Le coup de Prague et la mort des revues (jeudi, 30 avril 2026)
Au détour d'Un Occident kidnappé, (1983) de Milan Kundera :
« Encore ébranlé par cet événement triplement tragique qu’était l'invasion de Prague, je suis venu en
France et j'ai essayé d'expliquer à mes amis français le massacre de la culture qui eut lieu après l'invasion :
« Imaginez ! On a liquidé toutes les revues littéraires et culturelles ! Toutes, sans exception ! Cela ne s'est jamais passé dans l'histoire tchèque, même pas sous l'occupation nazie pendant la guerre ! »
Or, mes amis me regardaient avec une indulgence embarrassée dont je compris le sens plus tard. En effet, quand on liquida toutes les revues en Tchécoslovaquie, la nation tout entière le savait, et elle ressentit avec angoisse la portée immense de cet événement. Si en France ou en Angleterre toutes les revues disparaissaient, personne ne s'en apercevrait, même pas leur éditeur. À Paris, même dans le milieu tout à fait cultivé, on discute pendant les dîners des émissions de télévision et non pas des revues. Car la culture a déjà cédé sa place. Sa disparition, que nous vécûmes à Prague comme une catastrophe, un choc, une tragédie, on la vit à Paris comme quelque chose de banal et d'insignifiant, d 'à peine visible, comme un non-événement. »
Lire (et relire dix fois) le texte entier par ici.
Il se trouve qu'il était déjà apparu dans AlmaSoror, par ici par exemple.
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