jeudi, 26 février 2026
Malgré le soleil, il ne s'était pas encore perdu lui-même
(Fragment d'un roman acheté par un de mes grands-pères) :
L'été agonisait. Mais toute l'Algérie restait écrasée de chaleur. Au milieu de la journée, l'air semblait dense comme du plomb, vibrant comme une guêpe. Tout était immobile, silencieux. Aïn Halloufa devenait un désert. La sieste était pire que le sommeil. Dans le Sud, la nuit demeure plus vivante que le jour : elle respire.
Après le repas à la popote, les officiers avaient gagné leurs cellules. Prisonniers de leur métier, prisonniers de cette province, ils n'avaient qu'à dormir, d'un abrutissement sans rêve, le torse moite de sueur.
Le lieutenant-colonel comte Le Theil d'Huberville ronflait, comme un lion solitaire. Tous les officiers de la base arrière du bataillon reposaient, allongés sur leur lit, trieillis déboutonné, chaussures aux pieds.
Le médecin-lieutenant Sorel restait le seul à veiller. Moitié par principe, moitié par nécessité, il refusait la sieste. Il ne voulait pas s'arrêter dans son travail, soignant les civils après les militaires, et parfois les bêtes après les gens. Aujourd'hui, il avait demandé la permission de descendre pour quelques heures à la ville. Tous les mois, il s'imposait cette halte. Mais il savait qu'il n'échapperait au bataillon que pour retomber dans cette Algérie qui lui était encore plus étrangère. Il allait de solitude en solitude. Malgré le soleil, il ne s'était pas encore perdu lui-même. Il cherchait autre chose, au-delà de son métier.
In Commando de chasse, de Jean Mabire (chapitre 8), 1968
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