoureuses

De cet océan seul et immense,

Salé et sans souci

Qui nous noie inlassablement.

 

Seules certaines musiques

Endiablées mais lentes

Seules quelques musiques

Lancinantes

Laissent le poisson

Coloré

Nager dans l'air chaud du salon

 

Certains yeux nous voient

Je le vois

Certains yeux nous voient

Faire phe phe phe

Dans les vagues de fumée

 

Et sans drogue

Soeur de coeur

Sans alcool ni opium

Rien que le souvenir

De ton regard sans fond

Coeur de soeur

Pour rejoindre les fonds

Bas fonds

Tréfonds

De l'océan universel

Dans lequel

Toi et moi,

Le poisson,

Nous nageons.

 

Oui je sais que nous sommes un poisson

Toi et moi quelque part nous nageons dans le néant

Tu es je ne sais où, je suis je ne sais qui

Et c'est fou, nous sommes un poisson...

 

Au fond de mes yeux astrologues

Mon amour soeur

De mon ventre océanographe

Mon amour chienne

De mon coeur astrophysicien

Mon amour Gange

Au creux de mes mains géographes

 

La planète, petite comme une bulle

Ronde comme une pastille dans un tube

Danse

Et l'univers immense et nébuleux

Mène la transe

C'est ainsi que je sais

Que je sens

Que toi que moi que nous

Sommes Une

Nageant

Dans l'océan

Qu'importe que je parle à d'autres gens ?

Que je sois quelque part, à quelque moment ?

Puisque le temps n'est qu'un mirage

Et l'espace invisible...

Si le réel n'est que la vérité,

Nous ne faisons qu'une

Et nous faisons phe phe phe

 

Ton départ a tout effacé

Sauf mon absence

Et les cendres de mes cigarettes

Près du piano.

Et je ris lors des grands dîners

Je ris derrière mon casque.

Car je crois que nous sommes un poisson.

 

Certains yeux nous voient

Je le vois

Certains yeux nous voient

Faire phe phe phe

Dans l'écume-fumée.

 

 

Edith de Cornulier-Lucinière

 

dimanche, 21 février 2010

Oui !


Dire oui en finnois, par M.G.

Louvre dos.jpg
Louvre par Sara



Chère lectrice, cher lecteur,




Saviez-vous qu’en finnois il existait différentes manières de dire « oui »? Je ne parle pas ici de transformations dérivées de « oui » et de « non » telles que « ouais » ou «ouaip ». En finnois, il existe des mots vraiment différents. Des « oui » plus ou moins sûrs, des « oui » d’écoute ou de compréhension, des « oui » de surprise ou d’assentiment.




1) L’interlocuteur est sûr de ce qu’il dit. Il reprend seulement le verbe et le conjugue, ou ajoute joo/ kyllä (plus littéraire que joo) en début de phrase



A :Oletko Mika ? (Es-tu Mika ?)

B: Olen. (Je suis)



A) Oletko Mika ?(Es-tu Mika?)

B) Joo, olen. (Oui, je suis)



A) Oletko Mika ? (Es-tu Mika?)

B) Kyllä, olen. (Oui, je suis)



2) L’interlocuteur écoute et le montre en disant ”niin”, sans forcément être d’accord avec ce qu’il entend



A: Mika on mies. (Mika est un homme)

B: Niin. (oui)

A: Marja on näinen. (Marja est une femme)

B: Niin. (oui)

A : Mika ja Marja ovat hyviä ystäviä. (Mika et Marja sont bons amis)

B: Niin. (oui)



3) L’interlocuteur est tout à fait d’accord



A:Mika ja Marja ovat hyviä ystäviä

B: Aivan ! (oui, tout à fait)



4) L’interlocuteur est surpris

A. Mika ja Marja ovat hyviä ystäviä

B. Aivan? (Ah oui ?)



Voilà, pour cette petite explication sur les différentes manières de dire « oui » en finnois. Pouvoir jouer avec ces différents « oui » peut être un véritable régal pour le Français qui ne connaît que oui et si. A bientôt !



Manuel Gerber


Bruxelles

manuelgerber@gmail.com

 

samedi, 20 février 2010

La derrota del césar

 

 

arbres se refletant .jpg

 

 

Dejó en el lecho a la tierna gacelilla, paladeando aún el eco de sus últimos gemidos. La luz del aseo le devolvió, al otro lado del espejo, una reminiscencia de brillo depredador que insuflaba algo de vida a los ojillos oscuros y algo enrojecidos que le miraban, cercados por incipientes arrugas. La ceja ligeramente arqueada, aunque despeinada, establecía una sutil complicidad autosatisfecha con la leve contracción en la comisura izquierda de los finos y apretados labios. Cierta dilatación en las fosas de la pequeña nariz aportaba algo de intensidad al conjunto. Sin embargo, ajenos del todo a esa conexión, los prominentes y sonrosados mofletes prestaban a aquel ensayo de mirada un inesperado envoltorio de redondez que encontraba en la parte superior cierta coherencia o hasta plenitud en una extensa y reluciente calva blanca. A los lados de la esfera, subrayando la separación entre el hemisferio encendido y el pálido, unas azarosas greñas grises de considerable extensión aspiraban a una tortuosa horizontalidad, a modo de excesiva e indisciplinada corona de laurel. Entonces, de manera casi imperceptible, la ceja descendió, cesó la dilatación nasal, se entreabrieron los labios y el rubor se intensificó en las mejillas. Apagó la luz.

 

Antonio Zamora

jeudi, 04 février 2010

ROUAHOU !

 

 

Machiavel.jpg
Photo Sara

 

 

Chère lectrice, cher lecteur,

L’homme parle, cause, dialogue, discute, prend la parole, jase, murmure, nasille, bafouille, prononce des mots, baragouine, rabâche, soliloque, dit, baratine, périphrase, radote, s’exprime, pérore… La liste des verbes est encore très longue. Mais, me permettez-vous de vous poser une question ? Et les autres animaux ? Que font-ils ? Une baleine discute-t-elle ? Un dindon prend-il la parole ? Une mouette soliloque-t-elle ? Une souris s’exprime-t-elle ?

En cet après-midi gris et bleu, je vous propose de prendre le dictionnaire et de tenter de répondre aux questions suivantes. Pour faciliter l’exercice et le rendre aussi un peu plus ludique, vous trouverez ci-dessous la liste des verbes. Pour répondre, il vous suffira juste de les mettre à côté du bon animal.

A vous !

Causer - glottorer - piauler - striduler - chanter - rire - glouglouter - lamenter ou vagir - râler - caracouler - trompeter - réclamer - chicoter - bêler

  1. Quel cri fait l’aigle ?

  1. Quel cri fait la baleine ?

  1. Quel cri fait le dindon ?

  1. Quel cri fait la souris ?

  1. Quel cri fait la mouette ?

  1. Quel cri fait le goéland ?

  1. Quel cri fait le phoque ?

  1. Quel cri fait le faon ?

  1. Quel cri fait la sauterelle ?

  1. Quel cri fait la tourterelle ?

  1. Quel cri fait le faucon ?

  1. Quel cri fait la cigogne ?

  1. Quel cri fait la buse ?

  1. Quel cri fait le crocodile ?

  1. Quel cri fait le perroquet ?

  1. l’aigle trompette
  2. La baleine chante
  3. Le dindon glougloute
  4. La souris chicote
  5. La mouette rit
  6. Le goéland pleure
  7. Le phoque bêle
  8. Le faon râle
  9. La sauterelle stridule
  10. La tourterelle caracoule
  11. Le faucon réclame
  12. La cigogne glottore
  13. La buse piaule
  14. Le crocodile lamente
  15. Le perroquet cause

Imaginez-vous de dire maintenant :

  1. La femme et la mouette rient
  2. L’enfant et le goéland pleurent
  3. L’homme et le faon râlent
  4. Le bébé et le faucon réclament
  5. La buse et moi piaulons
  6. Pierre et le crocodile lamentent
  7. Léa et le perroquet causent

Bien amicalement !

Manuel Gerber, Bruxelles

manuelgerber@gmail.com

 

 

mercredi, 27 janvier 2010

En la vida

 

modèle 3.jpg
phot Sara

 

 

Iba a darle un desganado sorbo al tinto con gaseosa cuando la vi. Apareció a la derecha de la Juani, al otro lado de la cristalera sucia. Fue como un resplandor de tela blanca muy fina. Vaporosa. Tan ceñida en las caderas y tan libre bajo las rodillas que parecía una cascada. Embobado, seguí con la mirada a aquellas gasas temblorosas. Casi podía olerlas. Hasta que en el camino me encontré el cabezón de la Juani, a medio metro, con esa geta de mala leche que cada vez pone más. “¡Qué!”, me soltó con asco. Me di cuenta de que tenía el vaso a medio coger y la boca abierta. “¿Qué de qué?”, dije un poco brusco, y bebí, ignorándola como se merece. Pero, de reojo, busqué la falda blanca, que ahora se contoneaba a la izquierda de la Juani, alejándose. Cruzando la calle. Qué espectáculo, Señor. Se paró en la acera de enfrente y se giró para que la viera bien. En la vida podría esta ponerse algo así, pensé. En la vida.

Un deportivo rojo la ocultó y se detuvo justo delante. Entonces sí que empecé a sentirme raro de verdad. Cada uno de sus neumáticos, relucientes, era como cuatro de los de mi furgoneta. ¿Adónde iba a ir yo con ese trasto sucio y ruidoso, a punto de cumplir ya nueve años? En cambio aquel ejemplar rojo intenso, tan brillante, parecía recién salido de la fábrica. Con un bicho así ya podría yo, ya. Me imaginé el rugido de sus doscientos cincuenta caballos bajo mi asiento, el suave tacto del cuero del volante, hasta su olor. Una falda blanca entrando a mi derecha. “¡Y ahora qué!”, la geta otra vez. “¡Déjame en paz!”, la despaché mirándola de medio lado. Cuando quise volver a mirar, el deportivo había desaparecido. Con la falda. En la vida podría comprarme algo así, pensé. En la vida.

 

Antonio Zamora

 

lundi, 25 janvier 2010

Plongez dans la langue italienne et traduisez une lettre

 

Langue magique ! Langue d’une douceur incroyable et tellement accessible pour nous francophones ! Nous devrions tous la parler car elle offre la possibilité d’un voyage linguistique facile et d’une grande beauté. Je crois que vous pourriez la lire sans lexique. Peut-être vous faudra-t-il cependant deviner certains mots.

par Manuel Gerber

 

Malthilde.jpg
la belle Mathilde

 

 

Laura cara,

 

Sono così triste.

 

I miei amici sono partiti e la bellezza invernale di questo paesaggio toscano rende la mia solitudine ancora più grande.

 

Tra qualche giorno, partirò a Roma dove Giancomo mi attenderà.

 

Questo figlio è così dolce con me.

 

Dalla morte di Ricardo, egli è il mio solo sostegno.

 

Baci,

 

Paula

 

 

 

Notons :

 

La construction article + adjectif possessif :

I miei amici (les mes amis)

La mia solitudine (la ma solitude)

Il mio figlio (le mon fils)

 

L’absence des pronoms personnels sujet:

Sono : suis –« io sono » (je suis) existe mais est rarement utilisé

Partirò : partirai - et non « io partirò »

 

Egli :

En italien, il y a différentes manières de dire « il » ou elle. Même si « lui » (il) et « lei » (elle) existent, « egli » et « ella » sont des formes littéraires qui se réfèrent aux humains. « Essi » et « essa » ne concernent, quant à eux, que les choses et les animaux.

 

Remarquons la volonté linguistique de souvent vouloir distinguer l’homme de l’animal que ce soit en italien, anglais, finnois, néerlandais etc…

 

Manuel Gerber

Bruxelles

manuelgerber@gmail.com

 

 

dimanche, 27 décembre 2009

Les quartiers populaires

 

chaises et tables.jpg
Jardin du Luxembourg, par Sara

 

 

Bourgeois, vous n'aimez pas les riches : vous préférez les pauvres, car vous êtes infiniment de gauche. Alors vous dites, "pouah, les quartiers riches sont morts ! je préfère les quartiers populaires". Et vous vendez vos appartements des longues avenues du septième arrondissement, et vous achetez des "surfaces originales" là où les poubelles débordent, où les gens crachent sur le trottoir, où les enseignes multicolores sont écrites dans toutes les langues. 
Mais votre gloire d'être peuple, qui en paye le prix ? Eux.

Ceux qui partent, refoulés toujours plus loin, vers le périphérique, puis de l'autre côté du périphérique, puis plus loin encore dans les banlieues ; ceux que vos euros patentés chassent des immeubles que vous restaurez pour votre plus grand confort.  Depuis cinquante ans, combien de familles, combien de vieux, combien d'ouvriers, d'employés avez-vous bouté hors de Paris, sans vous en rendre compte, en colonisant leurs parcelles de "terres" urbaines durement louées, en y confectionnant de luxueuses salles de bains et cuisines, en disant : "pouah ! les quartiers riches me dégoûtent. Ils sont trop propres. Je veux la zone, je veux le peuple, je veux la racaille !"

Et Paris devient de plus en plus cher et ceux qui s'y maintenaient encore doivent fuir les loyers que votre simple présence élève, pour s'exiler hors les enceintes de LEUR ville.


Vous aimez les quartiers populaires - mais vous embourgeoisez tout ce que vous touchez. Vous qui n'aimez pas les riches, vous qui passez vos vacances d'hiver au ski, vos vacances d'été à la mer.


$€£ Édith de CL $€£

samedi, 19 décembre 2009

Pourquoi nous ne faisons plus d’alcool de Salamandre

 

 

 

Dans quelques jours, la foule des gens qui vivent sous un toit et mangent à leur faim fêteront la déesse Consommation, en blasphémant la grande naissance du Christ et le Splendide solstice d'hiver. AlmaSoror s'incline devant les milliards d'animaux sacrifiés à l'autel de cette déesse cupide.

Nous songeons avec force à ces masses d'oies traitées avec un mépris d'une précision, d'un investissement peu communs. Tout est fait pour que le rendement soit au plus beau fixe. Or, chaque amélioration de ce rendement se fait au prix d'une torture encore plus grande, quand bien même on pensait avoir déjà battu le record de la souffrance. 
Car, ils souffrent.


Vous dites "les animaux ne sentent rien". Mais vous, lorsqu'on vous enfonce des tubes dans la bouche jusqu'à l'estomac, vous ne sentez rien ? Lorsqu'on vous pique les chairs, lorsque on vous parque dans un espace trop petit pour que vous puissiez bouger, lorsqu'on vous laisse baigner dans vos excréments, vous ne sentez rien ?


Vous dites "moi, je suis un être humain". Vous êtes donc un mammifère et vous savez parfaitement comme ils sentent, eux, les autres animaux. Ils sentent la souffrance avec leur corps, comme vous.


Vous dites "Il ne sentent pas de douleur morale". Éviter une souffrance physique épouvantable à un être vous parait donc de la dernière inutilité. Mais la souffrance morale, dont vous les privez, pouvez-vous nous dire où nous devons la voir en vous, en vous qui ne semblez faire aucun cas de l'existence de millions d'êtres ?


Les esclaves, les indiens, les bébés sont passés par les colonnes infernales des hommes conscients qui ne leur reconnaissaient pas de conscience. Alors, que les animaux aient ou non une conscience, qu'ils aient ou non une âme, je vous répéterai la phrase d'Alice Walker :


“The animals of the world exist for their own reasons. They were not made for humans any more than black people were made for white, or women created for men.”


(les animaux du monde existent pour leur propre fin. Ils n'ont pas été créés à l'usage des humains, pas plus que les noirs n'ont été créés à l'usage des blancs ou les femmes à l'usage des hommes).

alice_walker.jpg


Cette femme rejoint la grande cohorte de ceux qui ne se sont pas assis sur leur condition humaine comme sur une condition sociale supérieure et dominante : dans cette cohorte fraternelle resplendissent les visages de Pythagore, de Confucius, de Montaigne, de Rousseau, de Léonard de Vinci, de Tolstoï, de  Gandhi, de tant d'autres.


Le poète Lamartine exprimait sa fraternité transsanimale ainsi : «On n'a pas deux cœurs, l'un pour l'homme, l'autre pour l'animal… On a du cœur ou on n'en a pas».


Dans les abattoirs, les zoos et les fermes industrielles où l'épuisement diminue de moitié la vie d'une vache, dans les prisons, les maisons d'arrêt et les DDASS, dorment les éveils qui nous attendent, et qui nous donneront tant de honte. Mais chaque être maltraité et assassiné est une histoire brisée, une souffrance qu'aucun repentir, qu'aucune décision ne pourra jamais rédimer.

 




AlmaSoror a renoncé depuis trois mois à la confection d'alcool de salamandre, sa spécialité. Nous savons que nous avons provoqué des regrets. Mais il était important pour nous de nous engouffrer, enfin, sur la route fraternelle, celle qui laisse autrui, fût-il à quatre pattes et poils longs, vivre en paix dans ses forêts, dans ses montagnes, dans ses arrière-cours.


Que les salamandres ne nous craignent plus. Qu'elles nous pardonnent notre arrogance. L'expérience nous aura enseigné que nos plus belles cultures ne manquent pas de victimes.

 

Signé : AlmaSoror, presque tous ses auteurs, tous ses personnages

(Photo d'Alice Walker par Andy Freeberg)

 

D'autre articles d'AlmaSoror sur les animaux se trouvent dans la catégories AnimaL (dans la colonne de gauche de ce blog), ou bien sont en passe d'être recensés ici : choses sur la protection animale d'AlmaSoror