Dans la lutte de libération nationale, toute la population doit être dans le coup (samedi, 28 février 2026)

Voici un nouvel extrait du roman Commando de chasse, de Jean Mabire (1978). Il s'agit de la fin du neuvième chapitre :

 

« Une question brûlait les lèvres de l'aspirant de Brancourt :

Un sourire remonta un bref instant les lèvres minces du capitaine Leclercq.

« Leurs rapports me font parfois penser à ceux de notre compagnie opérationnelle avec le commando du bataillon. Mais c'est une autre histoire. Continuons à parler des gars d'en face.

Je n'ai pas le temps de vous faire l'historique de la rébellion. Mais vous pensez bien que depuis 1954, les hors-la-loi ont eu le temps de mettre au point leur petite affaire. Nous leur avons laissé le temps. Deux ans après le début de l'insurrection armée dans les Aurès, se réunissait le congrès de la Soummam, où le plan de la guerre révolutionnaire fut minutieusement mis au point. Ces gens-là adorent les schémas. Le leur est d'ailleurs assez astucieux. C'est copié sur les Viets : c'est presque aussi efficace. Nos adversaires partent du principe que, dans la lutte de libération nationale, toute la population doit être dans le coup. Le Front prétend encadrer l'ensemble des Algériens. Le cadre, c'est la redoutable Organisation-Politico-Administrative. L'O.P.A est aussi important que l'A.L.N., l'Armée de Libération Nationale. Le combat militaire et le combat politique se complètent étroitement. Le F.L.N essaye de rassembler tout les Algériens, classés en sympathisants, adhérents et militants. Les autres, on les tue. C'est la population qui fournit donc, bon gré mal gré, les guides, les collecteurs de fonds, les guetteurs, les ravitailleurs, les agents de renseignements, les supplétifs armés de fusils de chasse.

Chez eux, tout comme chez nous, pour un homme qui se bat, une dizaine travaille à son profit. Mais ils ne portent pas d'uniforme et ils ne s'entassent pas dans des bureaux. Ils sont partout et nulle part. Bons citoyens, électeurs consciencieux, paisibles bergers, Français à part parfaitement entière. Vous les rencontrez chaque semaine sur la place du marché. Ils ne portent pas d'insigne sur leur djellaba.

Le capitaine Leclercq soupira. Il eut un geste las.

L'aspirant de Brancourt risqua une question.

Le capitaine Leclercq avait recommencé une fois encore, son petit exposé. C'était l'A.B.C de la guerre révolutionnaire – qu'il croyait totale, permanente et universelle. C'était quand même dommage que les sous-lieutenants de réserve pigent ça plus vite que les généraux et les colonels. Ceux qui vivaient la guerre étaient impuissants et ceux qui la dirigeaient étaient aveugles.

 

C'était la fin du chapitre 9 de Commando de chasse, de Jean Mabire (1968)

Un autre extrait ?

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