dimanche, 25 novembre 2012
Appel nocturne
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Ces bêtes qu’on abat : Infractions en abattage rituel
C'est une saga qu'aucun scénariste n'aurait le courage d'écrire. Les films les plus gores ne sont que des comédies Walt Disney en comparaison. Les plus courageux d'entre vous auront sans doute du mal à la suivre jusqu'au bout...
C'est la saga interdite aux profanes.
AlmaSoror est fière de proposer sur son site l'extraordinaire saga de la viande. Celle qu'on ne lit jamais, celle dont on entend jamais parler, celle qui a lieu dans des endroits où l’œil citoyen ne peut pénétrer.
Si vous ne vous sentez pas capable de la lire, sachez que l'enquêteur l'a écrite. Sachez que des milliards d'individus la vivent aux portes de nos villes. Si vous n'êtes pas capable de la lire et que vous êtes capable de consommer le résultat, alors vous êtes un merveilleux citoyen du Meilleur des Mondes.
Voici donc le journal de Jean-Luc Daub, enquêteur dans les abattoirs français.
Ces bêtes qu'on abat peut s'acheter en version imprimée :
Ou bien se lire sur cette page qui lui est dédié.
Infractions en abattage rituel
Dans un abattoir près de Paris, dont le responsable s’était converti à l’islam, tous les animaux étaient abattus selon le mode rituel, y compris ceux qui, précisément, n’étaient pas destinés à l’abattage rituel. Ce qui est interdit, car les animaux destinés à l’abattage classique doivent faire l’objet d’un étourdissement préalable, juste avant la saignée. Pire encore, le matériel d’étourdissement avait été enlevé et proscrit, car il avait été déclaré « impur ». Dans cet abattoir, un jeune technicien vétérinaire s’était opposé à un abattage barbare. En effet, une personne voulait tuer un bovin selon le mode opératoire de son pays, en lui sectionnant les tendons des pattes à l’aide d’un couteau pour le faire tomber au sol et l’égorger par la suite. De plus, les bovins étaient suspendus par les deux pattes arrières avant d’être égorgés rituellement. L’abattoir, connu des services vétérinaires, existait alors qu’il n’avait aucun agrément administratif. Il n’avait théoriquement pas le droit de fonctionner. Pourtant, les activités se déroulaient au quotidien, avec la présence d’un technicien vétérinaire.
Mouton suspendu par une patte, ce qui est interdit !
Phot Jean-Luc Daub
Voici encore d’autres cas d’infractions relevées, concernant l’abattage rituel dans un abattoir du sud-ouest de la France. Il s’agissait d’infractions commises lors de l’abattage rituel musulman. En effet, après avoir mis une quinzaine de moutons dans la case où avait lieu l’abattage, l’employé les suspendait un par un par une patte arrière. Un stock tampon de moutons se créait, car l’égorgeur prenait tout son temps pour les saigner. Non seulement, l’infraction était caractérisée par la suspension des ovins mais, de plus, plusieurs moutons en attente la tête en bas se débattaient pour se dépêtrer de cette situation.
À mon arrivée, l’abattage rituel des veaux avait été interrompu. Après avoir demandé des explications, le directeur de l’abattoir m’indiqua évasivement qu’un sacrificateur venant de Nîmes devait arriver. Comme je le questionnais encore, il
m’avoua que celui que je venais de voir n’était pas en possession de l’autorisation officielle de sacrificateur, et que par conséquent il n’avait pas le droit d’égorger les veaux.
Dans un autre abattoir, du Puy-de-Dôme, il en était de même concernant l’abattage rituel musulman. Les moutons étaient suspendus par une patte arrière à plusieurs mètres du sol, le rail de suspension étant très haut. Les moutons étaient égorgés loin de l’enclos de départ. Ils se débattaient tout au long du parcours. De plus, le poste de saignée était très en hauteur. Les deux sacrificateurs n’étaient pas en règle concernant leur agrément. Ils n’avaient pas d’autorisations délivrées par les grandes mosquées agréées ou par les préfectures. L’un deux, lorsque je lui demandai s’il pouvait me montrer son agrément, me dit qu’il n’en avait pas besoin puisqu’il était imam, que cela était suffisant et que je devais aller me faire voir !
En abattage classique, l’employé était seul à effectuer l’acheminement, la suspension et l’étourdissement. Il accrochait les moutons sur la rampe de montée, se saisissait de la pince électrique qu’il appliquait en même temps que les moutons étaient tirés en hauteur par la rampe. Dans l’ensemble, les moutons étaient suffisamment étourdis, mais certains avaient tendance à se réveiller une fois arrivés au poste de saignée, qui se trouvait très loin du poste d’étourdissement.
Quant à la formation obligatoire du personnel concernant la protection des animaux au cours de l’abattage, rien n’avait été mis en place, ainsi que me l’ont dit les employés eux-mêmes. La réponse du bureau de la protection animale du Ministère de l’Agriculture concernant cet abattoir fut laconiquement administrative : « Les problèmes d’hygiène de l’établissement sont prioritaires sur la protection animale, aucune action ne pourra être prise par le Bureau de la Protection Animale. Les manquements à la protection animale sont imputés à un employé qui mettrait de la mauvaise volonté. Les conséquences d’une fermeture seraient trop importantes pour la situation économique générale ». Sans commentaire !
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jeudi, 22 novembre 2012
Souvenir de l'école primaire : deux poésies d'automne
« Automne malade et adoré
Tu mourras quand l'ouragan soufflera dans les roseraies
Quand il aura neigé
Dans les vergers
Pauvre automne
Meurs en blancheur et en richesse
De neige et de fruits mûrs
Au fond du ciel
Des éperviers planent
Sur les nixes nicettes aux cheveux verts et naines
Qui n'ont jamais aimé
Aux lisières lointaines
Les cerfs ont bramé
Et que j'aime ô saison que j'aime tes rumeurs
Les fruits tombant sans qu'on les cueille
Le vent et la forêt qui pleurent
Toutes leurs larmes en automne feuille à feuille
Les feuilles
Qu'on foule
Un train
Qui roule
La vie
S'écoule»
Guillaume Apollinaire
«Je vais vous dire ce que me rappellent tous les ans, le ciel agité de l’automne, les premiers dîners à la lampe et les feuilles qui jaunissent dans les arbres qui frissonnent ; je vais vous dire ce que je vois quand je traverse le Luxembourg dans les premiers jours d’octobre, alors qu’il est un peu triste et plus beau que jamais ; car c’est le temps où les feuilles tombent une à une sur les blanches épaules des statues.
Ce que je vois alors dans ce jardin, c’est un petit bonhomme qui, les mains dans les poches et sa gibecière au dos, s’en va au collège en sautillant comme un moineau.
Ma pensée seule le voit ; car ce petit bonhomme est une ombre ; c’est l’ombre du moi que j’étais il y a vingt-cinq ans ; Vraiment, il m’intéresse, ce petit : quand il existait, je ne me souciais guère de lui ; mais, maintenant qu’il n’est plus, je l’aime bien.
Il valait mieux, en somme, que les autres moi que j’ai eus après avoir perdu celui-là. Il était bien étourdi; mais il n’était pas méchant, et je dois lui rendre cette justice qu’il ne m’a pas laissé un seul mauvais souvenir ; c’est un innocent que j’ai perdu : il est bien naturel que je le regrette ; il est bien naturel que je le voie en pensée et que mon esprit s’amuse à ranimer son souvenir.
Il y a vingt-cinq ans, à pareille époque, il traversait, avant huit heures, ce beau jardin pour aller en classe. Il avait le coeur un peu serré : c’était la rentrée».
Anatole France
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mercredi, 21 novembre 2012
Fragment de Nietzsche
« Tous les peuples se couvrent de honte lorsqu'on se réfère à une société de philosophes si merveilleusement exemplaire : celle des premiers maîtres en Grèce, Thalès, Anaximandre, Héraclite, Parménide, Anaxagore, Empédocle, Démocrite et Socrate. Tous ces hommes sont taillés tout d'une pièce et dans le même roc. Une stricte nécessité régit le lien qui unit leur pensée et leur caractère. Toute convention leur est étrangère, car la classe des philosophes et des savants n'existaient pas à l'époque. Ils sont tous, dans leur grandiose solitude, les seuls qui, en ce temps-là, aient vécu pour la seule connaissance. Tous possèdent cette vigoureuse énergie des Anciens par quoi ils surpassent toute leur postérité, l'énergie de trouver leur forme propre, et d'en poursuivre, grâce à la métamorphose, l'avènement dans son plus infime détail et dans son ampleur la plus grande. Aucune mode en effet n'est venue leur prêter main-forte et leur faciliter les choses. Ils forment ainsi, à eux tous, ce que Schopenhauer, par opposition à la République des savants, a appelé une République des génies. Les géants s'interpellent à travers les intervalles désertiques de l'histoire et, sans qu'il soit troublés par les nains insouciants et bruyants qui continuent à ramper au-dessous d'eux, leur sublime dialogue entre esprits se poursuit ».
Friedrich Nietzsche
La philosophie à l'époque tragique des Grecs (vers 18701-73)
Chapitre premier
Traduction J-L Backe, M Haar & B de Launay
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mardi, 20 novembre 2012
Peine de cœur

Papa habite dans une très grande maison loin derrière la ville, avec d’autres papas. 
Comme nous, ils mangent à la cantine,
ils se disputent dans la cour de récréation. 
Comme nous, ils n’aiment pas obéir, ils ont peur du noir. 
Comme nous, ils rêvent de jouer à quelque chose. 
Papa apprend à fabriquer des boites dans un atelier.
Son maître est gentil. 
Il apprend à écrire dans un autre atelier. Sa maîtresse est nulle. 
Comme moi, il voudrait voler dans le ciel avec les oiseaux. 
Comme moi, il voudrait dormir dans le lit de maman. 
Comme moi, il rêve de partir quelque part. 
Papa s’ennuie dans la très grande maison loin derrière la ville. 
Il s’ennuie du matin au soir au milieu du fer, des clous, des portes. 
Le jour, son cœur est fermé.
La nuit, il entend son cœur frapper comme un tambour. 
Comme moi, il ferme les yeux pour se souvenir de notre porte d’entrée. 
Comme moi, il sent des larmes quand il imagine notre princesse avec sa robe bleue, avec son sourire rouge. 
Comme moi, il attend de rentrer à la maison. 
Papa a pris quatre ans, dont deux avec sursis. 
Edith de CL
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