dimanche, 29 janvier 2012
Le kir Cornulier : une boisson pour oublier qu'on boit pour oublier
Photo Mavra Nicolaïevna Novogrochneïeva
Le kir Cornulier est une recette de kir créée en douce dans un appartement du fond d'une cour du boulevard du Montparnasse, au tout début de l'an 2012.
C'est tout simplement un mélange, qu'on peut doser selon les goûts de chacun, de champagne et de nectar de rhubarbe.
Ingrédients : champagne & nectar de rhubarbe.
Se boit frais.
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samedi, 28 janvier 2012
Santoori, film imparfait, film émouvant
Un billet d'Olympe Davidson
La prise de risque, la misère technique, l'imperfection des dialogues, l'émouvant jeu des acteurs, la musique facile, faite pour faire pleurer.
Trop de dialogues, plans bizarres mais beaux, complication du scénario, pluie de violences - violence joyeuse, violence glauque - et pourtant ! il y a un grand charme dans ce film de Dariush Mehrjui.
Le beau visage d'un acteur, les cris d'un quotidien pesant, les voiles des femmes soumises, les barbes des hommes soumis... Et la liberté des cinéastes iraniens, si grande, tellement plus grande que celle des cinéastes approuvés par le CNC (Centre National de la Cinématographie française).
Cette oeuvre a été interdite en Iran. Ne crions pas à l'injustice trop facilement : sans avoir tort, nous risquerions d'oublier que partout la liberté est fragile.
Ici, quel cinéaste vraiment libre d'esprit pourrait obtenir l'approbation du CNC et du CSA ?
De nombreux thèmes, s'ils étaient traités, ne passeraient pas en salle.
Pour être producteur, il faut obtenir un visa de l'Etat, et chaque film doit être approuvé (ce qui n'est heureusement pas le cas dans le monde de l'édition !)
Et nous avons, nous aussi, de plus en plus d'interdits sur les opinions et les comportements.
La liberté des cinéastes iraniens interroge : pourquoi la beauté de l'art n'est-elle pas proportionnelle à sa liberté ?
Merci à l'internaute qui a mis à disposition publique cette vidéo.
Avant Olympe, Jean Bouchenoire avait posé déjà la question de la grandeur artistique en un billet intitulé Vanité des arts, vides esthétiques, vacuité des audiences.
Il ne parlait pas de liberté, mais d'économie.
Il écrivait : "Le mécénat doit être indépendant de la classe artistique. C'est pourquoi un système dans lequel la même classe (chez nous, la bourgeoisie) se partage la haute fonction publique, les arts, le mécénat d'Etat, etc, est vouée à produire des oeuvres complaisantes, dénuées d'universalité".
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vendredi, 27 janvier 2012
Carvos Loup : Fentes
Carvos Loup intervient le vendredi sur AlmaSoror, avec une photo illustrée par une phrase ou deux.

Fentes par lesquelles passent nos feintes, failles que l'âge ne répare, rayons d'un autre monde ; d'un monde outre-âme, qui vient baigner nos instants mal calculés.
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jeudi, 26 janvier 2012
La nuit du clochard
Un clochard et son chien marchent sous un pont.
- Là, dit le clochard.
- Non, dit le chien. Plus loin.
Le clochard et le chien suivent le fil de l’eau. Ils passent devant un banc.
- Là, dit le clochard.
- Non, dit le chien. Plus loin.
Le clochard et le chien montent des escaliers. Ils arrivent sur une petite place pavée.
- Là, dit le clochard.
- Non, dit le chien. Encore plus loin.
Le clochard et le chien marchent longtemps dans la nuit. Soudain, le chien montre une bouche d’égout :
- Là ! crie le chien.
- Non, dit le clochard. Plus loin.
Ils se remettent en route. Ils marchent encore longtemps.
- Chien, dit le clochard. Pourquoi tu ne voulais pas sous le pont ?
- Je n’aimais pas l’odeur.
Ils marchent. Les voitures passent très vite autour d’eux.
- Chien, dit le clochard. Pourquoi tu ne voulais pas sur le banc ?
- Les bancs sont inconfortables pour les chiens, répond le chien.
Ils marchent. Le vent souffle. Ils ont faim. Ils ont froid.
- Chien, dit le clochard. Pourquoi tu ne voulais pas sur la jolie place pavée ?
- J’avais peur des mauvaises rencontres, dit le chien. Je ne me sentais pas en sécurité.
Ils marchent. Une grue cache la lune. Ils sont essoufflés. Ils veulent vraiment dormir.
- Clochard, demande tout d’un coup le chien. Pourquoi tu ne voulais pas sur la bouche d’égout ?
- Les bouches d’égout sont inconfortables pour les clochards, répond le clochard. Ça n’aide pas à rêver.
Ils marchent, puis leurs jambes s’arrêtent. Ils ne peuvent plus marcher.
- Je ne peux plus marcher, dit le clochard.
- Moi non plus, clochard, dit le chien.
Ils s’allongent sur le trottoir. Clochard ouvre son long manteau et Chien s’y blottit à l’intérieur.
- Pauvre chien, dit clochard. Je ne te fais pas une belle vie.
Ils écoutent le bruit des voitures. Ils écoutent le bruit des sirènes. Ils écoutent le bruit des chaussures qui passent au loin.
Chien entend que Clochard ne dort pas.
- Clochard, dit Chien. Je connais un endroit très confortable pour les chiens. On s’y sent en sécurité. L’odeur est agréable.
Clochard écoute :
- Où est-ce ? demande-t-il.
- Dans ton manteau.
Clochard rit.
- Merci, chien, lui dit-il. Moi, je connais quelque chose de très confortable pour les clochards. Quelque chose de très pur, qui aide à rêver.
- Qu’est-ce ? demande Chien.
- Ton cœur.
Clochard et Chien s’endorment. C’est toujours comme ça, la nuit, dans la ville.
Edith de CL
2009
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lundi, 23 janvier 2012
Âmes-soeurs et corps-frères
En écoutant Solitude, de l'électro-guitariste norvégien Terje Rypdal, Edith tente de percer le mystère qui engouffre tant de vies.
J'entends les gens chercher des âmes-sœurs, chaque âme cherche l'âme-soeur qui l'accompagnera dans son destin.
Je vois les gens chercher des corps-frères, chaque corps cherche le corps-frère qui l'enserrera dans sa nuit de repos.
Ils cherchent, ils ne trouvent pas, puis ils trouvent et ne me téléphonent plus. Ils disparaissent dans l'ouate amoureuse d'où ils me regardent avec pitié, avec dédain.
Puis ils trouvent qu'ils s'étaient trompés d'être, ils se séparent de l'âme-corps défraternalisé. Ils me téléphonent à nouveau. Ils réapparaissent aux portes de l'amitié et lèvent des verres à ma santé, à nos mémoires partagées.
Et la quête recommence.
Parfois ils trouvent l'âme-soeur, enrobée d'un corps étranger. Parfois, ils trouvent le corps-frère, qui abrite une âme étrangère. Alors la souffrance les étreint et ils en veulent à celui, à celle qu'ils ont cru pouvoir aimer.
Le triptyque aux trois volets : ébats sauvages, caresses fondantes, murmures secrets, n'existe que pour quelques heures, quelques jours, quelques mois, quelques années. Et pour avoir sa place dans ce retable de l'amour, qui n'y sacrifierait pas une grande part de soi-même ?
L'amour est le nom que l'on donne à toutes les causes perdues.
Toutes les âmes sont mes sœurs. Tous les corps sont mes frères. Je suis seul(e) face au coeur-océan.
Édith de CL
20 janvier 2012, 14h26
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