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vendredi, 07 mars 2014

Andreï : fragment d'un cinéaste

(Lecture fascinée du Temps scellé de Tarkovski, face au ciel du XX°arrondissement de Paris)

Je suis convaincu que le public est beaucoup plus nuancé, plus intéressant et plus inattendu dans ses exigences artistiques que ne l'imaginent tous les responsables de la distribution d'oeuvres d'art. En ce sens, l'image artistique la plus complexe et la plus raffinée qui soit, est capable, je dirais même est condamnée à trouver un écho auprès du public. Aussi faible soit-il, il sera toujours en parfaite correspondance avec l'oeuvre considérée. Alors que tous les discours sur la compréhension ou non d'une oeuvre d'art par "les masses" (cette majorité mythique) ne font que troubler le rapport réel des rapports de l'artiste avec son public, c'est-à-dire de l'artiste avec son temps. "Le poète, l'artiste est toujours populaire dans ses oeuvres authentiques. Quoi qu'il fasse, quel que soit le but de sa création, il exprime toujours, qu'il le veuille ou non, quelque élément du caractère populaire, et ceci il le fait avec plus de profondeur et de clarté que l'histoire même de ce peuple...", écrit Alexandre Herzen dans Passé et méditations.

Les relations entre l'artiste et le public sont à double sens. En restant fidèle à lui-même et indépendant de la mode, l'artiste créée de nouvelles perceptions et élève le niveau de réception du public. En retour, la conscience grandissante d'une société contribue à accumuler cette énergie sociale qui permet la naissance d'un nouvel artiste.

Andreï Tarkovski, IN Le temps scellé, 1989

 

Tarkovski apparut comme une ombre furtive sur AlmaSoror, ici et .

 

Mais voici maintenant, glané sur Internet, un petit reportage sur Michelangelo Antonioni.

vendredi, 25 janvier 2013

Crachats du temps

Une oeuvre de Hanno Buddenbrook, traduite par le comte Mölln aidé d'Edith de Cornulier-Lucinière

En illustration sonore, nous proposons la dédicace à Andreï Tarkovski, du musicien Edouard Artemiev.

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I

Cendres aux bords des lèvres

 

Je ne sais si je pourrai survivre à la lutte effroyable que je mène contre mon fantôme intérieur. Il veut danser avec moi. Il dit : même les morts dansent, viens avec nous. Je tente de fuir. Je cours dans la rue, je fend la foule, mais partout où je m'arrête pour souffler, pour reprendre haleine, il est là. Il apparaît. Il sourit. Je me réfugie dans mon lit, mais il est là, entouré autour des draps, et il me prend dans ses bras.

Qui est-il ? J'interroge de mon regard angoissé, mais rien ne me répond. Sa voix est livide, son corps flasque. Les autres, que vivent-ils ? Eux, ils sont chacun dans leur cauchemar, comme moi ? Ou suis-je la seule hors du monde, dans un réel à part, où rien ne coule de source, rien n'est beau ni facile ni tendre ? J'interroge les regards qui m'entourent mais aussitôt, les paires d'yeux les portent ailleurs.

Il faut veiller ; il faut prier. Espérer, attendre, et continuer de garder une lumière, ou une lueur, si petite soit-elle, au fond de soi. Car on en aura besoin pour mourir. Veiller et prier, car nous ne savons l'heure ni le jour de notre adieu au monde.

Dans la ville, je marche, et je rêve d'un jour différent, dans un espace libre : une promenade heureuse sous un ciel gris et long comme mon enfance, mais vide de ces mots et de ces machines, de ces fils et de ces idées qui m'ont vieillie. Un ciel gris, bas et long sur des champs boueux. J'aurais des bottes et du vent dans les cheveux, les joues fraiches. Et je pourrais sentir le mouvement en moi, ce mouvement de la vie qui va vers la mort, avec élan.

Ici, dans la ville, nous sommes des restes de vie qui attendons la mort, sans élan.


II

Tabous blancs


La manipulation mentale et la torture physique sont si semblables. Je bois ma bière au fond du café, un véritable plaisir. Je sirote,je fumote, je pensote. Les gens passent et m'observent ; je les observe en contrepartie.

On m’a interdit d’avoir des relations incestueuses avec la mort. Je ne sais plus où aller.

Oui, il y a le soleil du ciel

Et il y a le soleil mystique

L’un se pare parfois d’arc en ciel

L’autre est toujours psychédélique

Non mon amour tu n’auras pas

Le regard noir que tu voulais

Depuis que tu es partie, mon amour, la mort ne me fait plus peur. Elle est devenue mon amie. Et de temps en temps, quand la ville tourbillonne et que je m’en éloigne mentalement, j’ai l’impression, au fond d’un bar fatigué, de lui payer un verre.

 

III

Entrailles futuristes

 

Mon rêve est technologicide. Je crée un logiciel libre pour le cerveau et je l'offre au monde. Mes frères lointains, chacun d'entre vous pourra l'utiliser rapidement. Il faut juste vous reconfigurer. Ensuite, cela marche tout seul. Ça permet de rêver et ça permet d'oublier, sans substances interdites. Il faut juste laisser tomber les vieux concepts, ceux qui gèrent votre cerveau depuis l'enfance.

 

Hanno Buddenbrook

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