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mercredi, 28 août 2013

Siobhan Hollow

Siobhan Hollow par Sara.jpg

Siobhan Hollow nous apporte des textes théoriques, poétiques et pratiques sur l'univers du vol libre et du deltaplane.
Elle les envoie par SMS au webstandard d'AlmaSoror, qui tente de conserver le style en créant une ponctuation et en finissant quelques phrases. Elle jure, pourtant, qu'elle écrit à terre, et non dans le ciel depuis son deltaplane. Même à terre, Siobhan plane.

 

Les articles que Siobhan Hollow a écrit pour AlmaSoror :

Le retour de Siobhan Hollow

Entrevue avec Siobhan Hollow, deltaplaniste

Sur Schütz

Vol de pluie

Nocturne estival I : sous le royaume des étoiles

Notes et bulles bleues

Figures célestes

Vol libre et planantes guitares fordjiennes

La nuit, la guerre

Deltaplane

Lancement de la rubrique "vol libre" : hymnes au deltaplane

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vendredi, 02 juillet 2010

Entrevue avec Siobhan Hollow, deltaplaniste

 

arizona_dream flight.jpg

Siobhan, peux-tu te présenter ?

J’habite au bord de la mer, dans une ville pourvue d’un club de vol libre. On peut donc faire du planeur, du deltaplane, du parapente. Je fais presque tous les jours du deltaplane, assez souvent du parapente et chaque dimanche, quand le temps le permet, nous sommes plusieurs à partir en planeur.

 

Comment vis-tu ?

Je vis des économies que j’ai faites en dix ans de travail dans la banlieue parisienne, j’ai été employée dans un magasin de fringues, puis serveuse, puis serveuse-responsable d’un bar. Je tiens comme ça depuis 3 ans, car tout le temps que j’étais au chômage (4 ans), je n’ai pas touché à mes économies, et même j’ai continué d’en faire. Mais un jour, sûrement, il faudra recommencer à travailler.

Tu n’as pas d’ambition professionnelle ?

Non.

 

Tu as des ambitions sur d’autres plans ?

Oui. J’ai des ambitions en vol libre : acquérir un plus grand calme en cas de danger, aller plus loin dans mes recherches d’équilibre, de mouvement, d’esthétique, sentir mieux le vent.

J’ai aussi des ambitions en guitare. Je joue de la guitare, j’avais suivi à plusieurs reprises quelques cours mais je n’arrivais pas à travailler régulièrement. Je préfère faire mon chemin guitaristique toute seule. Avec mon ordinateur je m’enregistre. Je compose, créée des œuvres et continue à me cultiver en lisant beaucoup de choses sur l’histoire de la guitare et en écoutant et réécoutant des œuvres. Une de mes plus grandes influences est Terje Rypdal. Mais il y a aussi Manitas de Platas, et plus récemment, grâce à toi qui m’as offert le disque, j’ai pu découvrir des œuvres contemporaines de guitare classique, jouées par Nadia Gerber.

 

Cherches-tu à te produire dans des lieux ?

Non. Je n’ai pas le courage de chercher, de me prendre des portes dans la figure. D’ailleurs, je ne suis pas sûre que ça m’intéresse vraiment de me produire en public. En revanche, je me voie bien ouvrir un blog sur Internet où je pourrais présenter mes compositions.

 

Comment vois-tu l’histoire de ta vie ?

J’ai renoncé à pas mal d’idées et de prétentions de jeunesse, en trouvant qu’une certaine vie sociale était trop compliquée pour moi. Mais j’ai rencontré quelques amis qui me donnent une certaine affection et qui partagent des moments avec moi, je ne me sens donc pas complètement seule. J’éprouve beaucoup de plaisirs solitaires, en plein ciel, avec ma guitare ou encore lors de longues promenades, et enfin en surfant sur Internet toute la nuit, à travers des sites intéressants qui nourrissent mon esprit. Je passe donc une grande partie de mon temps à être heureuse, tout en sachant que j’ai de grosses blessures au fond de moi, comme tout le monde je pense, et que je me prive de certains bonheurs et de certaines satisfactions. Mais cette privation est quelque chose que j’accepte. J’espère rester en bonne santé et pouvoir continuer à vivre dans cette ville, bien qu’il y fasse un peu trop froid et humide.

 

Comment as-tu découvert le ciel ?

Par hasard. Un copain voulait faire un stage de deltaplane mais il ne voulait pas s’inscrire tout seul et il m’a proposé, assez égoïstement dans son intention, de le faire avec lui. Je ne crois pas qu’il ait continué mais pour moi ça a été une révélation : voler dans le ciel. Peut-être que c’était un rêve d’enfance, d’évoluer dans le ciel comme un oiseau. Ça me rappelait Peter Pan, Niels Holgersson et Dumbo l’éléphant volant.

 

Et comment as-tu découvert la guitare ?

Comme tout le monde : on admirait au collège les guitaristes, on voulait tous devenir guitariste et un jour j’ai reçu une guitare en cadeau d’anniversaire. Mais la guitare est une activité complètement privée pour moi : personne ne sait que j’en joue, c’est mon jardin secret.

 

Siobhan, vas-tu continuer à écrire tes chroniques du ciel pour AlmaSoror ? Nos lecteurs appréciaient…

Cela me fait très plaisir que tu aies reçu autant de belles réactions sur mes textes. Du coup cela me donne envie de continuer, et d’être plus sérieuse, dans mon orthographe et dans la régularité de mes envois.

 

Merci de cette entrevenue et bon vol. A bientôt sur AlmaSoror pour tes descriptions de voyages deltaplaniques !

jeudi, 10 décembre 2009

figures célestes

 

Nous créâmes la rubrique deltaplane puisque après Laurent Moonens et ses mathématiques pétillantes et réflexives, après Sara et ses mélanges de littératures, après Axel Randers et ses maladives saines révoltes, après tant d’autres qu’on retrouve dans ce dédale flou de pages virtuelles, Siobhan H accepta de nous rejoindre et de cracher des mots sur la seule activité qui remplit son coeur de joie : le vol libre en deltaplane.

 

Prague, du pont.jpg
photo de Sara

 

 

Je veux vous dire aujourd’hui qu’il n’y a aucune différence entre le vol en deltaplane et la chorégraphie. Nous sommes les créateurs de danses fabuleuses, nous sommes les créateurs de peintures mouvantes du corps dans l’espace. Nos solos chorégraphiques s’imaginent en marchant sur les routes et se réalisent dans le ciel, aux bras de notre deltaplane avec lequel nous faisons corps. 

La danse en solo est libératrice d’une énergie intangible. On ne sait qu’elle existe avant de l’avoir expérimentée ; on l’oublie presque après. La danse est une énergie qui n’existe qu’à partir du moment où on l’actionne, en esquissant un premier pas. On peut continuer les pas, les gestes, même artificiellement, jusqu’à ce qu’une possession ait lieu dans le corps, ou plutôt une passassion de pouvoir : la tête renonce et cède ses droits aux inspirations du corps. 

Je ne danse jamais sur terre : je ne danse qu’en deltaplane, loin des regards. J’improvise des chorégraphies auxquelles je donne des titres. Certaines n’ont lieu qu’une fois et tombent dans l’oubli. Comme les chansons qu’inventent les enfants et qu’ils oublient dès qu’ils cessent de chanter. Un air et des mots nés pour un moment, et morts quand ce moment s’en est allé. D’autres chorégraphies se construirent dans la longueur. Il me faut plusieurs vols pour comprendre ce que je veux dire en mouvements et dessiner ainsi un solo structuré, que j’accomplis jusqu’à ce qu’il soit parfait. J’atteins une telle précision que je regrette que personne n’assiste à ces ébats célestes, j’imagine un moyen de transcrire ces vols chorégraphiques - ou danses volées, danses célestes, comment les appeler ? - afin que des deltaplanistes puissent les reprendre et les accomplir à leur tour, chacun selon un style personnel.

L’écriture céleste est à ses débuts. Peut-être arriverons nous à un art, à des ballets diurnes ou nocturnes, où des gradins surélevés et meublés de longues vues  accueilleraient un public vaste et respectueux, comme à l’opéra, amoureux des figures tracées dans le ciel par ses héros volants. 

Il me semble que le deltaplane n’est pas encore né : il est entrain d’être conçu, et se révèlera au monde comme un art divin, un jour du XXI ou du XXIIème siècle.


Siobhan Hollow

 

mercredi, 04 novembre 2009

Vol libre & planantes guitares fjordiennes

 13, le jardin.jpgphot Sara

 

 

Ces derniers temps, je ne m’envole plus sans Terje Rypdal et Heinrich Shütz. Les musiciens rendent les vols très différents. Avec les sept paroles du Christ en Croix, de Shütz, enregistré par l’ensemble Clément Janequin, je plane d’une façon si nouvelle que j’oublie tout quand je redescends. 

Les autres vols, ceux qu’accompagnent Odyssée, de Terje Rypdal, sont des vols entièrement planés, d’une planance plus traditionnelle. Les montagnes et le ciel se mélangent et chantent ensemble les vents lointains de Norvège, là où j’irai un jour, en deltaplane, sans m’arrêter, un jour où le vent sera fou et les humains qui surveillent occupés à autre chose. 

Bien sûr, mes idéaux chorégraphiques évoluent avec ces deux disques. Odyssée me fait accomplir de lents enchaînement très déployés dans l’espace, avec des tiraillement fébriles aux encoignures des virages. Les sept paroles du Christ en Croix sont plus monumentales et mes figures aussi, plus classiques et très épiques.
 

Je ne redescends jamais tant que le disque n’a pas fini d’écouler toute sa musique. Je ne parle à personne de ces vols à haute intensité musicale : inutile, les moments forts sont toujours indescriptibles. Je m’interroge sur la sensation : doit-elle prendre toute la place dans ma vie ?
 


Siobhan Hollow