Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

samedi, 11 septembre 2010

Triptyque de Salluste II

Valeur Mavra.JPG
Photo : Mavra Nicolaievna Vonogrochneïeva

 

Voici le second volet d'un triptyque sallustien proposé par Sara, Volonté, Valeur, Vanité (les titres sont d'elle), trois extraits courts et clairs du grand auteur romain.

 

II

La valeur

 Puisque l’être humain est fait de chair et d’esprit, toutes nos réactions dérivent nécessairement de l’un ou de l’autre. Aussi la beauté, la richesse, la force physique et tous les avantages similaires sont-ils passagers tandis que l’éclat des oeuvres de l’esprit demeure impérissable. Pour tout dire, les biens matériels, ayant un commencement ont inévitablement une fin, puisque tout ce qui naît doit mourir et tout ce qui croît finit par vieillir. Seul l’esprit, indestructible, immortel, maître suprême du genre humain, régit tout, domine tout et n’est lui-même dominé par rien. D’autant plus étrange est l’égarement de ceux qui, esclaves des plaisirs corporels, passent leur vie dans la volupté et dans l’inaction, laissant languir dans l’abandon et dans le désoeuvrement leur intelligence, autrement dit la meilleure et la plus noble partie de leur nature humaine, et cela quand tant de moyens s’offrent à elle pour acquérir la gloire la plus haute.

 

Guerre de Jugurtha

Salluste

Gallimard La Pléïade, 1968

 

jeudi, 09 septembre 2010

Triptyque de Salluste

volonté Mavra.JPG

Photo : Mavra Nicolaievna Vonogrochneïeva

 

Voici le premier volet d'un triptyque sallustien proposé par Sara, Volonté, Valeur, Vanité (les titres sont d'elle), trois extraits courts et clairs du grand auteur romain.

 

 

I

La volonté

 

"L’homme a tort de se plaindre de son sort, de ce que, faible et enfermé dans les limites d’une brève existence, il dépende plus du hasard que du mérite.

Pour peu qu’on y réfléchisse on verra, au contraire, qu’il n’est rien de plus grand, rien de plus noble que l’homme, et que s’il manque quelque chose à sa nature, c’est moins la force et le temps que l’art de s’en servir. L’esprit est le maître suprême des destinées humaines. Si, guidé par lui, l’homme marche à la gloire par la voie du mérite, il atteint les sommets de la puissance, de la force, de la noblesse et n’a pas besoin de richesses qui ne peuvent donner à personne ni l’honneur, ni la sagesse, ni les autres vertus. Si, au contraire, entraîné par le dérèglement des passions, il s’abandonne à l’indolence et aux plaisirs des sens, après quelques instants de funestes voluptés, ayant vu dépérir par son inertie, et ses forces, et son temps, et son intelligence, - il s’en prend à la faiblesse de sa nature, il rejette sur les circonstances un mal dont lui seul est responsable.

Si les hommes se souciaient autant de ce qui est le vrai bien, s’ils faisaient autant d’efforts pour combattre ce qui lui est contraire, inutile, souvent même nuisible, ils dépendraient moins des circonstances que les circonstances ne dépendraient d’eux et telle serait la grandeur atteinte par eux que de mortels qu’ils sont, la gloire les rendrait immortels".

 

 

Guerre de Jugurtha

Salluste

Gallimard La Pléïade, 1968

 

On peut lire de bonnes choses sur Salluste ici.

lundi, 06 septembre 2010

Vacances à Saint-Tranxène

(un billet de Marin Dupondt-M)

Nous présentons en exclusivité un extrait du livre Vacances à Saint-Tranxene, de Marin Dupondt. L'ouvrage sortira dans plusieurs weblibrairies dans quelques mois, avant la fin de l'année MMX.

Les photos sont de Mavra Nicolaievna Vonogrochneïeva.

 

Mavra_0616.JPG

 

"Respire plus loin, mon amour. Tu te sentiras mieux. N’oublie pas que ce que tu éprouves, je l’ai vécu, expérimenté, avalé, digéré et assimilé, Dom. Inutile de t’angoisser. Inutile de transpirer, tu sais. Eh, la vie n’est pas un lagon bleu, bébé. La vie n’est pas un berceau douillet. Même les bébés le savent, mon cœur. Avale. Digère. Mais tu veux vomir, n’est-ce pas ?  Attends, je t’accompagne. Si, ma chérie. Si, si, je viens avec toi. Je t’aime.

La pauvre. Plus de boulot. Ils la virent, lâchement. Ils mettent le fils du patron à la place. Elle est rentrée, normale. Elle a fait les courses avec moi, pain, fromage, vin, salade, tomates. Elle n’a rien dit. C’est tout à coup, quand on préparait le bon petit repas. Comme ça, tout à coup, elle s’est mise à pleurer. Mon pauvre amour. Si belle. Si jeune. Malgré ses quarante ans. Malgré mes vingt ans. C’est une petite fille, vous savez… Elle ne tient plus le coup. Elle est belle, à sa façon, mais là elle vomit. Ma chérie.

Respire plus haut, mon amour. Que t’importe ce qu’ils pensent ? Mon cœur… Ne t’inquiète plus. Je t’aime, je vais m’occuper de toi. Un petit verre ? Non, n’est-ce pas… Ce n’est pas le moment. C’est certain. Mais je pensais justement à quelque chose, ces derniers jours.

C’est vrai. Ça lui arrive alors que je pense très fort à ça. Des vacances. Nous ne sommes jamais partis en vacances, tous les deux. Boulot, dîners, boulot, dîners… On pourrait s’en aller. Je paierai tout. J’ai confiance en l’avenir, je peux balancer mes économies dans un petit paradis. Une île… Quelque part, pas loin… Pas trop cher.

Respire plus fort, mon amour. Je pensais à quelque chose, tu sais ? Des vacances !

Reste avec Dam, Dom. Reste. Demeure là, tranquille, calme, zen, sauve. Dom. Demeure…

 

Dom, c’est elle qui m’a accompagné sur la tombe de mon meilleur pote tué en moto :

-         Tom, tu sais quoi… Tom… Les dix dollars… J’te les donne, Tom… (en sanglots) : J’te les donne, connard, les dix dollars ! Mon pote ! Mon pote ! J’t’adore, t’sais !

Elle ne s’est pas moquée de moi. On a mangé un bout sur un banc, le soir, dans un square. On a donné aux oiseaux. On était bien. J’avais le cœur qui refermait ses blessures. Tom, c’était quand même mon meilleur ami : mon seul ami.

 

Elle, Dominique. Moi, Damien. Quand je l'ai rencontrée, elle était prof à l'université, elle l'est toujours d'ailleurs. Moi, j'étais étudiant mais je ne le suis plus. J'ai arrêté. Je préfère m'occuper de Dom, la pauvre.

Allons, ma chérie, ne pleure plus".

 

Marin Dupondt-M

 

Mavra_0689.JPG

Photos de Mavra Nicolaievna Vonogrochneïeva