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lundi, 12 janvier 2015

Deux de l'adolescence

 

Dans mon adolescence, j'ai eu accès à deux œuvres qui ont marqué ma pensée en construction.

La première fut le film Une journée particulière, d'Ettore Scola. C'est notre professeur d'histoire qui nous l'a passé, par un après-midi d'hiver, au lycée Buffon. Ce film raconte la rencontre entre un homme et une femme, seuls individus à être restés dans leur groupe d'immeubles alors que la ville entière défile sur les grandes artères, derrière le Duce Mussolini, en hommage à un homme d'Etat étranger en visite à Rome.

Quant à la deuxième œuvre, il s'agit d'une petite nouvelle, qui était insérée dans mon livre bilingue de nouvelles allemandes. Il s'agit de Mein trauriges Gesicht, mon visage triste en français, une courte nouvelle de Heinrich Böll. Un homme erre solitaire dans la ville, quant un policier l'arrête : il a le visage triste alors qu'aujourd'hui est jour de fête nationale, et que les citoyens doivent donc être joyeux. L'on apprend ensuite que dix ans auparavant, l'homme avait été condamné pour le même genre de délinquance.

 

Je suis contente d'avoir eu accès à cet âge tendre à ce livre et à ce film, non pas pour recevoir un message de leur part, mais parce que ce sont des œuvres pleines de beauté et de profondeur, des œuvres qui installent des espaces dans notre être intérieur, espaces à partir desquels naissent de nouvelles attentes, de nouvelles pensées (peut-être aussi de nouveaux silences).

 

lundi, 26 mai 2014

Piano gare

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Un homme est assis au piano dans le hall de la gare Montparnasse ; il joue bien et fort, les passants passent plus lentement à ses abords ; chacun entre en soi par le chemin de la musique et revit un souvenir de sa jeunesse.

Debout contre une rambarde en métal et en béton, les yeux rivés sur l'écran qui affiche les voies de départ des trains de l'Ouest, je règne sans partage sur mes images intérieures.

Je revois les années envolées, les visages, les figures, disparus sur la ligne effacée du temps. Je marche rue Boissonade. Les voix qui m'accompagnent parlent des gens du lycée Buffon et de la fête de Lutte Ouvrière.

Un second homme, qui regardait, debout, l'homme du piano, élève la voix. Voix de stentor qui infuse l'aria d'un opéra que tout le monde connaît et que personne ne peut nommer. Le pianiste, heureux de ce passant opportun, organise des points d'orgue et des da coda.

Je me souviens d'une femme âgée que j'allais voir à Nantes et dont les gilets de tricot chargeaient l'air tiède d'un autre temps. Sa voix mentionnait les quartiers des oncles et des tantes et les regards braisés d'une carmélite égyptienne.

Le chanteur se baisse, ramasse sa valise, salue son compagnon d'une heure volée au temps chronométré de nos modernités, et s'en retourne à ses allures pressées de voyageur du quotidien. Le pianiste reprend son rythme de croisière et les airs se succèdent, d'opéra en variété, tandis que les voies des trains s'affichent successivement en lettres jaunes et oranges sur le panneau noir.

Il y avait cette ville à mi-chemin entre Paris et la province, il y avait cette maison pourvue d'une tourelle et d'un jardin à l'abandon, il y avait cette femme que je croyais dans ma vie pour toujours, il y avait cette femme dont je ne sais plus le prénom. Il y avait ce cœur ravi d'entrain et d'espérance, il y avait ces yeux noyés dans l'autoroute, il y avait ces mots restés gravés dans mon tombeau et qui surgissent en cet instant et résonnent dans une tête plus sage.

Fillette, fillette ! Il n'y a plus cette enfant sage. Tu dors dans un linceul, Edith, toi qui vibrais. Du haut de ma stature qui ne reflète pas mon visage, je te regarde dormir, tu as bientôt treize ans.

Et si toutes les gares, à toutes les heures, offraient des airs d'un autre siècle aux gens qui passent, il y aurait plus de douleur, moins de gageure et point de mots dans les espaces agrandis par les bémols, dans les escalators démaquillés par nos mémoires en transit.

samedi, 07 décembre 2013

1984, de Martin

Martin et la barmaid d'AlmaSoror, anciens élèves du lycée Buffon, ne s'étaient pas vus depuis bien longtemps, lorsqu'en décembre 2013, il répondit au mail d'AlmaSoror, qui proposait d'écrire un texte contenant :

oh mon âme
le plus vieil été du monde
c'était si pur
ta mère absente
coco

 

1984

C'était un soir frais du début de l'automne – ou de la fin de l'été. L'année ? 1984. Sa jeunesse me damnait, Ô mon âme, je croyais vivre enfin le grand amour, mais ce n'était que le plus vieil été du monde, celui qui même aux senteurs des tilleuls le chaud appel des étourneaux étourdis par l'accouplement. C'était si pur, ta tendresse. Nous étions libres (ta mère absente), et heureux. Coco courait au loin devant nous dans les bois dont nous remontions les sentiers chaque soir, jusqu'à la cabane en haut de la colline. Qu'es-tu devenu ? Je l'ignore, et de par les maisons que j'ai visité cet été, nul ne le sait. Je n'ai jamais si si je t'ai donné ou blessée. Incapacité de me juger moi-même, Ô mon grand amour, seule que j'ai aimée.

Martin

 

mercredi, 22 mai 2013

Dunkerque, des années après

Dunkerque, Laure Tesson

Moi, je me souviens de Manuel à Ostende et de longues marches sur les plages du Nord, mais c'est de Dunkerque que Laure m'a envoyé deux photos cette semaine.

Elles parlent d'une autre marche, d'une autre personne de ma jeunesse, sur une autre plage du Nord.

Comme le temps passe et comme la désespérance est fascinante, qui nous prend aux veilles des anniversaires. Les visages partis ou quittés se dressent face à vous au détour d'une impasse d'Insomniapolis.

Des visages du lycée Buffon, perdus dans la décennie de la vingtaine ; des projets morts un soir d'hiver où tout était trop lourd. Des voix aimées qui tintent parfois dans le vacarme quotidien d'un trajet de métro ; des mains qu'on avait senti contre nos hanches. Et le vent ?

Le vent du Nord souffle toujours plus tristement sur les joies passagères, mais il offre, avec la tristesse, la mélancolie qui la pare d'une teinte miraculeuse.

Edith

Dunkerque, Laure Tesson

Lire, sur AlmaSoror, Une jeunesse dunkerquoise

(photos Laure Tesson)

lundi, 12 octobre 2009

19 ans, Barbara

 

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podcast
musique : édith de CL
piano : Luke Gohst