dimanche, 25 juillet 2010
Vous reveniez le soir en longeant les remparts

La photo est de Sara
(un billet d'Edith)
Vous ? Vous n'aviez ni la faim, ni la soif. Vous viviez au bord du monde. Vous disiez : "les cyprès du Liban... Les cyprès du Liban"... Et vous chantiez des psaumes d'un genre antique, d'un mode nouveau. Vous n'aimiez ni les riches, ni la misère, ni les habits de ceux qui prient, ni la hargne de ceux qui se battent. Vous saviez qu'on n'est qu'un souffle et que ce souffle passe comme une fleur de pissenlit. Vous reveniez le soir en longeant les remparts de la ville blanche aux Salamandres, vos croix sur la poitrine, vos sandales fleuries. Vous suspendiez vos harpes aux branches des arbres et vous promettiez de ne jamais oublier Saint-Jean en Ville, notre ville solitaire au milieu des montagnes. L'un d'entre vous pleurait toujours : il était né loin, là-bas, au bord de la mer, sans cesse il regrettait l'odeur salée des côtes. Il se sentait étranger, mal aimé parmi nous. Vous l'entouriez sans l'aimer : vous n'aimiez que Dieu, le Père, et son Fils étrange. Toutes vos femmes s'appelaient Marie, toutes vos mères s'appelaient Anne. Vos fils portaient les noms de Joseph, Antoine, Melchior, Louis, François, Augustin, Thomas, Rieul. Ils n'avaient pas le droit de jouer avec les nôtres, qui s'appelaient Nubis, Lucas, Ronan, Loup, Arès, Daniel. Vous ne nous disiez jamais ce que vous pensiez de nous. Nos enfants s'en allaient vous espionner le dimanche, jour de culte. Ils escaladaient les murs de vos cloîtres et observaient vos rites, écoutaient, des heures entières, vos chants. Ils revenaient fascinés et nous leur disions : ils sont fous. Vous étiez fanatiques et notre culte insouciant vous paraissait barbare. Aujourd'hui, qu'êtes-vous devenus ? La ferveur qui vous portait s'est enfui. Vos rites sont vides comme des oiseaux morts. Et vos enfants viennent souvent brûler leur jeunesse à nos fêtes, aux solstices.
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samedi, 24 juillet 2010
Ce qu'il dirent d'AlmaSoror
Axel Randers, Hélène Lammermoor, Tieri Briet, Katharina Flunch-Barrows, Guéric Belanc, collectif 127-B "Étoile de mer"
"L'agence AlmaSoror a peur du noir mais elle entre pourtant dans les ténèbres car la lumière qui en émane illumine".
Axel Randers
"AlmaSoror, je te hais".
Hélène Lammermoor
"On pourrait dire d'Alma Soror que c'est le plus beau journal du monde, au sens où l'entendait Michel Butel quand il sortait L'autre journal, puis Encore pendant la première guerre du golfe, deux aventures journalistiques qui façonnèrent, au fil des années 80 et 90, une idée assez fulgurante de la beauté et de l'attente. Alma Soror est de la même veine : un journal tellement beau qu'on ose à peine y croire, mois après mois. On écarquille les yeux en lisant le sommaire, on se dit qu'elle est folle et puis on lit, on se passionne et on se dit qu'elle a raison d'être folle. Mais la beauté d'AlmaSoror a cet éclat supplémentaire d'être à peu près clandestine".
Tieri Briet
Lire l'article entier de Tieri Briet ici : AlmaSoror, l'âme soeur
"Le journal d'AlmaSoror fut une promesse, il fut longtemps une promesse, il nous a laissé croire qu'un autre monde était possible puisqu'un autre journal existait. Et puis, comme toutes les belles initiatives, celle-ci a vite été récupérée. Edith de CL s'est laissée entraînée par la blogosphère ou par je ne sais quel amas de groupies et s'est mesquinisée, sans s'en rendre compte, sans le vouloir. Elle nous aura au moins permis de croire, un temps, à la possibilité d'un fente".
Katharina Flunch-Barrows
"Ceux qui font AlmaSoror alternent entre des périodes d'exultation et des périodes de léthargie. Ce qui fait que je ne peux m'empêcher d'aller voir régulièrement sur "http://almasoror.hautetfort.com/", s'il y a des nouvelles ambiances qui montent. On s'y baigne et on oublie un peu tout ce qui tourne autour. C'est bien. C'est tout."
Guéric Belanc
AlmaSoror est née en 2006, grâce à une soeur humaine dont le prénom contient le mot "anges", en hommage à une soeur canine dont le prénom contient le mot "ange".
Maison de production indépendante, label de musique indépendant et blog, AlmaSoror s'attache à se détacher du temps administratif, du temps politique, de l'Empire psychologique et social pour entrer dans la Nuit sociétale. Là, émerge une zone imaginaire, où se tissent nos oeuvres.
Une des particularités d'AlmaSoror est d'être imparfait(e) : tout ce qu'AlmaSoror fait est imparfait. Alors, plutôt que de lutter contre les échecs et les ratages, activité qui nous paraissait équivalente à celle de dresser un barrage contre le pacifique, nous nous sommes dit(s) : chevauchons cette imperfection, puisque elle s'ébroue sans cesse entre nos mains et notre esprit. Chevauchons-là sans bride ni selle et voyons où elle nous mène.
Je crois qu'elle nous mènera au pays de crin blanc. Mais ce n'est qu'une supposition. Pour l'instant, nous chevauchons, la peau tendue, les yeux brûlés, les cheveux au vent glacé de l'hiver qui approche".
Présentation d'AlmaSoror, rédigée à Insomniapolis un jour de décembre 2010, par le collectif 127-B "Étoile de mer"
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vendredi, 23 juillet 2010
Les trois volets de la fin de l'empire romain

Extraits de l'historien Fustel de Coulanges (XIXème siècle)
"Les hommes (dans l'empire romain) étaient administrés, protégés, surveillés par une puissance très éloignée et très haut placée, dont l'action s'exerçait sur eux par une hiérarchie de fonctionnaires"
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mercredi, 21 juillet 2010
L'excommunication des insectes
Un extrait du livre de Serge Schall, publié aux éditions Plume de Carotte, De mémoire de vergers.

photo de Sara
"Les procès d'animaux sont courants depuis le Moyen Âge, mais il s'agissait surtout de condamner les animaux responsables de la mort ou de blessures graves infligées à l'homme. Nombreux furent les porcs, ayant dévoré un enfant ou l'ayant défiguré, à subir le fouet ou le bâton jusqu'à la mort, ou à être écartelés. Plus surprenant sont les procès faits aux insectes :
En 1516, l'Official des Tréguiers commande aux chenilles de sortir de son diocèse sous peine d'excommunication. En 1587, une attaque de verpillons, de petits charançons vert doré, fait des ravages dans le vignoble de Saint-Julien-Montdenis, en Savoie. Début avril, le procès est précédé d'une expertise à laquelle sont sommés d'assister les verpillons. Les insectes bénéficient d'un procureur d'office et d'un avocat qui plaide, en vain, le non-lieu. En 1690, c'est au tour des chenilles présentes dans le vignoble auvergnat. Demande est faite de nommer un curateur pour les chenilles afin de les assigner devant un juge et de procéder à "l'abjuration des chenilles". On pourrait citer de nombreux exemples, ils fleurissent jusqu'au XIXème siècle".
Serge Schall, de Mémoire de Vergers, éditions plume de Carotte.
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mardi, 20 juillet 2010
l'art blogal

ensablement des cousines, par Sara
(un billet d'Edith et Katharina, né d'une conversation téléphonique)
Le support de l'art blogal ? C'est le blog, c'est à dire l'interface sur la toile où l'on pilote son blog, créée ses billets, ajoute ses images, ajuste sa mise en page... Cette interface peut être basique ou bien, si le blogueur possède quelques connaissances informatiques, personnalisée. Dès lors les jeux de typographie, l'habillage du blog, deviennent réellement beaux.
L'art blogal suit les évolutions des interfaces blogales et est donc techniquement très tributaire, mais cela n'est pas le plus important, parce que c'est un art d'expression, et que la technique ne sera jamais qu'un outil, un moyen pour cette expression.
Le plus important en art blogal, c'est le contenu. Mais pas seulement le fond du contenu : l'ambiance, l'atmosphère visuelle, textuelle, culturelle que dégage un blog revêt une immense importance.
Le blog est souvent une oeuvre multimédia, qui utilise des vidéos, des images, du son et de la musique, liée à d'autres oeuvres multimédia (des sites et des blogs) par des liens. Cette oeuvre blogale multimédia, liée à d'autres oeuvres blogales, peut être intellectuelle, scientifique, artistique, littéraire, ou bien mixte.
L'art blogal au fond renoue avec diverses traditions, comme la tradition de l'art épistolaire, dont madame de Sévigné est l'héraute, la tradition de la relation de voyage et du journal de bord (Alexandre de Humbold et tous les grands voyageurs et missionnaires), les mémoires (Saint-Simon, Chateaubriand), les chroniques, le carnet de recherche (Léonard de Vinci).
Pour l'instant, l'art blogal est libre et gratuit. Libre, car il n'y a pas de diplôme en art blogal, et que cet art blogal n'est pas reconnu comme un art ; gratuit, pour l'artiste comme pour le spectateur. Création d'un blog et accès aux blogs sont à la portée de tous.
Enfin, l'art blogal est vampire. Toute la difficulté de cet art est qu'il faut nourrir la bête. Tous les jours ou presque, il faut nourrir la bête.
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