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dimanche, 11 juillet 2010

Les bras maritimes

mouvement fix & Mizon.jpg

(un billet d'Edith)

Je suis hermétique à toute la poésie contemporaine excepté deux ou trois poèmes, dont celui que j'ai découvert sur une affiche, une affiche achetée par ma mère graphiste qui aimait le graphisme des affiches des éditions Mouvement Fix de Nancy.

Elle s'est procurée (avec difficultés) quelques unes de ces affiches, elles les a achetées par correspondance. L'une d'elle contenait un poème signé Luis Mizon et quelques mues de cigales. Les phrases de ce poème ont rejoint les quelques films, photographies, peintures, sculptures, poésies, musiques qui forment la source de mes hallucinations oniriques fréquentes.

 

Je le reproduis ci-dessous puisque les éditions de poster-poésie ont mis le poème en ligne il y a déjà longtemps (deux ans ?).

 

Là où il n’y a rien
quelque chose brille
le rêve de la lumière enfermée
réveille la pierre

à coup de dents
du plus profond de sa racine enfouie
la terre fabrique des yeux

 

La maison de la vie
libère son cheval de couleurs
lourde et sucrée la mort arrive
et offre des pommes confites
aux enfants morts d’insolation
à la sortie de l’école

 

A la fête du désordre
arrivent les anges déchaussés
les bougies se transforment en fleurs

à l’orgie du silence
arrivent les invités
ivres d’avoir bu trop de mots

 

Les atomes rentrent dans le rang
j’obéis en silence
et j’attends la sonnerie
pour sortir en criant

un cheval impatient
m’ emportera loin d’ici
nous chasserons le tigre
dans la vague indigo

 

Je pardonne
à la lumière
d’être si blanche
j’abandonne au passant
mon vieux pouvoir d’exhausser les désirs
je jette la haine au caniveau
je suis presque heureux
autrefois
j’aurais dit le contraire

 

Vieilli dans l’art de faire des vers
qui consiste à oublier tout chemin
j’écoute le chant de ma mère :
l’étoile
et de mon père :
le granit barbu de la côte
ils s’endorment tous les deux
bercés dans mes bras maritimes

 

Laisse - moi partir maintenant
au fond de mon exil
vers la terre chevauché par mon ombre
au milieu d’un fleuve
pareil à la chevelure d’un géant terrassé

notre murmure est torche
moulin et phare
là où il n’y a rien
quelque chose brille

 

Signé Luis Mizon et quelques mues de cigales, daté de 2007, ce poème est lisible aussi sur le blog nancéen des éditions Mouvement Fix.

 

 

Je conseille d’acheter le poster-poésie. Si les éditions le vendent encore…

samedi, 10 juillet 2010

Soir bleu d'Hopper

Soir Bleu Edward Hopper.jpg

Ivo Kranzfelder, dans son livre Hopper, parle du tableau d'Edward Hopper intitulé Soir bleu.

Editions Taschen, traduction française d'Annie Berthold.

Hopper prétend qu'il lui fallut dix ans pour arriver à surmonter l'influence européenne, et par "européenne", il faut entendre bien sûr "française". La meilleure preuve en est le tableau Soir bleu daté de 1914. Ce tableau occupe une place plutôt à part dans l'oeuvre de Hopper, du fait déjà que la scène est peuplée et dominée par des figures humaines. L'espace dans lequel elles se trouvent n'est que vaguement esquissé. Il s'agit sans doute de la terrasse d'un café close par une balustrade. L'arrière plan est indéfini, une ligne ondulée le partage entre une surface bleu clair et une surface bleu foncé. La balustrade de pierre accentue la division de l'espace en un extérieur et un intérieur. A gauche, un tiers du tableau est séparé du reste par une bande verticale de couleur, probablement un poteau servant de support à un toit imaginaire où sont suspendues des lanternes.

Cette mise en scène correspond parfaitement aux personnages. Sur la gauche, un proxénète est assis en solitaire à une table ; un dessin préparatoire du personnage (Un maquereau, étude préliminaire à Soir bleu) permet de l'identifier comme tel. A la table voisine se trouve un homme vu de profil et dont les yeux disparaissent sous un large béret basque ; il porte la barbe, une cigarette au coin des lèvres et une ombre très marquée sous la pommette. La cigarette est un point commun entre lui et le clown qui est assis ostensiblement au centre de l'espace à droite, le regard fixe. Entre ces deux personnages se trouve un militaire, certainement un officier en tenue de sortie, assis lui aussi à la table, le dos tourné vers le spectateur. Vu la position de la tête, il semble regarder une femme très maquillée, de toute évidence une prostituée, qui se tient debout de l'autre côté de la balustrade. Enfin, plus à droite, à la table voisine, un couple de grands bourgeois en habit, les cheveux et la barbe très soignés, observe la scène. Presque tous les personnages empiètent les uns sur les autres, ce couple, lui, se situe clairement à l'écart.

Trois figures, au caractère typologique marqué et sans individualité, sont liées par de fortes affinités : le maquereau, le barbu au béret basque et le clown. Tous trois ont une cigarette tombante au coin des lèvres mais elle ne dégage pas de fumée. La cigarette doit être vue plutôt comme un attribut, un signe d'appartenance à une couche sociale bien déterminée, qui est, en l'occurrence, cette fameuse bohème parisienne, ce demi-monde où se côtoient le génie artistique et les criminels. Lloyd Goodrich rapporte que Hopper s'est toujours tenu à l'écart de ce milieu. Au café se rencontrent aussi les membres de la bonne société, représentés par les trois autres personnages ; ils viennent ici comme la bohème mais se tiennent à l'écart d'elle.

Edouard Manet appartenait à ces deux mondes : membre de la haute société, il savait "se comporter avec l'élite aisée et cultivée mais évoluait tout aussi facilement au milieu des asociaux de la grande ville, qui lui servaient aussi souvent de modèles". C'est dans ce contexte qu'il faut comprendre le personnage assis à moitié dans l'espace réservé au proxénète. Deux figures présentent de grandes affinités, si ce n'est déjà par le maquillage : la prostituée, sûre d'elle, qui reste en dehors et domine de toute sa hauteur les autres personnages, et le clown. Difficile de savoir dans quelle direction elle regarde vraiment, elle a probablement repéré un client potentiel, le militaire.

Soir bleu évoque aussi la place de l'artiste dans la société - un thème rare chez Hopper - et plus précisément, il faut le supposer, celle de l'artiste qu'il est. Son tout dernier tableau Deux comédiens (1956) sera encore une variation sur ce thème. Hopper identifie assurément le clown avec l'artiste. La comparaison entre l'artiste et le bouffon et le saltimbanque, voire le magicien, est un thème traditionnel que l'on retrouve aussi dans les biographies d'artistes. Gail Levin raconte l'anecdote selon laquelle Hopper aurait mis des punaises peintes sur l'oreiller de son condisciple Walter Tittle. C'est un thème très prisé depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours en passant par la Renaissance : Pline ne raconte-t-il pas que Xeuxis a peint des raisins que les moineaux auraient cherché à picorer ? Giorgio Vasari que l'élève a dessiné un insecte sur le tableau du maître et que celui-ci aurait essayé de le chasser ? assiette à l'insecte.JPGOutre ce thème traditionnel, Hopper a intégré dans Soir bleu quelques références personnelles. Ainsi la prostitution est à rapprocher de son activité commerciale d'illustrateur, de même que le personnage de l'artiste accepté, reconnu, qui se rengorge comme il se doit, suggère l'insuccès de Hopper à l'époque (n'avait-il pas vendu jusque là en tout et pour tout un tableau au "Armory Show"?) On peut voir aussi dans l'expression de stupeur du personnage à droite, posant un regard peu amène sur les autres personnes du tableau, le fait de ne pas être encore reconnu et apprécié.

Hopper présente Soir bleu en 1915 à une exposition du groupe "MacDowell Club". C'est sa première oeuvre dont parlent les critiques. Leur compte rendu est une critique en règle de ce tableau présenté comme un ambitieux produit de l'imagination dénué d'intensité expressive. Il est décrit comme un portrait de buveurs d'absinthe parisiens pas particulièrement réussi. En revanche, l'autre toile de Hopper présentée à cette exposition, Coin de rues new-yorkais (1913), est bien reçu par la critique. Hopper n'exposera plus jamais Soir bleu. Gail Levin prétend que cette toile fut inspirée d'un vers d'Arthur Rimbaud, et en cite pour preuve le début : "Par les soirs bleus d'été..." La concordance fortuite (sic, note d'AlmaSoror) des mots "soir bleu" ne signifie pas forcément qu'il s'agit ici d'une connexion sciemment établie par l'artiste.

Cependant, ces considérations nous amènent à nous poser une question non négligeable : quels étaient les goûts et les connaissances de Hopper en littérature, en art, etc. ? Selon Levin, Hopper était doté d'un niveau intellectuel élevé. Il avait lu les classiques français et russes traduits, parmi lesquels Molière, Victor Hugo, Marcel Proust, Arthur Rimbaud, Paul Verlaine et Charles Baudelaire. On raconte toujours que Hopper appréciait au plus haut point le poème de Goethe "Wanderers Nachtlied" ("über allen Gipfeln ist Ruh..."), qu'il pouvait réciter en allemand. Il prétendait d'ailleurs que le poème de Goethe avait une force visuelle extraordinaire. Hopper aimait le nouveau roman réaliste américain, celui de Theodor Dreiser par exemple, ou le théâtre moderne d'Eugene O'Neill, de Maxwell Anderson, d'Elmer Rice ou de Thornton Wilder, de la même génération que Hopper, et plus tard celui de Tennessee Williams".

 

vendredi, 09 juillet 2010

Les affiches qui me faisaient rêver à 15 ans

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Cria Cuervos, de Carlos Saura (1975)
Bagdad Café, de Percy Adlon (1987)
Un ange à ma table, de Jane Campion (1990)
My Own Private Idaho, de Gus Van Sant (1991)
Arizona Dream, d'Emir Kusturika (1992)
Rouge, de Krzysztof Kieslowski (1994)
Dans la cour des grands (1995)

Peu importe le film, c'était l'affiche qui ouvrait toutes les portes du rêve.
Avant de tirer un trait momentané sur le cinéma, un trait qui ressemble à un requiem.
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Mais les rêves ne sont jamais vraiment morts. Ils sont simplement dans le coma. Quelquefois ils ressuscitent :

Cria Cuervos, de Carlos Saura. 1975.

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et le disque de la (belle chanson) porqué te vas :

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My own private Idaho, de Gus Van Sant, 1991

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An Angel at my Table, de Jane Campion, 1990

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Bagdad Café, de Percy Adlon, 1987
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Rouge, de Krzysztof Kieślowski, 1994
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Dans la cour des grands, de Florence Strauss, 1995
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Arizona dream, d'Emir Kusturica, 1992
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Et il y en avait quelques autres...
Edith

jeudi, 08 juillet 2010

Les stations-service

 

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Voulez-vous lire un extrait du Paysan de Paris, de Louis Aragon ?

Ce livre surréaliste exalte évidemment le progrès, et particulièrement le progrès du béton sur la forêt, le progrès du citadin sur l'homme de la terre, ce qui peut faire froid dans le dos, certes, aux frères des animaux, des arbres et de l'enfance va-nu-pieds. N'en admirons pas moins le style, la pensée, la poésie.
Admirons aussi la mystique presque médiévale du bâtisseur inconnu...
Enfin, admirons la naïveté d'un communiste pratiquant, c'est à dire adepte d'une religion sans dieu qui fit des millions de morts, face aux terribles moeurs des lointains peuples "primitifs".

Les stations service, donc. Voilà comme il les décrit - en 1926 :

"Ce sont de grands dieux rouges, de grands dieux jaunes, de grands dieux verts, fichés sur le bord des pistes spéculatives que l'esprit emprunte d'un sentiment à l'autre, d'une idée à sa conséquence dans sa course à l'accomplissement. Une étrange statuaire préside à la naissance de ces simulacres. Presque jamais les hommes ne s'étaient complus à un aspect aussi barbare de la destinée et de la force. Les sculpteurs sans nom qui ont élevé ces fantômes métalliques ignoraient se plier à une tradition aussi vivre que celle qui traçait les églises en croix. Ces idoles ont entre elles une parenté qui les rend redoutables. Bariolés de mots anglais et de mots de création nouvelle, avec un seul bras long et souple, une tête lumineuse sans visage, le pied unique et le ventre à la roue chiffrée, les distributeurs d'essence ont parfois l'allure des divinités de l'Egypte ou de celles des peuplades anthropophages qui n'adorent que la guerre. Ô Texaco motor oil, Eco, Shell, grandes inscriptions du potentiel humain ! bientôt nous nous signerons devant vos fontaines, et les plus jeunes d'entre nous périront d'avoir considéré leurs nymphes dans le naphte".

 

Louis Aragon, le Paysan de Paris, 1926

mercredi, 07 juillet 2010

Des inconvénients qui naissent de leur inconsistance

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peinture de Victor Hugo

J'ai en mains un joli livre vert des éditions Cartouche, qui publient un texte oublié depuis sa première édition de 1940.

Les chroniques de la fin d'un monde, de Pierre Mac Orlan, naviguent entre platitudes belles et passages marquants de poésie.

Voilà quelques mots du chapitre intitulé "Romantisme des mers imaginaires".

 

"D'autres navires fantômes tracassent la solitude des vieux retraités de la marine. Ceux qui aiment à vivre dans le commerce de ces braves gens connaissent également ce tourment. Il faut bien signaler ici ces merveilleux bateaux-fantômes en bouteilles que l'on trouve parfois et à des prix sérieux dans l'arrière-boutique des antiquaires.

Ces bateaux-fantômes en bouteilles proviennent sans doute des grands fonds océaniques, des abysses étranges où les noyés ont des loisirs. Ils sont gréés comme les plus célèbres fantômes des flottes mortes. Ils possèdent un nom, une histoire à dormir debout et des inconvénients qui naissent de leur inconsistance.

Il n'est pas facile d'en posséder un pour le placer sur une cheminée. Cependant, ils existent, quelque part, dans le fouillis séduisant d'une boutique spécialisée. Le chercheur de bateaux-fantômes en bouteille qui ne craint pas la poussière sépulcrale des siècles anciens peut également espérer découvrir, entre autres objets de même provenance, la bourse de Fortunatus, la clé des songes, la lampe d'Aladin, le coffret de Psyché et l'anneau de Gygès. En somme, on trouve tout ce que l'on veut dans les Grands Magasins de l'Aventure qui ne ferment jamais, même les dimanches et fêtes".

 

Pierre Mac Orlan

Chroniques de la fin d'un monde

mardi, 06 juillet 2010

Les mannequins de Ciudad

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S’il est vrai que l’on se sent étouffé, assailli, quant l’autre s’approche trop… Que l’on se sent rejeté, malvenu, quand soi même on approche trop près autrui… J’aimerais avoir une peau en plastic, des cheveux en soie, un cœur en acier pour ressentir comme les mannequins de cire des magasins : déployer ma vie indolore, à ne rien ressentir et à être admirée, tandis que la vie habituelle consiste au contraire à ressentir, à admirer, à souffrir et à provoquer l’indifférence.

 

Esther Mar, in Chants de poussière

lundi, 05 juillet 2010

Professionnalisme

 

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Photo Sara

Veuillez prendre connaissance de ce mail qu'un manadjeur français de trente-sept ans et demi envoya à son équipe au mois de juillet 2010. Cela se passa dans les locaux d'une tour de la Défense, dans la chaleur muette et moite d'un été particulièrement chaud. Personne ne s'y attendait.

 

"Veuillez noter que Romuald Gengène ne fait plus partie du personnel de HKO-Flotte à dater de ce jour.

Jusqu‘à nouvel ordre, les Directeurs de Projets rapporteront directement au PP ou aux PP-adjoints.


Please note that from today, Romuald Gengène is no longer part of HKO-Flotte staff.

Until further notice, the Project Directors shall report to the PP or the Deputies.


Martin F. Pariox-Nutts
Director
HKO-Flotte
South/West"

 

Et son cœur à lui, F. Pariox, où est-il ? A quoi sert la vie si mental, moral et cœur sont morts, et que seuls le travail et l'organisation règnent, sans but autre qu'eux mêmes ? Mystère des mystères.

 

1631

dimanche, 04 juillet 2010

La chanson des gisants

 

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photo Sara

 

 

Gisez ! et ne parlez plus. Ecoutez le vent du soir

Venu des terres brûlées caresser vos corps de pierre.

Priez et ne pensez plus. Dans la nuit, sur le lac noir,

La barque aux chiens et aux lions ondule vers l'outre-terre.

Les chacals ont tout mangé ; sur les croix, plus de cadavres

et les rêves des vivants sont délivrés de vos plaintes.

Ils auront pour réconfort, à l'aube que la mort navre,

Mélangée aux chants d'oiseaux, la mémoire des étreintes.

 

Les filles et les garçons se dressent fiers sur les routes !

Ils boivent à s'en étourdir aux sources de la jeunesse.

Poursuivant vos déraisons, ils luttent coûte que coûte,

Ils s'ébrouent devant la mort et pissent sur nos sagesses.

 

Gisez ! et ne parlez plus. Ecoutez la vie qui dort,

Venue des ivresses nues des pères néandertal.

Elle coulait dans vos veines il y a trois heures encore

Et nos mains ensanglantées sculptent les bières tombales.

 

Edith de CL,

vendredi 2 juillet MMX, achevé à 11h25

samedi, 03 juillet 2010

ses galops de lumière à tous les étages du ciel

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Les lieux ressemblent à leurs maîtres et les maîtres à leurs lieux, les uns prêts pour les autres, cette attente réciproque engendrant leur similitude.  Les pieds-d'alouette, autour du moulin, les figuiers, au début du sentier, l'oeil bleu des iris et le romarin en faction près de la porte éveillaient des libertés qu'aucune prospérité n'octroie.  La pauvreté - non la misère - met des diamants partout.  Car ces fleurs, devenues ici l'espace d'un poète, parlaient une autre langue et de tous les côtés, le paysage s'en allait comme un geste de bonheur, avec ses galops de lumière à tous les étages du ciel et ses houles de vent accourues du silence des plaines.  Des diamants partout : la beauté donnée pour rien à celui qui n'a rien.

Si la misère n'enseigne rien que l'envie et la haine, la pauvreté, par contre, fait les princes véritables parce qu'elle ne tient pas compte du paravent des apparences.
 

Logée dans l'essentiel, soucieuse de l'essentiel et tirant son gouvernement du dedans, elle n'aménage - et elle le sait - que les demeures intérieures.  C'est-à-dire à peu près tout ce qui nous regarde et fournit à nos jours leur valeur.

 

Extrait d'un texte de Charles Le Brun sur Armel Guerne, à lire ICI.

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et voici un texte d'Armel Guerne :

"Depuis le petit cœur impatient de mon enfance jusqu'à ce vieux cœur meurtri, pantelant, essoufflé, mais toujours plus avide de lumière, je n'ai pas eu d'autre ambition que celle d'être accueilli et reçu comme un poète, de pouvoir me compter un jour au nombre saint de ces divins voyous de l'amour. Je n'ai jamais voulu rien d'autre, et je crois bien n'avoir perdu pas un unique instant d'entre tous ceux qu'il m'a été donné de vivre, en détournant les yeux de ce seul objectif jamais atteint, sans doute, mais visé toujours mieux et avec une passion de jour en jour plus sûre d'elle."

vendredi, 02 juillet 2010

Entrevue avec Siobhan Hollow, deltaplaniste

 

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Siobhan, peux-tu te présenter ?

J’habite au bord de la mer, dans une ville pourvue d’un club de vol libre. On peut donc faire du planeur, du deltaplane, du parapente. Je fais presque tous les jours du deltaplane, assez souvent du parapente et chaque dimanche, quand le temps le permet, nous sommes plusieurs à partir en planeur.

 

Comment vis-tu ?

Je vis des économies que j’ai faites en dix ans de travail dans la banlieue parisienne, j’ai été employée dans un magasin de fringues, puis serveuse, puis serveuse-responsable d’un bar. Je tiens comme ça depuis 3 ans, car tout le temps que j’étais au chômage (4 ans), je n’ai pas touché à mes économies, et même j’ai continué d’en faire. Mais un jour, sûrement, il faudra recommencer à travailler.

Tu n’as pas d’ambition professionnelle ?

Non.

 

Tu as des ambitions sur d’autres plans ?

Oui. J’ai des ambitions en vol libre : acquérir un plus grand calme en cas de danger, aller plus loin dans mes recherches d’équilibre, de mouvement, d’esthétique, sentir mieux le vent.

J’ai aussi des ambitions en guitare. Je joue de la guitare, j’avais suivi à plusieurs reprises quelques cours mais je n’arrivais pas à travailler régulièrement. Je préfère faire mon chemin guitaristique toute seule. Avec mon ordinateur je m’enregistre. Je compose, créée des œuvres et continue à me cultiver en lisant beaucoup de choses sur l’histoire de la guitare et en écoutant et réécoutant des œuvres. Une de mes plus grandes influences est Terje Rypdal. Mais il y a aussi Manitas de Platas, et plus récemment, grâce à toi qui m’as offert le disque, j’ai pu découvrir des œuvres contemporaines de guitare classique, jouées par Nadia Gerber.

 

Cherches-tu à te produire dans des lieux ?

Non. Je n’ai pas le courage de chercher, de me prendre des portes dans la figure. D’ailleurs, je ne suis pas sûre que ça m’intéresse vraiment de me produire en public. En revanche, je me voie bien ouvrir un blog sur Internet où je pourrais présenter mes compositions.

 

Comment vois-tu l’histoire de ta vie ?

J’ai renoncé à pas mal d’idées et de prétentions de jeunesse, en trouvant qu’une certaine vie sociale était trop compliquée pour moi. Mais j’ai rencontré quelques amis qui me donnent une certaine affection et qui partagent des moments avec moi, je ne me sens donc pas complètement seule. J’éprouve beaucoup de plaisirs solitaires, en plein ciel, avec ma guitare ou encore lors de longues promenades, et enfin en surfant sur Internet toute la nuit, à travers des sites intéressants qui nourrissent mon esprit. Je passe donc une grande partie de mon temps à être heureuse, tout en sachant que j’ai de grosses blessures au fond de moi, comme tout le monde je pense, et que je me prive de certains bonheurs et de certaines satisfactions. Mais cette privation est quelque chose que j’accepte. J’espère rester en bonne santé et pouvoir continuer à vivre dans cette ville, bien qu’il y fasse un peu trop froid et humide.

 

Comment as-tu découvert le ciel ?

Par hasard. Un copain voulait faire un stage de deltaplane mais il ne voulait pas s’inscrire tout seul et il m’a proposé, assez égoïstement dans son intention, de le faire avec lui. Je ne crois pas qu’il ait continué mais pour moi ça a été une révélation : voler dans le ciel. Peut-être que c’était un rêve d’enfance, d’évoluer dans le ciel comme un oiseau. Ça me rappelait Peter Pan, Niels Holgersson et Dumbo l’éléphant volant.

 

Et comment as-tu découvert la guitare ?

Comme tout le monde : on admirait au collège les guitaristes, on voulait tous devenir guitariste et un jour j’ai reçu une guitare en cadeau d’anniversaire. Mais la guitare est une activité complètement privée pour moi : personne ne sait que j’en joue, c’est mon jardin secret.

 

Siobhan, vas-tu continuer à écrire tes chroniques du ciel pour AlmaSoror ? Nos lecteurs appréciaient…

Cela me fait très plaisir que tu aies reçu autant de belles réactions sur mes textes. Du coup cela me donne envie de continuer, et d’être plus sérieuse, dans mon orthographe et dans la régularité de mes envois.

 

Merci de cette entrevenue et bon vol. A bientôt sur AlmaSoror pour tes descriptions de voyages deltaplaniques !

jeudi, 01 juillet 2010

Nuée

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un extrait de La nuée sur le sanctuaire, de Karl von Eckartshausen, mystique allemand du XVIIIème siècle.

 

"Aucun siècle n'est plus remarquable pour l'observateur paisible que le nôtre. Partout il y a fermentation dans l'esprit comme dans le coeur de l'homme ; partout il y a combat de la lumière avec les ténèbres, des idées mortes avec les idées vivantes, de la volonté morte et sans puissance avec la force vivante et active ; partout enfin il y a guerre entre l'homme animal et l'homme spirituel naissant.


Homme naturel !... renonce à tes dernières forces, ton combat même annonce la nature supérieure qui sommeille en toi... Tu pressens ta dignité, tu la sens même ; mais tout est encore obscur autour de toi,, et la lampe de ta faible raison n'est pas suffisante pour éclairer les objets auxquels tu devrais tendre.

On dit que nous vivons dans le siècle des lumières, il serait plus juste  de dire que nous vivons dans le siècle du crépuscule : çà et là, le rayon lumineux pénètre à travers la nuée des ténèbres, mais il n'éclaire pas encore, dans toute sa pureté, notre raison et notre cœur. Les hommes ne sont pas d'accord sur leurs conceptions ; les savants se disputent ; et, là où il y a dispute, il n'y a pas encore de vérité.
Les objets  les plus importants pour l'humanité sont encore indéterminés. On n'est  d'accord ni sur le principe de la raison ni sur le principe de la moralité ou du mobile de la volonté. Ceci est une preuve que, malgré  que nous soyons dans le grand temps des lumières, nous ne savons pas encore bien ce qu'il en est de notre tête et  de notre coeur.

Il serait possible que nous sussions tout ceci plus tôt, si nous ne nous imaginions pas que nous avons déjà le flambeau de la connaissance dans nos mains, ou si nous pouvions jeter un regard sur notre faiblesse et reconnaître qu'il nous manque encore une lumière plus élevée.
Nous vivons dans les temps de l'idolâtrie de la raison ; nous posons un flambeau de poix sur l'autel, et nous crions hautement que maintenant c'est l'aurore et que partout le jour apparaît réellement, en ce que le monde s'élève de plus en plus de l'obscurité à  la lumière et à la perfection par les arts, les sciences, un goût cultivé, et même par une pure compréhension de la religion.

Pauvres hommes ! jusqu'où l'avez-vous poussé, le bonheur  des hommes ? Y a-t-il jamais eu un siècle qui ait coûté tant de victimes à l'humanité que le siècle présent? Y a-t-il jamais eu un siècle où l'immoralité ait été plus grande et où l'égoïsme ait été plus dominant que dans celui-ci ? L'arbre se reconnaît à ses fruits.
Gens insensés !... Avec votre raison naturelle imaginaire... d'où avez-vous la lumière avec laquelle vous voulez si bien éclairer les autres? Est-ce que toutes vos idées ne sont pas empruntées des sens, qui ne vous donnent point la vérité, mais seulement des phénomènes ?"