samedi, 18 juillet 2009
Liberté, égalité : Au delà du "pride" et du "phobe"

1 émergences des mouvements en quête de droits
L’année dernière (en 2006) eut lieu une « pute-pride ». Sur le modèle de ces pride qui prolifèrent (la gay pride, la veggie pride… qui laissent les homosexuels dignes et les végétariens dignes dans la plus profonde consternation…), les putes ont marché pour avoir le droit d’être putes. Intéressé, je me suis inscris à leur lettre de diffusion. Au bout de quelques mois, étonné de certains propos, je me suis renseigné plus en profondeur. Constituées principalement d’hommes, ceux qui s’appellent « les putes » ne reflètent absolument pas la majorité des prostituées de nos villes.
Les mouvements de libération deviennent étranges : ils convergent tous vers le même genre de militance, copié sur les mouvements des minorités américaines, principalement les mouvements noirs, sans forcément que cette militance soit adaptée au sujet.
Ils créent de rien une culture commune censée tous les représenter ; ils créent des slogans autoglorificateurs (comme l’étaient les slogans « black is beautiful », « I am young, gifted and black ») ; ils confondent finalement le fait d’être ce quelque chose minoritaire avec le fait d’avoir des droits.
Or, c’est simplement le fait d’être un être humain qui confère des droits.
Le résultat de cette confusion m’interpelle : ce n’est plus contre la zone de non droit qu’ils combattent ; au contraire ils luttent pour une zone de surdroit, de surcroît collectif.
Le fait, par exemple, que les mouvements homosexuels déclarent qu’il faut l’égalité des couples (et non plus l’égalité des personnes face au mariage, ou des sexualités face au mariage) montre bien que la revendication sonore et collective prime sur la pensée du droit.
2 pride et phobe
Ces mouvements cherchent à imposer, sous prétexte que c’est le seul moyen de lutter contre la discrimination qui les atteint, une morale dominante douce à leur égard. Le paradoxe de ces minorités voulant que leur théories deviennent dominantes, c’est qu’elles affirment tenir leur légitimité de la majorité des gens qui les constituent. Or, la majorité, ils devraient le savoir, n’est pas un critère absolu. Par ailleurs, on sait bien que la majorité (de la population ou d’une minorité) s’obtient par la publicité.
Nous avons donc une gaypride. On y clame des slogans contre l’homophobie.
Mais sur le site de la veggie pride, on s’acharne contre la végéphobie.
Quant aux putes (voyez leur site lesputes.org), elle veulent que soient punis par la loi les propos putophobes.
Les mouvements de militance actuels sont donc axés sur le pride et le phobe.
Ce système de revendications consiste à considérer tous les maux qui paraissent moindre comme anecdotiques, et tous les maux qu’on veut mettre en avant comme emblématiques. Par exemple, s’agissant de la parité ou des quotas ethniques, la situation de la victime de la discrimination positive est anecdotique, tandis que celle la victime de la discrimination « négative » est emblématique et on doit donc lui porter toute notre attention.
Pourtant, ce n’est pas en montrant du doigt un symbole qu’on cessera le montrage du doigt généralisé.
3 La recette
L’éclosion de ces mouvements est charmante ou irritante, selon nos opinions…
En tout cas la recette est désormais établie. Si vous voulez créer un courant fort pour votre minorité, suivez le modèle.
constituer une identité (valeurs communes, sigles, submode, vocabulaire, nouveaux concepts…)
fonder cette appartenance commune comme quelque chose d’inaliénable, mais à cheval entre le choix et inné (j’ai le droit de choisir d’être cela parce que je n’ai pas le choix !)
faire émerger une fierté et des revendications communes
organiser une marche
réclamer des droits spécifiques fondés sur l’imitation des droits auxquels ils n’ont pas accès, repabtisés « droits des groupes dominants »
créer un ennemi, un Phobe (homophobe, vegéphobe, putophobe)
réclamer la punition de l’ennemi, et qu’il écope d’une amende chaque fois qu’il ouvre sa gueule contre nous
agacer tout le monde, hors de la NI (nouvelle identité) mais aussi au sein de la NI
Bien sûr, il y a des complications, notamment un risque d’accumulation de privilèges dus à une surexposition aux discriminations (femme noire homosexuelle pute végétarienne), accumulation qui laisse le discriminateur potentiel (homme blanc hétérosexuel fidèle carnivore) très exposé puisqu’il est sans cesse pris à parti. Il paye pourtant tous les pots qu’il est censé avoir cassé et qu’il n’a en général jamais eu l’intention d’abîmer.
Voilà. La quête de la liberté ressemble parfois à une belle soif de liberté, parfois à une avidité consommatrice. En effet, les réclameurs de droits ressemblent plus (structurellement) à des associations de consommateurs réclamant des abonnements téléphoniques préférentiels qu’à des êtres humains refusant les chaînes. Pourquoi les « réclamations » relèvent d’un comportement de consommateurs ? Parce que nous sommes dans une société de consommation, et que la consommation pénètre tous les pores de notre vie, notamment la vie politique. Puisque la consommation domine, elle domine en pensée.
4 Ni coupables, ni victimes : libres !
Le slogan que les putes (non représentatives puisqu’en majorité masculins, mais assez malhonnêtes pour se dire représentatives…) de la pute-pride clamaient en chœur était : ni coupables ni victimes, fières d’être pute.
La première moitié du slogan est magnifique : ni coupables ni victimes. Ni coupable, ni victimes d’avoir la liberté de vivre en liberté.
Quant à leur fierté, ils et elles ont de la chance : cela fait longtemps que je ne suis plus fier de rien.
5 Comment favoriser la liberté ?
Au nom de l’antidiscrimination, toutes ces revendications souhaitent, au fond, obtenir le silence total et éternel de leurs ennemis. Car toute forme de désapprobation publique est vécue comme une atteinte au bien-être.
La liberté d’expression est ainsi considérée comme moins importante que le bien-être des individus. Mais c’est oublier que le bien être des individus dépend aussi de leur liberté d’expression. Alors mieux vaut que des gens puisse vous dire des choses qui vous déplaisent et que vous puissiez répondre plutôt que d’établir des silences forcés sur tous les sujets qui concernent les êtres humains. Si le silence est forcé, un monstre risque d’émerger, encore plus fort. On ne tue pas une pensée, on l’assomme un temps donné ou on la rend caduque. Et on ne la rend pas caduque en l’assommant !
Comment alors préserver un espace de vie assez large pour tous, sans que l’oppression sociale écrase ceux qui ne suivent pas les autoroutes ?
Axel Randers
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mercredi, 15 juillet 2009
Une cabane au fond de la forêt...
Costards cravate et tailleurs : les habits de la castration. Ils ne sont pas faits à notre image et à notre mouvance : c'est nous qui nous faisons à leurs formes fixes et raides. Ils ne nous structurent pas ; ils nous rigidifient. Ils nous éloignent de notre animalité mais ne nous rapprochent pas de notre humanité. Le vêtement social actuel n'accompagne pas le corps dans ses mouvements : il les limite, les contient, les empêche.
Oserais-je ?
J'oserais aller vivre en Chine ; j'oserais changer ma vie parisienne pour partir au sein d'une association qui construit des écoles en Afrique ; j'oserais vivre une histoire d'amour avec une femme ; j'oserais vivre avec un homme : j'oserais vivre tout cela devant les autres, quel que soit leur regard... Car nous serions tous dans la même prison.
J'aimerais vivre dans une cabane, au creux d'un arbre, dans une forêt, mais je n'ose pas. J'ai peur.
Mort sociale
J'ai peur des bruits et du silence.
Peur du face à face avec l'être animal, l'autre animal – l'animal muet qui, lui, n'a pas perdu son être au monde et sait vivre entre la liberté et l'inquiétude, entre le désir et le manque, sans tout construire pour oublier la fragilité de son être.
Par-dessus tout, j'ai peur de la fermeture des coeurs des autres. Si je dis : je pars vivre dans une cabane, on rit. Si je pars vivre dans une cabane, combien de gens voudront encore me considérer comme un être humain fréquentable ?
Je ne sais pas si je me sentirais vivre en vivant réellement : peut-être au bout d'un certain temps, je me sentirais à nouveau vivre. Mais au début, je sentirais trop la mort sociale. La mort sociale est-elle une mort complète ? Les clochards qui hantent nos rues, les pisseuses d'Afrique mises au rebut du Monde, sont-ils autant vivants que nous ?
Je désapprendrais trop vite toutes les complications administratives, toutes les formalités que nous devons accomplir pour subvenir à nos besoins et prendre la moindre initiative. Je penserais plus librement et ne parviendrais plus ensuite à penser dans le moule. Je quitterais le zoo pour redevenir un animal sauvage et libre. Mais alors ensuite je n'aurais plus accès à la communauté humaine.
Comme ce clochard qui ne s'est pas assis sur le banc à mes côtés, mais au bord du caniveau, sur le béton, parce qu'il savait qu'il était mort socialement. Aux yeux hypocrites des citoyens humanistes, il n'est plus de notre race.
Les animaux sont-ils aussi vivants que nous ? Leurs individualités sont elles aussi importantes et profondes que les nôtres ?
Sommes-nous quelqu'un en dehors des autres ? Serais-je quelqu'un d'autre au fond de la forêt ? Sommes-nous vraiment des êtres humains ?
Communion
Oserais-je vivre dans une forêt ?
Oserais-je :
Le silence qui étreint ;
Le lien direct avec la fragilité de la vie, avec la puissance de la mort ;
Le temps sans horloge, le temps qui s'étire presque infiniment ;
La présence menaçante, incompréhensible des autres espèces animales, celle des végétaux
Le noir sans pitié de la nuit
Le feu, son invitation au songe, à la transe
Ces « choses » me permettraient de développer mon intuition, de vivre en communion avec les éléments qui m'entourent, peu à peu mes sens reprendraient leur déploiement animal – la vue, l'ouïe, le toucher, l'orientation, l'odorat, ...
Le courage ne vient pas. Malgré la liberté qui crève au fond de mon corps... Malgré la force et le courage qui s'éveillent par instants. Malgré la promesse d'un lieu sans pollution. Malgré le rêve... Malgré la mort délivreuse qui sonnera et effacera tout, les meurtrissures et les glorioles sociales.
Quel est le sens, quelle est l'essence de notre vie ? Se jeter dans la mêlée ou s'en retirer, ou encore hésiter toute une vie au milieu des hommes ?
Oser vivre, c'est trop difficile parce que c'est accepter de mourir dans le coeur des autres.
Où trouve-ton le courage d'oser vivre ? En soi ? En quelqu'un d'autre ? En une idée, un idéal ? En un rêve ? Y a-t-il un appel, de la forêt, de la mer, de l'art ou de Dieu ? Peut-on décider de son destin, un jour, comme ça, parce qu'on y pense ?
De l'autre côté
On n’est jamais seul dans une forêt puisqu’elle est toujours peuplée d’arbres.
J'aimerais faire connaissance avec l'autre moi, l'autre substance : la puissance, l'immensité, l'étrangeté, l'Esprit.
Vertige de tout quitter. Et pourtant, dans cent ans, tout cela n'aura plus aucune importance : nous serons morts...
Les lambeaux de mon être : tous ces silences, tous ces espaces arides et non civilisés de mon être m'étranglent parfois, dans la ville, au milieu des voitures.
Publié dans L'oiseau | Lien permanent | Commentaires (7) |
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