mardi, 08 septembre 2009
Sens et mystique des sens - Episode 2
Une histoire de l'art euro-américain de la décennie 2030
Sens et Mystique des sens est paru en feuilleton de 44 épisodes dans le Newropeans Magazine, pendant l'été 2009.
Préface
Cher lecteur,
Si j’ai abordé cette étude avec tout le sérieux dont je suis capable, je l’ai aussi nourrie d’une passion qui ne s’éteindra qu’avec la mort. Voir des films, écouter de la musique, assister à des spectacles de danse : ce qui n’était qu’une activité heureuse des soirs et des dimanches est devenu mon métier, un métier qui m’habite autant que je l’habite et que je n’arrêterai que lorsque cette foutue maladie, qui me ronge comme le ver dévore la pomme, m’aura embarquée de l’autre côté de moi. Mais en attendant, précisons de quoi cet essai s’agit.
Ma démarche se situe à la frontière du travail universitaire et de l’autobiographie fictive.
J’enseigne depuis 20 ans à la FaTransLibDADat (Faculté Transatlantique libre Dark Angel de Dallas et Tallin). J’ai donné un nombre conséquent de conférences dans le monde, (et particulièrement à New York, à Helsinki, à Honk Kong, à Paris, à Nukutepipi, à Montreal, à Vancouver et aux Sables d’Olonne). Au fil des années, une trame intellectuelle et esthétique s’est dessinée : j’ai ressenti l’urgence de lui donner une forme livresque et de la partager, avec les étudiants, les amateurs d’art et tous ceux que les mondes magiques et frontaliers du cinéma, de la musique et de la danse intéressent.
Ce travail fut long, il a ressemblé à un accouchement. Mon souhait le plus cher est qu’il donne lieu à des synergies, à des prolongations imaginaires et universitaires partout dans le monde.
Cette ballade esthétique à travers l’univers de la musique de film, du cinéma et de la chorégraphie, comporte trois parties.
La première donne un compte rendu historique des productions européennes et américaines de la décennie 2030 (et plus particulièrement entre 2030 et 2042, année qui marque, avec le film I won’t kill you again, la fin de la période charnière). L’influence de la littérature en langue quechua et en langue sioux dans les dialogues cinématographiques de cette décennie, la prédominance des thématiques (réarrangées, bien sûr) de la culture hawaiienne dans les thèmes des scénarios, et enfin le poids visuel et sonore de la résurgence de la liturgie catholique traditionnelle et des ordres monastiques seront étudiés.
La seconde partie explore les univers croisés de la musique (et particulièrement la musique de film et les musiques rock et beith), du cinéma et de la danse (notamment l’œuvre des chorégraphes Christie Andersen, Fanny Fan, Parker William dit the Corn Flake). Le thème qui se dégage ici, c’est la cristallisation parfaite de l’art et de la vie qui a caractérisé cette féconde soif de chefs d’œuvre. C’est surtout les mythologies scandinaves et finno-ougriennes qui ont baigné les principaux artistes de cette fusion des arts entre eux et de cette fusion de l’art et de la vie. Je ne prétendrai pas dire pour la première fois ce que d’autres exégètes artistiques ont déjà montré ; je me contenterai de mettre en valeur des symboles marquants.
Je m’attacherai aussi à démêler ce qui se retrouve de cette période infiniment riche dans le cinéma d’aujourd’hui. En effet, l’héritage de la décennie 2030 est immense, infiniment plus grand que ce que l’on imagine.
La troisième partie contient les annexes : une rapide chronologie artistique et politique de la décennie 2030 ; un glossaire ; un index des œuvres et des personnes citées. J’y ai joint quelques critiques d’œuvres publiées dans le journal intermutant la Page nue, ainsi que le texte de l’architecte du satellite artificiel New York II Philip KZ-23 Darax. Nous avons cru bon d’ajouter, mes éditeurs et moi, quelques documents :
- l’étude de David Le Berne– Brankovitch sur la mythique rencontre entre la poétesse américaine Édith Morning et Esther Mar.
- Une entrevue de la revue Esprits Libres avec l’ancienne psychiatre Julie-Gilles Grivette, qui éclaire sur l’évolution de la psychiatrie, parallèle à celle de l’art.
- Enfin, publié pour la première fois, le testament qui avait été retrouvé dans la chambre mortuaire d’Esther Mar. Ce testament, outre qu’il révèle la personnalité de l’artiste maudite, permet de clore un ouvrage lui-même testamentaire, puisqu’il s’agit de révéler l’héritage que la « décennie démente », pour reprendre l’expression de Charles Krog, nous a légué.
- Par ailleurs un rapide résumé de l'histoire de la société de fabrication de caméras Stonehenge et l'analyse de l'influence d'Hyacinthe House, texte du poète James Douglas Morrison, sur les artistes de notre décennie complètent ce travail.
Je termine cette préface par une profession de foi. Elle est personnelle, et ne prétend pas à l’universalité. Mais il me parait important de la confesser ici.
Le cinéma ne mourra jamais. Contrairement aux autres arts, qui peuvent mourir, ou bien se transformer de façon radicale, le cinéma ne mourra jamais, parce qu’il n’est jamais venu au jour. Art des ténèbres et de la mort, il peut avoir l’air d’exister, parfois, mais au fond tout cela n’est que du vent. La réalité est que si les étincelles d’images, de sons et de mouvements qui se succèdent entre le début et la fin d’un film peuvent laisser croire à la réalité du cinéma, la profonde vérité est bien plus noire : le monde imaginaire non filmé seul est le vrai cinéma, et, tant qu’il ne viendra pas à l’écran le cinéma n’existera pas. Or, ce qui n’est pas filmé est à jamais infilmé ; ce qui est filmé n’est plus à filmer. Il en résulte que le cinéma n’est pas encore né. Tant mieux : car c’est seulement ainsi que notre art préféré peut ne pas mourir.
Amateur de l’inexistence, qui fait tellement mieux vivre que la mesure du réel, entre dans ce livre : il est pur. Il est pour toi.
A suivre...
21:17 Publié dans édith de cornulier, Esther Mar, Europe, Fiction, Horizons funèbres, Sens et Mystique des sens : l'art du XXIème siècle | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : newropeans magazine, sara, édith de cornulier, xxième siècle, danse, chorégraphie, 2030, quechua, sioux, dialogues cinématographiques, new york, stonehenge, james douglas morrison
samedi, 01 août 2009
Etrange texte d'Esther Mar

VillaBar 6 = Hymne à Baudelaire, au Nouveau Testament et à Aragon.
La dernière auberge raconte une histoire ouverte, onirique. Loin des scénarios aussi limpides que balisés les mots suggèrent plus qu’ils ne racontent, ils dévoilent plus qu’ils ne confessent. J’ai eu l’impression aussi que cela parlait du jour et de la nuit. Un ange se promène au Manoir de VillaBar et tente d’entraîner les fêtards du Manoir sur les routes de perdition. Il y parvient, et Dieu-Saturne n’y peut rien : il arrive trop tard pour sauver ses ouailles.
La dernière auberge n’est-elle pas une variation sur le thème de Dorian Gray ? Lys de Fleur fête son anniversaire au Manoir. Au beau milieu de la soirée, alors qu’elle souffle les bougies de son gâteau, elle entrevoit une très belle femme plus âgée qu’elle : elle comprend que cette femme, c’est elle-même, ou plutôt, ce serait elle-même si elle acceptait de vieillir. Heurtée, elle se lève, tombe, et ne sortira plus de son coma.
Car les fêtards de VillaBar festoient pour oublier la mort et contrer la vieillesse. Mais lorsqu’ils arrêtent de tourner, la vérité réapparaît.
Or, nous devons au moralisme profondément catholique – bien que souvent peu orthodoxe – d’Esther une conclusion qui en inquiétera certains, en soulagera d’autres. Ne pas vieillir, ne pas mourir, c’est possible. Hélas, c’est justement le chemin de la damnation.
Notre héroïne Lys de Fleur, entrant dans son coma puis dans la mort, est donc sauvée. Ceux qui meurent sont sauvés de l’éternité damnatoire, tandis que ceux qui suivent l’ange demeurent jeunes et beaux, certes, mais en enfer.
Il ne reste plus qu’à apprécier l’enfer. Sara dit qu’après lecture de Dante, le lieu ne lui semble pas si désagréable que le paradis et le purgatoire. Peut-être. Mais l’enfer d’Esther, à peine décrit, juste ébauché, ne me donnait pas envie.
Esther Mar a prit des libertés. Elle a renommé John Peshran-Boor (alias Jean-Pierre Bret) Saturne, et Venexiana Atlantica, morte, a donné son visage à l’Ange du Mal.
Un symbolisme inquiétant entoure l’Europe, personnifiée par le personnage de Mavra (créée par Sara, reprise par Iris Ducorps, puis Antonio Zamora, puis par les auteurs du blog des personnages de VillaBar).
Bref, la dernière auberge, sixième roman photo villabarien, est un monde de symboles qui tranche avec l’univers joyeux et léger d’Antonio Zamora (cinquième VillaBar, Le Chevalier de l’Amour) sans trancher avec VillaBar.
(2008)
20:55 Publié dans Esther Mar, La ballade de VillaBar | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
samedi, 25 juillet 2009
A travers Paris
Dans ma ville imaginaire des fauteuils de velours sont posés au bord des autoroutes. La fontaine de whisky clapote gentiment derrière nous. Edith Morning est assise à côté de moi et nous parlons anglais. Quelques drag queens fument de longues cigarettes dans des pantalons serrés, leurs rouge à lèvre fait un cercle de rouge sur le papier blanc des cigarettes et partout dans la ville de grandes croix magnifiques dominent le paysage et nous rappellent qu’Il est ressuscité.
Quelques cathédrales antiques ont subsisté et gardent leur dignité au milieu des hautes tours. La voix d’Arthur Rimbaud et sa chanson de la plus haute tour me rappellent mon père et ma jeunesse perdue. Un immense hôpital psychiatrique se dresse loin derrière l’autoroute, et clignote de lumières vertes et bleues et rouges, si artificielles. Les étoiles sont trop haut pour qu’on les voie, mais on les imagine.
Au milieu de la mégalopole un grand champ inviolé réinvente le silence : c’est le retour du pu’uhonue.
Les gens prient. Ils fument, boivent, s’embrassent et prient, l’administration est laissée à l’abandon.
Personne ne fait l’amour sans allumer des lumières étranges qui donnent aux corps un velouté, sans boire des ambroisies qui donnent aux voix un velouté… Les voitures glissent sans cesse dans le frénétique agencement des routes et les piétons escaladent de grands escaliers sous la pluie, certains escaliers sont si hauts qu’ils surplombent la ville.
Un homme qui marche récite une prière mélangée : je m’adresse à vous, mon Dieu, car vous donnez ce que l’on ne peut obtenir que de soi.
Aux derniers étages de certaines tours des voyants lisent l’avenir et le mélangent au passé, pour réconcilier leurs patients avec l’instant qui passe et qui trépasse sans cesse mais malgré tout demeure. Feuilles, plantes, cactus géants se mêlent au mobilier urbain. La ville est esthétique. Sois belle et tais-toi, lui disons-nous impétueusement. Elle est belle, et elle hurle.
La ville abrite plusieurs forêts qui s’enchevêtrent et possèdent des étangs. Ces forêts sont aussi dangereuses que celles faites de béton et de macadam. Les forêts naturelles, jungle de terre et de végétaux, luxuriantes dégoulinades de plantes et de bêtes, sont des lieux de cruauté, de brutalité, de survie et de mort. Les forêts urbaines, jungles d’asphalte et de réverbères, longs corridors saccadés de métal et de goudron, sont des lieux de cruauté, de sophistication, de vie et de dépérissement. La ville et ses forêts naturelles s’épousent et un océan vient les noyer à l’Ouest.
Un sacré cœur pend au toit d’une maison, car un homme devenu femme pour prendre les armes féministes y lit les mémoires de Renée Bordereau, sa sœur d’une autre guerre, d’un autre temps.
Nos cœurs sont des ports. Mais ils n’ont pas d’amarres. Les bateaux ne peuvent que les narguer.
Dans ma ville imaginaire des fauteuils en velours sont posés au bord des routes. à une fontaine de whiskey je nous ressers deux verres. Edith Morning est assise à côté de moi et nous nous taisons en anglais.
Esther Mar, mercredi 12 mars 2008, avant le crépuscule.
20:37 Publié dans Errances du coeur, Esther Mar, Fiction | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ville, rêve, whisky
mardi, 25 novembre 2008
Lettre d'amour de droite
AlmaSoror a demandé à plusieurs auteurs de lui écrire une lettre d’amour. Lorsque Axel Randers a répondu que
la plus belle lettre d’amour qu’il pourrait écrire serait une lettre d’amour de gauche, nous avons axé nos requêtes ainsi : vous qui avez aimé et milité, écrivez-nous la plus belle lettre d’amour possible que vous pourriez écrire, et parlez-y de politique.
Lire la lettre d'amour de gauche d'Axel Randers
Lire la lettre d'amour apolitique, de Barynsflook
Chère Grand-Mère,
Si le remords avait du poids, cette lettre pèserait lourd. Depuis des années que je ne suis pas revenue vous voir, vous devez vous sentir seule, abandonnée.
Cela fait quatre ans que vous n’avez reçu de mes nouvelles. Suis-je une petite fille indigne ? Oui.
Pourtant, je n’ai cessé de penser à vous et de vous aimer.
L’impossibilité de vivre parmi les nôtres m’a poussée loin de notre monde, Grand-Mère. J’ai bien trahi vos enseignements, j’ai trahi nos idées. Ai-je eu le choix ?
Dans une bande dessinée de Hugo Pratt, quelques minutes avant de passer devant le peloton d’exécution,
le marin allemand Slutter dit: « Les Anglais me fusillent parce que j’ai obéi aux ordres de mon commandant, et les Allemands m’auraient fusillé si je ne leur avait pas obéi ».
Ces soldats allemands ou français de la deuxième guerre mondiale étaient cernés. Quoi qu’ils fassent, malgré leur abnégation et tout leur courage, ils étaient des traîtres. C’étaient des hommes traqués.
Ceux qui sont comme moi sont traqués par une marque qui se trouve à l’intérieur d’eux-mêmes. Où qu’ils aillent, ils seront toujours rejetés parce qu’aucune place ne leur est réservée : ils font peur.
Voilà pourquoi je suis partie.
Je suis descendue à Paris.
J’ai vécu à Paris puis à Berlin, puis à Zurich, et à nouveau à Paris. J’ai connu des gens très différents : des gens de gauche.
J’ai aimé certains d’entre eux, j’ai appris des choses. Mais souvent, j’ai été terrassée par leur nullité. Ces gens croient qu’ils inventent la liberté lorsqu’ils foulent à leurs pieds deux mille ans de culture chrétienne et européenne. Ils pensent inventer le monde lorsqu’ils crachent des mauvaises phrases dans des livres, des films ou des disques qui ne voient le jour que parce qu’ils baignent dans cet argent qu’ils disent détester.
Ils confondent tout ce qu’ils n’aiment pas dans un sac pratique et idiot, qu’ils appellent « bourgeoisie ». Riches, ils se veulent pauvres. Méprisants, ils se veulent populistes. Snobs, ils se croient populaires. Antipatriotiques et antireligieux, ils croient sauver le corps et l’esprit des gens. Ils haïssent le catholicisme, la tradition, qu’ils ne connaissent pas. Ils en parlent avec autant de bêtise qu’un catholique de droite parle des luttes communistes ou féministes : l’ignorance nous tuera tous.
La solitude que j’ai éprouvée parmi eux, je l’avais éprouvée aussi parmi mes cousins et aux scouts. Je l’avais éprouvée toute ma prime jeunesse, dans notre monde à nous, Grand-Mère. Comment pourriez-vous l’ignorer ?
Vous saviez mon secret. Vous ne m’en avez jamais parlé. Vous saviez que j’étais morte pour la seule vie que notre milieu me réservait. Mais vous ne disiez rien, et parfois vous me regardiez pleurer en tremblant. Votre chagrin était réel ; votre amour était réel. Mais vous n’aviez rien à me proposer, rien d’autre qu’un renoncement à tout bonheur, à tout espoir.
J’ai vécu ainsi parmi ces amis de gauche, sans Dieu, sans foi, qui ne savaient rien de ce que je pensais vraiment, à qui je ne pouvais parler de vous parce qu’ils vous auraient méconnue. Ils sont universitaires, professeurs, journalistes, artistes, avocats, et ils sont misérables. Vides de culture et vides de religion, ils ne connaissent que la gloire d’être de leur temps et passent leurs journées à oublier qu’ils vont mourir un jour. Mais au fond, dans n'importe quel univers, le même petit nombre de gens recèle cette grandeur d’âme –même s’ils n’y croient pas, à cette âme-, qui relève le malheureux et embellit le gris des jours. Quelles que soient leurs idées, leurs croyances, ce sont des anges. Il ne faut pas leur dire qu’ils sont des anges parce qu’ils ne comprendraient pas. Il faut juste les laisser être des anges et tenter de leur rendre un peu de la fraternité qu’ils vous offrent. Parmi ceux-là, j’ai trouvé des oreilles et j’ai dit mon secret. J’ai été tolérée, ce qui ne me serait pas arrivé chez nous, Grand-Mère. Vous savez bien. Parmi mes frères et sœurs hermaphrodites, il y a beaucoup de gens que je n’aime pas ; il y en a quelques uns qui auraient voulu comme moi vivre selon les valeurs qu’ils ont reçues dans leur berceau. Mais leur particularité les a privés d’une telle vie où la famille, la religion et le travail de la terre rythme le temps.
Je suis revenue vivre à la maison de Rébusseyt, au bord de la Marne, où vous veniez chaque été. Je vis seule dans cette grande maison et je pense à vous chaque jour.
Vous avez été ma seule amie. Vous êtes la personne humaine qui m’a aimée et nourrie. Ma vie aura passé mieux grâce à vous.
Adieu Grand-Mère. Si vous me répondez, nous nous reverrons peut-être. Je sais que vous serez heureuse si
je finis ma lettre avec les plus beaux mots du monde : Ave Maria, gratia plena, dominus tecum…
Je vous salue Marie pleine de grâce, le seigneur est avec vous.
Benedicta tu in mulieribus et benedictus fructus ventris tui Iesus. Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus le fruit de vos entrailles est béni. Sancta Maria, mater Dei, ora pro nobis peccatoribus nunc et in hora mortis nostrae… Sainte Marie, mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pêcheurs, maintenant et à l’heure de notre mort… Vos lèvres auront prié en lisant ma prière. Nous sommes ensemble, Grand-Mère chérie. Dans les bras de Dieu.
Esther Mar
22:57 Publié dans Errances du coeur, Esther Mar | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (1) | Envoyer cette note | Tags : lettre d'amour, droite, hermaphrodisme, famille, honte, rupture
dimanche, 23 novembre 2008
Epiphanie d'Esther Mar
« Ce qui fait la noblesse d’une chose, c’est son éternité ».
Leonard de Vinci
Ma vie ne ressemble pas aux grandes affiches de publicité qui dominent la rue et le métropolitain.
Je ne croque pas la vie à pleines dents, ni ne consomme, ni ne suis consommée.
Je regarde les photos de ma prime jeunesse : un visage adulte regarde un visage nubile.
Je sais que je n’étais pas heureuse, pourtant je regrette cette jeunesse.
Chaque pas est un pas vers la mort. Chaque souffle, en créant la vie, appelle la mort.
Comment accepter cette inexorable fuite en avant du temps, qui marque ma personne physique et morale ?
I'm trying to tell you something about my life
Maybe give me insight between black and white
The best thing you've ever done for me
Is to help me take my life less seriously, it's only life after all
Choisir l’intemporel.
Puisque tout passe, puisque rien ne me remplit, puisque l’angoisse ne sera jamais vaincue que par la force intérieure, puisque l’amour est incertain comme le temps, puisque le temps change dans l’espace, puisque l’espace m’est inaccessible…
Puisque je vais mourir un jour, peut être sans douleur, peut être dans la souffrance, puisque je vieillis jour après jour malgré ma soif d’enfance, puisque je m’affaisse malgré mes faims vitales, puisque mon corps n’est qu’un corps, puisque dans la nuit, quelque fois, je ne crois plus à l’âme… Je choisis l’intemporel.
Well darkness has a hunger that's insatiable
And lightness has a call that's hard to hear
I wrap my fear around me like a blanket
I sailed my ship of safety till I sank it, I'm crawling on your shore.
Les commandements de la vie intemporelle
1 J’accepte que la nouvelle jeunesse me pousse de l’autre côté de l’âge et prenne ma place
2 Tous les jours j’accomplis des choses essentielles qui m’auraient paru autant essentiels si j’avais vécu dans un autre lieu il y a plusieurs siècles et qui me paraîtraient essentiels si je vivais dans un autre lieu dans plusieurs siècles
3 Chaque jour, je touche à la haute culture (par exemple, je lis le Voyage de Baudelaire, ou une tirade d’Andromaque, de Racine), à la nature (je m’occupe d’une plante, admire une étoile…), à l’animalité (j’offre à manger à une bête, j’observe fraternellement un animal…) et à la spiritualité (je prie ou je laisse mon cœur ouvert à tout ce qui le dépasse et qui lui survivra)…
4 Je sais que mon existence a autant de valeur que le plus riche et admiré des êtres de cette terre et que le plus misérable et laid des êtres de cette terre
5 Je ferme les yeux, souffle loin du monde immédiat et fais se rencontrer mon cœur, mon corps et mon esprit. Je les vide. Je laisse alors la vie les remplir ou ne pas les remplir.
6 Je pose un acte qui fasse que ma vie aura été quelque chose de bien pour quelqu’un. J’allume un ou plusieurs cœurs. Je m’oublie pour réchauffer la vie d’un autre. Un sourire ? Un regard ? Une gentillesse ? Quelque chose qui fasse que ma vie aura créé de bonnes sensations.
En suivant ces commandements je sais que je toucherai chaque jour à l’essentiel. Je ne laisserai pas trop de temps passer sur mon ego, ma vulgarité et mes petitesses.
I stopped by the bar at 3 a.m.
To seek solace in a bottle or possibly a friend
I woke up with a headache like my head against a board
Twice as cloudy as I'd been the night before
I went in seeking clarity.
L’intemporel seul est éternel. Les modes et les pensées passent. Que reste-t-il à travers les siècles ? L’intemporel. Alors pourquoi se noyer dans le temporel ?
- Parle-moi, Rainer Maria Rilke, comme tu parlais à Franz Kappus.
- L’avenir est fixe, cher monsieur Kappus, mais c’est nous qui nous déplaçons dans l’espace infini.
- Merci.
Je choisis l’intemporel. C’est ma façon de toucher l’éternité.
Et des extraits de Closer to Fine, une chanson des Indigo Girls
22:49 Publié dans Errances du coeur, Esther Mar, Traversées | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : léonard de vinci, indigo girls, closer to fine, rainer maria rilke, franz kappus, publicité, métropolitain
vendredi, 21 novembre 2008
Mélange de paternités
Mélange de Paternités
Du temps de nos Pères… Voyage en paternité traditionnelle
"Chez tous les peuples qui connaissent des lois, la puissance paternelle est par elle-même
une manière d'esclavage pour les enfants.
Tant que vit le père, le fils est habité par un sentiment de sujétion et de dépendance,
il a l'impression qu'il n'est pas son propre maître, ou plutôt qu'il n'est pas une personne à part entière,
mais un simple organe dans un corps plus vaste,
et que son nom appartient davantage à un autre qu'à lui-même.
L'inestimable avantage pour un enfant d'être guidé par un être plein d'expérience et d'affection,
et nul ne peut tenir ce rôle mieux que son propre père, se paye par l'étouffement total
de la jeunesse, et généralement de toute la vie".
Giacomo Leopardi (Pensées)
Liste des paragraphes
éducation des pères, souvenirs des fils, regrets des pères,
paternités occidentales, pères de gauche et pères de droite,
Vaneigem contre le patriarcat et l’agriculture,
Où sont passés nos pères ?
Une prière traduite dans toutes les langues du monde
I
Education des pères
Extrait d'une lettre d'un père Aztèque
Extrait de l'"Education chréstienne" (1666)
suivi de "Tu seras un homme, mon fils", de Rudyard Kipling
Un père aztèque à son fils
Nopiltzé, nocözqué, noquetzalé, ötiyöl, ötitläcat, ötimotlälticpacquïxtïco,...
"Mon fils, mon bijou, ma plume, tu es venu à la vie, tu es né, tu es arrivé sur terre, sur la terre de Notre-Seigneur (...). Et nous t'avons regardé, nous qui sommes ta mère et ton père, et aussi tes tantes, tes oncles, ceux de ta famille t'ont regardé, ont pleuré, ont été pris de compassion à ton égard lorsque tu es venu à la vie, lorsque tu es venu au monde.
(...)
"Cela a été bien difficile et terrible pour moi de t'élever, de te fortifier, pour que tu prennes de l'âge et de la taille.
J'ai les bras et le dos à bout, à force de donner en partage, de rechercher ce que tu as bu, ce que tu as mangé.
Je ne t'ai pas abandonné, je ne t'ai pas négligé, pour toi j'ai souvent connu les pleurs et la compassion, je ne t'ai pas mis dans le fumier, dans les excréments.
En aucun cas je n'ai saisi, je n'ai pris dans le coffre, dans la caisse, dans le pot, dans l'assiette des autres de quoi t'élever, de quoi te fortifier.
En fin de compte, les qualités d'aigle et de jaguar {d'homme} ont crû, ont grandi ; c'est en toute quiétude, en toute tranquillité que je partirai en te laissant en compagnie, en société.
(...) Si tu vis bien, si tu fais bien ce que je t'ai dit, quand on te verra, pas comparaison avec toi on donnera de la pierre et du bâton à celui qui ne vit pas bien, qui n'obéit pas à sa mère et à son père.
Et maintenant c'est tout, par ces mots nous nous retirons, nous ta mère et ton père ; par ces mots nous te vêtons, nous te secouons, nous te vernissons, nous te pansons : tâche de ne pas les rejetter, de ne pas les mettre au rebut".
Réponse du fils :
"Mon père bien-aimé, ton coeur a laissé (des bienfaits), tu m'as fait du bien, à moi qui suis ton bijou, ta plume. Peut-être vais-je saisir, peut-être vais-je recevoir ces mots, ces paroles qui sortent, qui tombent de tes entrailles, de ta gorge, par lesquels tu accomplis ton devoir envers moi, ton bijou, ta plume, afin que je ne sois pas furieux le jour où j'aurais fait, où j'aurais commis quelque chose de mal, d'injuste, afin que ce ne soit pas pour toi, mon père, un sujet de reproche."
Huëhuetlàtolli, "discours de vieillard", recueilli par Fray André de Olmos (auteur de la première grammaire nahuatl) au XVIème siècle, traduit du nahuatl et présenté par Michel Launey dans son Introduction à la langue et à la littérature aztèques (Mexique).
L’éducation chrétienne au XVIIème siècle
Maximes
Touchant le soin qu’il faut avoir de faire rendre aux Enfans ce qu’ils doivent à leurs Pères.
Ayez grand soin particulièrement que vos enfans soient fort respectueux à l’endroit de leur père, qu’ils l’aiment, qu’ils l’honorent, & qu’ils le craignent. Ne leur pardonnez jamais la désobéissance à ses ordres. Ne souffrez point qu’ils luy parlent autrement qu’avec soumission et avec respect. Celuy qui obéit à son père donne beaucoup de joye et de consolation à sa mère, dit l’Ecriture.
Touchant la liberté qu’il faut donner aux Enfans d’exprimer leurs sentimens et leurs pensées.
Prenez bien garde de ne pas reprendre continuellement vos enfans, & de ne pas les traiter avec trop de sévérité dans les moindres de choses. Ne les obligez pas vous-même par votre rigueur à blesser le respect qu’ils vous doivent ; & en leur commandant des choses trop difficiles de les contraindre à vous désobéir.
Il faut même leur laisser quand ils sont un peu avancés en âge la liberté de vous représenter leurs raisons et leurs plaintes, & de ne les traiter pas avec dureté, lorsqu’ils croient être en quelque sorte blessés par la conduite que vous tenez à leur égard.
Que les enfans apprennent à respecter leur père et leur mère et que les pères et les mères craignent de se mettre en colère contre leurs enfans.
(De l’Education chrestienne des enfans, 1666 )
Tu seras un homme mon fils
(texte anglais suivie de l’adaptation française)
If you can keep your head when all about you
Are losing theirs and blaming it on you,
If you can trust yourself when all men doubt you
But make allowance for their doubting too,
If you can wait and not be tired by waiting,
Or being lied about, don't deal in lies,
Or being hated, don't give way to hating,
And yet don't look too good, nor talk too wise:
If you can dream--and not make dreams your master,
If you can think--and not make thoughts your aim;
If you can meet with Triumph and Disaster
And treat those two impostors just the same;
If you can bear to hear the truth you've spoken
Twisted by knaves to make a trap for fools,
Or watch the things you gave your life to, broken,
And stoop and build 'em up with worn-out tools:
If you can make one heap of all your winnings
And risk it all on one turn of pitch-and-toss,
And lose, and start again at your beginnings
And never breath a word about your loss;
If you can force your heart and nerve and sinew
To serve your turn long after they are gone,
And so hold on when there is nothing in you
Except the Will which says to them: "Hold on!"
If you can talk with crowds and keep your virtue,
Or walk with kings--nor lose the common touch,
If neither foes nor loving friends can hurt you;
If all men count with you, but none too much,
If you can fill the unforgiving minute
With sixty seconds' worth of distance run,
Yours is the Earth and everything that's in it,
And--which is more--you'll be a Man, my son!
Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir,
Si tu peux être amant sans être fou d’amour ;
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;
Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles,
Sans mentir toi-même d’un mot ;
Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les Rois
Et si tu peux aimer tous tes amis en frères,
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;
Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur
Rêver, sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser, sans n’être qu’un penseur ;
Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu peux être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant ;
Si tu peux rencontrer triomphe après défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront ;
Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis
Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire,
Tu seras un Homme, mon fils.
Rudyard Kipling
II
Souvenirs des fils
François de Chateaubriand
« Les soirées d'automne et d'hiver étaient d'une autre nature. Le souper fini et les quatre convives revenus de la table à la cheminée, ma mère se jetait, en soupirant, sur un vieux lit de jour de siamoise flambée ; on mettait devant elle un guéridon avec une bougie. Je m'asseyais auprès du feu avec Lucile ; les domestiques enlevaient le couvert et se retiraient. Mon père commençait alors une promenade, qui ne cessait qu'à l'heure de son coucher. Il était vêtu d'une robe de ratine blanche, ou plutôt d'une espèce de manteau que je n'ai vu qu'à lui. Sa tête, demi-chauve, était couverte d'un grand bonnet blanc qui se tenait tout droit. Lorsqu'en se promenant, il s'éloignait du foyer, la vaste salle était si peu éclairée par une seule bougie qu'on ne le voyait plus ; on l'entendait seulement encore marcher dans les ténèbres : puis il revenait lentement vers la lumière et émergeait peu à peu de l'obscurité, comme un spectre, avec sa robe blanche, son bonnet blanc, sa figure longue et pâle. Lucile et moi, nous échangions quelques mots à voix basse, quand il était à l'autre bout de la salle : nous nous taisions quand il se rapprochait de nous. Il nous disait, en passant : « De quoi parliez-vous ? » Saisis de terreur, nous ne répondions rien ; il continuait sa marche. Le reste de la soirée, l'oreille n'était plus frappée que du bruit mesuré de ses pas, des soupirs de ma mère et des murmures du vent.
Dix heures sonnaient à l'horloge du château : mon père s'arrêtait ; le même ressort, qui avait soulevé le marteau de l'horloge, semblait avoir suspendu ses pas. Il tirait sa montre, la montait, prenait un grand flambeau d'argent surmonté d'une grande bougie, entrait un moment dans la petite tour de l'ouest, puis revenait, son flambeau à la main, et s'avançait vers sa chambre à coucher, dépendante de la petite tour de l'est. Lucile et moi, nous nous tenions sur son passage ; nous l'embrassions, en lui souhaitant une bonne nuit. Il penchait vers nous sa joue sèche et creuse sans nous répondre, continuait sa route et se retirait au fond de la tour, dont nous entendions les portes se refermer sur lui.
Le talisman était brisé ; ma mère, ma soeur et moi, transformés en statues par la présence de mon père, nous recouvrions les fonctions de la vie. Le premier effet de notre désenchantement se manifestait par un débordement de paroles : si le silence nous avait opprimés, il nous le payait cher ».
(Les mémoires d’outre-tombe)
III
Regrets des pères
Montluc cité par Montaigne
Cité par Montaigne, le maréchal de Montluc se reproche sa grande dureté envers son fils. Pourquoi ne lui a-t-il pas communiqué son affection lorsqu’il avait son fils, vivant, en face de lui ?
« Ce pauvre garçon n’a rien veu de moy qu’une contenance refroignée et pleine de mespris. Il a emporté cette créance, que je n'ay sçeu ny l'aimer ny l'estimer selon son merite. A qui gardoy-je à descouvrir cette singuliere affection que je luy portoy dans mon ame ? estoit-ce pas luy qui en devoit avoir tout le plaisir et toute l'obligation ? Je me suis contraint et gehenné pour maintenir ce vain masque : et y ay perdu le plaisir de sa conversation, et sa volonté quant et quant, qu'il ne me peut avoir portée autre que bien froide, n'ayant jamais receu de moy que rudesse, ny senti qu'une façon tyrannique ».
Rudyard Kipling après la mort de son fils, sur le champ de bataille, à 17 ans
«If any question why we died, Tell them, because our fathers lied»
«Si quelqu’un vous demande pourquoi nous sommes morts, dites-lui que c’est parce que nos pères nous ont menti.»
C’est la phrase qu’il a fait graver sur la tombe de son fils.
Rudyard Kipling avait poussé son fils à partir à la guerre, alors même que celui-ci était trop jeune pour être mobilisé.
IV
Paternités occidentales
Paternité romaine : droit d’user et d’abuser.
Les enfants étaient la propriété du père. La propriété romaine (usus & abusus) était totale, sur les terres comme sur les gens.
Paternité féodale
Relation de droits et de devoirs entre le père et ses enfants.
Les seigneurs féodaux étaient soumis à des lois plus grandes que leur volonté, que ce soit dans leurs relations avec leurs enfants, avec leurs serfs et avec leurs biens et terres.
Paternité républicaine
La propriété républicaine est revenue au droit romain (droit de propriété totale, droit d’user et d’abuser), mais seulement pour les biens. Les enfants ne sont pas une propriété.
Les pères perdent le droit de choisir le destin de leurs enfants et les enfants deviennent égaux entre eux (aucun enfant ne peut être favorisé).
V
Pères de gauche et pères de droite
Extrait d’un débat à l’Assemblée Nationale sur l’école obligatoire, laïque et gratuite (5 décembre 1881).
M de La Bassetière
Si, dans ce sanctuaire de la famille, où je dois régner seul, où ma liberté est la condition de ma responsabilité, une autorité quelconque, fût-ce la plus haute, fût-ce celle de l’Etat, veut intervenir entre mon fils et moi, j’ai le droit de la repousser avec énergie et de lui dire : « Tu usurpes et sur le droit du père et sur le droit de Dieu ! »
Vous vous faites souvent les interprètes du peuple. Eh bien, j’ai le regret de vous le dire, vous ne le connaissez pas ; vous ne connaissez ni le peuple des villes, ni le peuple des campagnes ; vous ne connaissez pas même ce peuple que vous croyez vous appartenir, ce peuple de Paris. (…)
Et, messieurs, croyez-le bien, ce peuple est plus ému de votre loi que vous ne le pensez ; et j’entends ces ouvriers, ces laboureurs, vous dire avec cet accent venu du cœur que l’on ne contrefait pas, qui est une prière aujourd’hui et une indignation demain :
« Vous nous avez, dans des circonstances douloureuses, pour une patrie que nous connaissions et que nous aimions, vous nous avez demandé le sang de tous nos fils ; ce sacrifice était douloureux, nous l’avons accepté ; nous sommes loin de nous en repentir, mais aujourd’hui, au nom de la souveraineté de l’Etat que je ne puis pas reconnaître en ces matières, vous nous demandez encore l’âme de nos enfants ; nous nous souvenons cette fois que nous sommes chrétiens et pères, vous ne l’aurez jamais ! »
Paul Bert
Ah ! si le devoir naturel d’élever son enfant, de l’instruire, était un de ces devoirs purement moraux qui n’ont sur l’intérêt général qu’un retentissement lointain, je comprendrais l’hésitation. Car c’est chose grave, qui mérite en effet qu’on y réfléchisse, et qui explique bien des hésitations que de placer la loi au foyer de la famille, entre le père et l’enfant pour ainsi dire ; et lorsqu’il y aura conflit entre l’injonction de la loi et l’autorité du père de famille, de frapper celle-ci de déchéance. Je le reconnais, c’est quelque chose de grave et qui peut faire hésiter quand on envisage que cette face de la question. Mais je prie ceux qui sont frappés de se retourner et d’envisager non plus l’intérêt du père de famille, sa volonté, son caprice plus ou moins excusable, mais de considérer l’intérêt général de la société.
Faut-il répéter que la richesse sociale augmente avec l’instruction, que la criminalité diminue avec l’instruction, qu’un homme ignorant non seulement est frappé d’infériorité personnelle, mais il devient ou peut devenir pour l’intérêt social une charge ou un danger ?
Si l’intérêt de la société est ainsi engagé dans cette question, si l’intérêt de l’enfant est ainsi compromis, que devient le caprice ou la mauvaise volonté du père de famille ? Il a contre lui l’Etat et l’intérêt de son enfant. (…) Je prendrai parti le parti contre le père pour l’enfant, pour cette faiblesse que seule la loi protège et qu’elle a progressivement enlevée à une autorité jadis absolue, absolue jusqu’à la mort ».
VI
Vaneigem contre le patriarcat et l'agriculture
"Ils élèvent l'enfant de la même façon qu'ils se lèvent chaque matin : en renonçant
à ce qu'ils aiment".
Pour l'anarchiste situationniste Raoul Veneigem, la femme naturelle est à l'image de la civilisation naturelle et bonne, tandis que patriarcat et agriculture mènent à la ruine écologique et culturelle.
(Dans sa vision des femmes généreuses, non souillées par le capitalisme, qui s'offrent à tout le monde, n'omet-il pas de mentionner qu'elles n'ont pas vraiment le choix ?)
N'est-ce pas en effet de l'agriculture et du commerce instaurés par la «révolution néolithique» que surgit la vermine des rois et des prêtres ? N'est-ce pas de ce temps que la terre dépouillée de sa substance charnelle se sublimise en une déesse mère que viole et ensemence, par le travail des hommes, Ouranos, seigneur céleste, mâle et ubéreux ?
(...)
La femme est au centre du monde à créer. (...) Sa nature humaine et fécondante la tient à l'écart de la chasse comme d'une activité bestiale où l'épieu - et plus tard le fusil - se contente de prolonger et de perfectionner la griffe et la mâchoire du prédateur. Aux antipodes de la brute enchaînée aux cycles de mort, elle inaugure le cycle de la vie qui se crée elle-même. Telle est la réalité qu'inversera la civilisation patriarcale, dans un mensonge porté à sa perfection par le christianisme : la femme idéale est une vierge abusée et engrossée par un Dieu pour enfanter un homme enseignant aux hommes la vertu de mourir à soi-même.
La femme incarne la gratuité naturelle du vivant. Elle est l'abondance qui s'offre. De même que sa jouissance est tout à la fois donnée et sollicitée dans le jeu des caresses, de même se livre-t-elle à l'amour qui la prend pour de plus parfaites jouissances.
En elle et dans la relation passionnelle qu'elle ranime s'affirme ce style nouveau qui supplante peu à peu la tradition du viol, de la conquête et de la terre et d'elle-même. Une matrice universelle se forme à son image, pour alimenter, par les ressources d'une nature enfin humanisée, une humanité qui n'attend que le plaisir de naître et de renaître sans fin.
VII
Où sont passés nos pères ?
Sans ces pères sévères, où errons-nous ?
Hommes et femmes des temps modernes, nous sommes tous des fils orphelins : tout ce qui faisait le rôle paternel est désormais dévolu à l’Etat : choix des carrières (sélection sociale et délivrance des diplômes), surveillance de la répartition de l’héritage, instruction, contrôle des traitements…
Au regard de la paternité traditionnelle, dont il ne reste rien, le monde d’aujourd’hui peut se décrire ainsi : c’est l’assistance publique et les services sociaux, qui compteront bientôt un fonctionnaire par famille, qui délèguent aux parents le soin d’appliquer leurs préceptes.
Le rôle du père n'a pas disparu, mais il est passé aux mains de la société.
VIII
Une prière prononcée dans toutes les langues du monde
Pater noster, qui es in caelis
sanctificetur nomen tuum
adveniat regnum tuum
fiat voluntas tua
sicut in caelo et in terra.
Notre Père qui es aux cieux
que ton nom soit sanctifié
que ton règne vienne,
que ta volonté soit faite
sur la terre comme au ciel.
Panem nostrum quotidianum
da nobis hodie
et dimitte nobis debita nostra
sicut et nos dimittimus
debitoribus nostris
et ne nos inducas in tentationem
sed libera nos a malo.
Donne-nous aujourd’hui
notre pain de ce jour,
pardonne-nous nos offenses
comme nous pardonnons aussi
à ceux qui nous ont offensés
et ne nous soumets pas à la tentation
mais délivre-nous du mal.
Axel Randers, Esther Mar, Edith de Cornulier-Lucinière
22:44 Publié dans Axel Randers, édith de cornulier, Errances du coeur, Esther Mar, et unam, sanctam, catholicam..., Europe, Fragments, Hommages, Mélanges de littératures, Traversées | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : paternité, tradition, kipling, la bassetière, pater noster, vaneigem




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