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vendredi, 19 avril 2013

Maryvonne, fille de la rêvolution

 , CNT, Sara, Révolution

Un jour, un peu avant l'an 2000.

J'étais chez toi, rue Boissonade, et au cours d'un dialogue que nous avons eu, en quelques phrases tu as ouvert de nombreuses portes en moi. Ces portes m'ont dévoilé des jardins luxuriants dans lesquels je flâne encore aujourd'hui, étonnée de l'étendue de ta liberté.

 Tu es partie, parait-il, en offrant un dernier sourire éblouissant aux gens qui t'aimaient. Tu as demandé à tes petites filles de vivre ta mort dans la joie et la paix. Tu es partie là-bas dans le Nord, dans cette maison que je ne connais pas.

Quelque temps après, tes amis, tes enfants t'ont fêtée une dernière fois tous ensemble.

Nous savions par ton exemple que la vie peut suivre la voie du rêve, se multiplier dans des baisers, tracer des routes pour la révolution. Tu nous as montré par ta mort que la mort peut être un rêve, un baiser, une révolution.

 Ton héritage, j'en prends ma part.

 Je vivrai de rêves, de baisers, de révolutions. Je mourrai dans un dernier rêve, dans un dernier baiser, en accomplissant mon ultime révolution.

 Merci de m'avoir appris à penser d'une certaine manière. Merci de nous avoir appris à mourir en offrant un radieux sourire à ceux qui restent encore quelque temps sur la terre.

 

Sur le site de la CNT, un salut à Maryvonne

On peut lire en ligne son Texte L'invention d'un zéro

 

jeudi, 18 avril 2013

Les dictatures douces

 dictature douce, dictature dure

Voici quelques signes qui peuvent démontrer que vous subissez une dictature douce, dans votre couple, dans votre famille, votre religion, votre société, votre pays.

Certains de ces points concernent aussi les dictatures dures.

Il va de soi qu'éprouver quelques uns de ces ressentis ne transforme pas votre société en dictature douce ! Nous devons tous nous interroger sur notre propre responsabilité. Mais nous devons aussi refuser de porter toute la charge de notre échec lorsque toutes les portes de la société nous sont fermées de façon insidieuse.

Vous avez mauvaise conscience de vos pensées.

Vous avez honte de votre origine, de vos parents.

Vous manquez de volonté à agir dans le domaine professionnel.

Vous éprouvez un sentiment d'échec personnel face à un monde qui semble parfait mais vous est mystérieusement inaccessible.

Vous avez peur de dire des bêtises, de vous laisser aller à parler, d'aller trop loin quand vous vous exprimez avec d'autres.

Vous êtes habité par le sentiment diffus que les places au soleil vous sont inaccessibles, alors que « sur le papier » tout n'est que justice et raison.

Vous n'avez aucune prise sur votre quartier, votre environnement, votre ville.

Vous n'avez aucune maîtrise de l'évolution du monde.

Vous êtes en désaccord avec la majorité des lois, décisions prises, mais n'osez pas trop le montrer.

Vous avez envie que tout s'écroule, vous n'éprouvez aucun respect pour les institutions de la société (école, justice, police, santé...)

 Vous n'avez pas bonne conscience de faire des enfants.

Vous idéalisez un passé où les possibles semblent avoir existé ; vous subissez votre propre absence de capacité à imaginer l'avenir. L'avenir paraît sans saveur.

Vous ne voyez aucun signe extérieur de censure mais vous n'avez aucune place pour vous exprimer.

Vous avez le sentiment que l'héroïsme n'est plus possible (« c'est d'un autre temps »).

 (Dans le cas d'une dictature dure, en général l'apathie et la dépression sont remplacées, soit par une trouille mortelle de lever le petit doigt, soit par une exultation imprudente qui pousse à agir radicalement)

Aucun énorme barrage ne se dresse face à vous, mais vous faites face à de successives petites entraves.

Le « citoyen lambda » a une image détérioré, il ne présente aucun intérêt pour personne. Il est vu comme n'ayant rien à apporter d'autre au monde qu'un fonctionnement normal, non problématique.

Vous rêvez à des temps de guerre, de famine, de « vrais problèmes ».

 (Dans une dictature dure, vous rêveriez à un monde normal, où tout roule)

Vous ressentez la désintégration de l'individu au quotidien (queues aux inscriptions à la faculté, à l'ANPE, queues dans les magasins).

Vous passez par des mini-actions dégradantes pour obtenir votre dû (remplissage de papiers administratifs, déplacements répétés sans but réel, queues).

Vous faites face à l'impossibilité légale de mener votre barque seul, de vous en sortir financièrement seul (entraves administratives et légales, taxes, interdictions d'exercer sans conditions contraignantes, interdiction de faire commerce hors des clous...)

Vous assistez à la multiplication des taxes.

Vous assistez à la multiplication des lois, règlements, etc.

Vous assistez à la multiplication des fonctionnaires et personnes payées par l’État.

Vous assistez à la multiplication des subventions.

(Ces multiplications se vérifient aussi dans beaucoup de dictatures dures)

Des programmes scolaires, que vous avez suivi docilement, vous n'avez retenu aucune connaissance précise (faits, chronologie raisonnée...)

Vous constatez la dégradation de la langue commune (appauvrissement de la syntaxe, réduction du vocabulaire).

Toute plainte de votre part sur ces ressentis est niée, ou ridiculisée par les autres au nom des vraies souffrances que vous avez bien de la chance de n'avoir jamais connues.

La moralisation des opinions augmente : s'opposer au fonctionnement des choses (administratives, scolaires, etc) revient, dans l'esprit général, à vouloir le mal d'autrui : c'est égoïste, inconscient.

dictature douce, dictature dure

 

à lire aussi : Comment s'effectue la traversée d'une époque troublée ?

lundi, 15 avril 2013

Un soir sans étoile

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Tant de choses font tant de peine dans notre vie quotidienne. Et la voix de Magkor Sérivij psalmodie de vieilles douleurs poétiques, accompagnée par un orgue religieux. C'est un disque qui appartenait à mon père, qui avait appartenu à son propre père, hommes que je n'ai pas connus mais dont j'ai hanté la maison morte.

 

Vraiment, en enfance, je rêvais et souriais au monde qui s'offrait. Je pardonnais tout à tous, croyant quand quelque chose me semblait laid ou mal que c'était moi qui me trompais.

 

Comment rester pur, quand tant de regards torves se sont posés sur vous ?

 

Je meurs sans en avoir l'air, peu à peu, d'avoir trop vu les adultes mentir.

 

J'ai l'âge d'être mère mais je ne berce aucun enfant.

 

J'ai l'âge d'être forte et je mens à mon tour.

 

Esther Mar

 

 

«À force de tout voir, l’on finit par tout supporter. À force de tout supporter, l’on finit par tout tolérer. À force de tout tolérer, l’on finit par tout accepter. À force de tout accepter, on finit par tout approuver. »

Saint Augustin

 

à lire aussi : L'amour ignoré