Quand on a réalisé son rêve (dimanche, 18 mai 2014)

2014.05.17.plage1.jpgPlus douce qu'aux enfants la chair des pommes sûres...

 

Arrive parfois le jour rare où l'on a réalisé son rêve.

Le prix littéraire fut un moment de feu et de flammes, et l'on pleurait croyant serrer enfin ce que l'on méritait depuis longtemps. Ce n'est que le lendemain qu'on se rappela que parmi les méritants, peu obtiennent l'once d'une récompense. La plupart ne voit pas le bout de ses peines.

Des amis nous appellent, nous écrivent, nous invitent, nous rappellent, nous congratulent chaleureusement ou nous plaignent avec tendresse. Ils répondent à nos demandes, préviennent nos besoins, demandent pardon si par hasard ils ont manqué de tact.

Quelqu'un nous aime, et l'on se souvient bien que ce ne fut pas toujours le cas - mais le passé s'est enfui.

Le passé s'est enfoui sous les victoires remportées, sous la chance glanée et glanée encore sans même plus y penser.

Il était une fois un enfant privé d'océan - mais la villa de sable et de vent abrite désormais ce qu'il reste de cette enfance - des livres gardés précieusement par un père attentif ; des photographies d'une ville grise, un vieil ours en peluche à moitié mangé par un chien qu'on aima.

La somptuosité des étoiles sur l'océan, c'est devenu le quotidien du soir ; comme la douceur des jus mêlés de goyave, de mangue, de pomme et de framboise est devenu le quotidien de l'aube, une aube tardive depuis que le réveil n'a plus besoin de sonner.

Ti-Punch, pisco sour ou White Russian ? Tout ce que vous voulez. Mais parce que la sobriété est la mère des arts de vivre, le punch du bord de plage exclura que l'on ouvre plus tard la bouteille de Gevrey-Chambertin. Il faut savoir ne pas trop boire pour continuer à boire.

La santé ne fait pas défaut. Le corps encore très jeune peut accomplir tout ce que l'esprit lui demande, et pourrait même beaucoup plus si l'esprit lui demandait plus.

La promenade cependant de sept heures du soir se teinte souvent d'une infime amertume, lorsque le regard se noie dans les nappes de ciel orpiment.

Pourquoi ? Quelle est cette langueur qui pénètre le cœur ? Qui vient déranger une vie parfaite ? Maudite pensée qui traverse un esprit et l'irrite !

Et l'évidence se découvre. La douleur blanche de réaliser qu'elle est là, comme une couverture posée le long de notre cœur : la nostalgie du temps où l'on rêvait.

 

(à lire : John Peshran-Boor)

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