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samedi, 15 janvier 2011

Rorate Caeli

 

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Photo Sara

 

(Un billet d'Esther Mar)

 

Je recopie l'intérieur du 33 tours que j'écoutais pendant l'Avent à une époque révolue. J'étais jeune. J'habitais en province.

 

Monastères

Choeurs des moines trappistes

33 tours artistique SM 33-11

Les moines ne sont pas des chanteurs traditionnels, leur chant est tout entier l'expression de leur prière. Aussi, quelle que soit leur qualité ces disques ne sont pas des documents seulement destinés aux amateurs de musique ancienne et de chant grégorien.

Spécialisés dans le reportage, dépassés peut-être par cette ambiance unique de la Trappe, nous avons voulu faire de ces disques le reflet fidèle de notre propre émotion.

Plus que jamais nous avons voulu faire vrai, et capter quelque chose de l'ambiance monastique.

C'est pourquoi les chants de procession ont été enregistrés pendant que la Communauté marchait dans le cloître... Le SALVE fut enregistré le soir pendant l'office... Toutes les cloches du monastère accompagnent le chant du MAGNIFICAT solennel... La mate sonorité dans le "plein air" du cimetière conventuel contraste avec celle de l'église cistércienne... Le GLORIA LAUS (spécialement retenu par l'Académie Charles CROS) fut enregistré dans le réalisme de l'opposition des plans sonores : solistes dans l'église et choeurs dans le cloître.

"MONASTERES" ne constitue pas un échantillonnage de morceaux grégoriens, mais un reportage discret et suggestif sur le "silence chantant" d'une abbaye de Trappistes.

Nous sommes heureux de présenter sur microsillon la collection "MONASTERES" qui, à l'unanimité des Membres du Jury, a obtenu le "GRAND PRIX DU DISQUE" en 1949.

S.M. ROBREAU

Cette collection est à l'origine de notre existence d'éditeurs, nous l'avons dit souvent : c'est notre enfant chéri.
Ce report sur microsillon nous a été beaucoup demandé, nous y avons apporté tous nos soins afin que non seulement vous ne soyez pas déçu mais que votre joie soit égale à la nôtre en retrouvant ces "émotions nobles" que nous ont procurées, respectés avec la plus grande fidélité, ces chants parfois rudes d'une si parfaite santé.

FACE A

Le Salve Regina de Citeaux

Le salve de la Trappe. Antienne du 1° mode.

Pièce justement célèbre. A coup sûr une des plus belles du répertoire grégorien. Particulièrement émouvante lorsqu'on l'écoute dans l'ambiance recueillie d'une église cistércienne.
C'est la fin de la journée, l'office des Complies s'achève. Tous les moines se sont assemblés pour ce dernier chant en l'honneur de Notre-Dame : l'église est dans l'obscurité, seule, la statue de la Vierge qui domine le maître-autel est illuminée.
Huysmans a noté en des pages devenues classiques l'impression que fit sur lui, l'audition du Salve Regina.
On retrouve gravés dans la cire l'émotion, la ferveur, l'élan, la tendresse, le respect qui caractérisent cette prière...

Alleluia : Magnificat

Mon âme exalte le Seigneur, Alleluia !

C'est la réponse de Marie à sa cousine Elisabeth.
C'est le chant de joie - paisible et tout intérieur - d'un coeur immaculé vers son Dieu.
La mélodie est celle de l'Alleluia : DOMINE IN VIRTUTE TUA du V° dimanche après la Pentecôte, merveilleusement mise au service de ce chant d'humble gratitude.

Tierce au monastère

Fragments de l'office de Tierce, dans la Liturgie cistércienne

L'occupation principale des moines est le chant de l'office.
Ce disque donne des fragments d'un office qui est chanté avant la messe.
Psalmodie... Chant de l'antienne "APERTIS THESAURIS SUIS" de la fête de l'Epiphanie, suivi d'un texte appelé Capitule et d'un dialogue entre le célébrant et le choeur.
La cloche qui se fait entendre annonce la Grand'Messe qui doit suivre immédiatement.
C'est, traduit avec fidélité, l'ambiance d'un office à la Trappe.

Libera Me - Répons (I° mode)

Procession de la levée du corps, dans le cloître. Texte de la liturgie cistércienne.

Le LIBERA ME est une mélodie de la liturgie des funérailles. Elle accompagne, dans le rite cistércien, la levée du corps.
Le défunt, reposant sur une simple civière, vient d'être amené dans le cloître de l'abbaye. Le cortège s'organise vers l'église au chant de cette prière si calme, si consolante, même dans les passages où la mélodie s'efforce de traduite l'épouvante du jugement dernier : "Quando coeli movendi sunt et terra, dum veneris judicare soeculum per ignem" (délivrez-moi, Seigneur, de la mort éternelle en ce jour terrible où les cieux et la terre sont ébranlés, jour où vous viendre juger le monde par le feu).
Nous avons respecté fidèlement cette ambiance de procession et de prière ardente.

Chorum Angelorum (VIII° mode)
Clementissime (III° mode)

Antiennes de la Sépulture dans la liturgie cistércienne

Ces deux antiennes marquent l'instant le plus émouvant de la sépulture dans la liturgie cistércienne.
Le défunt porté par les moines est conduit au cimetière au son des cloches et des psaumes. Toujours au son des psaumes la cérémonie de la sépulture se déroule. Sur la fin, alors que le défunt vient d'être descendu dans la fosse, retentit l'antienne CHORUS ANGELORUM chantée sur un mode joyeux.
Vient ensuite l'admirable prière CLEMENTISSIME : humble supplication que soulève un souffle d'espérance, de certitude, d'ardeur.
Tous les moines se sont prosternés et c'est l'appel à la miséricorde du Seigneur :

DOMINE MISERERE SUPER PECCATORE (Seigneur ayez pitié de ce pêcheur)

Ce disque enregistré au cimetière contraste étrangement avec le LIBERA ME chanté et gravé en procession dans le cloître. Ici aucune résonance, seules la prière monastique et la plainte de la cloche.

 

FACE B

Magnificat

Ton solennel - VI° mode. Antienne : VERBUM CARO FACTUM EST

Antienne "verbum caro factum est..." (le Verbe s'est fait chair puis il vint habiter parmi nous).
Magnificat : Chant de joie, où les moines blancs exaltent la gloire de Notre-Dame, Reine de Citeaux, et auquel vient s'ajouter la voix vibrante des cloches de l'abbaye.

Sanctorum Meritis
Du Commun des Martyrs - II° mode

Jesu, Corona Virginum
Du Commun des Vierges - VIII° mode

Deux hymnes : la première empruntée à l'office des Martyrs, célébrant sur une mélodie du II° mode, simple mais pleine d'allant et de joie, le triomphe des martyrs.
La deuxième, empruntée à l'office des Vierges : mélodie du VIII° mode plus ornée que la précédente, moins triomphante, mais plus fraîche, plus tendre, plus ardente.

Ave Maria

Offertoire du IV° dimanche de l'Avent - VI° mode
Je vous salue Marie pleine de grâce...

C'est un salut enveloppé de vénération profonde, chanté ici avec beaucoup de ferveur.
C'est celui de l'Ange et, groupé en un seul texte, celui d'Elisabeth.
C'est le message de Dieu à Notre-Dame, c'est le FIAT de Marie.
C'est l'Eglise, épouse, vierge et servante ; c'est - dans le Corps Mystique - l'âme virginale, terre bénie, dépouillée, en qui va naître le Sauveur.

Pueri Hebraeorum (I° mode)
Gloria Laus (I° mode)

Texte de l'édition vaticane

Deux pièces empruntées à la Liturgie des Rameaux. La première : antienne du I° mode, à la ligne mélodique simple, mais fraîche, et légère.
Le GLORIA LAUS est un cantique où alternent refrain et couplets. Il est chanté à la fin de la procession qui précède la messe des Rameaux. Le cortège s'est immobilisé dans les Cloîtres de l'Abbaye, pendant que deux solistes entrent dans l'église (dont la porte est aussitôt refermée) et font entendre ce cantique aux accents de la victoire, tandis que le choeur, massé dans le cloître, répond par l'acclamation : "GLORIA LAUS !" (A vous, la gloire, la louange, l'honneur) !

Rorate

Mélodie pour le temps de l'Avent

Mélodie très connue du temps de l'Avent, pour solistes et choeurs. Elle se chante au Salut du Saint-Sacrement et traduit admirablement les sentiments de l'avant-Noël : attente, espérance.
"PECCAVIMUS" (Nous avons péché, nous sommes tombés comme la feuille...), mais envoyez Qui vous devez envoyer : "Et mitte quem missurus es".
Puis c'est la promesse de pardon et de paix : CONSOLAMINI (console-toi, mon peuple).
Tout le choeur reprend une dernière fois cette supplique RORATE... "Ô Cieux, versez d'en haut votre rosée et que les nuées fassent pleuvoir le Juste".

mercredi, 12 janvier 2011

Mathilde et ses mitaines

Voici un extrait de Mathilde et ses mitaines, de Tristan Bernard (1921. Très agréablement illustré par J.G. Daragnès). Nous partageons le début du palpitant premier chapitre.

I

Il était un peu plus de minuit quand Firmin Remongel descendit du Métro à la station de "Couronnes", et prit la rue mal éclairée qui le menait à son domicile.

Pourquoi était-il venu habiter à Belleville, lui qui faisait son droit de l'autre côté des ponts ?
C'est que Belleville n'était pas loin du faubourg du Temple. Or, c'était dans ce faubourg que le père de Firmin, fabricant de chapeaux de paille à Vesoul, avait l'habitude de descendre, depuis vingt-cinq ans, chaque fois qu'il venait à Paris. De sorte que, pour toute la famille Remongel, le faubourg du Temple était devenu une espèce de centre exploré, et à peu près sûr au milieu de ce vaste Paris mal connu et suspect. Il n'était pas prudent du tout de s'aventurer dans les autres quartiers.

Cette conception un peu spéciale de la géographie parisienne avait trompé le jeune Firmin. Il avait cru innocemment qu'en traversant le boulevard extérieur, pour aller louer à quelques centaines de mètres, il ne s'égarerait pas trop loin de la zone tutélaire.

Décidé par la modicité du prix, bien qu'il ne fût pas avare, il avait loué une petite chambre très confortable dans une maison meublée, d'ailleurs fort convenablement habitée, mais qu'on ne pouvait atteindre qu'après avoir traversé deux ou trois rues inquiétantes où l'on voyait se glisser, passé onze heures du soir, trop d'ombres précautionneuses. Une fois la maison choisie, et son adresse envoyée à sa famille, il n'osa donner congé, car il eût fallu s'avouer à lui même qu'il n'était pas rassuré, et son courage traditionnel s'y refusait.

Il se fit la promesse tacite de ne pas rentrer trop tard le soir.

"Il vaut mieux, se dit-il avec sagesse, que je travaille à la maison plutôt que d'aller perdre mon temps dans les cafés."

Il devint donc, par peur de rentrer tard, l'étudiant austère et laborieux qui refuse systématiquement toutes les invitations.

Mais ce soir-là, il n'avait pu couper à un dîner trimestriel d'une société d'étudiants franc-comtois.

Après le dîner, qui fut suivi d'un concert d'amateurs, les étudiants de Franche-Comté se dispersèrent. Un certain nombre d'entre eux cependant restèrent agglomérés et se dirigèrent vers les lieux de plaisir.
Firmin, exceptionnellement, eût accepté de les accompagner, quitte à ne rentrer chez lui qu'au petit jour...
Mais ses camarades jugèrent qu'ils avaient déjà trop détourné de son travail ce vertueux garçon. Firmin s'en alla seul et prit le Métro qui l'amenait à dix minutes de chez lui.

Pendant son trajet dans le Métro, il s'efforçait de songer à son actuel sujet d'études. C'était les testaments... Alors il pensa à un autre chapitre du Code.

Malgré lui, il revenait toujours à un souvenir impressionnant de la nuit précédente. Dans son premier sommeil il avait été réveillé par un cri qui venait de la rue.
C'était un cri assez effrayant, un de ces cris "vrais" qui ne ressemblent pas du tout à ceux qu'on entend au théâtre, ni à des cris d'enfant qui pleure. Ce n'était pas non plus le cri d'un malade qui veut se faire plaindre et que sa painte même soulage. C'était certainement un cri arraché à la douleur, un cri d'être humain en détresse et qui n'a pas de recours.

Firmin s'était réveillé et avait couru à sa fenêtre, qui donnait sur un petit carrefour. Il avait vu fuir deux ombres qui lui semblèrent être deux hommes et qui disparurent tout de suite au tournant de la rue. Et cette fuite était aussi effrayante que le bruit entendu. Elle avait, comme lui, quelque chose d'éperdu et de soudain.

Etait-ce une attaque nocturne ? Etait-ce une bataille d'apaches ?

 

Tristan Bernard