samedi, 31 octobre 2009

La nuit, la guerre

 

 

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AlmaSoror se désespère quelque fois. Comme lorsque deux personnes qu’elle aime et qui la nourrissent commencent à se haïr. Siobhan et Katharina vous vous déchirez mais nous vous aimons toutes les deux. L’une d’entre vous est belle d’une étrange façon ; l’autre est belle d’une manière bizarre. Etrange Siobhan qui s’envole et ne redescend jamais vraiment des hauteurs où elle flotte sans pesanteur et sans apesanteur, juste entre les lignes invisibles du ciel. Katharina bizarre qui défend des trucs indéfendables et réessaie toujours de devenir autre chose alors qu’on s’était habitué à ce qu’elle venait de devenir. 
 

Et que dire de vos coeurs ? L’une d’entre vous est celle à qui l’on n’ose rien dire parce qu’on ne sait pas ce qu’elle pense. L’autre est celle qu’on appelle à n’importe quelle heure du jour où de la nuit, sans songer au décalage horaire, parce que Paris et Buenos Aires bruissent la nuit et s’aiment depuis longtemps, parce que Insomniapolis est le seul lieu où l’on vit vraiment, parce que les voix n’ont pas besoin d’avion. Siobha, sache que tu es glaciale et attachante. Katharina, insupportable et hilarante, sache que tu sauves quand tu ne raccroches pas pendant trois heures.
Et que dire de vos corps ? L’une d’entre vous est celle qui est noyée sous les pullovers d’un grand frère imaginaire, achetés dans un magasin pour les sportifs adolescents. L’autre est celle qui marche tout en haut, loin de nous, portée par les hauts talons aiguille qui font clac clac et qui respire le rouge à lèvres et le parfum des temps perdus. Siobhan, on devine sous les longs morceaux de toile et de laine que tu as des jambes et des bras et qu’ils sont très blancs. Des tâches de rousseur doivent faire écho aux reflets qu’on voit dans tes cheveux quand tu te penches au bord de la cheminée. J’ai peur que tu aies des cicatrices à cause des chutes lors de tes décollages et atterrissages et à cause de ton bricolage chez toi. Katharina, quel fragrance ce soir ? Tu marches et deux, quatre, sept, dix hommes emboitent le pas pour obtenir un sourire et une prolongation chez toi. Mais tu es habituée et tu marches (clac-clac) et tes bas résille reluisent dans la nuit tandis que ton buste se fait parfois statue parfois roseau et que tu parles avec ta voix de fumeuse à mi temps. 
 

Et que dire de vos vies ? L’une d’entre vous disparait souvent dans sa ville malade où personne ne veut aller et là on devine des magasins où elle achète la base et des grandes promenades solitaires, des copains dont elle ne parle jamais et la même vue, le matin, sur les toits et les champs au loin, en buvant un café trop chaud dans la tasse d’hier. L’autre vit là bas et fait rêver à force d’être si belle, si classe, si loin et si chaleureuse, toujours entourée de monde, d’un monde qui papillonne et qui change et qui importe peu, c’est le décor, or seul le décoeur compte. Le décor des corps tourbillonne et le décoeur du coeur s’alimente de petites excursions dans les rares régions de la vraie amitié. Siobhan, un jour je prendrai le train pour venir voir cette ville “sans rien” que tu décris et qui te fais rire, je boirai dans ta tasse et tu m’apprendras à voler comme les oiseaux, enfin. Katharina, je sais que j’ai promis mais je déteste tant prendre l’avion. Et l’argent ne coule pas à flots, contrairement au vin rouge que tu aimais. Et l’Amérique du Sud m’a laissé des morsures que le sel creuse trop. Mais j’ai promis et un jour je viendrai hanter la calle San Juan d’où tu m’écris des choses parfois gentilles, parfois cruelles, et j’irai prier pour ta conversion à la figure du Christ dans l’église qui t’a vu passer tant de fois en hauts talons et avec des hommes toujours différents, toujours avec le même genre de barbe, toujours tellement inexistents à tes côtés. 
 

AlmaSoror se désespère quelque fois, quand elle se rend compte que ses soeurs nourricières se sont déclarées la guerre. Mais son amour est incorruptible. Ce n’est pas la neutralité suisse, c’est l’incendie intégral pour chacune. 

 

vendredi, 30 octobre 2009

Les commentaires de Tieri sur le Blog AlmaSoror

 

musique : édith de CL

piano : Luke Gohst

Photo : Sara pour VillaBar

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podcast

 

jeudi, 29 octobre 2009

Chez elles (et les archives d’AlmaSoror)

 

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Photo Sara

 

 

j’y passe des après-midi face à un ordinateur qui vieillit et travaille tout seul à graver des DVD pendant que je lis le livre de la bibliothèque de leur salon, The Story of Film, de Mark Cousins, et que je n’écoute pas Cult, d’Apocalyptica parce que le disque a fini de tourner depuis longtemps et que je n’ai pas le courage d’aller le remettre. Mais surtout je vois par la fenêtre, et cela, c’est si rare dans ma vie. Voir de haut un boulevard sur lequel des voitures et des gens passent, sans cesse, sans arrêt. 

D’habitude, du fond d’une cour, je dois réinventer l’extérieur qui me fait cruellement défaut et j’imagine des paysages. Là, j’ai un paysage urbain sous les yeux, dès que je les lève du livre. 

Rassasiée par cette journée je rentre chez moi (la cour à traverser !) et je me souviens de quand AlmaSoror, ancien journal mensuel, est devenu blog. Il y eut les premiers posts. Les anciens contributeurs ont voulu continuer, d’autres sont arrivés. Il y eu tous les anciens articles de l’ancien AlmaSoror à republier sur ce blog. Les mélanges de littératures de Sara, les mathématiques de Laurent Moonens, les espagnoleries d’Antonio Zamora, tous les fragments et les hommages que nous avions rédigés, et tant d’autres articles encore. Il fallait des photographies pour illustrer ce blog, que nous avions voulu plus visuel que l’ancien AlmaSoror, et Sara nous a laissé péché dans son stock. 

Mais parmi les fleurs, il faut savoir que l’amour est le plus triste ICI avec Carson McCullers. Que l’échec est d’autant plus poignant que le libre-arbitre nous interpelle (malheureux !). Que l’animal nous supplie beaucoup. Que les hommes idéalisent les femmes ( à cause sexe irrévélé des anges). que la Révolution compte ou ne compte pas ses morts chéris et ses morts haïs. Que la féodalité noire et blanche tente d’exprimer ses visions. Que la ville nous perd ; que le rêve nous sauve ; que la folie nous hante ; que le désir nous torture ; que les pères nous impressionnent ; que les questions des amis font divaguer un bon coup ; que les lettres écrites au stylo existent presque encore. 

 

Merci à elles dont j'ai hanté l'appartement. L'une "fait médecine" et l'autre fait l'Europe. Leur lieu sent leur présence. J'ai tenté de ne pas laisser de traces. 

Deltaplane

 

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Je t'aime deltaplane. J'aime ton coeur et tes ailes et ta façon de m'emmener dans le ciel, comme j'en rêvais encore enfant. 
J'aime cette idée que c'est toi qui m'emmènera pour le dernier voyage, quand je serai fatiguée. J'aime l'idée que les routes que tu empruntes sont vides, vides de tout sauf d'air. J'aime le fait que tu n'empruntes pas de routes : tu les créees et ton sillage meurt dans l'instant.

Et dans deltaplane il y a delta et il y a plane. La lettre de la liberté et le repos des oiseaux, des méditants et des drogués. 

Petite, je rêvais des chevaux sauvages de la Camargue. Et puis j'ai compris qu'il n'y a plus de chevaux sauvages, là-bas. Alors j'ai changé de rêve.
Avant je rêvais que les grands garçons m'emmeneraient sur leurs motos avec leurs casques pour déchirer la ville. Ils ne sont pas venus.
Ensuite j'ai rêvé que les grands filles de l'autre ville m'emmèneraient sur leur planche à voile et que nous traverserions les océans. Elles sont parties sans moi.

Personne ne venait pour m'emmener et les années passaient. Alors j'ai rencontré le deltaplane. 

Ne t'impatiente pas, Deltaplane, je sais que tu m'attends.

Nous serons comme vous, grands oiseaux. Amoureux du vol libre, loin des avions et des voitures.

Siobhan Hollow

mercredi, 28 octobre 2009

Il fallait. Sur un air de Radiohead

 

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Phot. Hôtel d'Angoulême, par Sara

 

 

Il fallait. 

C'est la phrase que tu as dit lorsque nous l'avons découvert dans cet état. 

Et c'est la phrase qui accompagne mes insomnies, depuis. 

Il fallait.

Il fallait que la chanson Exit Music enveloppe tout l'immeuble cet après-midi là. 

Il fallait que tes mains soient gantées ; il fallait que mes épaules se recroquevillent de froid. 

Il fallait que la douche soit grise, il fallait que l'hiver soit dur, il fallait que le vent souffle trop vite sur nos vies. 

Il fallait que la voix de cet anglais décadent ait bercé nos amours et nos gestes, il fallait qu'elle accompagne aussi ce moment là. 

Et dans son appartement où tout traînait sens dessus dessous, la fin de la chanson nous parlait trop durement. 

Mais je l'aimais, et j'espérais qu'elle nous avait aimés. 
 

Edith de CL

mardi, 27 octobre 2009

Amour trop triste

 

 

 

 

Tu sais, je n’écris plus jamais de lettres d’amour. C’est trop triste. Nos coeurs battent et crèvent d’aimer et d’être aimer et plus jamais nous ne pouvons croire en vrai à une histoire belle quand nous avons connu la brisure de l’âme. Alors ne m’en veuilles pas si je ne sais pas bien quoi te dire. J’aime que nous soyions proches et que nous soyions ensemble même lorsque nous sommes loin. J’aime l’idée que cela pourrait continuer encore longtemps. J’ai peur quelquefois d’être tout seul au moment de ma mort. Il n’y aurait personne autour et plus tard mon corps ne serait qu’une histoire anonyme et hygiéniste pour ceux qui le retrouveraient. On se dirait alors que c’est bien triste, mais ce qui est triste c’est surtout et plutôt cet amas d’histoires avortées. J’avais lu ce livre d’un libertarien américain, how to disappear completely and never be found, et j’avais pensé à tous ces abandonnés aux peines immenses et béantes à jamais. Moi, je ne disparaitrai jamais sans rien dire. C’est la seule chose que je peux te promettre. Pour le reste, je suis désolé. 


Et toi tu veux faire comme dans ce film de Pedro Almodovar, La Ley del deseo - la loi du désir : tu veux écrire une lettre d’amour parfaite et me l’envoyer pour que je la signe et te l’envoie. Et ça te faire rire jaune et ça me fait rire noir et tout est blanc autour de nous. Nous n’avons pas les mêmes histoires passées : nous n’avons pas d’autre solution que d’essayer de partager ce temps qui nous est offert en tâchant de nous comprendre et de nous pardonner. 


David Nathanaël Steene

 

Requiem La RSA/requiem vendéen

 

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podcast

Musique d'édith de CL

Photo de Sara

 

Vous écoutez une démo de l'introït du Requiem La RSA (vendéen). 

 

Le requiem La RSA (ou requiem vendéen) est brut, et c’est exprès.

C’est comme de la psalmodie très ancienne. On n’a pas encore développé l’art des mélismes, ces syllabes qui, comme la feuille d’automne, tourbillonnent en ondes avant de toucher le sol. Mais l’air est là, il est clair et facile. Le rythme ne passe pas par l’intellect. Un cousin, un fils non musicien peuvent le chanter. 

Quant aux paroles, qu’en dire ? Celles de la traditionnelle missa pro defunctis sont intemporelles, comme la vie, comme la mort, comme la foi. Il y a aussi l’ave maris stella, éclos au moyen-âge. La consécration à la Vierge de Saint Louis Marie Grignon de Montfort. Et une belle prière du Frère Christian de Chergé, de Tibhirine. 

 

lundi, 26 octobre 2009

Lettre de mon fils Hugues, XXIX septembre MMIX

 

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phot Sara

 


podcast

Chère maman-édith je t’écris une autre lettre. Quand je saurai très bien écrire de la main gauche est-ce que tu liras toujours mes lettres ? Arrête d’essayer que les autres te fassent monter sur leur moto car tu fais très bien aussi de la moto, tu pourras m’emmener sur ta moto. T’inquiète pour ton film et tes amis, tu les fais pour moi d’abord ensuite je les prête quand je veux. Tu vas quelquefois danser et faire la fête. Pour avoir des amis il faut lire des livres très vieux et regarder des très vieilles photos. J’aime bien mes cheveux, pour être heureux j’ai besoin que tu m’écoutes tout le temps sauf quand je joue. J’aimerais bien avoir des petites voitures et aussi un grand camion. Tu peux me prendre en photo même si tu ne me vois pas. J’ai des amis qui vont t’aider pour l’argent et pour faire tes dessins. Tu peux aussi faire beaucoup de bulles.
On va s’amuser. La mort on s’en fiche parce que c’est les autres qui meurent souvent, si c’est nous je te donnerai la main. Je t’aime, je vais t’aider à soigner maman et je vais te faire plein de baisers dans tes bras tout à l’heure,

HUGUES

 

 

dimanche, 25 octobre 2009

vers de Jules Laforgue

 

 

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 Sous le ciel pluvieux, noyé de brumes sales,
Devant l'océan blême, assis sur un îlot,
Seul, loin de tout, je songe au clapotis du flot
Dans le concert hurlant des mourantes rafales.

Crinière échevelée, ainsi que des cavales,
Les vagues en se tordant arrivent au galop
Et croulent à mes pieds avec de longs sanglots
Qu'emporte la tourmente aux haleines brutales.

Partout le grand ciel gris, le brouillard et la mer,
Rien que l'affolement des vents balayant l'air.
Plus d'heures, plus d'humains, et solitaire, morne,

Je reste là, perdu dans l'horizon lointain
Et songe que l'espace est sans borne, sans borne,
Et que le temps n'aura jamais... jamais de fin.

 

Jules Laforgue 

 

samedi, 24 octobre 2009

Lettre d’un lecteur d'AlmaSoror : Maurice

 

Lettre d’un lecteur, venu à VillaBar... Et la réponse qu'il reçut.

 

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phot Sara

 

 

Chère Édith, qui es-tu ? 
 

Tes articles qui viennent du Newropeans Magazine ne sont pas si anarchistes que cela, pas tous du moins. Et pourtant, oui, quelque chose de toi est libertaire. 
 

Tu fleurtes avec l’antispécisme, peut-être même que tu es complètement dedans. Tu mélanges photographies (pas souvent les tiennes, seulement rarement), peintures, dessins, musiques, textes, et du mets tout cela sur cet « AlmaSoror », qui était d’abord un journal mensuel (auquel j’ai été abonné), gratuit, « intemporel » et tout en gris, noir et blanc avec quelques photos de couleur. Puis ce journal a quelque peu « décrépi » et s’est transformé en blog. Ce blog, devait être temporaire, si j’ai tout bien suivi. Puis il est devenu bien installé, et tout pousse à croire qu’il ne bougera plus : AlmaSoror s’est fait blog et restera blog. Mais le sens de tout cela ? 
 

Sûrement pas la révolte : tu ne la prônes pas tant que cela. Sûrement pas non plus la gloire ou encore l’ambition, encore moins la mode et ses papillonnements, son glamour vite passé.

Alors le sens de tout cela ?

T’exprimer ? Tout porte à croire que tu peux t’exprimer autrement. D’ailleurs, d’autres auteurs agissent sur AlmaSoror, ce mathématicien dont j’ai oublié le nom et qui écris articles et donne des cours vidéo, l’auteur-photographe Sara, dont on peut aller visiter le site en passant par le tien, l’hispanophone Zamora, quelques autres. 

 

Mais ces quelques faits ne répondent pas à ma question : qui es-tu ? 
 

Tu méprises beaucoup de choses de ce monde, n’est-ce pas ?
 

 

Maurice, ex VillaBarien du hasard et lecteur fidèle
 


Réponse

 

Salve, Maurice.


Méprisé-je ? Mépriser, c’est souvent se méprendre et tant qu’à faire des erreurs j’aimerais qu’elles soient plus profondes que le mépris.
Je n’aime pas tout du monde ni ne le hais. Je crois que ta question est plutôt :que fais-tu ? puisque tu t’interroges sur le sens d’AlmaSoror.
Eh bien, AlmaSoror a plusieurs sens, et ses directions se culbutent parfois en un carrefour qui se prend pour l’horizon.
Ce que je suis, n’a pas tant d’importance, comme tu le rappelles, AlmaSoror n’est pas que moi et n’existerait pas sans d’autres gens (à commencer par ses lecteurs, dont les visites appellent les nouveaux articles).
Ce que je fais, alors pourrait avoir plus de sens. Je ne fais que ce que je peux. J’essaie d’ouvrir les bras pour prendre le monde et me retrouve par terre, le nez en sang. C’est une belle allégorie de ce qu’est AlmaSoror.

Le mot anarchie est trop politique pour cette tentative, cet espoir, cette fugue qu’est AlmaSoror. Il faudrait plutôt parler, simplement, de liberté. AlmaSoror est une prise de liberté.

Le mot antispécisme est trop politique pour cet amour transanimal que j’invoque et que tu évoques. Les animaux sont mes frères et sœurs. Il faudrait plutôt parler, simplement, de fraternité. La grande fraternité transrêve, transsexuelle, transsanimale, transsibérienne. La grande fraternité transie par les gens qui ne rêvent plus. 

édith 

 

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