dimanche, 14 février 2010
Vol de pluie
Vol de nuit fut une de mes lectures favorites et j’en rêve la nuit quand je vole. Mais avant de voler de nuit j’ai volé de pluie. Et la première expérience était imprévue : j’ai décollé au sec ; je me suis pris la flotte, averse sévère, au bout d’une demi heure de vol. J’ai cru que j’allais mourir au début, et j’avais peur. Et puis j’ai adoré.
La pluie à terre c’est déjà pas mal. La pluie dans un lac ou dans la mer c’est une expérience magique. La pluie dans le ciel : indescriptible. Les sensations s’effacent toutes, sauf celle de se déployer à travers les gouttes. Bruits, mouvements, tout est goutteux. On est tout mouillé et on voudrait devenir EAU.
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samedi, 13 février 2010
René Lalou : les témoignages sur la Guerre III
J'ai trouvé le tome I de ce livre dans les affaires de mon grand-père. Publiée en 1946, L'histoire de la littérature française et contemporaine (1870 à nos jours) , de René Lalou, comporte d'assez beaux passages.
En voici un, que je recopie à l'usage de ceux qui trouvent amusant de lire un critique du milieu du XXème siècle sur la littérature "contemporaine".
Le chapitre « les témoignages sur la guerre » est émouvant, guirlande des traumatisés de 14-18 (cette guerre votée par des députés qui ne la firent point, mais continuèrent leur tranquille vie tandis que la jeunesse masculine française était envoyée à la boucherie).
Des soldats revenants, beaucoup écrirent, sans espoir.
La guerre de 14-18 a brisé beaucoup d’œuvres de jeunes écrivains qui commençaient, comme Alain-Fournier et son Grand Meaulnes ; elle a ensuite donné des raisons d’écrire à ceux qui n’en auraient pas eu l’idée sans elle.
III Les Croix de bois, de Roland Dorgelès
Les Croix de bois de Roland Dorgelès apparurent comme une sorte de mise au point du roman de guerre : aucun témoignage de combattant n’avait offert pour ses héros, chefs et soldats, intellectuels et ouvriers, la large impartialité qui distingue les robustes récits de ce livre et du Cabaret de la Belle Femme.
Les chapitres qui décrivaient la vie dans les tranchées et les attaques égalaient les pages tragiques du Feu ; mais jamais l’auteur ne prétendait généraliser rien ; il n’excluait point « la blague divine qui faisait plus forts » ses camarades. Ses traits les plus vigoureux ressuscitaient le réalisme des combattants : « La Marne, c’est une combine qu’a rapporté quinze sous aux gars qui l’ont gagnée ». Courageusement il soulignait la « terrible grandeur » de cet aveu de Sulphart : « J’trouve que c’est une victoire, parce que j’en suis sorti vivant ».
On trouverait difficilement dans toute la littérature de guerre un résumé des sentiments qu’elle provoqua chez les poilus plus simple et plus complet que les 30 pages qui retracent l’assaut, la descente des tranchées, le défilé glorieux, le sursaut d’orgueil enfin qui justifie un bref commentaire : « Allons, il y aura toujours des guerres, toujours, toujours ». Ce sobre réalisme est bien la qualité maîtresse de Dorgelès : le Saint-Magloire où il raconta l’échec d’un apôtre dans la société d’après-guerre verse dans le journalisme dès que l’auteur n’y observe plus cette discipline qui a donné aux Croix de bois, livre si spontané, une manière de style.
RENÉ LALOU
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vendredi, 12 février 2010
Un problème variationnel
Laurent Moonens, le plus sérieusement du monde, nous montre que le chemin le plus court est celui qu'on croyait déjà.
Lisez ceci dans ce document pédéhaif, que vous ouvrirez en cliquant sur le lien :
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jeudi, 11 février 2010
Depuis l'aube... Chanson pour Christ
Depuis l'aube où sur la terre
Nous t'avons revu debout
Tout renaît dans la lumière
Ô Jésus, reste avec nous !
Si parfois sur notre route
Nous menace le dégoût
Dans la nuit de notre doute
Ô Jésus, marche avec nous !
Tu cherchais les misérables,
Ton amour allait partout
Viens t'asseoir à notre table
Ô Jésus, veille avec nous !
Si ta croix nous semble dure,
Si nos mains craignent les clous,
Que ta gloire nous rassure
Ô Jésus, souffre avec nous !
Au delà de ton Calvaire,
Tu nous donnes rendez-vous.
Dans la joie, près de ton Père,
Ô Jésus, accueille-nous.
(Rimaud-Geoffroy)
Photos de Sara pour VillaBar
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mercredi, 10 février 2010
Labrador dans la Ville océan III
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mardi, 09 février 2010
Les deux hypocrisies
Les deux plus grands tentateurs de l’humanité depuis l’aube de l’histoire, le sexe et l’argent, se partagent la gauche et la droite.
Chaque pôle son hypocrisie et son diable. La gauche hait l’argent et s’en met plein les fouilles en douce. La droite hait le sexe et se déprave entre deux portes.
La condamnation vociférante qui cache un certain trouble est leur fatigant point commun.
Axel Randers
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lundi, 08 février 2010
Un père
Souvenirs d'enfance de Chateaubriand : la présence du père.
Les soirées d'automne et d'hiver étaient d'une autre nature. Le souper fini et les quatre convives revenus de la table à la cheminée, ma mère se jetait, en soupirant, sur un vieux lit de jour de siamoise flambée ; on mettait devant elle un guéridon avec une bougie. Je m'asseyais auprès du feu avec Lucile ; les domestiques enlevaient le couvert et se retiraient. Mon père commençait alors une promenade, qui ne cessait qu'à l'heure de son coucher. Il était vêtu d'une robe de ratine blanche, ou plutôt d'une espèce de manteau que je n'ai vu qu'à lui. Sa tête, demi-chauve, était couverte d'un grand bonnet blanc qui se tenait tout droit. Lorsqu'en se promenant, il s'éloignait du foyer, la vaste salle était si peu éclairée par une seule bougie qu'on ne le voyait plus ; on l'entendait seulement encore marcher dans les ténèbres : puis il revenait lentement vers la lumière et élergeait peu à peu de l'obscurité, comme un spectre, avec sa robe blanche, son bonnet blanc, sa figure longue et pâle. Lucile et moi, nous échangions quelques mots à voix basse, quand il était à l'autre bout de la salle : nous nous taisions quand il se rapprochait de nous. Il nous disait, en passant : « De quoi parliez-vous ? » Saisis de terreur, nous ne répondions rien ; il continuait sa marche. Le reste de la soirée, l'oreille n'était plus frappée que du bruit mesuré de ses pas, des soupirs de ma mère et des murmures du vent.
Dix heures sonnaient à l'horloge du château : mon père s'arrêtait ; le même ressort, qui avait soulevé le marteau de l'horloge, semblait avoir suspendu ses pas. Il tirait sa montre, la montait, prenait un grand flambeau d'argent surmonté d'une grande bougie, entrait un moment dans la petite tour de l'ouest, puis revenait, son flambeau à la main, et s'avançait vers sa chambre à coucher, dépendante de la petite tour de l'est. Lucile et moi, nous nous tenions sur son passage ; nous l'embrassions, en lui souhaitant une bonne nuit. Il penchait vers nous sa joue sèche et creuse sans nous répondre, continuait sa route et se retirait au fond de la tour, dont nous entendions les portes sse refermer sur lui.
Le talisman était brisé ; ma mère, ma soeur et moi, transformés en statues par la présence de mon père, nous recouvrions les fonctions de la vie. Le premier effet de notre désanchantement se manifestait par un débordement de paroles : si le silence nous avait opprimés, il nous le payait cher.
François-René de Chateaubriand in Les mémoires d'outre-tombe
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