dimanche, 18 mars 2012
Un brunch à l'atelier

Après une conversation brunchale au café de l'Atelier, un dimanche matin boulevard du Montparnasse, avec Philippe B, j'ai cherché à écrire comment j'accède à l'expérience du bonheur.
Qui trop embrasse mal étreint et à chercher le bonheur de tous côtés que trouve-t-on ? Le désarroi, souvent. Peut-être parce que je cherche ce que j'appelle le bonheur sans trop savoir ce qui me rend heureuse. Derrière la beauté du mot « voyage » qu'ai-je vécu ? Beaucoup d'administration, de déplacements sans romantisme, d'incompréhension et de déception. Et il m'en a fallu du temps pour dissocier dans ma tête l'attirance pour le « voyage » et la désapprobation de la réalité des voyages. Que dire des dévoilements qui ont eu lieu lorsque j'ai cherché l'amour, la liberté, la reconnaissance sociale, la réussite professionnelle ? Déceptions, multitudes de déceptions puisque ces mots ne sont que la promesse de belles émotions, comme la beauté, en amour, n'est que la promesse du bonheur.
J'ai laissé le bonheur partir, comme on lâche une croyance en Dieu qui ne nous a apporté que terreurs et fausses routes, et je me suis trouvée seule, sur l'océan des possibles, dont les vagues me faisaient un peu peur.
J'ai écouté la vie : elle s'est tue. J'ai senti que j'éprouvais des sensations. Ces sensations emplissaient les instants de bouffées d'amour, de joie, de liberté ! Je ne tenais plus le bonheur insaisissable dans mes bras débiles : c'était lui qui m'habitait par instants, par instances, et repartait, me laissant régénérée, vivifiée d'avoir été traversée par lui.
Alors j'ai voulu reconnaître quelles sont ces sensations de bonheur, qui me lavent, me ressourcent, me soulèvent, me donnent l'impression de vivre, d'être vivante.
Ces sensations là, il fallait les connaître pour les laisser emplir mon corps, mon cœur, mon esprit, pour favoriser leur naissance au creux de mon être.
La flottaison – ou le flottement
J'aime éprouver la sensation de flotter quelque part entre le ciel et la terre. J'ai identifié cette sensation chez Tieri Briet, à Fontvieille, dans le hamac qui servait de canapé. J'ai compris alors cette fascination que j'éprouve depuis longtemps pour les enfants qui ne savent pas encore marcher : leurs pieds sont gratuits : leurs pieds servent à jouer, à rire, ils flottent dans les airs et ne connaissent pas la responsabilité assombrissante de porter un corps et le cerveau qui l'habite. Cette fascination pour les enfants et leurs pieds inutiles et flottants existait donc parce que j'avais besoin d'éprouver ce sentiment de flottaison et de flottement : flottaison au-dessus de la terre, flottement entre deux instants. La sensation de flotter hors des contingences du temps, de l'espace et de la réflexion mentale, dans un paramonde où la substance du rêve imprègne l'environnement.
La puissance
Le sentiment de puissance m'est extrêmement revigorant. Il peut venir de la contemplation d'un frigo bien rempli, de l'action de poster un message sur l'AlmaSoror blog ou sur Twitter, c'est la joie vitale d'avoir un impact sur le monde, de transformer quelque chose sur cette terre, ou bien la satisfaction de faire face à de nombreuses possibilités et d'avoir l'abondance des choix possibles. Un compte en banque à flots et une carte bancaire disponible me procurent également ce sentiment.
L'exaltation
Souvent, elle vient du vent et de la lumière, mais peut aussi naître de la nuit. L’exaltation emplit mon cœur d'une joie de vivre qui étire les traits du visage en un sourire épanoui, donne envie de crier comme des enfants qui entrent dans les vagues. Les très bonnes nouvelles sont génératrices de sentiments d'exaltation très forts.
La détente
Sentir que rien n'est urgent ni pressé, que je peux étaler mes jambes, laisser aller mon esprit où il veut, entrer dans la lecture gratuite et distrayante de deux ou trois épisodes de Tintin en buvant des tisanes et mangeant des cracottes tartinées de beurre. Savoir que je peux faire quelque chose ou ne rien faire, à ma guise : tout est libre, le temps est disponible.
La prière
J'appelle « prière » cet adoucissement du cœur qui vient parfois dans une église belle et recueillie, où l'on peut abandonner les attitudes physiques et mentales qui ont cours dans la société pour se tourner vers Jésus (par exemple) comme un enfant, c'est un amollissement, un attendrissement du cœur, qui procure une profonde détente, un soulagement, un renoncement total à tout ce qui parasite l'amour pur. Quelque chose fond dans mon cœur, comme si le métal rigide qui l'entourait et l'enserrait fondait sous l'action d'une grande chaleur et le cœur alors se répand, se dilate, se réjouit. Les larmes coulent d'émotion, sans violence.
Le calme
Le calme se distingue de la détente, car il relève plus du sentiment que de la sensation. Le calme, c'est une attitude du corps, de l'âme, de l'esprit, qui consiste à regarder le monde avec beaucoup de recul et à ne pas réagir affectivement aux événements qu'il contient. Le calme s'apparente à la puissance, cependant il ne contient pas cette charge d'émotion égotique, ni cette envie d'action sur le monde : dans le calme l'ego se tient à sa toute petite place. C'est une sorte de retrait du monde par sagesse, où le détachement et la présence tiennent chacun une place égale.
Le rire
Être traversée par l'envie de rire, sentir son corps et son cœur se dilater sous l'effet d'un rire frais et franc, qui jaillit aussi naturellement qu'une source, est l'un des plus grands plaisirs qui peut arriver dans une journée. Il faut que ce rire ne soit pas lié à une situation sociale de défi ou d'ego : c'est un rire gratuit, comme un oiseau qui passe.
La stimulation physique
La stimulation physique à faire quelque chose (que ce soit marcher, nager, faire la cuisine, ranger) est agréable puisque elle donne la satisfaction de l'effort mais prend sa source dans le désir. Quel beau cadeau qu'un désir naturel dont le résultat est aussi bon que s'il venait d'un effort volontaire. Car le désir est plus agréable à éprouver que la volonté de l'effort. S'il donne les même fruits, bonheur et productivité se conjuguent. C'est magique.
La stimulation mentale, intellectuelle
Sentir que mon cerveau est entrain de découvrir quelque chose, de chercher quelque chose, de modifier quelque chose dans l'ordre de ses connaissances, me rend heureuse.
L'hygiène, l'ordre
Lorsque j'accomplis des actes dont la gratification immédiate est une plus grande hygiène, un plus grand ordre (ranger mon bureau, me laver les dents), je m'offre de petites satisfactions qui ne sont pas négligeables et leur accumulation au cours de la journée permet de donner à celle-ci un tour plus positif.
La reconnaissance de ces sensations permet de les favoriser et surtout de savoir ce que je cherche vraiment : je ne cherche pas tant des éléments concrets que leurs sensations correspondantes, et l'obtention d'un résultat concret ne m'apporte aucun bonheur si aucune sensation positive n'en découle.
Éprouver souvent ces sensations augmente considérablement ma bonne humeur, mon bonheur, et le travail sur mes sensations m'apporte donc bien plus qu'un travail direct sur la réalité. Toutefois il faudrait ajouter à cette concentration sur les sensations une attention portée aux situations de la vie qui procurent de belles sensations. Par exemple, se trouver dans un lieu très esthétique, vivre un moment de partage, de rencontre, faire face à une période de temps libre sans culpabilité en arrière-plan... Cela permettrait de multiplier ces situations et d'améliorer considérablement la qualité de ma vie.
Je constate autour de moi que beaucoup de gens se marient, ont des enfants, manœuvrent une carrière professionnelle en vue d'obtenir un bonheur ; mais ce bonheur est rarement atteint, en dépit de tous les accomplissements réels. Le niveau de bonheur général n'est pas augmenté avec la réalisation de ces projets. En effet, nous croyons de façon automatique que ces éléments portent en soi leur charge de bonheur. Il n'en est rien. Ainsi, un directeur de cabinet ministériel, ou même un ministre, peut n'éprouver jamais la moindre sensation de puissance, parce qu'il est au quotidien dans des situations d'obéissance (à des contingences, à un emploi du temps, aux « supérieurs hiérarchiques », voire aux exigences des « inférieurs hiérarchiques »), alors qu'un maçon couvreur, debout sur son toit, dominant la ville et sachant que chacun de ses gestes améliore concrètement un toit, peut éprouver et vivre la puissance de façon beaucoup plus féconde. De même, être en couple avec une personne charmante, intelligente, raisonnable, peut n'apporter aucune sensation de tendresse en dépit de tous les gestes et les événements partagés, si la connexion entre les émotions de chacun n'a pas été trouvée, ou si l'on paye cher en renoncements à ce que l'on aime cette situation de couple. Alors que vivre dans la tendresse sans cesse renouvelée via des romans, via l'amour pour la beauté des étoiles, via la rencontre avec des amis peut donner un sentiment de confiance en soi, d'épanouissement émotionnel et de connexion amoureuse beaucoup mieux déployé.
Edith de CL
Publié dans Super flumina babylonis | Lien permanent | Commentaires (1) |
|
Facebook |
Imprimer |
jeudi, 15 mars 2012
Ainsi soit-il, ainsi pense-t-il
AlmaSoror a entrepris la traduction depuis l'anglais du fameux opuscule publié en 1902, As a man thinketh, de James Allen. James Allen est le grand inspirateur du développement personnel et des méthodes de "self-help", de travail autonome sur soi en vue de se créer une vie meilleure. On trouve peu d'informations sur lui sur la Toile francophone, ceux qui parlent anglais seront plus gâtés.
Nous proposons aujourd'hui le premier chapitre, l'opuscule complet étant lisible ici.
L'esprit est le pouvoir qui façonne et créée,
Et l'homme est esprit, et de plus en plus il s'empare de l'outil de la pensée ; et, modelant ce qu'il désire, suscite mille joies, mille maladies : - il pense en secret et la chose advient : le milieu qui l'entoure n'est que son miroir.
Sommaire
Avertissement
La pensée et le caractère
Avertissement
Ce petit volume (le résultat de la réflexion et de l'expérience) n'est pas conçu comme un traité exhaustif sur le très ressassé sujet du pouvoir de la pensée. Plus suggestif qu'explicatif, son intention est d'aider les hommes et les femmes à découvrir et percevoir cette vérité :
«Nous sommes nous-mêmes nos propres créateurs »...
… par les pensées que nous choisissons et encourageons. L'esprit est le maître-tisserand, de la toile interne de son caractère, comme de la toile externe des circonstances de sa vie. Et si nous avons jusqu'ici tissé dans l'ignorance et la douleur, nous pouvons maintenant tisser dans la lumière et le bonheur.
James Allen
Avenue du Grand Parc
Ilfracombe, Angleterre
Ainsi pense-t-il, ainsi soit-il
La pensée et le caractère
Cet aphorisme : « L'homme est comme les pensées de son âme» (Proverbes 23-7) ne concerne pas seulement l'être humain dans son intégralité, mais s’étend aux conditions et aux circonstances de sa vie. Un homme est littéralement ce qu'il pense ; sa personnalité résulte de la somme de toutes ses pensées.
De même que la plante vient de la graine et n'existerait pas sans elle, chaque acte d'un homme vient des graines secrètes de sa pensée et n'aurait pu avoir lieu sans elles. Ceci s'applique autant aux actes dits spontanés, ou non prémédités, qu'à ceux qu'on exécute délibérément.
L'action est la floraison de la pensée ; la joie et la souffrance en sont les fruits. Ainsi, l'homme recueille-t-il les fruits, doux et amers, de son jardinage.
(En notre esprit la pensée nous a conçus, ce que nous sommes fut forgé et édifié par la pensée.
Si l'esprit d'un homme contient des pensées diaboliques, la douleur vient sur lui comme la charrue derrière le bœuf.
S'il persiste dans la pureté de pensée, la joie le suivra comme son ombre – c'est certain).
L'homme n'est pas une création artificielle, il croît selon les lois de la nature, et le rapport entre la cause et l'effet est aussi absolu et implacable dans le royaume caché de la pensée qu'il l'est dans le monde des choses visibles et matérielles. Un caractère noble et divin n'est pas une faveur, ou une chance, mais le résultat naturel d'efforts continuels pour penser juste, la conséquence de la fréquentation assidue de divines pensées. En vertu du même processus, un tempérament ignoble et bestial ne résulte que de l'entretien continuel de pensées serviles.
L'homme se fait ou se défait lui-même. Dans l'arsenal de sa pensée, il forge les armes qui le détruiront ; il y façonne également les outils au moyen desquelles il se construira les célestes manoirs de joie, de force et de paix. Par ses choix justes, par la pertinence de sa pensée, l'homme s'élève à la perfection divine ; tandis que l'abus, le manque de diligence dans la pensée l'abaissent au niveau de la bête. Tous les échelons de la personnalité humaine se situent entre ces deux extrêmes, et chaque homme en est créateur et maître. Parmi les merveilleuses vérités se rapportant à l'âme humaine que notre époque a restaurées et amenées à la lumière, aucune n'est plus réjouissante que celle-ci – l'homme est le maître de ses pensées, le sculpteur de son caractère, le façonneur de ses conditions, de son environnement, de son destin.
Être de pouvoir, d'intelligence et d'amour, Seigneur de ses propres pensées, l'homme possède la clef de chaque situation, en lui se trouve l'organisme de transformation et de régénération qui lui permettra de devenir ce qu'il veut.
L'homme est toujours le maître, même dans son état le plus faible, le plus abandonné, le plus dissolu. Car dans sa faiblesse et sa dégradation, il est le maître insensé qui dirige sa maison de travers. Lorsqu'il se met à réfléchir sur sa condition, à rechercher diligemment la loi qui régit son être, il devient alors un maître sage, orientant ses énergies avec intelligence, façonnant ses pensées pour des aboutissements féconds. Ainsi agit le maître conscient. Et l'on ne devient ce maître conscient qu'en découvrant à l'intérieur de soi-même les lois de la pensée ; cette découverte est affaire d'application, d'autoanalyse et d'expérience.
Comment sont obtenus l'or et les diamants ? Par la recherche, par l'extraction en profondeur. Et les hommes peuvent trouver toute vérité raccordée à leur être s'ils creusent à fond la mine de leur âme. Ils éprouveront de manière infaillible qu'ils sont les maîtres de leurs caractères, les sculpteurs de leurs vies, les bâtisseurs de leurs destins, s'ils s'attachent à observer, à contrôler, à ajuster leurs pensées, en traquant les conséquences de ces pensées sur eux-mêmes et sur autrui, sur leur vie et sur les circonstances, en découvrant les liens entre les causes et les conséquences par la pratique et l'investigation, en utilisant chaque expérience, même la plus triviale, même la plus quotidienne, comme un moyen d'obtenir cette connaissance de soi qui est intelligence, sagesse et pouvoir. C'est dans cette direction, plus que dans aucune autre, que l'on retrouve la loi absolue : « Cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l'on vous ouvrira » (Évangile) ; c'est en effet par la patience, par la pratique, par l'incessante sollicitation que l'homme peut passer la Porte du Temple de la Connaissance.
James Allen, 1902

Traduction d'édith de CL
L'intégralité de la traduction est disponible sur cette page.
Publié dans Fragments | Lien permanent | Commentaires (0) |
|
Facebook |
Imprimer |
lundi, 12 mars 2012
Le menu de Pythagore
Sara nous envoie ce passage de la vie de Pythagore, par Porphyre. Nous y apprenons comment l'auguste mathématicien s'alimentait, cinq siècles environ avant notre ère. AlmaSoror engage ses visiteurs à s'alimenter comme le Maître pendant une semaine, et à nous envoyer le retour de leur expérience.
“Au déjeuner, des rayons de cire ou du miel ; au dîner, du pain de mil, de la galette, des légumes bouillis ou cru, rarement de la viande de victimes sacrificielles, et encore non pas de toutes les parties. Le plus souvent, quand il devait pénétrer dans un sanctuaire des dieux et passer là un certain temps, il usait de nourritures qui arrêtent la faim et la soif ; contre la faim, il faisait un mélange de graine de pavot, de sésame, d’écorce de scille lavée avec soin jusqu’à ce qu’elle eût perdu son suc, de tiges d’asphodèles, de feuilles de mauve, de farine, d’orge, de pois chiche, tous ingrédients qu’il coupait en portion égales et arrosait de miel de l’Hymette ; contre la soif, il mêlait graine de concombre, raisin gluant dont il avait enlevé les pépins, fleur de coriandre, mauve - la graine également -, pourpier, fromage râpé, fleur de farine de blé, crème de lait, le tout mélangé avec du miel des îles."
Porphyre, Vie de Pythagore
Traduction Ed. des Places, Les Belles Lettres, 1982
Nous avions déjà mentionné Pythagore dans un article sur la condition animale et les défenseurs de la vie des animaux...
Pythagore
Publié dans Le corps, Paracelse | Lien permanent | Commentaires (2) |
|
Facebook |
Imprimer |











