mardi, 13 octobre 2009
Sens et mystique des sens - Episode 9
Une histoire de l’art euro-américain de la décennie 2030.
Episode 9
Sens et mystique des sens a été publié en feuilleton de 44 épisodes l'été 2009, par le Newropeans Magazine.
Deuxième partie
Les univers croisés de la musique, du cinéma et de la danse
« Les utopies de papier restent possibles si le chant préhistorique continue d’escorter ».
Tieri Briet
Les amis des étoiles et la cristallisation
« Mes amis sont venus des étoiles. Ils dansent d’une façon que tu ne comprends pas. Ils marchent avec des jambes qui ne se ressemblent pas. Leur visage est douceur ; leur amour est impalpable. Tu l’as su, tu le sais : je partirai avec eux ».
Sur cette sublime déclaration s’ouvre le film Dying Cinema, de Jürgen Chêne. Les images de corridors bleus et de l’escalator défilent sur ces mots prononcés par la voix d’Anne-Claire Legendre, à l’époque diplomate du Quai d’Orsay et amante du cinéaste. Puis le visage de l’acteur Florian Guy, balafré sur la joue gauche, apparaît. Il joue un homme qui fut autrefois une femme et qui voit son amour partir avec des êtres longs et lointains, venus d’ailleurs dans le vaisseau fantôme. Cette scène ne s’effacera jamais de la culture humaine : c’est impossible. Nous ne pouvons oublier une telle splendeur.
Cette splendeur : est-elle due au texte dit ? Non. Le texte est beau ; il est toutefois mortel, en lui-même. Est-elle due aux images, au mouvement du film ? Certes, l’image est magnifique. Mais elle est mortelle. A l’atmosphère ? L’atmosphère est émouvante, merveilleuse. Mais ce n’est pas cela. A quoi est-elle due ?
A la création, c'est-à-dire à la cristallisation de tous ces éléments et de tous ceux qu’ils suggèrent et que l’on ne voit pas : toutes les images, tous les mots, tous les songes que cette image fait instantanément naître dans l’esprit et la chair du spectateur, et dont il ne témoignera jamais à personne. L’œuvre jette des chaos et des symphonies dans les êtres qui y accèdent, chaos et symphonies qui vont faire partie de l’être humain et le modifier profondément, pour toujours. Dying Cinema nous a tous profondément marqués. Et ce film continuera à s’immiscer dans la vie intérieure de chaque individu et dans la vie collective de la communauté, parce qu’il y a eu cristallisation.
Voilà pourquoi tant de gens sont des grands artistes, mais Jürgen Chêne est, lui, divin.
Sa critique des hommes vieillissants qui sortent avec des jeunes femmes et des jeunes femmes fraîches qui sortent avec des hommes vieillissants a choqué, mais elle demeure d’actualité dans une certaine mesure, bien que de vieillissantes femmes riches et des jeunes garçons sans le sou aient fait le pendant, et que les histoires homosexuelles de ce type, pygmalion-pygmalié, sont également fréquentes. Mais au-delà de cette critique factuelle de ceux qui n’acceptent pas la vieillesse et de la confusion entre amour et pouvoir, le film est une véritable hymne à la figure mariale. La Vierge y est, en effet, magnifiée par l’utilisation de filtres de couleur bleus et verts sur les images où elle apparaît.
Le film fit fureur. Il commence aujourd’hui à être étudié dans les écoles, ce qui évidemment lui fait perdre de sa force de rébellion. Mais n’est-ce pas ce qui est arrivé au chantre de l’école buissonnière Arthur Rimbaud ?
A suivre...
14:13 Publié dans édith de cornulier, Europe, Fiction, Sens et Mystique des sens : l'art du XXIème siècle | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, musique, danse, arthur rimbaud, hétérosuxualité, homosexualité, tieri briet, cristallisation, escalator, quai d'orsay, florian guy, symphonie, pygmalion




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