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Quelques févriers d'AlmaSoror

2017

Je m'asphyxie avec de la poudre anesthésiante. Des sons dans mon oreille ressemblent à des cloaques.

Comme un dimanche

2016

Aux lupercales un centaure a fécondé les troupeaux de ratons laveurs.

Extrait d'un rêve

2015

Mes paupières, oui.

Paupières

2014

Comme me le fait remarquer un ennemi qui m'est sympathique, le mariage a été vidé en plusieurs temps ; au moment de son ouverture aux couples homosexuels (2013), il n'était déjà plus qu'un flonflon, une épée fleurie honorifique et n'engageant à rien.

Pink n'est pas punk

2013

Mais toi, État américain, tu aurais dû imposer, par une loi, que les familles restent dans ces maisons qu'on n'aurait jamais dû leur vendre puisqu'elles n'avaient pas les moyens de les payer. Au lieu de cela tu as aidé les banques et tu as laissé les familles partir sur les routes et tomber dans la misère. Tu es l'un des pays les plus riches du monde et tu es l'un des plus cruels, comme ton épouse ignare et indigne, l'Arabie Saoudite.

Dernier voyage en Amérique

2012

Pleurez aujourd'hui puisque personne n'a pleuré quand le dernier berger a été emmené à la maison de retraite, quand la dernière brodeuse a dû quitter le village mort.

Ô France, comme il est violent de t'aimer !

Hameaux-tombeaux, quelles tristesses ont clos tes derniers yeux-fenêtres ?

2011

L'aristocratie de l'Ancien Régime et le soviétisme ont mieux réussi à soutenir un art somptueux, parce que les artistes ne faisaient pas partie de la classe mécène.

Vanité des arts, vides esthétiques, vacuité des audiences

2010

Puiqu'il y a blasphème lorsqu'on remet en question une certaine idée de l'homme, de l'humanité, cet humanisme ne peut pas être considéré comme une pensée athée, bien qu'elle ne croit pas en Dieu. Car l'athéisme ne reconnait pas de blasphème.

La nouvelle religion

2009

Les Carthaginois ne touchent pas à l'or, tant qu'il ne leur paraît pas payer leurs marchandises, et les Indigènes ne touchent pas aux marchandises avant que les Carthaginois n'aient pris l'or.

Le trafic à la muette

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dimanche, 25 février 2018 | Lien permanent

Vivre nos métarêves

Contenter suffisamment les gens ou les pousser à la révolte ? Si une société, ou des parents, imposent un modèle de réussite, invitent les gens à s'y conformer, les jugent en fonction de leurs résultats, mais que dans les faits, ils ne leur donnent pas les moyens de parvenir à ces résultats malgré leurs efforts, la situation devient tendue.

En tant que parent, ami, groupe, patron, si l'on veut que dure son pouvoir et plus largement sa puissance, il faut que la grande majorité des personnes sous notre houlette soit capable de s'insérer dans le système d'une manière satisfaisante tant sur le plan des moyens que des résultats. Sinon, c'est la pagaille, puis la révolte, sire, et bientôt la révolution. 

Mais quand on est l'individu qui subit une incapacité d'accomplir à la fois ce qu'il voudrait et qui est attendu de lui ?

L'homme qui voulait s'adapter et réussir dans ce monde se voit contrecarré malgré ses efforts, et considéré comme inférieur de ce fait. Dès lors, il n'a plus que des choix sombres ou éthérés : fuir dans le rêve en fournissant le minimum syndical du quotidien ; brûler sa vie dans la révolte individuelle ; fomenter une révolte collective avec des camarades pour renverser le système qui les a trompés ; ou se réfugier dans la morale, une morale au sein de laquelle il a un beau rôle, noble bien que non reconnu par la société (une morale teintée d'aigreur).

Face à une société dans laquelle d'autres semblent se déployer à merveille alors que soi-même, on rame, que faire ?

Se sacrifier est dommage... Même si ce peut être romantique, esthétique et fulgurant, l'individu qui grille sa vie par désespoir souffre tant que ce n'est pas vraiment une « solution ».

Fomenter une révolte collective demande à ce qu'on trouve un groupe adapté dans lequel on a une place qui nous convient. Dès lors, on peut gagner ou perdre, au moins la punition et la récompense seront collectives, et même s'il y a opprobre de la part de la majorité, le rebelle reste un homme intégré au sein de la rébellion.

Fuir dans le rêve en assurant le minimum syndical de l'adaptation ressemblerait à un suicide doux (alors que la brûlure de sa vie en serait un violent)... 

Se réfugier dans une morale sclérosante, mais rassurante, qui permette d'excuser ses échecs et de les justifier, est une solution qui fait mener à l'individu une vie de seconde zone, de moindre importance, puisqu'il renonce à ses rêves sociétaux mais aussi à ses rêves intérieurs ; en quelque sorte il renonce à sa puissance personnelle.

Si l'on ne choisit pas la voix rebelle collective, que l'on ne veut pas détruire sa vie que ce soit lentement ou en la grillant en un temps record, que peut-on faire ?

D'une part, définir ses métabuts, c'est à dire se demander ce qu'apportent les résultats qu'on aimerait (et ne parvient pas à) obtenir, en extraire l'essence au delà de la forme et trouver d'autres moyens d'y parvenir.

Ce n'est pas la richesse qu'on cherche réellement, car si on vivait dans un monde où un compte en banque n'a aucune valeur, mais posséder un maximum de vers de terre et avoir de gros piercings ouvrent toutes les portes, on serait prêt à échanger tous nos millions pour obtenir des vers et se percer la peau. Que cherche-t-on alors à travers la richesse ?

Il faut creuser de même pour tous les buts.

Dans notre société, qu'est-ce que les gens cherchent à tout prix à atteindre ?

De l'argent, une maison, passer des vacances ailleurs que dans cette maison, un entourage, dont des enfants, et une reconnaissance sociale, c'est à dire que les inconnus comme nos proches nous voient et se disent : ah ! Celui-là a assurément de la valeur !

Mais si notre argent nous fait passer toute notre vie en prison, ou que notre maison reste vide car ceux avec qui on voulait la partager n'y viennent pas, ou que nous passons des vacances sur une île de rêve en crevant de mal quelque part dans notre corps ou notre âme toute la journée, ou que notre entourage nous hait, ou que nos enfants nous font regretter de les avoir mis au monde dans notre for intérieur, ou que face à tous ces inconnus ou ces proches qui nous croient au sommet, nous n'avons qu'une seule peur, c'est qu'ils se rendent compte que ce n'est pas le cas, alors dans ce cas, ni l'argent, ni les vacances, ni l'entourage, ni les enfants, ni la reconnaissance d'autrui de ne nous est du moindre secours, et on serait prêt à échanger de vie avec quelqu'un qui n'a pas cet argent, ni ces vacances, ni ces enfants, ni cet entourage, ni cette reconnaissance.

Ce n'est donc pas l'argent que l'on cherche dans l'argent, ni la maison que l'on cherche dans la maison, ni les vacances que l'on cherche dans les vacances, ni la p/maternité que l'on cherche dans les enfants, ni la reconnaissance que l'on cherche chez autrui.

Dans l'argent on cherche à ne plus éprouver le manque la frustration, mais au contraire à ressentir la complétude, l'abondance, la satisfaction.

Dans la maison, on fuit la peur de la rue, du froid, de l'insécurité, des agresseurs violents, et on cherche une sentiment de sécurité, un confort de vivre, un repos du corps et du cœur.

Dans les vacances, on cherche à sortir de l'horreur du quotidien, à sentir son corps vivre, mais aussi à montrer aux autres que l'on n'est pas attaché à son étable et que s'ouvre à nos pas alertes le vaste monde accueillant.

Nous souhaitons un entourage pour pouvoir être aidé dans les choses nécessaires pour lesquelles nous sommes nuls, pour avoir quelqu'un à qui parler, avec qui partager les bonnes nouvelles et le poids des fardeaux de la vie.

Nos enfants sont là pour nous montrer que notre vie ne passe pas pour rien, que si nous vieillissons, eux au moins sont jeunes et nous donnent un peu de leur jeunesse, que lorsque nous achetons un meuble ou une maison, cela ne sera pas jeté aux ordures ou vendu par des inconnus après notre décès, mais que cette trace de notre vie, de nos choix, restera parmi ceux que nous avons mis au monde et qui y seront toujours.

La reconnaissance d'autrui, elle est là pour nous rassurer : nous ne sommes pas le paria sur lequel on crache en passant, ni l'infime avorton dont personne ne pense rien, dont personne ne dit rien, et dont l'existence n'a aucun impact. Dans cette reconnaissance extérieure nous cherchons donc la preuve de l'importance de notre existence.

Nous cherchons donc, pour la plupart d'entre nous, à ressentir au tréfonds de notre être un sentiment de complétude, d'abondance et de satisfaction. Nous désirons nous sentir en sécurité, et pouvoir reposer en paix notre corps et notre cœur. Nous voulons évoluer en liberté dans l'espace comme dans la pensée, et partager nos joies et nos peines en confiance avec nos semblables. Nous voudrions que nos actes quotidiens ne soient pas vains ; que la graine que l'on sème ait un avenir en dehors de notre infime passage terrestre. Nous désirons sentir que notre vie ici et maintenant est importante, autant que celle d'une étoile ou d'un chêne magnifique.

 

Et bien souvent, au lendemain de nos batailles, qu'on les gagne ou qu'on les perde, on se retrouve assis sur les marches de l'incrédulité, encore instable, encore étonné que tous ces efforts et toutes ces pensées n'aient mené qu'à un renouvellement de la peur et de la frustration. 

Il suffirait peut-être de descendre souffle par souffle au lieu où dort la paix.

 

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jeudi, 12 mars 2015 | Lien permanent

De la lettre de cachet de l'Ancien régime à l'internement abusif du Nouveau

D'Un martyre dans une maison de fous, de Karl-des-Monts, nous avions déjà publié un extrait sur la Province.

Nous disions :

Karl-des-Monts écrivit en 1863 son "Martyre dans une maison de fous", après plusieurs internements psychiatriques dus à ses opinions ultramontaines exacerbées. Ces internements abusifs ne lui ont pas fait perdre sa verve, dont il a alors usé pour expliquer au monde comment on fabrique les fous, et comment on les traite, en France, au XIX°siècle.

Le Martyre dans une maison de fous est essentiellement composé de lettres à une femme qu'il aime.

Voici maintenant deux fragments sur les asiles et les médecins psychiatres. Il y conspue le diplôme de médecin-psychiatre, qui met le diplômé dans un statut de toute-puissance face au "patient", et émet l'idée que l'internement abusif a remplacé la lettre de cachet de l'ancien régime.

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"Ce que je ne puis comprendre, ma chérie, c'est qu'il ait jamais pu venir à la pensée  de ces eunuques de la science qu'on nomme les médecins, qu'ils pourraient rendre la maison aux pauvres diables qui en ont encore moins qu'eux, en les ensevelissant sous ces formidables murailles noirâtres, où tout est sombre, les lieux et les hommes, où tout est sinistre, l'espace et les physionomies. Rien qu'à voir ces cages de pierre toutes salies, toutes souillées, toutes tachées, qu'éclaire à peine la lumière tremblante et indécise d'un soupirail ; rien qu'à entendre, au fond de ces bouges, ce troupeau de brutes grotesquement habillées, égarées, débraillées, hébétées, abruties, on est frappé de terreur et de dégoût ; mais qu'est-ce, mon Dieu ! quand on se voit incrusté dans ce ramassis d'êtres ignobles, jeté dans cette tourbe hideuse, repoussante, où la férocité, le cynisme et la grossièreté crapuleuse grimacent sur toutes les figures ? Non ; quiconque n'a pas, au fond d'un cabanon de fous, senti rouler dans ses veines les lames du désespoir, ne sait ce que c'est que la douleur... On souffre là ce que fois souffrir un pauvre chien vivant dont un médecin charcute les nerfs sous le peu galant prétexte d'arracher aux tortures de cet animal le secret des vapeurs d'une jolie femme. - Le désespoir vous y tenaille le cœur".
(Lettre VII)

"Oui, mon amour, il est monstrueux que, dans une société bien organisée, il se trouve une profession dont chaque membre puisse se transformer, à toute heure, en un magistrat anonyme, et, qui pis est, en un magistrat clandestin, ou plutôt former à lui seul, un tribunal, et un tribunal sans appel ! Oui, il est monstrueux qu'à un moment donné un individu quelconque n'ait besoin que d'un trait de plume pour en rayer un autre de la liste de ses semblables ! Oui, c'est une bien criante énormité qu'il suffise au premier venu, parce qu'il sera pourvu d'un morceau de parchemin, obtenu Dieu sait comme, de tracer au bas d'une feuille de papier les quelques lettres de son nom pour ouvrir ou sceller une tombe sur la tête d'un être vivant ! Mais ce que je trouve bien plus renversant encore, c'est qu'un aussi incompréhensible abus se renouvelle quatre ou cinq fois l'an chez une nation qui dépense idiotement des millions, chaque année, pour allumer des lampions en l'honneur de la prétendue destruction de l'arbitraire sur le sol béni des dieux ! Je te le demande : pouvons-nous sérieusement nous vanter de nous être affranchis du régime du bon plaisir et des lettres de cachet, alors qu'on arrache impunément de sa demeure, en plein jour et au su de tous, un individu dont le seul crime est de déplaire à sa famille ou au gouvernement, et cela, non pas seulement pour le précipiter, comme autrefois, dans un cachot, mais bien, ô comble de l'horreur, pour le métamorphoser, après d'indescriptibles tortures, en une bête fauve ou une bête brute, en un fou furieux ou un idiot ? Que de pièges, que de chaînes, que d'embûches machiavéliquement cachées sous ces mesures d'exception qui semblent seulement faites pour soulager l'aliéné ! Qu'est-ce que cet acte d'accusation rédigé sous le manteau de la cheminée, et donné, de la main à la main, à un tiers officieux, sans preuves vérifiées, sans pièces communiquées, sans allégation discutée ? Qu'est-ce que cet accusateur qui reste toujours invisible, inaccessible, insaisissable pour l'accusé ? Que dire de ce prévenu qui, distrait de ses juges naturels, muré, bâillonné, étouffé par la sauvage théorie médicale de l'isolement absolu, se trouve, comme les victimes cloîtrées que défendit le grand Pascal, sans oreille pour ouïr, sans bouche pour répondre, sans avocat pour le protéger, sans public pour le soutenir et le venger ? Que sont devenues toutes ces formes protectrices de l'inviolabilité individuelle dont le législateur a si sagement hérissé les préliminaires de l'instruction judiciaire ?"
(Lettre VIII)

Karl-des-Monts, Un Martyre dans une maison de fou, Bruxelles, 1863

Sur AlmaSoror :

L'ouverture de Métrodore

La faculté de médecine au XIX°siècle

Autre extrait de Karl-des-Monts

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jeudi, 05 décembre 2013 | Lien permanent

Mathilde et ses mitaines

Voici un extrait de Mathilde et ses mitaines, de Tristan Bernard (1921. Très agréablement illustré par J.G. Daragnès). Nous partageons le début du palpitant premier chapitre.

I

Il était un peu plus de minuit quand Firmin Remongel descendit du Métro à la station de "Couronnes", et prit la rue mal éclairée qui le menait à son domicile.

Pourquoi était-il venu habiter à Belleville, lui qui faisait son droit de l'autre côté des ponts ?
C'est que Belleville n'était pas loin du faubourg du Temple. Or, c'était dans ce faubourg que le père de Firmin, fabricant de chapeaux de paille à Vesoul, avait l'habitude de descendre, depuis vingt-cinq ans, chaque fois qu'il venait à Paris. De sorte que, pour toute la famille Remongel, le faubourg du Temple était devenu une espèce de centre exploré, et à peu près sûr au milieu de ce vaste Paris mal connu et suspect. Il n'était pas prudent du tout de s'aventurer dans les autres quartiers.

Cette conception un peu spéciale de la géographie parisienne avait trompé le jeune Firmin. Il avait cru innocemment qu'en traversant le boulevard extérieur, pour aller louer à quelques centaines de mètres, il ne s'égarerait pas trop loin de la zone tutélaire.

Décidé par la modicité du prix, bien qu'il ne fût pas avare, il avait loué une petite chambre très confortable dans une maison meublée, d'ailleurs fort convenablement habitée, mais qu'on ne pouvait atteindre qu'après avoir traversé deux ou trois rues inquiétantes où l'on voyait se glisser, passé onze heures du soir, trop d'ombres précautionneuses. Une fois la maison choisie, et son adresse envoyée à sa famille, il n'osa donner congé, car il eût fallu s'avouer à lui même qu'il n'était pas rassuré, et son courage traditionnel s'y refusait.

Il se fit la promesse tacite de ne pas rentrer trop tard le soir.

"Il vaut mieux, se dit-il avec sagesse, que je travaille à la maison plutôt que d'aller perdre mon temps dans les cafés."

Il devint donc, par peur de rentrer tard, l'étudiant austère et laborieux qui refuse systématiquement toutes les invitations.

Mais ce soir-là, il n'avait pu couper à un dîner trimestriel d'une société d'étudiants franc-comtois.

Après le dîner, qui fut suivi d'un concert d'amateurs, les étudiants de Franche-Comté se dispersèrent. Un certain nombre d'entre eux cependant restèrent agglomérés et se dirigèrent vers les lieux de plaisir.
Firmin, exceptionnellement, eût accepté de les accompagner, quitte à ne rentrer chez lui qu'au petit jour...
Mais ses camarades jugèrent qu'ils avaient déjà trop détourné de son travail ce vertueux garçon. Firmin s'en alla seul et prit le Métro qui l'amenait à dix minutes de chez lui.

Pendant son trajet dans le Métro, il s'efforçait de songer à son actuel sujet d'études. C'était les testaments... Alors il pensa à un autre chapitre du Code.

Malgré lui, il revenait toujours à un souvenir impressionnant de la nuit précédente. Dans son premier sommeil il avait été réveillé par un cri qui venait de la rue.
C'était un cri assez effrayant, un de ces cris "vrais" qui ne ressemblent pas du tout à ceux qu'on entend au théâtre, ni à des cris d'enfant qui pleure. Ce n'était pas non plus le cri d'un malade qui veut se faire plaindre et que sa painte même soulage. C'était certainement un cri arraché à la douleur, un cri d'être humain en détresse et qui n'a pas de recours.

Firmin s'était réveillé et avait couru à sa fenêtre, qui donnait sur un petit carrefour. Il avait vu fuir deux ombres qui lui semblèrent être deux hommes et qui disparurent tout de suite au tournant de la rue. Et cette fuite était aussi effrayante que le bruit entendu. Elle avait, comme lui, quelque chose d'éperdu et de soudain.

Etait-ce une attaque nocturne ? Etait-ce une bataille d'apaches ?

 

Tristan Bernard

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mercredi, 12 janvier 2011 | Lien permanent | Commentaires (3)

Cher Hanno

 

J’ai rencontré Hanno Buddenbrook : ma vie est entrain de changer. Il marche à mes côtés depuis quelques jours et j’ai confiance que cette fois, c’est quelqu’un qui ne me quittera pas. Il est plus jeune que moi : qu’importe. Nous nous sommes trouvés outre-monde, là où ni l’âge, ni rien de mesquin ne se manifeste. Il a peur de son père, qu’il aime, en dépit de son indifférence apparente. Je publie ci-dessous quelques phrases de son père, et pendant que vous lisez je rejoins Hanno, mon ami, mon frère.

 

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"J’ai l’impression qu’autrefois rien de semblable n’aurait pu m’arriver. J’ai l’impression d’une chose qui m’échappe et que je ne peux pas retenir aussi fermement que jadis… Qu’est-ce que le succès ? Une force secrète, indéfinissable, faite de prudence, de la certitude d’être toujours d’attaque… la conscience de diriger, par le seul fait d’exister, les mouvements de la vie ambiante ; la foi en sa docilité à nous servir… Fortune et succès sont en nous. A nous de les retenir solidement, par leur racine. Dès qu’en nous quelque chose commence à céder, à se détendre, à trahir la fatigue, aussitôt tout s’affranchit autour de nous, tout résiste, se rebelle, se dérobe à notre influence… Puis une chose en appelle une autre, les défaillances se succèdent, et vous voilà fini. J’ai souvent pensé, ces derniers temps, à un proverbe turc qu’il me souvient d’avoir lu : « Une fois la maison finie, la mort s’approche ». Oh ! pour l’instant, la mort, c’est beaucoup dire. Mais le recul, la descente… le commencement de la fin… Vois-tu, Tony, poursuivit-il, passant son bras sous celui de sa sœur et assourdissant encore sa voix, lorsque nous avons baptisé Hanno, te rappelles-tu, tu m’as dit : « Il me semble qu’une ère toute nouvelle va s’ouvrir ! »  C’est comme si je t’entendais encore, et les événements ont paru te donner raison, car aux élections au Sénat la fortune m’a souri, et, ici, la maison s’élevait à vue d’œil. Mais la dignité de sénateur et la maison ne sont qu’apparences, et je sais, moi, une chose laquelle tu n’as pas encore songé ; je la tiens de la vie et de l’histoire. Je sais que, souvent, au moment même où éclatent les signes extérieurs, visibles et tangibles, les symptômes du bonheur et de l’essor, tout déjà s’achemine en réalité vers son déclin. L’apparition de ces signes extérieurs demande du temps, comme la clarté d’une de ces étoiles dont nous ne savons pas si elle n’est pas déjà sur le point de s’éteindre, si elle n’est pas déjà éteinte, alors qu’elle rayonne avec le plus de splendeur. »

 

 

Ils se tut et ils marchèrent un moment sans mot dire, tandis que le jet d’eau clapotait dans le silence et qu’un chuchotement passait dans la ramure du noyer.

 

 

Thomas Mann, Les Buddenbrook, trad Geneviève Bianquis

 

 

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Pauvre Hanno, dont le père, dans un reniement intérieur, rêve d'un autre enfant que toi :

 

« Quelque part grandit un enfant bien doué, accompli, capable de développer toutes ses facultés, un enfant qui a poussé droit, sans tristesse, pur, cruel et gai, un de ces humains dont le seul aspect augmente le bonheur des heureux et pousse au désespoir les malheureux”.

 

 

Photos de Sara

 

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dimanche, 11 avril 2010 | Lien permanent

Une jeunesse dunkerquoise

jacques bertin, jean-pierre liénard

Extrait de la lettre de Jean-Pierre Liénard à Jacques Bertin


«Il reste heureusement toujours quelques chanteurs-citoyens - bien qu'épiés par les sirènes de la renommée - suffisamment âpres pour que leur épice surnage au dessus du brouet des radios commerciales.

La nostalgie, la tristesse sont parties prenantes de la beauté. Les chants les plus beaux sont-ils désespérés ou de revendication comme le clamait Léo Ferré ?»

jean-pierre liénard, jacques bertin, amharique, langues o, belgique, dunkerque, amours platoniques, Nietzsche, Béranger, Beau Dommage, Brua, Annegarn, Harmonium, AC-DC, villa Le Cygne, Léo Ferré, chants désespérés, chants de revendication, années 70, hit parade, années sandwich

Lisible ici, cette lettre retrace l'atmosphère étudiante provinciale et studieuse des années 70, emplie de chansons, de rêveries politiques et amoureuses.

Elle a été écrite par Jean-Pierre Liénard (un ancien condisciple de la tenancière d'AlmaSoror au cours de langue amharique des Langues O) au chanteur Jacques Bertin, en 2004, et ce dernier en a dévoilé de longs extraits sur son site.

Je conseille la lecture de la lettre entière, sur le site où elle nous attend. Elle nous plonge dans une jeunesse de beauté et de tristesse, de rêves fous et de sagesses, à Dunkerque, dans les années 70. Cette lettre elle-même est un chant.

«Je suis revenu dans ma ville natale fin 78. Me voilà en charge de la maison familiale, et d'un frère fragilisé par les événements liés à la perte de nos parents. La maison est grande. Vide, la villa "Le Cygne", pour deux frères et un chien. Alors nous allons créer petit à petit une sorte de communauté, un phalanstère où je suis seul à travailler. Les autres, lycéens, jeunes gens en rupture, jeunes filles en fleur, viennent là réviser leurs cours, boire le thé, jouer au tarot, oublier leurs soucis familiaux, et écouter les disques d'une collection qui s'enrichit peu à peu. A chacun son favori. Cathy préfère Harmonium, José ne jure que par Béranger, Florian bouscule toute la maison avec Trust et AC-DC, Patrick, joueur de trombone, opère de façon systématique en commençant par les Léo Ferré, puis en continuant par les Ferrat, au rythme d'un achat par mois. La chaîne Hi-Fi et le magnétocassette Nakamichi tournent en continu au long des longues parties de tarot. Au hit-parade de ces "années-sandwich" figurent en bonne place les deux premiers Dick Annegarn, les Béranger, les Beau Dommage, un Brua ("Dis-moi le feu") et les Bertin. J'entends encore votre voix nue monter au dessus des rumeurs de la salle en ouverture du récital en public… "Indien". J'entends cette même voix emplir le salon de la villa : il y a au moins deux chiens, une jeune fille toute à sa lecture, un autre qui bricole une moto dans la rue, moi qui corrige des copies peut-être, et le temps suspendu qui se fracassera au prochain coup de sonnette. "Le bonheur est l'algèbre intime des sourciers". Voilà notre "Domaine de joie", entre les échappées belles en vélo vers la Belgique et les parties de foot sur la plage à marée basse. L'ambiance est bon enfant, les cœurs et les corps sont pudiques, les amours platoniques, les lettres de l'époque sont drôles et rédigées en commun à l'adresse des déserteurs, partis garder une colo, ou expédiés dans un collège privé au fond de la Bretagne. Avec des instants magiques, tous devoirs faits, vaisselle et copies, certains soirs à Dunkerque. Volets baissés, écho de la corne de brume. Mon frère étudie sa philo (il est plongé dans Nietzsche, qui lui parle de thermodynamique) et moi j'écris à un ami. Régulièrement l'un de nous se lève et change de face sur la platine le disque Alvarès C 470 "Si je savais les mots" »…

Jean-Pierre Liénard, lettre à Jacques Bertin

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mercredi, 27 février 2013 | Lien permanent | Commentaires (1)

Zig-zag

Je zigzague dans la ville sous le crachin d'hiver. Je pense à toi. Le jour où tu vis pour la dernière fois ton père descendre vers le garage où il réparait les motos de ses clients, tu ne le regardas même pas. Tu pensais qu'il reviendrait le soir poser les pieds sous la table de la maison impayée. Le jour où j'ai quitté la petite ville d'île-de-France pour ne plus jamais y revenir, je suis passé te dire adieu mais tu n'as pas ouvert la porte. Il me semble que tu étais sous la douche. Il n'était pas encore neuf heures du matin. Je n'avais pas de temps à perdre, un train m'attendait.

J'ai pris le train du Nord.

J'ai eu du mal à m'adapter à ma nouvelle vie : la mer dont j'avais tant rêvé ne ressemblait pas à mes rêves. Elle était lisse et froide. Elle m'enivrait, mais elle me faisait peur. Il n'y avait pas de sable, seulement des galets. La maison dans laquelle je louais une chambre était vieille et craquelante. Les meubles bringuebalaient ; j'osais à peine les toucher. J'avais grandi dans un carré blanc au douzième étage d'un long rectangle gris, au milieu de meubles carrés et rectangulaires en métal. Comment apprivoiser ce vieux bois aux rainures pleines de pourriture et d'odeurs d'un passé méconnu ? Les gens qui passaient dans les ruelles ne portaient pas les habits de notre jeunesse mégalopolitaine. Ils m'étaient étrangers - et j'étais l'étranger, bien que jamais je n'ai senti un regard de travers. Ils pensaient que j'étais né ici, comme eux.

Je me suis habitué à ma nouvelle vie.

Quinze ans ont passé et je revois en songe la cité malade où nous avons grandi sans beauté et sans amour. Je n'ai pas tout de suite reconnu ton visage ; j'ai cliqué sur le lien que les internautes se renvoyaient. C'est au bas de l'article qu'un regard doux et triste a retenu mon attention. Et sur le cou, la boucle de ton tatouage qui descendait jusqu'à l'épaule.

Oh mon ami d'enfance. Si j'avais su rater un train, peut-être aurais tu connu l'évidence que tu comptais pour quelqu'un. Tes mots, ta voix, je me les remémore en trottant sous le crachin nocturne. Les derniers marins boivent au Zinc du Cobra. Ils ont des rires avinés, des yeux désespérés. Ils ressemblent peut-être un peu à l'homme que tu es devenu. Je vais marcher encore longtemps avant de rentrer dans ma tanière, où je boirai trois ou quatre cafés, exprès pour ne pas dormir. Je ne veux pas dormir. Je sais que tu ne m'as pas oublié. Je connais ton cœur.

Tu étais mon seul ami.

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mercredi, 22 janvier 2014 | Lien permanent

Vous, les loups

Lorsque les enfants des écoles vont rencontrer leurs grands frères et grandes sœurs des maisons de retraites, et que l'un d'eux commence à raconter une histoire du temps où il avait leur âge, le dernier loup breton remonte à la surface des mémoires et nous rappelle la cruauté et la beauté, des loups comme des hommes.

Ainsi, voici le début d'une histoire trouvée sur Arbannour. Mais celui qui trouvera la suite pourra prévenir AlmaSoror, et recevoir ainsi le plus beau baiser virtuel du monde.

le dernier loup breton

« L'hiver 1865 avait été terrible et toute la région avait souffert d'un froid précoce et épouvantable, au point que nous ramassions les poissons morts le long des berges gelées de l'Odet. Nous n'allions pas à l'école tant le vent d'est sifflait et étouffait le pays sous un un épais manteau de gelée et de brumes.

Le matin, toute la famille restait bien au chaud dans la pièce commune de la grande maison où Jakez et ses cinq frères et quatre sœurs vivaient.

 

Seul Youenn le père se levait de bon matin pour nourrir les bêtes et il allait avec sa brouette jusqu'au village livrer le lait frais.
Ce matin-là, le silence était différent et même le coq restait muet. Seul un petit bruit d'étincel- les qui crépitaient dans la cheminée et une bonne odeur de soupe nous avertissaient que notre mère préparait le petit déjeuner.
Mes sœurs remuaient doucement dans leur grand lit au fond de la pièce et je les voyais à peine.
A gauche, le grand lit clos des parents semblait bailler d'une nuit trop courte.

 

Par les carreaux givrés, je distinguais le gros brouillard qui montait de la rivière avec la marée, et la fumée, qui descendait de la cheminée, paraissait s'ajouter à cette lumière opaque.
Soudain au loin, on entendit le bruit caractéristique des gros sabots ferrés de mon père et la roue cerclée de la brouette sur le petit pont à une centaine de mètres de la ferme. Les bruits nous arrivaient déformés par le brouillard et nous semblaient à la fois proches et loins, forts et doux.

 

A l'ordinaire, l'arrivée de mon père accélérait le lever de toute la famille qui attendait ce moment avec beaucoup d'impatience : le pain frais du matin était notre seule joie de la journée et quoique notre famille n'était pas la plus pauvre, nous mangions presque toujours les mêmes repas : soupe, pain, des oeufs et un peu de viande le dimanche.
Les enfants appréciaient la miche chaude du matin et nous dégustions notre unique tranche comme un gâteau de choix.

 

Mais aujourd'hui, mes frères et mes sœurs ne se réveillaient pas. Étant l'aîné, je me levais souvent un peu avant eux pour aider ma mère à préparer la tablée et à nourrir les poules et les lapins.

 

Aujourd'hui, j'avais dix ans et je me sentais plus responsable et presque un homme ».

 

Le texte est publié (non intégralement, sacrebleu), sur le site d'Arbannour, à cette place exactement...

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samedi, 12 juillet 2014 | Lien permanent

Lupinerie

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Arsène Lupin s'appelle Lupin en référence à l'étymologie : lupus signifie loup en latin. Or, le loup est l'ennemi des hommes...
Mais, le lupin est aussi une fleur très ornementale, qui reflète la sophistication des "coups" d'Arsène Lupin, la beauté de son art hors-la-loi.

lupin Photo glanée

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LUPIN CONTRE LEBLANC : une relation tumultueuse

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Arsène Lupin (par Léon Fontan)

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Maurice Leblanc

HONTE & GLOIRE
Maurice Leblanc vivait sa gloire comme une honte : il aurait voulu être un académicien ; il n'était qu'un auteur populaire ! A ses contemporains, il répétait : "Lupin, ce n'est pas moi !" de la même façon que Gustave Flaubert avait dit : "Madame Bovary, c'est moi !"
Tout au long de sa carrière, Leblanc a tenté de tuer Arsène Lupin pour en être débarrassé, mais chaque fois, l'insistance des éditeurs et la facilité avec laquelle Arsène faisait rentrer l'argent dans la caisse, il a craqué et ressuscité son héros.

Univers d'Arsène Lupin

Dans l'univers de la série d'Arsène Lupin, on retrouve les mêmes thèmes, aventure après aventure : Les pseudonymes d'Arsène (une trentaine !)
La vieille aristocratie décadente
La neuve bourgeoisie montante
Le monde de l'art
Le mythe du cambrioleur gentil
Le séducteur invétéré
Le pays de Caux, en Normandie

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Là, aux abords des falaises d'Etretat, se déroulent bon nombre des aventures d'Arsène Lupin.

UN PERSONNAGE REEL
Arsène Lupin n'est pas un criminel. Il est un artiste du cambriolage. Il cambriole, soit par dandysme, soit par philanthropie (pour faire du bien à des personnes en difficulté). Or, à cet égard la figure fictionnelle de Lupin doit beaucoup à un homme réel. Il s'agit de l'anarchiste Alexandre Marius Jacob (1879 - 1954). Jacob et ses camarades s'appellaient "les travailleurs de la nuit". Leurs cambriolages furent des exploits rocambolesques qui tinrent les policiers - et la France entière - en haleine ; le butin était utilisé pour publier des journaux anarchistes ou bien envoyer de l'argent aux familles des prisonniers anarchistes.

Marius Jacob a organisé 150 cambriolages, qui ont tous réussi, sans jamais faire couler le sang !

Il a passé 25 ans au bagne avant de rentrer vivre dans sa maison du Berry, où il s'est donné la mort.

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Alexandre Marius Jacob, Pourquoi j'ai cambriolé... par guyprestige


On pense, bien sûr, à Stances pour un cambrioleur, la chanson de Brassens : "mets-toi dans les affaires et tu auras les flics même comme chalands".

LUPINOPHILIE
Les Lupinophiles aujourd'hui viennet de tous les pays du monde pour visiter la maison de Maurice Leblanc et marcher sur les lieux où se situent les intrigues d'Arsène Lupin.


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mardi, 05 février 2013 | Lien permanent

Honni soit qui mal y gère

 

La honte financière ressemble à la honte sociale, à la honte sexuelle : elle est très répandue, et pourtant, on serait prêt à tout pour en cacher la réalité nue. Cela ne concerne pas seulement ceux qui manquent d'argent, en témoigne la honte financière de C......, enseignante, qui faisait croire qu'elle habitait dans la maison de fonction de son mari (dont elle augmentait le statut professionnel), alors que cette belle maison parisienne pourvue d'un jardin, elle en avait elle-même hérité de ses parents. Mais dans ces deux cas, le honteux sans le sou ou le honteux trop plein de sous, il s'agit de la honte de ne pas gagner son argent. Que cet argent existe ou fasse défaut sur nos comptes bancaires, la « valeur travail » exige que l'individu responsable, autonome, indépendant, capable, reçoive son argent en échange de sa force de travail parfois, de son diplôme et de ses heures de présence souvent. Ni héritiers, ni assistés ! Ou alors, prouver quand même que l'on fournit des efforts dans le sens du travail, ou plutôt, de ce qui est considéré comme une activité professionnelle.

La honte financière d'être sur le fil du rasoir reste latente quand la difficulté n'est pas trop grande ; elle devient piquante, mordante, glaçante, brûlante lorsque la dette devient assez grande pour devenir visible et répréhensible aux yeux de la société (banque, administration, débiteurs, proches et moins proches). On peut dire que la menace planante, ou honte intérieure, devient danger imminent, honte à tous vents.

Il s'agit d'une sorte d'indignité, d'infamie éprouvée à l'idée que l'autre sache la vérité. Vérité sociale (d'où l'on vient), sexuelle (ce que l'on fait dans l'intimité) ou financière (ce que l'on vaut), l'indignité découle du regard de la société (réel ou perçu) sur un élément constitutif (temporaire ou inéchangeable) de soi. Même si, à nos propres yeux, notre milieu social, notre vie amoureuse ou notre état financier n'a rien de répréhensible, d'amoral ou de mauvais, la honte demeure dès lors qu'on remarque ou qu'on suppose qu'autrui trouverait cela honteux.

Que cet ensemble de hontes soit très largement partagé, n'amoindrit pas la pression. C'est ce qui est amusant dans la vie en société : si l'on regarde chaque individu, peu d'entre eux paraissent pouvoir former un bon soldat de la norme. Mais, tous ensemble, les hordes d'individus détraqués, honteux et incertains forment une société forte et raide, qui fait flipper la plupart d'entre eux au point de vivre en fonction d'elle et non pas de leur propre cœur.

 

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jeudi, 08 octobre 2015 | Lien permanent | Commentaires (4)

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