dimanche, 04 juillet 2010
La chanson des gisants

Gisez ! et ne parlez plus. Ecoutez le vent du soir
Venu des terres brûlées caresser vos corps de pierre.
Priez et ne pensez plus. Dans la nuit, sur le lac noir,
La barque aux chiens et aux lions ondule vers l'outre-terre.
Les chacals ont tout mangé ; sur les croix, plus de cadavres
et les rêves des vivants sont délivrés de vos plaintes.
Ils auront pour réconfort, à l'aube que la mort navre,
Mélangée aux chants d'oiseaux, la mémoire des étreintes.
Les filles et les garçons se dressent fiers sur les routes !
Ils boivent à s'en étourdir aux sources de la jeunesse.
Poursuivant vos déraisons, ils luttent coûte que coûte,
Ils s'ébrouent devant la mort et pissent sur nos sagesses.
Gisez ! et ne parlez plus. Ecoutez la vie qui dort,
Venue des ivresses nues des pères néandertal.
Elle coulait dans vos veines il y a trois heures encore
Et nos mains ensanglantées sculptent les bières tombales.
Edith de CL,
vendredi 2 juillet MMX, achevé à 11h25
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samedi, 03 juillet 2010
ses galops de lumière à tous les étages du ciel

Les lieux ressemblent à leurs maîtres et les maîtres à leurs lieux, les uns prêts pour les autres, cette attente réciproque engendrant leur similitude. Les pieds-d'alouette, autour du moulin, les figuiers, au début du sentier, l'oeil bleu des iris et le romarin en faction près de la porte éveillaient des libertés qu'aucune prospérité n'octroie. La pauvreté - non la misère - met des diamants partout. Car ces fleurs, devenues ici l'espace d'un poète, parlaient une autre langue et de tous les côtés, le paysage s'en allait comme un geste de bonheur, avec ses galops de lumière à tous les étages du ciel et ses houles de vent accourues du silence des plaines. Des diamants partout : la beauté donnée pour rien à celui qui n'a rien.
Si la misère n'enseigne rien que l'envie et la haine, la pauvreté, par contre, fait les princes véritables parce qu'elle ne tient pas compte du paravent des apparences.Logée dans l'essentiel, soucieuse de l'essentiel et tirant son gouvernement du dedans, elle n'aménage - et elle le sait - que les demeures intérieures. C'est-à-dire à peu près tout ce qui nous regarde et fournit à nos jours leur valeur.
Extrait d'un texte de Charles Le Brun sur Armel Guerne, à lire ICI.


et voici un texte d'Armel Guerne :
"Depuis le petit cœur impatient de mon enfance jusqu'à ce vieux cœur meurtri, pantelant, essoufflé, mais toujours plus avide de lumière, je n'ai pas eu d'autre ambition que celle d'être accueilli et reçu comme un poète, de pouvoir me compter un jour au nombre saint de ces divins voyous de l'amour. Je n'ai jamais voulu rien d'autre, et je crois bien n'avoir perdu pas un unique instant d'entre tous ceux qu'il m'a été donné de vivre, en détournant les yeux de ce seul objectif jamais atteint, sans doute, mais visé toujours mieux et avec une passion de jour en jour plus sûre d'elle."
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vendredi, 02 juillet 2010
Entrevue avec Siobhan Hollow, deltaplaniste

Siobhan, peux-tu te présenter ?
J’habite au bord de la mer, dans une ville pourvue d’un club de vol libre. On peut donc faire du planeur, du deltaplane, du parapente. Je fais presque tous les jours du deltaplane, assez souvent du parapente et chaque dimanche, quand le temps le permet, nous sommes plusieurs à partir en planeur.
Comment vis-tu ?
Je vis des économies que j’ai faites en dix ans de travail dans la banlieue parisienne, j’ai été employée dans un magasin de fringues, puis serveuse, puis serveuse-responsable d’un bar. Je tiens comme ça depuis 3 ans, car tout le temps que j’étais au chômage (4 ans), je n’ai pas touché à mes économies, et même j’ai continué d’en faire. Mais un jour, sûrement, il faudra recommencer à travailler.
Tu n’as pas d’ambition professionnelle ?
Non.
Tu as des ambitions sur d’autres plans ?
Oui. J’ai des ambitions en vol libre : acquérir un plus grand calme en cas de danger, aller plus loin dans mes recherches d’équilibre, de mouvement, d’esthétique, sentir mieux le vent.
J’ai aussi des ambitions en guitare. Je joue de la guitare, j’avais suivi à plusieurs reprises quelques cours mais je n’arrivais pas à travailler régulièrement. Je préfère faire mon chemin guitaristique toute seule. Avec mon ordinateur je m’enregistre. Je compose, créée des œuvres et continue à me cultiver en lisant beaucoup de choses sur l’histoire de la guitare et en écoutant et réécoutant des œuvres. Une de mes plus grandes influences est Terje Rypdal. Mais il y a aussi Manitas de Platas, et plus récemment, grâce à toi qui m’as offert le disque, j’ai pu découvrir des œuvres contemporaines de guitare classique, jouées par Nadia Gerber.
Cherches-tu à te produire dans des lieux ?
Non. Je n’ai pas le courage de chercher, de me prendre des portes dans la figure. D’ailleurs, je ne suis pas sûre que ça m’intéresse vraiment de me produire en public. En revanche, je me voie bien ouvrir un blog sur Internet où je pourrais présenter mes compositions.
Comment vois-tu l’histoire de ta vie ?
J’ai renoncé à pas mal d’idées et de prétentions de jeunesse, en trouvant qu’une certaine vie sociale était trop compliquée pour moi. Mais j’ai rencontré quelques amis qui me donnent une certaine affection et qui partagent des moments avec moi, je ne me sens donc pas complètement seule. J’éprouve beaucoup de plaisirs solitaires, en plein ciel, avec ma guitare ou encore lors de longues promenades, et enfin en surfant sur Internet toute la nuit, à travers des sites intéressants qui nourrissent mon esprit. Je passe donc une grande partie de mon temps à être heureuse, tout en sachant que j’ai de grosses blessures au fond de moi, comme tout le monde je pense, et que je me prive de certains bonheurs et de certaines satisfactions. Mais cette privation est quelque chose que j’accepte. J’espère rester en bonne santé et pouvoir continuer à vivre dans cette ville, bien qu’il y fasse un peu trop froid et humide.
Comment as-tu découvert le ciel ?
Par hasard. Un copain voulait faire un stage de deltaplane mais il ne voulait pas s’inscrire tout seul et il m’a proposé, assez égoïstement dans son intention, de le faire avec lui. Je ne crois pas qu’il ait continué mais pour moi ça a été une révélation : voler dans le ciel. Peut-être que c’était un rêve d’enfance, d’évoluer dans le ciel comme un oiseau. Ça me rappelait Peter Pan, Niels Holgersson et Dumbo l’éléphant volant.
Et comment as-tu découvert la guitare ?
Comme tout le monde : on admirait au collège les guitaristes, on voulait tous devenir guitariste et un jour j’ai reçu une guitare en cadeau d’anniversaire. Mais la guitare est une activité complètement privée pour moi : personne ne sait que j’en joue, c’est mon jardin secret.
Siobhan, vas-tu continuer à écrire tes chroniques du ciel pour AlmaSoror ? Nos lecteurs appréciaient…
Cela me fait très plaisir que tu aies reçu autant de belles réactions sur mes textes. Du coup cela me donne envie de continuer, et d’être plus sérieuse, dans mon orthographe et dans la régularité de mes envois.
Merci de cette entrevenue et bon vol. A bientôt sur AlmaSoror pour tes descriptions de voyages deltaplaniques !
Hollow, Hollow :
Entrevue avec Siobhan Hollow, deltaplaniste
Nocturne estival I : sous le royaume des étoiles
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jeudi, 01 juillet 2010
Nuée

un extrait de La nuée sur le sanctuaire, de Karl von Eckartshausen, mystique allemand du XVIIIème siècle.
"Aucun siècle n'est plus remarquable pour l'observateur paisible que le nôtre. Partout il y a fermentation dans l'esprit comme dans le coeur de l'homme ; partout il y a combat de la lumière avec les ténèbres, des idées mortes avec les idées vivantes, de la volonté morte et sans puissance avec la force vivante et active ; partout enfin il y a guerre entre l'homme animal et l'homme spirituel naissant.
Homme naturel !... renonce à tes dernières forces, ton combat même annonce la nature supérieure qui sommeille en toi... Tu pressens ta dignité, tu la sens même ; mais tout est encore obscur autour de toi,, et la lampe de ta faible raison n'est pas suffisante pour éclairer les objets auxquels tu devrais tendre.
On dit que nous vivons dans le siècle des lumières, il serait plus juste de dire que nous vivons dans le siècle du crépuscule : çà et là, le rayon lumineux pénètre à travers la nuée des ténèbres, mais il n'éclaire pas encore, dans toute sa pureté, notre raison et notre cœur. Les hommes ne sont pas d'accord sur leurs conceptions ; les savants se disputent ; et, là où il y a dispute, il n'y a pas encore de vérité.
Les objets les plus importants pour l'humanité sont encore indéterminés. On n'est d'accord ni sur le principe de la raison ni sur le principe de la moralité ou du mobile de la volonté. Ceci est une preuve que, malgré que nous soyons dans le grand temps des lumières, nous ne savons pas encore bien ce qu'il en est de notre tête et de notre coeur.
Il serait possible que nous sussions tout ceci plus tôt, si nous ne nous imaginions pas que nous avons déjà le flambeau de la connaissance dans nos mains, ou si nous pouvions jeter un regard sur notre faiblesse et reconnaître qu'il nous manque encore une lumière plus élevée.
Nous vivons dans les temps de l'idolâtrie de la raison ; nous posons un flambeau de poix sur l'autel, et nous crions hautement que maintenant c'est l'aurore et que partout le jour apparaît réellement, en ce que le monde s'élève de plus en plus de l'obscurité à la lumière et à la perfection par les arts, les sciences, un goût cultivé, et même par une pure compréhension de la religion.
Pauvres hommes ! jusqu'où l'avez-vous poussé, le bonheur des hommes ? Y a-t-il jamais eu un siècle qui ait coûté tant de victimes à l'humanité que le siècle présent? Y a-t-il jamais eu un siècle où l'immoralité ait été plus grande et où l'égoïsme ait été plus dominant que dans celui-ci ? L'arbre se reconnaît à ses fruits.
Gens insensés !... Avec votre raison naturelle imaginaire... d'où avez-vous la lumière avec laquelle vous voulez si bien éclairer les autres? Est-ce que toutes vos idées ne sont pas empruntées des sens, qui ne vous donnent point la vérité, mais seulement des phénomènes ?"
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mercredi, 30 juin 2010
Lac de nuit

Lac de nuit, sur ta rive herbeuse je dansais
Loin des villes lumière où tout s'éberluait
C'était l'été naissant, mon père était parti
Et la voix des amants m'ensorcelait l'esprit
Entre deux crépuscules il fallait que j'ordonne
Aux bateaux condamnés dans les Sables d'Olonne
De naviguer encore et toujours sur le flot
De l'enfance oubliée où gisent les héros.
Sur twitter, le mardi, l'on peut écrire des alexandrins. Ensuite, on écrit #tat et ça rejoint le grand jardin twitterien des alexandrins du mardi. Il y en a dans beaucoup de langues, mais le français, n'est-ce pas la langue de l'alexandrin ?
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mardi, 29 juin 2010
Couple

De toutes façons, il aurait fallu que tu ne lises pas le journal tous les matins en buvant ton café. Le monde est toujours moderne pour les gens qui y vivent, puisque les autres, ceux du passé, sont morts. Nous sommes donc tous, depuis la nuit des temps, des gens modernes dans un monde moderne et ton coach ne faisait que te répéter des choses rabâchées que tu aurais dû connaître de toi-même. Tu avais grandi en banlieue parisienne, dans un monde de gymnase et de piscine, avec des vacances en mobile home. Nous ne nous comprenions que très peu, et pourtant nous vivions ensemble, parce qu’aujourd’hui on se rencontre et on se sépare comme si on était tous pareils. Tu voulais la télévision et un garage pour deux voitures. Je ne pouvais comprendre la façon dont tu faisais des économies et des dépenses. Tu te sentais à l’aise dans les supermarchés. Et les gens qui nous entouraient trouvaient ça bien qu’on soit différents. Mais nous, nous avions des scènes et cet appartement de la rue Saint-Antoine était vide de sens à nos quatre yeux. Alors tu as repris tes appareils à raclette et j’ai repris mes vieux livres inutiles et nous continuons chacun notre vie toi dans la solitude de ton immeuble moderne et moi dans le néant d’une vieille cour du boulevard Voltaire. Tout cela n’a servi à rien, à rien d’autre qu’à prouver qu’on ne prescrit pas la vie, on ne prescrit pas les amitiés ni les amours, on les subit comme on subit son propre corps, qui est nous et sans lequel nous ne sommes rien, que nous n’avons pas choisi et que, bien souvent, nous n'aimons pas tant que ça.
Marin Dupondt
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lundi, 28 juin 2010
Les origines de la liturgie

Un cours de Maxime KOVALEVSKY à lire sur ce site
Voici très brièvement, un rappel de la méthode appliquée à l'enseignement religieux traditionnel : dès sa tendre enfance, le Juif apprend quotidiennement par cœur et fragment par fragment, les Écritures en hébreu en même temps que leur traduction en araméen. Ainsi se gravent en lui des textes traditionnels qui, organiquement assimilés grâce à un système "formulaire" mnémotechnique, font de lui un livre vivant. Devenu adulte, il participe aux exercices hebdomadaires de remémoration en hébreu des textes sacrés, faite par un Lecteur spécialisé (le mikraïste), suivie immédiatement par sa traduction proclamée en araméen par un Intermédiaire-Interprète (le targoûmiste, ou paraclîta-metourgueman, le "paraclet"), qui ne doit jamais "lire" le texte sur lequel il lui est interdit de jeter le regard afin de garder à ce qu'il dit son caractère d'oralité, de parole "vivante". Puis intervient un Commentateur Inspiré (le midrashiste) généralement un rabbi connu et vénéré grâce auquel s'éclaire la parole de Dieu.
C'est ici qu'il nous est apparu comme une évidence frappante, que les trois étapes soudées de ce mode d'enseignement ont tout naturellement préparé le peuple juif à recevoir la Révélation Trinitaire : le Mikraïste lit le texte hébreu sacré qui remonte à l'origine des temps et que l'on vénère sans le comprendre ; c'est la première étape qui correspond à Dieu le Père, Source de Vie. Puis grâce au Targoûmiste ce texte sacré s'anime, devient "verbe", incarné en langage vivant. C'est la deuxième étape, celle qui correspond à la venue du Fils, Incarnation du Verbe. Et enfin le Midrashiste inspiré commente cette Parole de Dieu devenue vivante, et ouvre les âmes à sa compréhension. C'est ainsi que dans la Trinité apparaît le rôle du Saint-Esprit. Et quand le Christ, le Jeudi Saint, annonce : "Un autre Paraclet viendra", ce mot signifie à la fois traducteur, commentateur et consolateur, et il annonce un enseignement plus avancé.
Ce n'est donc pas dans un monde ignorant que vient le Christ, mais au contraire parmi des gens admirablement préparés à Le recevoir, aussi bien dans la classe soi-disant illettrée qui L'attend tel qu'Il vient, que dans la classe intellectuelle du Temple profondément hostile à la Révélation qu'Il apporte et qui bouleverse les situations établies.
Maxime KOVALEVSKY à lire ICI
1982
Cours 1966-67 revu et augmenté
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