samedi, 31 octobre 2009
La nuit, la guerre

AlmaSoror se désespère quelque fois. Comme lorsque deux personnes qu’elle aime et qui la nourrissent commencent à se haïr. Siobhan et Katharina vous vous déchirez mais nous vous aimons toutes les deux. L’une d’entre vous est belle d’une étrange façon ; l’autre est belle d’une manière bizarre. Etrange Siobhan qui s’envole et ne redescend jamais vraiment des hauteurs où elle flotte sans pesanteur et sans apesanteur, juste entre les lignes invisibles du ciel. Katharina bizarre qui défend des trucs indéfendables et réessaie toujours de devenir autre chose alors qu’on s’était habitué à ce qu’elle venait de devenir.
Et que dire de vos coeurs ? L’une d’entre vous est celle à qui l’on n’ose rien dire parce qu’on ne sait pas ce qu’elle pense. L’autre est celle qu’on appelle à n’importe quelle heure du jour où de la nuit, sans songer au décalage horaire, parce que Paris et Buenos Aires bruissent la nuit et s’aiment depuis longtemps, parce que Insomniapolis est le seul lieu où l’on vit vraiment, parce que les voix n’ont pas besoin d’avion. Siobha, sache que tu es glaciale et attachante. Katharina, insupportable et hilarante, sache que tu sauves quand tu ne raccroches pas pendant trois heures.
Et que dire de vos corps ? L’une d’entre vous est celle qui est noyée sous les pullovers d’un grand frère imaginaire, achetés dans un magasin pour les sportifs adolescents. L’autre est celle qui marche tout en haut, loin de nous, portée par les hauts talons aiguille qui font clac clac et qui respire le rouge à lèvres et le parfum des temps perdus. Siobhan, on devine sous les longs morceaux de toile et de laine que tu as des jambes et des bras et qu’ils sont très blancs. Des tâches de rousseur doivent faire écho aux reflets qu’on voit dans tes cheveux quand tu te penches au bord de la cheminée. J’ai peur que tu aies des cicatrices à cause des chutes lors de tes décollages et atterrissages et à cause de ton bricolage chez toi. Katharina, quel fragrance ce soir ? Tu marches et deux, quatre, sept, dix hommes emboitent le pas pour obtenir un sourire et une prolongation chez toi. Mais tu es habituée et tu marches (clac-clac) et tes bas résille reluisent dans la nuit tandis que ton buste se fait parfois statue parfois roseau et que tu parles avec ta voix de fumeuse à mi temps.
Et que dire de vos vies ? L’une d’entre vous disparait souvent dans sa ville malade où personne ne veut aller et là on devine des magasins où elle achète la base et des grandes promenades solitaires, des copains dont elle ne parle jamais et la même vue, le matin, sur les toits et les champs au loin, en buvant un café trop chaud dans la tasse d’hier. L’autre vit là bas et fait rêver à force d’être si belle, si classe, si loin et si chaleureuse, toujours entourée de monde, d’un monde qui papillonne et qui change et qui importe peu, c’est le décor, or seul le décoeur compte. Le décor des corps tourbillonne et le décoeur du coeur s’alimente de petites excursions dans les rares régions de la vraie amitié. Siobhan, un jour je prendrai le train pour venir voir cette ville “sans rien” que tu décris et qui te fais rire, je boirai dans ta tasse et tu m’apprendras à voler comme les oiseaux, enfin. Katharina, je sais que j’ai promis mais je déteste tant prendre l’avion. Et l’argent ne coule pas à flots, contrairement au vin rouge que tu aimais. Et l’Amérique du Sud m’a laissé des morsures que le sel creuse trop. Mais j’ai promis et un jour je viendrai hanter la calle San Juan d’où tu m’écris des choses parfois gentilles, parfois cruelles, et j’irai prier pour ta conversion à la figure du Christ dans l’église qui t’a vu passer tant de fois en hauts talons et avec des hommes toujours différents, toujours avec le même genre de barbe, toujours tellement inexistents à tes côtés.
AlmaSoror se désespère quelque fois, quand elle se rend compte que ses soeurs nourricières se sont déclarées la guerre. Mais son amour est incorruptible. Ce n’est pas la neutralité suisse, c’est l’incendie intégral pour chacune.
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dimanche, 11 octobre 2009
26 mars 1962
21:38 Publié dans Hommages, Horizons funèbres | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : 26 mars 1962
lundi, 27 juillet 2009
Ma rencontre avec Anne-Pierre Lallande, chrétien, anarchiste, antispéciste
Phot Sara
Anne-Pierre avait de longs jeans qui pendaient autour de ses longues jambes et il flottait dans des chemises blanches, bleues, vertes, toutes délavées. Il avait une voix légère comme celle d’un oiseau et rassurante comme certaines voix des hommes. Il avait des cheveux blonds un peu ondulés qui voletaient autour de son visage, dans le vent du matin. Il parlait peu ; il parlait bien. Il mangeait peu ; il mangeait bien. Il aimait peu ; il aimait dans l'abnégation de lui-même.
C’était Edith qui me l’avait présenté. Elle me présentait les hommes qu’elle aimait parce qu’elle ne savait que faire avec eux. Elle sentait cette proximité, et en même temps une immense barrière qui lui interdisait de se rapprocher d’eux. C’eut été trop dangereux. Je parlais déjà bien français et j’étais heureuse de pouvoir échanger des idées avec cet homme beau, ou plutôt aimable et frais, charmant et secret.
J’ai tout découvert peu à peu, au fur et à mesure que nos relations s’approfondissaient : la croix autour du cou ; son chien Jumbo-Roi ; le vieux manoir de son amie Esther, où il allait se ressourcer et faire courir son chien. Et les vieux livres des anarchistes d’alors et d’antan. Raoul Vaneigem et La Boétie ; Bakounine et Tolstoï ; Victor Serge et Pic de la Mirandole. Il y avait aussi, dans sa bibliothèque, Giordano Bruno et les Cahiers antispécistes, James Douglas Morrison et Sainte Thérèse d’Avila.
Il avait aimé Catherine de Sienne et avait cessé de manger lors de longues séances d’adoration de la sainte. Il avait allumé des cierges dans des églises et brûlé des affiches dans les rues de la révolte. Il avait couru dans les manifs et mangé dans les camps de gauche et dans les camps de droite. Il avait vécu et senti beaucoup de choses et il en était revenu profondément triste. Quelque chose n’allait pas, mais son sourire tendre, teinté d’humour, plus rassurant que rassuré, nous berçait et empêchait, par une paresse toute confortable, toute égoïste, de s’intéresser au fond du cœur d’Anne-Pierre. On croyait l’aimer : c’était qu’on était content qu’il nous aime.
Bien sûr, beaucoup de regrets surgissent, en cascade, navrants, navrés. Je ne suis pas la seule : perdre quelqu’un, c’est se rendre compte, bien souvent, de tout ce que l’on n’a pas su dire ; de tout ce que l’on s’est retenu de donner. Un voile de pudeur métallique empêche ceux qui s’aiment de se le dire, surtout si leur amour n’est pas d’une forme reconnue. Hors la vie amoureuse et la vie de famille, quel est le statut de l’amour ? Et pourtant n’est –ce pas l’amour, ces tendresses et ces souffrances que l’on ressent pour ceux qu’on croise, et qu’on recroise, auxquels on pense et qui, un jour, partent et ne reviennent plus. Ils n’existent plus. Ils ont disparu. Le monde continue sans eux et ils ne reviennent qu’en images lointaines peupler les cerveaux de ceux qu’ils ont aimé.
Anne-Pierre, anarchiste, catholique, antispéciste, féministe, et si modéré au fond. Modéré, pas par lâcheté, mais par une connaissance trop parfaite de trop d’univers trop différents. Ma vie, au moins, aura été changée par ta présence, par ce que tu étais. Je ne suis sûrement pas la seule. Je ne regrette pas que Jumbo-Roi soit parti avec toi (qui t’aurait remplacé auprès de lui ?) Et il me reste le ciel et les oiseaux, les nuages et la lumière du boulevard dans le matin, pour rêver de toi et te parler tout bas.
Katharina F-B, lundi 27 juillet 2009, après un dîner de crêpes et bière à Buenos Aires, in mémoriam.
Traduit de l’espagnol argentin par Edith CL et Kyra Portage
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jeudi, 25 juin 2009
Ô Sanglier, Mystérieux résistant mort au combat
Hommage
Cet hommage à nos étoiles des temps proches et lointains veut saluer des êtres dont le souffle, la vision,
la parole nous aident à vivre et à penser.
Mystérieux résistant mort au combat
Saint-Amand-Les-Eaux
Dimanche 18 janvier 2004, à 16 heures : un sanglier pénètre par inadvertance dans l'hôpital situé en centre-ville.
Il défonce une porte vitrée et fait quelques dégâts dans le jardin arboré de l'hôpital.
Les pompiers appelés à la rescousse tentent de neutraliser le sanglier à l'aide de seringues hypodermiques - en vain : selon les spécialistes, son épaisse enveloppe de graisse hivernale le protège trop bien.
Dans la soirée, le député-maire communiste de la ville, Alain Bocquet, décide d'en finir avec l'animal. Il appelle les chasseurs - en vain : malgré une caméra thermique, le sanglier n'a jamais pu être repéré.
Minuit : la chasse se transforme en battue avec quatre chiens et une vingtaine de rabatteurs. En vain.
2 heures du matin : la traque prend fin. On estime que la bête a regagné la forêt.
Lundi 19 janvier 2004 au matin : il faut se rendre à l'évidence, le sanglier est toujours là.
10 heures : Un chasseur l'abat.
(source : yahoo actualités du lundi 19 janvier 2004, 17h39)
« De profundis clamavi ad te, Domine ;
Domine, exaudi vocem meam. Fiant aures tuae intendentes in vocem orationis meae.
Si iniquitates observaveris, Domine ; Domine, quis sustinebit ? Quia apud te propitiatio est ; et proper nomen tuum sustinui te, Domine.
Sustinuit anima mea in verbo tuo ; speravit anima mea in Domino. A vigilia matutina usque in noctem speret Israel in Domino.
Quia apud Dominum misericordia est, et copiosa apud eum redemptio, Et ipse rediment Israel ab omnibus iniquitatibus eorum”.
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samedi, 20 juin 2009
Alan Turing, père des ordinateurs
Hommages aux étoiles
Cet hommage à nos étoiles des temps proches et lointains veut saluer des êtres dont le souffle, la vision, la parole nous aident à vivre et à penser...
Alan Turing, père des ordinateurs
Une machine peut-elle penser ?
L’esprit est-il autre chose qu’une machine ?
Ces deux questions hantèrent Alan Turing.
1954
Alan Turing meurt à Wilmslow, par suicide, après des années de harcèlement.
L’Etat britannique, depuis 1952, le forçait à suivre un traitement de castration chimique (injections d’oestrogènes) pour le punir de son homosexualité ; il avait préféré ce traitement à l’emprisonnement.
Depuis la fin des années quarante, pour ces mœurs hors la loi, il était écarté des projets scientifiques gouvernementaux. Soutenu par des collègues scientifiques, il menait une vie de professeur et chercheur à Manchester.
Auparavant, il avait contribué à la victoire contre l’Allemagne lors de la seconde guerre mondiale ; en effet, aidé de Welchmann, il déchiffra le code secret d’Enigma, la machine de la marine allemande.
1950
Alan Turing publie dans un article ce qu’on appelle « le test de Turing ». Il y propose un test d’intelligence artificielle. Il s’agit de confronter un homme à deux interlocuteurs : une machine et un autre humain. Si l’homme ne reconnaît pas qui est l’humain et qui est l’ordinateur, alors l’ordinateur est déclaré réussi…
1936
Dans un article qui fonde notre ère informatique, le doctorant Alan Turing décrit ce qu’on appelle « la machine de Turing » et qui est l’ancêtre de la machine sur laquelle vous lisez cet hommage.
C’est l’époque ou Alan Turing se tourne vers le Pacifisme, alors que l’Allemagne commence à gronder. Il obtient sa thèse en 1938.
Adolescience
Alors qu’il est adolescent et jeune homme, c’est son camarade Christopher Marcom qui fit naître en lui la passion des sciences mathématiques. La très proche amitié qui les liait se finit avec la mort de Christopher Marcom, en 1930 - une mort qui plongea Alan Turing, par fidélité et par nécessité intérieure, dans la vie scientifique.
1912
Alan Turing naît à Londres, où il passe son enfance, entre d’autres mains que celles de ses lointains parents, qui vivent en Inde.
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lundi, 15 juin 2009
Lettre à Giorgione
Hommage
Cet hommage à nos étoiles des temps proches et lointains veut saluer des êtres dont le souffle, la vision,
la parole nous aident à vivre et à penser.
Giorgione, mystérieux peintre…
par Sara
1477 : Naissance de Giorgio Barbarelli à Castelfranco, pas très loin de Venise.
1510 : Mort de Giogio Barbarelli, dit Giorgione, de la peste en qu'il avait contracté en embrassant une dernière fois sa maîtresse qui était en train d'en mourir.
Observer : la qualité de la lumière de ses peintures et les thèmes mystérieux qu'il a traité, renonçant aux sujets traditionnels, antiques ou religieux.
A savoir :
Il ne signait pas ses œuvres
Seules quelques toiles peuvent lui être attribué avec certitude.
Certaines qu'il n'a pu achevées avant de mourir ont certainement être reprises et terminées par ses élèves, le Titien et Sebastiano del Piombo
Cher Giorgio,
C'était à Venise, dans les tout premiers jours août de l'année 1991. J'avais laissé mes trois enfants, les mains remplies de framboises, sur les marches qui donnaient sur le Canal et j'étais rentrée seule dans la Galleria dell'Accademia. Je n'étais pas rassurée. Je vis dans une époque de contrôle social des uns sur les autres que tu n'as pas connu. Laisser des enfants jouer seuls au bord de l'eau peut conduire sinon en prison du moins à se voir priver du droit de vivre avec eux. Mais visiter un musée les ennuyait trop et je les comprenais. Nos musées sont des temples où vous, peintres de l'ancien temps, sont des divinités que nous venons pieusement adorer. Nous vivons de choses mortes. Mais l'enfance a besoin de vivre. Je les laissai là et entrai … Je traversais lentement les salles de la Galleria dell'Accademia les unes après les autres dans une religieuse extase. J'avais conscience d'être au cœur même de l'Italie de la Renaissance, j'en goûtais chaque parcelle. J'essayais d'économiser mes forces car traverser ces musées à pas lents est un chemin de croix. Des groupes de gens défilent. On s'arrête devant chaque tableau, on se penche en une sorte de génuflexion vers l'étiquette qui indique le titre du tableau et le nom de son auteur. Et l'on passe au suivant. C'est épuisant. Mais je sais que je ne verrai jamais aucune de ces peintures si je me ne soumets pas à cette procession. Moi, individu lambda, je n'ai pas droit à une disposition privée de la peinture de Titien, du Caravage, … J'ai payé mon billet d'entrée et je circule, ayant payé pour voir.
Et puis il y eut l'apparition.
Je me suis approchée le cœur battant vers ce tableau : l'extrême finesse, la tranquille solitude, l'atmosphère retenue, que se passait-il là-bas ? Ce n'est que plusieurs minutes plus tard que je découvrais ton nom "Giorgione". Je n'avais jamais entendu parler de toi.
Je regardais de tous côtés pour voir d'autres toiles de toi. J' aperçus le portrait d'une vieille femme. Même facture étonnante, même finesse, même intensité. Aucune autre peinture.
Ce n'est qu'après mon retour à Paris que j'ai découvert qui tu étais, ton existence si courte, tes amours, la peste.
Au Louvre, Je reconnu ta main dans le "dîner champêtre" du Titien. Peu m'importe que les "spécialistes" l'attribuent au Titien.
Quand je découvris qu'une exposition allait avoir lieu de six ou sept peintures de ta maigre production à Venise, je pleurais de déception car je ne pouvais faire un séjour là-bas. C'est ma fille qui m'a entraînée. Elle m'a offert le voyage : nous sommes parties en train de nuit ce mois de janvier 2003. Après une mauvaise nuit durant laquelle nous avons appris que des migrants sans papiers avaient été ramassés par les douaniers et renvoyés dans leur patrie, nous sommes allés boire un café sur les Zaterre en attendant l'ouverture du musée.
Quelques œuvres étaient là. Nous y sommes restées longtemps, méditatives, presque seules, conscientes de voir là rassemblées des œuvres étranges, silencieuses, intenses que nous ne reverrions peut-être jamais.
Le ciel gris d'hiver, une pluie fine accompagnèrent notre promenade dans la ville en attendant le train qui allait nous ramener de nuit à Paris.
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lundi, 08 juin 2009
La triste et tendre vie de Franz Schubert
Hommage
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la parole nous aident à vivre et à penser.
La triste et tendre vie de Franz Schubert
« Tout ce qu'il touchait se changeait en mélodie »
Franz Liszt
Antonio Salieri
Antonio Salieri a soutenu Schubert sans faillir, comme il l’a fait de beaucoup de musiciens, dont Beethoven, Liszt, et les fils de Mozart.
Pourtant, effrayés par son mauvais caractère et sa personnalité paradoxale par delà bien et mal, des manichéens – Pouchkine, Peter Schaffer, Milos Forman - ont fait fi de sa générosité pour le décrire comme un répugnant arriviste criminel, dans une nouvelle, une pièce de théâtre, un film.
Ave Femina
Schubert, peu enclin aux choses religieuses, avait composé son bel Ave Maria pour les paroles de Ellen dritter Gesang - la troisième chanson d’Ellen -, inspirées d’un texte de Walter Scott. Ces paroles racontent Ellen en fuite, priant la Vierge Marie ; mais l’air n’est plus chanté que sur les paroles de la prière de l’Ave Maria…
Boulangerie
Il a été amoureux, très jeune, d’une chanteuse soprano, Thérèse Grob qu'il aurait voulu épouser. Mais elle le rejeta au profit d’un boulanger. Il mena alors jusqu’à sa mort une vie de célibataire. De sa vie sentimentale nous ne savons rien d’autre.
Epitaphe
On peut lire sur la tombe de Schubert l’épitaphe écrite par le dramaturge Grillparzer : "La musique a enterré ici un riche trésor et des espoirs encore plus beaux. Ici repose Franz Schubert, né le 31 janvier 1797, mort le 19 novembre 1828 à l'âge de 31 ans."
Franz Grillparzer est aussi l’auteur de l’épitaphe de Beethoven.
Gloire inaccessible
Le désir de gloire de Schubert était puissant ; pour l’atteindre, il s’évertua à écrire pour le théâtre, seul domaine où il était assez peu doué. Il ne connût qu’échecs et sa quête de grandes gloires demeura irréalisée de son vivant.
L’amitié et la famille
Franz Schubert appartenait à une famille cultivée, musicienne et peu argentée.
Michael Vogl… Franz Grillparer… Franz von Schober… Son frère… enveloppèrent le malheureux Schubert de fraternité.
Il dut à ses amis fidèles et affectueux beaucoup de ses commandes, sa réputation, de bons dîners, des fournitures de papier à musique, et souvent, le logement.
Lieder
La belle meunière… Le voyage d’hiver… Le tilleul… La Jeune fille et la Mort…Les lieder de Schubert expriment l’exaltation devant la nature, la profonde dépression devant l’amour et la contemplation fascinée de la mort. Quelques lieder joyeux et bondissants, toutefois, feraient presque danser.
Misère ou servitude
A une époque à cheval entre les grands seigneurs et le capitalisme bourgeois, Schubert essayait d’être libre, et fit partie des premières générations de musiciens qui n’étaient pas attitrés à une église ou un seigneur. Mais le « goût bourgeois » n’était pas plus tendre pour les artistes. Le refus des patrons, du métier d’instituteur qui lui déplaisait, de la complaisance, firent connaître la misère à Schubert, que ses amis et sa famille aidèrent presque tout le temps.
Syphilis
Il en est mort à 31 ans, à Vienne, en novembre 1828, en prononçant, dit-on, le nom de son idole Beethoven. A moins qu’il ne soit mort du typhus : les deux versions circulent.
Tavernes
Lieux de prédilection de Franz Schubert. Il y but, y discuta, y pleura, y composa énormément.
11:25 Publié dans Hommages | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : franz schubert, antonio salieri, franz liszt, thérèse grob, musique
mercredi, 03 juin 2009
Giordano Bruno, le Nolain
Hommage
Cet hommage à nos étoiles des temps proches et lointains veut saluer des êtres dont le souffle, la vision, la parole nous aident à vivre et à penser.
« Nous sommes déjà au ciel »
Giordano Bruno, le Nolain
Giordano Bruno est né non loin de Naples, à Nola, en 1548, au mois de janvier. Il est mort sur un bûcher de l’Inquisition en 1600, au mois de février.
Elevé modestement, mais par de très bons maîtres, il entre au séminaire et devient dominicain. Il doit quitter le séminaire après avoir émis des doutes sur la religion. Dès lors, commence sa vie de penseur indépendant.
Il parcourt l’Europe, trouve des protecteurs ; pourtant, il se dispute souvent. Dénoncé ou mal aimé, il doit toujours fuir. Il s’intéresse aux thèses calvinistes, mais ses idées originales ne plaisent pas et il doit de nouveau fuir (Calvin ordonna beaucoup de bûchers).
Jusqu’à ce qu’il se fatigue de cette vie et veuille rentrer en Italie. C’est alors son hôte italien qui, après une dispute, le dénonce aux autorités ecclésiastiques. Le procès pour hérésie et l’enfermement durent huit ans…
Giordano Bruno soutient qu’il existe une pluralité de mondes comme le nôtre. L’univers est infini, il n’a pas de centre, et Dieu est l’âme de l’univers.
L’insoumission du Nolain est sans complaisance. Son orgueil ne l’aide pas à instaurer le dialogue. Ce ne sont pas ses théories qui le conduisent au bûcher, mais son refus d’abjurer.
Sur le Campo dei Fiori à Rome, Giordano Bruno meurt dans les flammes. Mais il a eu le temps de dire :
« Vous éprouvez sans doute plus de crainte à rendre cette sentence que moi à l'accepter »
11:20 Publié dans Hommages | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : giordano bruno, inquisition, infinité des mondes
lundi, 25 mai 2009
Black Agnès
Hommage
Cet hommage à nos étoiles des temps proches et lointains veut saluer des êtres
dont le souffle, la vision, la parole nous aident à vivre et à penser.
Etrange coïncidence autour d'une appellation : Black Agnès
Le surnom Black Agnes (Noire Agnès, ou Agnès la Noire) correspond à deux héroïnes, l'une historique devenue légende, l'autre, légende peut-être historique. La première Black Agnes est une femme qui vécut à au XIVème siècle en Ecosse. Son souvenir est associé au courage et à la jeunesse, entre Antigone et Jeanne d'Arc.
L'autre Black Agnes est une statue habitée par une très jeune fille qui vécut vers à Baltimore, il y a longtemps. Sa mémoire erre dans les limbes de l'horreur et de la tendresse, qui sont les atours tristes de l'adolescence.
Black Agnes I est courageuse ; Black Agnes II est vengeresse. Black Agnes I est arrogante ; Black Agnes II est exaltée. Black Agnes I est victorieuse nonchalante ; Black Agnes II est victime cruelle...
Intéressons-nous à leurs vies et rêvons à leurs secrets, en attendant, peut-être, que fasse irruption dans la mémoire anglo-saxonne une Black Agnes III.
Black Agnes I
Sir Walter Scott dit d'elle : "From the record of Scottish heroes, none can presume to erase her."
Epouse de Patrick Dunbar, comtesse de Moray, elle devait son surnom à ses cheveux très noirs. Elle était seule dans son château d'Ecosse, en 1338, au milieu des guerres anglo-écossaises. Entourée d'une poignée d'hommes et de ses servantes, elle refusa de se rendre lorsque les Anglais, menés par le Comte de Salisbury William Montague, assiégèrent son château.
Le siège dura six mois. Pendant six mois, Black Agnes nargua l'armée qui l'assiégeait, envoyant ses servantes, habillées richement, nettoyer les traces de la guerre sur les remparts. Elle ne céda à aucun chantage : quand on fit mine d'assassiner son frère aux portes du château, elle parut se réjouir, expliquant aux Anglais qu'elle hériterait avec joie de ses titres et de sa fortune. Joués par cette ruse, ne voulant pas satisfaire leur ennemie, ils laissèrent son frère en vie ! Elle reçut un appui extérieur au moment où, les vivres arrivant à leurs fins, on crut qu'elle devrait se rendre.
Le Comte de Salisbury, un des plus grands guerriers anglais, finit par abandonner la bataille et repartit avec ses troupes.
Black Agnes II
Une statue de Baltimore s'appelle Black Agnes. Black Agnes représente un personnage sans doute féminin, vêtu d'une longue robe, en position assise.
Des jeunes filles pétries de mystère et de malsain chuchotent tard dans la nuit à propos d'une certaine statue du cimetière : on dit qu'à minuit, les yeux de Black Agnes deviennent rouges et fixent intensément au loin. Car elle est habitée par l'esprit d'une femme morte de chagrin, après une infidélité de son fiancé, il y a très longtemps. Elle veut se venger de la femme qui en fut la cause.
Exaltée, téméraire, une jeune fille se porte volontaire pour aller passer la nuit dans le cimetière, auprès de Black Agnes. Ses amies, excitées et effrayées, tentent en vain de l'en empêcher. Le soir où l'adolescente a prévu de tenir son pari, ses amies l'accompagnent aux grilles majestueuses du jardin funèbre. Elles laissent l'héroïne s'engouffrer seule dans les allées et s'en vont se réfugier dans la maison de l'une d'entre elles. Dès l'aube, elles attendent, impatientes, le retour de leur amie. Mais celle-ci ne revient pas.
A la fin de la matinée, les jeunes filles mortes d'inquiétude se mettent en marche vers le cimetière.
Au fond des allées de tombes, sur les genoux de la statue de pierre, elle git, assassinée. Black Agnes s'est enfin vengée.
Plusieurs versions de la légende urbaine et sépulcrale de la jeune fille et du cimetière sont racontées dans différents endroits des Etats-Unis. Cette histoire faisait peut-être déjà frissonner l'Europe moyen-âgeuse.
Aujourd'hui, Black Agnes ne repose plus dans le cimetière de Baltimore : les autorités de la ville ont dû la déplacer plusieurs fois pour échapper aux messes noires et aux rituels morbides que les adolescents perpétraient, de nuit, à son chevet.
10:51 Publié dans Hommages | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : black agnès, écosse, baltimore, sir walter scott
dimanche, 17 mai 2009
Smohalla
Hommage
Cet hommage à nos étoiles des temps proches et lointains veut saluer des êtres
dont le souffle, la vision, la parole nous aident à vivre et à penser.
Smohalla
(1815-1895)
phot Sara
"My young men shall never work. Men who work can not dream, and wisdom comes to us in dreams"
Mes jeunes gens ne travailleront jamais. Les hommes qui travaillent ne peuvent pas rêver ; et la sagesse nous vient par les rêves.
Smohalla est issu de la tribu Nord-américaine Wanapum, encore nommée Sokulks. Il inventa une religion nouvelle, inspirée par la religion traditionnelle de sa culture. De cette religion nouvelle, qui connut un succès fulgurent de son vivant et dans les décennies qui suivirent, et qui trouve aujourd'hui quelques adeptes, il est le prophète.
Cette religion nouvelle est la religion des rêveurs. Les historiens américains parlent du mouvement des rêveurs.
FOI
La foi des Rêveurs est en partie une reviviscence de certains concepts de la religion traditionnelle des Indiens Wanapum et Nez-Percé. Mais Smohalla a adpaté son discours à l'état de la société indienne parquée dans les réserves et au mode de rhétorique occidental. Souvent ses principes rappellent les idées de Lafargue ou de certains anarchistes spiritualistes contre le travail et contre le progrès.
LUTTES
Non Violence
Smohalla prôna et appliqua la non violence.
Réserves
Mais il refusa d'être, ainsi que sa tribu, mis dans une réserve. Il mena une résistance intransigeante à l'Etat Fédéral sur ce plan.
Au-delà du sysème des réserves (zoos cogérés par les humains qu'ils contenaient), il s'opposait contre la propriété privée et la parcellisation de la terre, qui lui paraissait inaliénable.
MORTS,RESURRECTIONS, SUCCESSIONS
Smohalla mourut trois fois (ou cours de duels et d'accidents) et trois fois il réscussita après un coma sans espoir.
Deux successions
Il déclara que sa fille aînée serait son héritière. Elle mourut. Il en conçut un fort chagrin qui redoubla son ardeur de prêcheur politique et spiritualiste. Il vécut encore longtemps et avant sa mort nomma son fils, qui prit la suite avec moins de fougue. Les idées de Smohalla continuèrent d'inspirer des gens, principalement parmi les Nez-Percés (tribu proche) mais le mouvement était passé.
EXTRAIT (suivis d'une traduction)
«You ask me to plough the ground? Shall i take a knife and tear my mother's bosom? Then when I die she will not take me to her bosom to rest. You ask me to dig for stone! Shall I dig under her skin for her bones? Then when I die I cannot enter her body to be born again. You ask me to cut the grass and make hay and sell it, and be rich like white men, but how dare I cut off my mother's hair? It is a bad law and my people shall not obey it. I want my people to stay with me here. All the dead men will come to life again; their spirits will come to thier bodies again. We must wait here, in the homes of our fathers, and be ready to meet them in the bosom of our mother ».
Vous me demandez de labourer la terre.
Dois-je prendre un couteau et déchirer le sein de ma mère ?
Alors quand je mourrai, elle ne voudra pas me prendre dans son sein pour que j'y repose.
Vous me demandez de creuser pour trouver de la pierre.
Dois-je creuser sous sa peau pour m'emparer de ses os ?
Alors, quand je mourrai, je ne pourrai plus entrer dans son corps pour renaître.
Vous me demandez de couper l'herbe, d'en faire du foin, de la vendre pour être aussi riche que les hommes blancs.
Mais comment oserais-je couper les cheveux de ma mère ?
C'est une mauvaise loi et mon peuple ne devra pas la suivre. Je veux que mon peuple reste ici auprès de moi. Les hommes morts reviendront à la vie ; leurs esprits réinégreront leurs corps. Nous devons attendre ici, dans les maisons de nos pères, et demeurer prêtes à les retrouver dans le sein de notre mère.
10:20 Publié dans ANIMA L, Errances du coeur, Hommages | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : smohalla, wanapum, indiens, nez percés, religion des rêveurs, pacifisme









