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dimanche, 20 janvier 2013

Ces bêtes qu’on abat : Des infractions qui ont toujours cours

 C'est une saga qu'aucun scénariste n'aurait le courage d'écrire. Les films les plus gores ne sont que des comédies Walt Disney en comparaison. Les plus courageux d'entre vous auront sans doute du mal à la suivre jusqu'au bout...

C'est la saga interdite aux profanes.

AlmaSoror est fière de proposer sur son site l'extraordinaire saga de la viande. Celle qu'on ne lit jamais, celle dont on entend jamais parler, celle qui a lieu dans des endroits où l’œil citoyen ne peut pénétrer.

Si vous ne vous sentez pas capable de la lire, sachez que l'enquêteur l'a écrite. Sachez que des milliards d'individus la vivent aux portes de nos villes. Si vous n'êtes pas capable de la lire et que vous êtes capable de consommer le résultat, alors vous êtes un merveilleux citoyen du Meilleur des Mondes.

Voici donc le journal de Jean-Luc Daub, enquêteur dans les abattoirs français.

 Ces bêtes qu'on abat peut s'acheter en version imprimée :

Ou bien se lire sur cette page qui lui est dédié.


Des infractions qui ont toujours cours

 

Je vais vous parler maintenant d’infractions qui perdurent. Le premier grand succès législatif en matière d’abattage, c’est le décret de 1964 qui réglementait la contention et la mise à mort des animaux de boucherie et de charcuterie. S’en est suivi le décret du 1er octobre 1980, du 18 mai 1981, une Directive Européenne de 1993, le décret du 1er octobre 1997 accompagné de l’arrêté du 12 décembre 1997, qui était tout simplement la transcription en droit français de la Directive Européenne.

 

On peut apprécier le décret de 1964 qui rendait obligatoire l’étourdissement des animaux avant leur mise à mort, sauf pour les abattages rituels et la corrida. Mais ce qu’il est important de relever, c’est la difficulté ou la mauvaise volonté à appliquer la réglementation en matière de protection animale, alors même que les Services Vétérinaires se trouvent dans les abattoirs. Depuis 1964, et comme cela est réitéré dans les différentes réglementations, il est interdit de suspendre un animal vivant par les pattes. Pourtant, cela se pratique encore dans certains abattoirs. La Directive Européenne n°93/119 sur les abattages, qui date de 1993 mais qui n’a été retranscrite en droit français qu’en 1997, redéfinit les règles de protection animale qui existaient déjà en grande partie dans les textes précédents. L’arrêté et le décret de 1997 devaient permettre de passer la vitesse supérieure, or cela fait plus de dix ans (depuis ce dernier texte), et en réalité plus de vingt, trente, voire quarante ans que certaines infractions perdurent, laissant souffrir les milliards d’animaux qui passent par l’abattoir.

 

Notons que le Code rural dans son Article 283-1 précise : « Les vétérinaires inspecteurs, qu'ils soient fonctionnaires ou agents contractuels de l'Etat, ont qualité, dans les limites du département où ils sont affectés, pour rechercher et constater les infractions aux dispositions des articles 276 à 283 du présent code sur la protection des animaux domestiques et des animaux sauvages apprivoisés ou tenus en captivité et des textes réglementaires pris pour leur application ». C’est donc bien à eux que revient la charge de protéger les animaux dans les abattoirs, cette charge que j’assumais pleinement pour le bien des animaux. Lorsque je venais visiter un abattoir, il m’a souvent été opposé que les agents des services vétérinaires étaient déjà là pour faire ce travail.

 

Pour autant, dans une circulaire interne du Ministère de l’Agriculture en date du 24 juin 1998, le signataire explique la nécessité de mettre en œuvre le décret de 1997, qui reprend pourtant en partie les dispositions précédentes. Je cite la circulaire adressée aux préfets et aux directeurs des Services Vétérinaires : « J’insiste sur la nécessité de veiller particulièrement désormais au respect des conditions de protection animale notamment dans les abattoirs, sur les lieux d’élevage, ainsi que dans les couvoirs. En effet, ces postes ont trop souvent été négligés… ». (C’est moi qui souligne). Un premier constat avoué : « Mais que fait la police ? ».

 

Mais voilà une douzaine d’années que cette circulaire a été adressée à qui de droit, et les infractions persistent. Je ne vais en citer que quelques-unes.

 

  • On constate encore l’absence de contention mécanique obligatoire pour l’abattage rituel des animaux destinés à la consommation religieuse juive et musulmane.

  • Encore beaucoup de boîtiers électriques qui alimentent les pinces à électronarcose sont dépourvus d’un système sonore, lumineux ou d’un voyant indiquant la tension et l’intensité du courant. Ils sont d’ailleurs trop souvent éloignés du lieu de la tuerie.

  • L’intensité et la tension du courant ne sont pas toujours adaptées à l’animal lors de l’électronarcose. Une uniformisation du matériel est nécessaire et une formation à l’utilisation de la pince électrique pas seulement obligatoire mais effective, et ceci afin d’éviter des souffrances aux animaux lors de son emploi. Car en effet, il est constaté une incompétence

    • ou une mauvaise utilisation par le personnel dans le maniement des pinces à électronarcose manuelles.

    • On suspend encore des animaux vivants avant la saignée, surtout dans le cadre de l’abattage rituel, au lieu d’utiliser un piège de contention pourtant obligatoire. Dans ce cas, l’interdiction de procéder à un abattage sans étourdissement devrait être imposée par les services vétérinaires qui sont sur place dans les abattoirs concernés.

    • La suspension des animaux vivants avant la saignée pour accélérer les cadences de production ne doit pas être une pratique banalisée, mais plutôt sanctionnée.

    • On utilise en rituel des box pièges pour des veaux, alors qu’ils sont agréés et destinés à de gros bovins.

    • On met parfois plusieurs veaux dans un box rotatif ou une case en béton, jusqu’à trois ou cinq pour les étourdir, alors qu’il faut tuer les animaux les uns après les autres, et qu’il faut être rapide entre l’étourdissement et la saignée.

    • On effectue un étourdissement dans la nuque des veaux, en lieu et place de la partie frontale, pour ne pas abîmer la cervelle afin de la commercialiser. Cet étourdissement n’est pas réglementaire, il est inefficace et douloureux pour le veau, selon un vétérinaire.

    • En abattage rituel, les bovins sont parfois évacués du box piège et suspendus conscients car, après l’égorgement, les employés n’attendent pas la fin de la saignée avant de les suspendre. C’est pourtant obligatoire. (J’ai déjà vu dans un abattoir, il y a plusieurs années, qu’on commençait à découper la tête ou les pattes alors que les bovins perdaient seulement leur sang et n’étaient pas encore morts).

    • En abattage d’urgence, on constate que les animaux blessés (notamment les vaches) ne sont pas toujours abattus tout de suite, comme il se doit et selon le caractère d’abattage d’urgence, mais qu’ils sont laissés en souffrance dans le local.

      De même, les conditions de chargement et déchargement des animaux blessés reste également à revoir.

      Encore trop de cochons ou de truies, blessés ou dans l’incapacité de se mouvoir ne sont pas abattus là où ils se trouvent comme la loi l’exige, c’est-à-dire dans le camion ou sur le quai. Au contraire, ils sont tirés coûte que coûte au bout d’un câble métallique jusqu’au poste d’abattage, et parfois suspendus au bout d’un treuil. Parfois ces animaux peuvent être laissés sur le quai toute la nuit.


      • Des animaux dont l’inaptitude aux transports est prévue par les textes pour les protéger sont toujours véhiculés jusqu’à l’abattoir, et trop souvent sans retour par un PV que peuvent dresser les services vétérinaires.

      • Il y a aussi le problème de la compétence de certains sacrificateurs en abattage rituel, notamment pour les sacrificateurs musulmans, car il suffit d’une autorisation des Mosquées agréées pour être apte à devenir sacrificateur, sans avoir de réelles compétences. Bien souvent, il est constaté une absence de l’autorisation en cours de validité.

      • Certains abattoirs sont mal équipés pour l’abattage des porcelets.

      • L’abreuvement en eau des animaux en attente n’est pas toujours fait.

      • Etc.

       

      Toutefois, je dois dire qu’il y a une amélioration dans certains abattoirs qui font maintenant attention à l’animal lors de cette étape de la mise à mort. Il y en a qui s’en sont toujours préoccupés, et la demande du consommateur pour un traitement moins mauvais des animaux d’abattoirs rend certains plus vigilants. J’ai visité récemment un abattoir où, dans la bouverie, de la musique celtique était diffusée pour les vaches en attente. Pourquoi pas ? Dans la bouverie, les animaux profitaient de paille propre et d’eau claire à volonté. Mais était-ce vraiment représentatif ? Car j’avais dû prendre un rendez-vous pour effectuer cette visite : elle était programmée par la direction de l’abattoir.

 

 

vendredi, 18 janvier 2013

Celui qui donna naissance à Jud Allan

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Paul d'Ivoi


A cheval entre les XIX° et XX°siècles, Paul d'Ivoi est né Paul Deleutre en 1856 et mort en 1915.

Il a la particularité d'être issu d'une famille où chaque homme, depuis plusieurs générations, écrivait à ses heures libres, en dehors du travail, et signait du pseudonyme Paul d'Ivoi. Son grand-père Edouard Deleutre et son père Charles Deleutre signaient déjà Paul d'Ivoi.


Paul d'Ivoi
mène une double carrière d'écrivain et de journaliste.

Aussi connu que Jules Verne à son époque, il est plus confidentiel aujourd'hui. Pourtant, ses romans restent passionnants à lire. Il reste que sa veine très patriotique et sa vision parfois caricaturale des autres peuples nuisent beaucoup à sa réputation. Il ne serait pas politiquement correct de le faire lire aux enfants d'aujourd'hui.

Paul d'Ivoi écrit des romans à mi-chemin entre le roman d'aventures et le roman policier.
Parmi ses romans, citons Les cinq sous de Lavarède et Jud Allan.

Jud Allan, roi des lads, ou Jud Allan, roi des gamins (selon les éditions...) est susceptibles de vous faire passer de longues et belles soirées d'hiver. Au coin du feu, un whisky fumé sur le guéridon à côté de votre fauteuil, ou au fond de votre lit, une tisane fumante sur la table de nuit, vous vous laisserez bercer par son style poétique et ampoulé, par ses tendances sombres, par ses tendances rouges, par ses tendances mystiques.

UNIVERS DE JUD ALLAN
La route, l'errance
L'aristocratie ou la haute bourgeoisie
Le monde des pauvres, des orphelins
La solidarité internationale des enfants orphelins : comme une sorte d'Oliver Twist français
La pègre, les gangsters, les organisations occultes
La mer, les marins
L'Amérique des grandes étendues sauvages, l'Amérique des villes et du progrès technique
Le Mexique fascinant où s'entremêlent les destins entre les villages indiens et les haciendas
La France paradoxale, et l'Espagne languissante, et l'Angleterre mi-puritaine, mi-voyouse
Les faux-monnayeurs
Les animaux
Les secrets de famille
Le suicide, le meurtre
L'hypnose

 

jud allan, paul d'ivoi

jeudi, 17 janvier 2013

Qu'est-ce que le polar ? - Paralittératures

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Photos de H.L.


Né à l'aube du XX°siècle, le polar a connu un grand essor depuis.

Un jour, nous étudierons la définition de polar, ou roman noir ; ainsi que l'expression "paralittérature".

Nous parlerons de Paul d'Ivoi, à cheval entre le roman d'aventure et le roman policier ; Gaston Leroux, précurseur à la fois du roman policier français et du roman d'horreur et de fantastique ; Maurice Leblanc et son frère-ennemi, sa créature Arsène Lupin.
Nous mentionnerons l'existence de la collection, chez Gallimard, de la Série noire, pour s'introduire dans les arcanes de la collection enfantine de mini-polars Souris noire.

Un soir, nous relirons ensemble plusieurs albums illustrés directement inspirés du polar : La reine des fourmis a disparu, de Roca et Bernard ;
La série des Chatterton, d'Yvan Pommaux ;
Et le scandaleux Petit chaperon rouge, de Sarah Moon.


Qu'est-ce que le polar ?


Le mot polar correspond au mot anglais "thriller".

Avant "thriller", on disait, en anglais, "detective novel".


Pour traduire "detective novel" en français, les Français ont d'abord hésité entre "roman policier" et "roman judiciaire". Selon le Dictionnaire historique de la langue française, l'expression "roman policier" date de 1908.

Peu à peu, "roman policier" s'est imposé, on a cessé de dire "roman judiciaire".
Et puis, pour parler plus vite, on dit, "un policier" pour désigner un roman policier.

Enfin, de façon argotique, "policier" est devenu "polar".
Selon le Dictionnaire historique de la langue française, le mot "polar" date de 1970.

ROMAN NOIR
Une autre expression est employée en français pour parler du polar, c'est le "roman noir". Noir, parce que l'univers de cette littérature est sombre. Les événements s'y déroulent souvent la nuit, dans les quartiers laissés à l'abandon, dans des zones oubliées par la société. Ce qui est blanc est assimilé à la lumière, ce qui est noir à la nuit. De plus, à l'instar du polar américain, le polar a souvent une connotation sociale : on y dévoile les aspects les moins reluisants de la société, on y dénonce la corruption.
Le monde du polar est le monde du sombre, du caché, du ténébreux, l'inframonde, celui que les "gens normaux" ne voient pas ou ne veulent pas voir.

ESTHETIQUE
Enfin, sur le plan éditorial, le polar est lié à une certaine esthérique, noire et blanche avec un peu de rouge, pour le sang. L'identité visuelle du polar est présente dès la couverture du roman. Souvent, les auteurs jouent avec cette identité, s'habillant en noir, ayant des airs de personnages de leurs romans.

FESTIVAL
Il existe plusieurs Salon du polar en France. Le plus connu est celui qui a lieu dans la ville de Cognac, en Charente.

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La ville de Cognac :

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(Photo volée ici)

 

La boisson "Cognac" :

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Paralittératures

Qu'est-ce que la paralittérature ?
Le mot désigne les littératures populaires, celles qui ne sont pas considérées par les "élites" comme de la vraie littérature.
Un prestige est attaché à la littérature. Aussi, tout ce qui est écriture mais n'accède pas à ce prestige est taxé de paralittérature.

Ce mot a été inventé pour désigner le roman populaire, celui qui connait des tirages de masses, un grand succès populaire, écrit par des auteurs dénués d'élitisme.
Exemples au XIX°siècle : Alexandre Dumas, Eugène Sue. Eux, ont fini par être reconnus comme des écrivains à part entière.

Exemples de paralittératures :

Littérature pour les enfants
Roman noir (ou polar)
Science-fiction
Fantastique (fantasy)
Littérature érotique
Roman photo
Bande dessinée
Roman historique

Bien que la poésie ne soit pas vraiment de la littérature, on ne la classe pas dans les "paralittératures", car elle a un grand prestige.


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ROMANS DE GARE

Pour cette littérature dite facile (facile à lire, soi-disant facile à faire !), on emploie aussi l'expression "romans de gare" : les romans qu'on achète dans une gare pour se distraire lors d'un voyage en train.
Faciles à lire, ce sont, soit des romans policiers, soit des histoires d'amour à l'eau de rose (sirupeuses).

Exemple : Les écrivains Guy des Cars et Jean des Cars, auteurs très populaires, méprisés par les élites, étaient souvent appelés par les critiques "Guy des Gares" et Jean des Gares, pour souligner qu'ils ne faisaient pas de la vraie littérature, mais des romans de gare.

Le cinéaste Claude Lelouch a tourné un film intitulé Roman de gare... Qui raconte l'histoire d'une écrivain de romans policiers.

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En bref, le mot paralittérature a d'abord servi pour décrire tout ce qui, dans le domaine littéraire, recevait le mépris des universitaires.
Puis, peu à peu, un intérêt s'est accru pour les littératures populaires. Alors le mot paralittérature a pris le sens de "littératures marginales".
Mais, bientôt, avec Internet, l'affluence des oeuvres multimédia, il y aura certainement moins besoin de séparer radicalement la "littérature noble et pure" des autres littératures.

Alors, comment fera-t-on pour établir une différence entre l'art des élites, respectable, et l'art des masses, pitoyable ? Bah, on inventera autre chose !

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mercredi, 16 janvier 2013

La vérité comme une bombe

xavier de maistre

Xavier de Maistre, écrivain (1763-1852) était bien différent de son frère Joseph, dont nous nous souvenons mieux. Pourtant, Xavier, auteur du Voyage autour de ma chambre, n'est-il pas infiniment plus subtil et raffiné ?

xavier de maistre


Nous étions heureux par nos erreurs - et maintenant - ah ! Ce n'est plus cela : il nous a fallu lire, comme les autres, dans le coeur humain, et la vérité, tombant au milieu de nous comme une bombe, a détruit pour toujours le palais enchanté de l'illusion.

Xavier de Maistre

lundi, 14 janvier 2013

Maître de Ravenswood : soirée Rouge Célibat

Nous accueillons, pour la première fois, le Maître de Ravenswood. Il interviendra tous les lundis soirs sur AlmaSoror pour nous donner une idée de soirée à passer, seul ou accompagné.


Laissons-lui la parole.

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Soirée Rouge célibat

Chers frésoeurs d'AlmaSoror,

Je vous propose de passer une soirée Rouge célibat.

Rouge, parce que vous boirez une boisson rouge. Vin rouge (par exemple le Démon de midi languedocien ou bien le Rasteau d'élodie Balme), ou toute autre boisson rouge (tel un jus de fruits rouges).
Vous aurez un szlaszeck aux champignons (végétarien), acheté quelque part ou confectionné par vos soins, et une galette des rois pour une personne. Si vous n'aimez pas la cuisine syldave, remplacez le szlaszeck par un beignet aux champignons.

Célibat parce que vous baignerez dans l'étymologie de ce mot beau comme l'amour, comme le sang, comme la révolution : caelebs. Le célibat, c'est la vie céleste... C'est la vie de celui qui ne s'appuie pas sur l'autre.

Vous rentrerez chez vous et éteindrez toutes les lumières vives pour ne laisser qu'une lampe suffisante à la lecture.

Vous allumerez une bougie que vous installerez dans un coin obscur de la pièce, et que vous pourrez voir depuis l'endroit où vous serez installé.

Vous vous munirez des Mémoires d'outre-tombe, de François René de Chateaubriant et vous lirez, toutes les dix pages, trois paragraphes.

Peut-être pendant la lecture, ou bien plus tard, quand vous aurez lu une ou deux heures, vous pourrez écouter Standchen, de Franz Schubert, et Red Wind de Jan Gabarek. Les voici :

Et vous vous demanderez : «laquelle de ces musiques me fait oublier une vision du monde bâtie sur les notions sociales d'échecs et de réussite ? Laquelle me rapproche le plus de l'intelligence universelle qui nous embrasse tous dans le grand baiser du Poisson immense ? Laquelle m'emporte là où l'on ne voit plus que les âmes des êtres ?» Impossible en ces terres spirituelles de distinguer le grand ou le petit, le riche ou le pauvre, le moraliste ou le délinquant, l'homme ou la femme, l'animal ou l'homme. Seules les âmes se meuvent et palpitent. Certaines sont déchiquetées. Certaines sont douces. Certaines sont grandes. Certaines sont monstrueuses. Sans visages, on ne voit plus que leur vérité pure, et on pleure de savoir que c'était cela, et ce n'était que cela, la vérité : l'âme telle qu'elle est.

Alors, la bougie dans le coin qui vous fait face, le halo lumineux de la lampe au-dessus de votre livre, la pénombre alentour, vous finirez le vin rouge et les miettes qui restent de la galette. Et vous aurez la fève, et vous vous couronnerez, et vous choisirez la plus belle âme du monde pour votre roi, pour votre reine.

Rouge est le célibat des amis de Maître Ravenswood.

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Une Marche humaine (un texte de 2007)

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Les conditions d’existence des animaux sont très dégradées depuis que l’homme a pris les commandes de toute la surface terrestre. La manière de les traiter fait débat, et les tenants de tous les camps se battent à coup d’arguments biologiques, philosophiques, religieux. Pour chacun, il s’agit de prouver la véritable place de l’homme et les droits que cette place lui confère.

Faut-il alors se persuader, comme dans la Ferme des animaux de George Orwell, que « tous les animaux sont égaux, mais il y a des animaux plus égaux que d’autres » ? Ou penser, avec Marguerite Yourcenar, que « La protection de l’animal, c’est au fond le même combat que la protection de l’homme » ?

 

La procession des voix pour les sans voix

« Je continuerais à me nourrir de manière végétarienne même si le monde entier commençait à manger de la viande. Cela est mon opposition à l’ère atomique, la famine, la cruauté - nous devons lutter contre. Mon premier pas est le végétarisme et je pense que c’est un grand pas ». Isaac Bashevis Singer

Une procession aura lieu le 24 du mois de mars de l’année 2007. Elle partira à deux heures de l’après-midi de la place du Panthéon.

Des êtres humains se rassembleront pour demander à ce que leur dignité humaine soit respectée, et qu’on ne massacre plus en leur nom.

La cause animale est une très vieille cause, mais elle n’a jamais fait l’objet de grands débats publics dans nos sociétés, ou bien ces débats ont sombré dans l’oubli. Elle est parfois couverte de ridicule, comme si la cause animale était une passion enfantine. Pourtant, comme le disait Emile Zola, « la cause des animaux passe avant le souci de me ridiculiser ».

La nature animale ou les individus animaux

Il y a plusieurs façons de vouloir protéger les animaux. Deux grandes tendances se dégagent du paysage varié de la réflexion sur la condition animale en terre humaine.

La première est globale : les associations de défense de la nature représentent ce courant : on y défend les loups parce qu’ils font partie de la nature. Il s’agit de préserver la diversité des espaces et la capacité de la terre d’accueillir la vie sauvage.

La seconde est fondée sur le respect de l’être animal. Il représente un « humanisme élargi ». Ainsi, les fondations qui prônent cette vision ne défendront pas une politique visant à réintégrer des ours dans une région, parce que cette politique privilégie le groupe des ours au détriment des individus qui seront sacrifiés (transports, adaptation...) à la cause du groupe. Cette fraternité-là envers les animaux leur reconnaît une identité de « personne ».

Mais ces deux tendances, globale et individuelle, sont souvent appelées à soutenir les mêmes causes.

Une fraternité élargie

« Très jeune j’ai renoncé à manger de la viande et le temps viendra où les hommes regarderont les meurtriers d’animaux avec les mêmes yeux que les meurtriers d’êtres humains ».Léonard de Vinci

Une des premières réactions qui nuit à la défense des animaux consiste à penser que leur protection se ferait sur le dos d’êtres humains. Ce n’est pas le cas ; la plupart des associations se situent dans une ligne résolument humaniste. De grands philanthropes ont soutenu la cause des bêtes, tel le médecin Albert Schweitzer, l’astrophysicien Hubert Reeves, ou encore le Mahatma Gandhi, qui disait : "Je hais la vivisection de toute mon âme. Toutes les découvertes scientifiques entachées du sang des innocents sont pour moi sans valeur."

De façon moins soucieuse et plus cruelle, on reproche aux défenseurs des animaux de faire montre d’une sensiblerie niaise, faible. Mais l’aventurier Mark Twain, qui prit des risques de toutes sortes au cours de sa vie, prit aussi celui du « ridicule » : "Peu m’importe que la vivisection ait ou non permis d’obtenir des résultats utiles pour l’homme. La souffrance qu’elle inflige à des animaux non consentants est le fondement même et la justification pour moi suffisante de mon aversion, un point c’est tout."

Assimilation et opposition de l’animal et de l’homme

Quelle propagande nous a construit ces croyances auxquelles nous nous accrochons comme à une bouée de sauvetage ? Celle qui oppose à l’Art, la nécessité ; celle qui oppose à l’affection, l’instinct ; celle qui oppose à la pensée verbale, le néant ; et celle qui oppose à la souffrance humaine, l’insensibilité animale ?

Nous avons déjà bien montré que nous sommes capables des pires atrocités, sur nous-mêmes, les hommes, sur les bêtes et sur la nature. Il nous reste à témoigner de nos aspirations à la liberté, à la beauté de la nature, au pacifisme de l’Art et au respect de la vie.

S’il faut absolument s’extraire du monde animal, plutôt que par l’assassinat et l’exploitation massifs, optons pour l’attitude fraternelle de celui qui a les moyens de maîtriser ses propres besoins et peut tendre une main amie.

La fête sanglante

Mais pour cela, il faut d’abord contempler le monde tel qu’il est au risque de le voir plus horrible que ce que l’on voulait imaginer. Comme l’écrit Florence Burgat, « lever le silence qui entoure ce massacre trouble impardonnablement une fête qui en passe par le sacrifice animal. Mais notre luxe le plus profond tient surtout dans la douleur tonitruante d’animaux dont nous avons manqué la rencontre, et qui, au fond de leur cachot, attendent quelque chose que nous ne leur donnons pas ».

Déserte est la nuit de l’homme abstrait.
Raoul Vaneigem

Le 24 mars 2007, à Paris, des humains rassemblés défileront silencieusement par solidarité envers ceux qui n’ont point la parole.

Car de nos jours où tout est bétonné, enserré, mécanisé, qu’il soit homme ou bête, désert est le jour de l’animal concret.

 

Edith de CL

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