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jeudi, 20 octobre 2016

Inattendu d'automne

Je dois lui demander le code pour entrer dans l’immeuble où j’ai grandi et vécu jusqu’à 35 ans. Je passe devant le marronnier planté par mon petit frère lorsque il avait sept ans, marronnier toujours si chétif, à jamais maigre et nain, toujours si mignon, émouvant, dans le bac en bois qu’il avait construit avec le voisin qu'il admirait. Une douleur me perce le coeur. Derrière l’arbre-arbuste, nos fenêtres, et des rideaux blancs. Nos fenêtres ? Non, elles sont refaites, modernisées. J’aperçois dans l’ombre un bout de la pièce. Mon coeur pleure mais je ne ralentis pas le pas, je me détourne. 

Je repars sans me retourner.

Je ne me retourne pas sur l'immeuble de Montparnasse comme la femme de Loth changée en pierre. Notre appartement est métamorphosé, donc il n’existe plus. Je savais bien que tout ce que nous avons aimé vivre là-bas n’a plus lieu, la joie des voisins, les dîners ensemble dans la cour, mais j’ai revu ce marronnier si particulier, qui n’est jamais devenu adulte et qui continue de vivre avec une tranquille obstination.

Si j’avais un enfant, est-ce que je l’emmenerais dans cette cour en lui disant, c’est ici, mon petit, c’est ici que j’ai grandi, aimé, souffert, pleuré, c’est à ce lieu que je me suis identifié, c’est ce lieu que je n’ai pas su quitter quand les gens de mon âge partaient vivre ailleurs, c’est de ce lieu qu’on m’a bannie, c’est ce marronnier que mon petit frère a planté. Ou bien est-ce que je lui dirai, c’est ici, mais ce n’est pas là. L'immeuble dont je te parle, n’existe plus que dans mon coeur. L’enchantement nous a suivi, l’enchantement est dans les rires d’aujourd’hui, dans ta main qui tient ma main.

Mais aucun enfant ne me tient la main.

Commentaires

Rien n'effacera de ma mémoire ces soirées qui pour être hors du temps sont de tous les temps.
Des ancres mémorielles qui défient l'impermanence.
Rien n'a changé que la surface.
Un vieil enfant qui veut bien te tenir la main sous certain marronnier

Écrit par : Henri-Pierre | vendredi, 28 octobre 2016

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Cher Henri-Pierre, tu es prince en mon coeur.

Écrit par : Edith | vendredi, 04 novembre 2016

Et que dirent des lointaines soirées... VillaBariennes et aux romans-photos dont seules les archives d'AlmaSoror gardent traces dans l'impermanente évanescence des choses.
Hélas réminiscences d'un passé désormais révolu qu'on ne peut régénérer dans et
à cause de l'époque tragique que nous "vivons" tous.

Écrit par : Alexandre | mardi, 01 novembre 2016

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Merci ma Princesse

Écrit par : Henri-Pierre | vendredi, 04 novembre 2016

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