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samedi, 28 juillet 2018

En parallèle (parole de Tarkovski)

« En parallèle au problème de la liberté, se pose celui de l'expérience et de l'éducation. Dans son combat pour la liberté, en effet, l'humanité moderne réclame la libération de l'individu, c'est-à-dire la possibilité concrète de faire tout ce qui lui passe par la tête. Ce ne peut être là qu'une libération illusoire, et la voie vers de nouveaux désenchantements. Libérer l'énergie de la spiritualité humaine ne peut être que le fruit d'un énorme travail intérieur, que l'individu seul doit se décider à entreprendre. Dès lors, l'éducation reçue fait place à l'autoéducation, sans laquelle il est impossible de savoir quoi faire de cette liberté tant recherchée, ou comment éviter de ne l'interpréter qu'en termes utilitaires ou de consommation.

À cet égard, l'expérience de l'Occident fournit un matériau extraordinairement riche à la réflexion. Les libertés démocratiques y sont indéniables. Pourtant ses citoyens, réputés « libres », traversent une invraisemblable crise spirituelle. Que se passe-t-il ? Pourquoi existe-t-il un conflit aussi aigu entre l'individu et la société malgré les libertés laissées à la personne en Occident ? Je pense que l'expérience occidentale prouve que se servir de la liberté comme d'un don gratuit, comme d'une eau de source qui ne coûterait pas un kopeck, sans faire sur soi le moindre effort spirituel, met l'homme dans la situation d'une impossibilité de jouir des bienfaits de cette liberté, et d'en changer sa vie vers un mieux. La liberté n'est pas quelque chose qui peut s'intégrer une fois pour toutes à la vie d'un homme. Elle est le salaire d'un travail spirituel permanent. Dans ses manifestations extérieures, l'homme n'est pas libre parce qu'il n'est pas seul. Mais la liberté intérieure est donnée à chacun dès l'origine. Reste à avoir le courage et la volonté nécessaires pour s'en servir, après avoir pris conscience de l'importance sociale de sa liberté intérieure ».

 

Andreï Tarkovski, IN Le temps scellé, Conclusion, traduit du russe par Anne Kichilov et Charles H de Brantes

 

Sur AlmaSoror déjà en 2014 Le temps scellé : Fragment d'un cinéaste

et aussi, quoiqu'hors sujet, Les crachats du temps

vendredi, 07 mars 2014

Andreï : fragment d'un cinéaste

(Lecture fascinée du Temps scellé de Tarkovski, face au ciel du XX°arrondissement de Paris)

Je suis convaincu que le public est beaucoup plus nuancé, plus intéressant et plus inattendu dans ses exigences artistiques que ne l'imaginent tous les responsables de la distribution d'oeuvres d'art. En ce sens, l'image artistique la plus complexe et la plus raffinée qui soit, est capable, je dirais même est condamnée à trouver un écho auprès du public. Aussi faible soit-il, il sera toujours en parfaite correspondance avec l'oeuvre considérée. Alors que tous les discours sur la compréhension ou non d'une oeuvre d'art par "les masses" (cette majorité mythique) ne font que troubler le rapport réel des rapports de l'artiste avec son public, c'est-à-dire de l'artiste avec son temps. "Le poète, l'artiste est toujours populaire dans ses oeuvres authentiques. Quoi qu'il fasse, quel que soit le but de sa création, il exprime toujours, qu'il le veuille ou non, quelque élément du caractère populaire, et ceci il le fait avec plus de profondeur et de clarté que l'histoire même de ce peuple...", écrit Alexandre Herzen dans Passé et méditations.

Les relations entre l'artiste et le public sont à double sens. En restant fidèle à lui-même et indépendant de la mode, l'artiste créée de nouvelles perceptions et élève le niveau de réception du public. En retour, la conscience grandissante d'une société contribue à accumuler cette énergie sociale qui permet la naissance d'un nouvel artiste.

Andreï Tarkovski, IN Le temps scellé, 1989

 

Tarkovski apparut comme une ombre furtive sur AlmaSoror, ici et .

 

Mais voici maintenant, glané sur Internet, un petit reportage sur Michelangelo Antonioni.

vendredi, 25 janvier 2013

Crachats du temps

Une oeuvre de Hanno Buddenbrook, traduite par le comte Mölln aidé d'Edith de Cornulier-Lucinière

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I

Cendres aux bords des lèvres

 

Je ne sais si je pourrai survivre à la lutte effroyable que je mène contre mon fantôme intérieur. Il veut danser avec moi. Il dit : même les morts dansent, viens avec nous. Je tente de fuir. Je cours dans la rue, je fend la foule, mais partout où je m'arrête pour souffler, pour reprendre haleine, il est là. Il apparaît. Il sourit. Je me réfugie dans mon lit, mais il est là, entouré autour des draps, et il me prend dans ses bras.

Qui est-il ? J'interroge de mon regard angoissé, mais rien ne me répond. Sa voix est livide, son corps flasque. Les autres, que vivent-ils ? Eux, ils sont chacun dans leur cauchemar, comme moi ? Ou suis-je la seule hors du monde, dans un réel à part, où rien ne coule de source, rien n'est beau ni facile ni tendre ? J'interroge les regards qui m'entourent mais aussitôt, les paires d'yeux les portent ailleurs.

Il faut veiller ; il faut prier. Espérer, attendre, et continuer de garder une lumière, ou une lueur, si petite soit-elle, au fond de soi. Car on en aura besoin pour mourir. Veiller et prier, car nous ne savons l'heure ni le jour de notre adieu au monde.

Dans la ville, je marche, et je rêve d'un jour différent, dans un espace libre : une promenade heureuse sous un ciel gris et long comme mon enfance, mais vide de ces mots et de ces machines, de ces fils et de ces idées qui m'ont vieillie. Un ciel gris, bas et long sur des champs boueux. J'aurais des bottes et du vent dans les cheveux, les joues fraiches. Et je pourrais sentir le mouvement en moi, ce mouvement de la vie qui va vers la mort, avec élan.

Ici, dans la ville, nous sommes des restes de vie qui attendons la mort, sans élan.


II

Tabous blancs

 

La manipulation mentale et la torture physique sont si semblables. Je bois ma bière au fond du café, un véritable plaisir. Je sirote,je fumote, je pensote. Les gens passent et m'observent ; je les observe en contrepartie.

On m’a interdit d’avoir des relations incestueuses avec la mort. Je ne sais plus où aller.

Oui, il y a le soleil du ciel

Et il y a le soleil mystique

L’un se pare parfois d’arc en ciel

L’autre est toujours psychédélique

Non mon amour tu n’auras pas

Le regard noir que tu voulais

Depuis que tu es partie, mon amour, la mort ne me fait plus peur. Elle est devenue mon amie. Et de temps en temps, quand la ville tourbillonne et que je m’en éloigne mentalement, j’ai l’impression, au fond d’un bar fatigué, de lui payer un verre.

 

III

Entrailles futuristes

 

Mon rêve est technologicide. Je crée un logiciel libre pour le cerveau et je l'offre au monde. Mes frères lointains, chacun d'entre vous pourra l'utiliser rapidement. Il faut juste vous reconfigurer. Ensuite, cela marche tout seul. Ça permet de rêver et ça permet d'oublier, sans substances interdites. Il faut juste laisser tomber les vieux concepts, ceux qui gèrent votre cerveau depuis l'enfance.

 

Hanno Buddenbrook

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