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samedi, 18 avril 2009

Cas de consciences & conscience des cas

Avortement, euthanasie, vie animale

 

B000878-R2-08-10A.jpgphot Sara

Edith de Cornulier Lucinière

 

Les bases minimales universelles existent-elles ?

Comment se mettre d’accord sur ces thèmes insolubles que sont l’euthanasie (ou suicide assisté), l’avortement, et la question du respect de la vie animale ? La visite d’autres sociétés du monde ne nous aide nullement : certaines sont vastement infanticides ou pratiquent des sacrifices humains. D’autres refusent tout crime animal ou humain.

 

Souvent, ce ne sont pas les mêmes personnes qui défendent le droit à l’euthanasie, à l’avortement et à la consommation animale. C'est-à-dire que ce ne sont pas les mêmes personnes qui défendent les fœtus, les animaux et qui interdisent l’aide à la mort. Il n’y a donc pas de gens qui défendent la vie à tout prix, mais plutôt des gens en désaccord sur les frontières de la vie, de la mort et de la valeur des êtres.

Leur point commun est qu’ils disent défendre la vie tandis que les arguments d’en face font appel à la santé, à la liberté, ou à la tradition.

 

La mésentente autour de ces sujets est irréparable, parce qu’ils touchent à des choix intérieurs éthiques qui ne peuvent être prouvés universellement, par la science, par le sentiment ou par le droit. Le respect de la vie est toujours la valeur inaliénable invoquée. Mais où la vie commence-t-elle ? Quand est-elle sensible ?

Mon but n’est pas de répondre à ces questions abyssales, mais de les formuler. Juxtaposées, il me semble que les urgences et les libertés qu’elles engagent prennent sens.

 

Être au monde et être possédé

l’animal humain et les autres animaux

Comme dans le jaïnisme – une religion indoue -, pour un certain nombre de gens, être auteur de la mort d’un être quelconque est bien plus grave que n’importe quoi. Or, ni la science, pas plus que les religions ou le droit, ne peut mesurer la valeur inaliénable d’un individu, et affirmer la supériorité ou l’égalité des humains avec les autres animaux.

Les non spécistes étendent la question du respect de tout individu humain et prônent un humanisme élargi aux autres animaux. Pourquoi la valeur inaliénable de la vie serait-elle spécifiquement humaine ?

La possession de l’autre, c’est la dépossession forcée de lui-même. Les animaux s’appartiennent-ils à eux-mêmes ou nous appartiennent-ils ?

 

Avortement : Frontières et entremêlements des corps

Où commence mon corps ? Ou commence et finit celui de l’autre (de l’homme qui a fécondé, de l’enfant embryon) ?

Le corps a-t-il des limites externes ? Dans ce cas le père n’a aucun droit sur l’embryon, qui n’appartient pas à son propre corps, bien que d’une certaine façon il en soit un « prolongement ».

Le corps a-t-il des limites internes ? Dans ce cas, la mère n’a aucun droit sur le bébé qu’elle porte, et, même si elle ne le désire pas, doit cohabiter avec lui comme nous le faisons entre humains, malgré nos aversions.

Le respect du « corps élargi » du père, qui lui donnerait un droit sur le fœtus, s’oppose au respect du corps de la mère. En protégeant le choix du père on met la femme à sa merci. Mais en protégeant celui de la femme, elle devient toute puissante sur la question de l’enfant à naître.

Outre le problème du droit du (futur) père, s’opposent le droit à la vie du fœtus et le droit à disposer de son propre corps de la femme.  Surgit alors une question de santé publique et de responsabilité collective : pourquoi la femme subirait-elle seule les conséquences biologiques de comportements sociétaux répandus (manque d’éducation sexuelle, domination masculine, viol) ? Dans quelle mesure une urgence de vie (le fœtus) peut prévaloir sur une urgence de liberté (la liberté de la femme) ? La vie sans la liberté n’est-elle pas une vie mutilée ?

 

Euthanasie : droit à la mort

Possédé-je mon corps ? Mes intentions de vie et de mort doivent-elles être prises en compte au nom de ma liberté ?

Dans quelle mesure l’Etat, la société peuvent prendre des décisions concernant mon corps ? Peuvent-ils empêcher la vie (animaux, fœtus) ou la mort (euthanasie) ?

Les pratiques sexuelles à risque (SM) posent le problème du droit à disposer de son propre corps au nom de notre liberté.

L’euthanasie pose cette même question, au nom cette fois de notre souffrance.

La question de l’euthanasie est moins épineuse, car la victime et le bénéficiaire sont la même personne.

 

Le crime est-il sacré ?

Peut-on respecter et tuer ou doit-on toujours protéger

ce qu’on respecte ? Les bisons chassés et les humains sacrifiés, chez les nord-amérindiens, étaient tout aussi respectés que ceux qu’on ne tuait pas. On peut alors tuer

un être en grande souffrance, ou ôter la vie à un fœtus,

en sachant que l’on commet un crime avec respect, par ce qu’on agit au nom d’autres valeurs que le respect de la vie.

Mais la porte du crime est dès lors ouverte.

 

Débattre et se battre

Est-on condamné à rester sans réponse, et à débattre ?

Dans ce cas, le salut réside dans les conditions du débat : accepter de débattre, même si nos valeurs sont mises à mal. Et débattre, se battre pour ses idées, en essayant au mieux de comprendre et de respecter celles des autres.

 

mercredi, 15 avril 2009

de la supériorité des athéniens sur les spartiates

Fragment

La rubrique Fragment offre des morceaux de textes classiques, connus ou inconnus, qu'il est heureux de relire.

 

Les Corinthiens reprochent aux Lacédémoniens (habitants de Sparte) de ne pas les défendre contre les Athéniens. Ils comparent la passivité de Sparte à l'esprit d'entreprise d'Athènes. C'était il y a deux mille cinq cents ans.

 

Thucydide
La Guerre du Péloponnèse
Traduction de Denis Roussel

"Entre eux et vous, quel contraste ! Vous ne vous ressemblez en rien. Ils sont novateurs, prompts à concevoir, prompts à réaliser ce qu'ils ont décidé. Vous ne songez, vous, qu'à maintenir l'état des choses existant. Jamais il ne vous vient une idée neuve et, au moment d'agir, vous manquez même à l'indispensable. Leur audace dépasse leurs moyens ; ils risquent plus que de raison et, dans les moments critiques, ils gardent bon espoir. Chez vous, les entreprises restent en deçà des moyens ; vous vous défiez même des plus sûrs avis de la raison et, aux heures de péril, vous pensez n'en jamais sortir. Ils se plaisent dans l'action comme vous dans les atermoiements. Ils partent volontiers pour les pays étrangers, tandis que vous tenez par-dessus tout à rester chez vous. Ils comptent, en partant, accroître leurs possessions. Vous craignez de compromettre par de telles expéditions jusqu'à vos biens acquis. S'ils l'emportent sur l'ennemi, le plus qu'ils peuvent, ils poussent leur avantage, et, en cas d'échec, ils cèdent le moins de terrain possible. En outre, si l'Athénien sait, plus que tout autre, faire don de sa personne à la patrie, nul ne sait aussi bien que lui conserver, en se dépensant pour elle, toutes les ressources de son jugement propre. Quand ces gens n'atteignent pas l'objectif qu'ils s'étaient fixé, ils ont l'impression qu'on les dépouille de ce qui leur appartient, et, si une expédition vient à leur rapporter quelque avantage, c'est pour eux un résultat médiocre en comparaison de ce qui leur reste à faire. S'ils viennent à échouer dans quelque tentative, c'est pour eux un manque à gagner qu'ils compensent par de nouvelles espérances. La rapidité avec laquelle ils entreprennent ce qu'ils ont décidé fait de ce peuple un cas unique : chaque fois qu'ils forment un dessein, l'espérance et la possession pour eux ne font qu'un. Pour arriver à tout cela, ils peinent leur vie durant dans les travaux et les périls. Ils profitent fort peu de leurs possessions, occupés qu'ils sont à acquérir toujours. Les jours de fête, pour eux, sont ceux où ils font ce qu'ils ont à faire et les loisirs de l'inaction leur sont plus pénibles que le tracas des affaires. Bref, on pourrait justement caractériser les Athéniens par une formule et dire qu'il est dans leur nature de ne pas rester en repos et de n'en pas laisser aux autres."