Jean-Christophe : expérience de lecture commune (samedi, 25 février 2012)

jean-christophe, Romain Rolland, Edith de Cornulier

Le mardi soir, quelques amateurs viennent lire ensemble, à haute voix, Jean Christophe, dans une petite pièce du fond d'une cour du boulevard du Montparnasse.
L'inspiration de ces soirées est venue de la lecture de Chez le Prophète, une étrange petite nouvelle de Thomas Mann, et de l'influence d'une soeur qui avait tenté, ailleurs, avec d'autres, la lecture collective.

L'idée de départ était de lire ensemble un grand roman, le premier des "romans-fleuve" du XX°siècle, de 1500 pages, qu'aucun de nous n'aurait eu le courage d'entamer seul et de poursuivre le roman jusqu'au bout, envers et contre tout. Nous ne savions à quoi nous attendre. Nous étions peut-être inquiets. Pourtant, c'est une belle lecture, la découverte d'un style ample, onctueux, clair, bien campé entre la beauté de la phrase classique et la simplicité de la phrase contemporaine.

Tous les lecteurs ne viennent pas tous tous les mardis. Certains sont assidus, d'autres dilettantes ; la soirée se déroule au fil des voix qui se succèdent. Voix masculines et féminines, voix qui mettent le ton ou refusent délibérément de le faire, voix qui habitent le personnage de Christophe et lui donnent un charisme mouvant, changeant. La place du lecteur est celle à côté de laquelle une lampe de chevet est posée. Le reste de la pièce est dans une demi-pénombre. Quelques victuailles hantent la table, toujours un fromage, un vin et parfois d'autres propositions.

"Sur la littérature universelle plane un nuage d'alcool", émit Michael Krüger. Et dans nos esprits alcoolisés plane la littérature universelle.

Nous aurons connu Romain Rolland. Nous l'aurons laissé nous emporter dans son roman-fleuve, dans son fleuve romanesque et nous y aurons nagé sans peur de s'éloigner des rives du temps. Pourquoi ? Parce qu'il est bon d'oublier les choses utiles, pour se délecter de l'inutile, le splendide inutile, l'éternel inutile, si essentiel aux âmes avides d'horizon.

Mais, pour l'heure, la route n'est pas finie. Douze séances ont eu lieu. Il nous reste encore un long chemin pour arriver au bout de ce roman dont le dernier mot est "naître".

Nous sommes entrain de naître.

La page de notre aventure se trouve ici.

 

Edith de CL

jean-christophe, Romain Rolland, Edith de Cornulier

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