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vendredi, 18 mai 2012

Karamazov-archivage V

AlmaSoror entame l'archivage de Karamazov, numéro spécimen d'un journal qui a failli exister, dans la décennie 1970. 
Mais plutôt que d'être un début, Karamazov fut en fait une fin : la clôture d'une ère de rencontres au fond d'une cour du boulevard du Montparnasse, à Paris. Rencontres où se fermaient les bienpensances du dehors pour allumer les libertés des cerveaux.

 

Sur cette page défilent tous les textes Karamazov déjà archivés...

Karamazov, Gérard de Laubier, corps transfiguré, dernier voyage, transfiguration

Le dernier voyage ou le corps transfiguré

(extrait)

Je m'assis alors sur les talons face au soleil et demeurai longtemps dans cette position. Je laissai aller mon esprit et tâchai de retrouver cette voix intérieure qui m'avait conduit jusqu'ici. Ainsi je perdis conscience des lieux jusqu'à ce qu'une pénible impression de moiteur me fît revenir à moi.

L'état du ciel était bien changé. De vastes nuages gris-sombres et lourds l'encombraient. L'air était chargé d'une humidité si chaude que je respirais avec peine. Mon corps était trempé de sueur et de sang. Ma tête en ruisselait. Je voulus me lever ; mais l'effort que je fis pour me redresser épuisa tant mes forces que je m'écroulai.

Couché sur le dos, mes chairs à nu, douloureusement meurtries, je regardais le ciel. Au milieu d'une croûte noire, je ne vis d'abord qu'un point. C'était comme un oeil blanc qui traversait le nuage. Puis je m'aperçus que cet oeil tournait sur lui-même à une vitesse prodigieuse. La masse compacte du nuage qui l'entourait se plissait légèrement, comme si elle était entraînée par la rotation du point. Au bout de quelque temps, tout le nuage était cilié à partir du centre. Les rayons qui en partaient se faisaient de plus en plus serrés et courbes. Alors le ciel entier se mit à tourner, d'abord lentement puis très vite. En même temps, la plate-forme sur laquelle j'étais commença à osciller. Je m'aggripai au sol de toutes mes forces. Les aspérités de la pierre me rentraient dans le corps. Comme la plateforme tanguait de plus en plus, j'étais roulé d'un bord à l'autre, risquant à tout moment de choir et de me perdre. Au milieu de la plaine que j'avais traversée, la terrasse flottait sur un élément furieux, mi solide mi liquide, d'une couleur verdâtre, qui se crevassait un peu partout et lançait des jets de lave rouge. La moindre éclaboussure de cette lave me causait une douleur si aigüe que j'en oubliais les autres. Sa nature était si corrosive que les parties de mon corps qui en étaient touchées se désintégraient. Je perdis ainsi complètement un bras, et l'usage d'une jambe. En outre, le reste de mon corps était gravement atteint.

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